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Full text of "Folk-lore chinois moderne"

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LEON /WIEGER S.J. 


:FOLK-LORE 


CHINOIS 
MODERNE 


河 Fi 愉 
INPHIMÉRIE DE LA MISSION CATHOLIQUE 
1909 


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”De soperfors regufaris Missfonis licentfà. 
LS 县 Sienhsien, 15* Augusti 1908. 


Æmilius Becker, S.J. 


Tous droits réservés. 


e A4, 1: 


© , 
PRÉFACE. 


多 


Ce Kvre eonlient ua nombre de pièces suffisant pour faire bien eonnattre 
k Folk-lore chinois moderne, c'est-à-dire postérieur à la période Ff JT k’äi- 
quan 143-741 (empereur Ÿ 宗 Huän-tsoung des Æ T'äng). J'ai réservé 
le Folk-lore ancien et médiéval (9° siècle avant J.C.,, au Te siècle après J.C.), 
pour un autre ouvrage, dans lequel j'exposerai l’évolution des idées chinoi- 
ses. — Le système contenu dans le Folk-lore moderne, est le résultat de l'a- 
malgame du Néo-bouddhisme d'Amogha (719), avec le Néo-laoïsme de lem- 
pereur À  Tchénn-tsoung des ÆR Séng (1043), le Néo-confucianisme 
de 朱 À Tchôu-hi (1200), et Jes superstilions des Ouigours, Arabes, Ton- 
gouses, Mongols, Alaias, et autres races, lesquelles conquirent la Chine pour 
un lemps, ou doat les soldats mercenaires séjournérent dans la capitale de 
la Chine, par milliers et par myriades, comme gardes de l'empereur, du 8e au 
te siècle. Ajoutez ce que les marchands étrangers de toute nation, purent 
importer d'idées, durant le même temps. £a résultante finale du mélange de 
ces éléments hétérogènes, devenue stalionnaire, forme la croyance popu- 
laire chisoise moderne. — Le système est plein d'incohérences et de con- 
tradictions, bien entendu, comme tout système erroné. J'en ai exposé les 
traits généraux, dans une courte Introduction, pour n'avoir pas à me redire : 
trop souvent. Les points spéciaux sont éclaircis dans une brève note, ajoutée 
à presque chaque pièce. — Tous les textes sont originaux, et reproduits sans 
aucune retouche. Les ouvrages dont ils sont tirés, sont indiqués entre ( ), 
au bout d’un chacua. La table bibliographique intitulée Sources, qui suit 
celle préface, donne les dates certaines ou approximatives de la composition 
ou compilation de ces ouvrages. 一 Je me suis efforcé de conserver, dans la 
traduction, le style toujours naïf, parfois maladroit, du narré chinois. — Les 
mœurs et la morale qu’expose ce livre, sont les mœurs et la morale païen- 
nes, que St Paul a résumées dans le chapitre premier de son Epître aux 
| Romains. Ce n'est, le plus souvent, ni beau, ni bon, ni honnête, ni chaste. 


ARt17: 


> 


4 


Cependant les manifestations de la conscience naturellement chrétienne, ne 
font pas absolument défaut. — J'ai parfois conservé, dans ma traduction, un 
terme chinois expliqué ensuite en note. Cela, pour ne pas influencer par 
l'emploi d’un terme imparfaitement équivalent. Car il est essentiel dans cette 
malière complexe et délicate, de s'abstenir de préjuger, de substituer, de 
confondre, d'introduire dans les interprétations de fausses valeurs. — Je ren- 
voie par les lettres TP à mes Textes Philosophiques, et par les lettres TH 
à mes Textes Historiques, en attendant l'ouvrage beaucoup plus considéra- 
ble, qui remplacera ces résumés. 


EX H$ Sienhsien, le 15 Août 1908. 


Léon Wieger SE. 


SOURCES. 


Toutes les sections 志 de l'histoi- 
re dynastique officielle DA He, et 
les officiels des préfectures et 
sous-préfectures de tout l'empire, 
‘souvent cités en celte matière. Ces 
Æ couvrent tous les siècles de l'ère 
chrétienne. 

De plus, les ouvrages spéciaux 


suivants : 


3e siècle. 
3) fl 
5 + 
博 物 志 
4e siècle. 
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5e siècle. 
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INTRODUCTION. 


Grandes lignes du systéme. 


Le monde est gouverné par un Être 
Suprême, lequel est désigné, soit par les 
appellatits primitifs et classiques X T'iên 
Ciel ou 上 ff Chang-t{ Sublime Souve- 
rain, soit par le titre Æ À U-hoang Pur 
Auguste, lequel désigne le méme Être, 
par décret de l’empereur 57 Tchèan- 
isoung, en l’an 1015. 


ht 


天 沉 Koäa-ti ou 天 公 Koän-koung, 
de son nom 6 74 Koäa-u, général mal- 
heureux du troisième siècle, est le man- 
dataire sur la terre, une sorte de minis- 
(re plénipotentiaire, du Sublime Souve: 
rain, depuis l’an 1594. Il est souvent 
appelé #7 Chéng-ti le Sage Empereur, 
ou À # Où-ti l'Empereur Guerrier. 


Le Ciel, Sublime Souverain, Pur 
Auguste, sait par lui-même tout ce qui 
se passe sur la terre. Mais, en règle 
flénérale, il fait comme s’il ne savait pas, 
attend qu’il soit informé par voie admi- 
. blstrative, et répond par la même voie, 
eXactement comme fait l'empereur de la 
Chine. Ses ministres et officiers sont, de 
haut en bas, Koän-tl ministre général; 
puis les mandarins, gouverneurs prélets 
ou sous-prélets des villes, appelés 城 隐 
tch'éng-hoang, génies des villes; puis le 
maire de chaque tiilage, appelé  k 
l'où-ti, génie du lieu; enfin, dans chaque 
lamille, le Æ À tsûo-kiuon, génie du 
loy&. Organisation hiérarchique du 


monde inférieur ÉÈ yiînn, absolument 
identique à celle du monde supérieur 
D yäng. Les tch'éng-hoang, et proba- 
blement aussi tous les autres officiers du 
monde inférieur, sont des hotnines dé- 
funts. Ils sont promus, cassés, sujets à 
toutes les vicissitudes de leurs congénè- 
res du monde supérieur, On parle partois 
de leurs épouses. Le temple du tch'éog- 
hoang est pour les défunts de chaque 
district, ce que le prétoire du mandarin 
est pour Îles tivants du même district. Ces 
fonctionnaires infernanx ont à leur ser- 
vice des salellites, lesquels ne valeut pas 
plus cher que ceux du monde supérieur, 
Etc. 


LV 


Dans le cas de crimes énormes, dont 
la sanction doit être connue des vivants 
pour les effrayer, le Ciel fait exécuter 
le criminel par & À Léi-koung le génie 
de la foudre. On représente ce génte 
avec une bouche en bec de perroquet. H 
a des ailes aux épaules, ou des roues aux 
pieds, D'une main il tient un marteau, de 
l'autre une sorte de gros clou, le car- 
reau, qu’il lance d'un coup de son mar- 
teau. La plupart des textes ne parlent que 
d’un seul génie de la foudre, pour ie 
monde entier, et expliquent aiosi pour- 
quoi la justice d'en haut est parlois st 
tardive. Il faut au génie de ia foudre, 
qui fait sa tournée, le temps d'arriver. 
S'il ve trouve plus ie criminel en vie, it 
foudroie son tombeau. D'autres textes 
mettent de petits génies de la foudre à la 
disposition des tch'éng-hoang de haut 
grade, vice-rols et gouverneurs. ‘Tout 
comme les bourreaux oftigiels du gou- 
vernement chinois, 


vY 


Le juge des enfers F] Æ Yèn-wang, 
vu les juges des enfers, lancent, par leurs 
satellites les #% ff chü-cheun, les man- 


dats d'amener les âmes, à l'heure écrite 


sur le livre du destin, Le destin est Île 
décret du Sublime Souverain, basé sur 
le bilan des existences précédentes. Les 
âmes sont jugées, punies, réincarnées. 


11 y a, sur ce point capital, de nombreu-. 


ses et importantes divergences. Les idées 
bouddhiques prédominent. Cela se com- 
prend, les Contuciänistes ne disant rien 


sur l'’outre-tombe, et les Taoïstes pas . 


grand'chose. À noter, que ies juges in- 
fernaux traitent avec grand respect Îles 
défunts nobles ou lettrés. ‘Tous les man- 
darins du monde intérieur défèrent aux 
avis et aux ordres que leur donnent ceux 
du monde supérieur. Il y a communion 
et coopération entre les fonctionnaires 
des vivants el ceux des morts, les uns et 
les autres se rattachant au même Sublime 


Souverain, de qui vient toute juridiction 


sur les hommes. 
NI 


A l'heure de ia mort, un ou deux sa- 
tellites infernaux exhibent au mourant 
leur mandat d'amener, el l'appréhendent. 
On les représente parfois armés d’un croc, 
qui leur sert à extraire l'âme. 一 Sur la 
descente aux enfers, il y a deux versions 
principales. — Ou bien l’âme est con- 
duite à l'Ouest, vers le Séu-tch'oan, ap- 


pelé dans l'antiquité par mépris % 国 


koëèl-kouo pays des barbares, terme dont 
la légende a fait depuis le pays des morts, 
Là se trouve la ville de ÉR #f Fong-touw, 
vestibule des enfers. — Ou bien l'âme 
traversant une tempête de poussière 
jaune qui l'aveugle (la couche tte iimon 
jaune qui constitue le sol de la Chine), 
arrive dans une région inférieure, abso- 
lument semblable au monde des vi- 
Vants. — Le trépas se passe sans peine ni 


douleur, si bien que souvent l'âme ne 
s'en aperçoil pas. 


vil 


T'ous ceux qui se suicident ou qui pé- 
rissent de malemort, n'ayant pas été 
cités et n'étant pas conduits, ne peuvent 
pas trouver le chemin des enfers, et doi- 
vent errer provisoirement. Les céré- 
monfes bouddhiques pour faire arriver 
les âmes errantes à ia réincarnation, 
sont, le système étant admis, assez rai- 
sonnabies. Mais, dans le Lore moderne, 
les idées les pius incohérentes et les plus 
fantastiques règuent sur ce point. — Une 
chose est admise comme certaine par 
tous, sans qu'on puisse l'expliquer par 
aucune théorie, C'est que l'âme de tout 
suicidé, cherche à tuer ou à induire au 
suicide un autre homme. Si elle réussit, 
elle sera réincarnée, et l'autre âme er- 
rera à sa place. De ji la croyance géné- 
raie que tout lieu où quelqu'un s’est pen- 
du ou noyé, est hanté et dangereux. 一 
L'état des À koëèi âmes errantes, est à 
peu près celui des prêtas bouddhiques 
(TP page 363). Les âmes de ceux qui 
ont été tués, dites Æ  yuän-koei, dé- 
noncent leurs meurtriers aux juges, ou 
se vengent elles-mêmes sur eux, Ces 
âmes sont aussi parfois appelées 供 
tch'äug. 


Vi 


Une catégorie spéciale d'êtres mal- 
faisants, sont les 姑 性 yao-koai spectres 
plus puissants et plus adroits que les 
autres. de peuse qu’ils sont la forme 
chinoise des asuras bouddhiques (TP 
page 351). Les 14 D'A ie-tch'a, yakchas 
bouddhiques (TP page 865), jouent 
aussi un assez grand rôle dans la légen- 
de. — Les génies des monts, des fleuves, 
des forêts, sont appelés chénn, ou koëi, 
ou koûi, Le foik-lore moderne paraît les 


| 


classer plutôt dans cette dernière caté: 
gôrle. 


1x 


L'homme a deux àmes. Après la mott; 
l'âme supérieure ä% hoûan ou 种 chéan 
se dissipe, disent les Néo-tontfucianistes ; 
se réincarne, disent les Bouddhistes; 
s'en va Vivre dans le monde intérieur; 
disént les Taoïstés. Pratiquement, la 
réinéaf*nation, la mélempsycose, est 
admisé par tous, quoi qu'il en soit de 
leurs théories, et le peuple ne connaît 
que cela. Elle se fait, ou bien daus le 
f@tus à terme d’une lemme enceinte, le: 
quel n’est informé, avant l'accouchement, 
que par une âme inférieure; ou bien 
* dansun cadavre encore frais d'homme ou 
de bête. L'âme peul aussi revenir à son 


_ propre cadavre, tant que celui-ci n’est 


pas décomposé, De sorte que la résur- 
rection d’un mort, est, pour ies Chinois, 
une chose assez naturelle, et qui ne 
prouve pas grand’chose, — Une âme 
supérieure peut aussi se loger à temps 
dans le corps d’un homme vivant, possé» 
der cet homme, parler par sa bouche, 
agir par ses mains, etc. — Quand l'âme 
supérieure a quitté le corps, l'âme inté- 
rieure É$ p'âl peut conserver celui-ci, 
durant un temps qui varie selon le degré 
de sa force, de sou énergie; puis elle 
s'éteint, et le corps tombe en poussière: 
Quand l’âme intérieure, laquelle est dé= 
raisounable, est très forte, elle couserve 
le corps très longtemps, et s’en sert à 


Ses fins. Ces corps informés seulement 


par uue âme fnuférieure, qu’on appelle 
# F kiäog-cheu, sont d'afireux vampi= 


res, stupides et féroces, qui tuent el dé- 


vorent les hoinmes, violent les femmes, 
elc. Pour éviter ces inalheuts, tout cokps 
quine se décompose pas normalement 
après la mort, doit être incinêrêé. — Un 
#uelette décharné, un crâne, ut os quel- 
conque, peuvent, du fait de l’Âtmeé iuté- 
| rieure qui y adhère encore, commettre, 


9 


après de longs siècles, ioute sorte de 
méchancetès. De là vient que les osse- 
ments sont redoutés, et éloignés des 
habitations. — Outre les deux âmes prin- 
cipales, il y a de petites âmes des divers 
viscères. Etc, 


x 


Durant le rève, hane supérieure sort 
du corps par la grande fontanelle au 
haut du crâne, et va fiâner. Les choses 
révées, sont ce qu'elle rencontre et 
éprouve durant sa flänerie, des réalités 
objectives vraies. Il est très difficile de 
persuader les Chinois de la subjectivité 
des songes, = ‘Tandis qu'elle fane de- 
hors, l’âme supérieure peut être captu- 
rée, ou tellement effrayée qu'elle ne re- 
trouve pas son corps. Dans ce cas, ou 
blen iane inférieure continue à faire 
vivre le corps, et l'homme reste dément; 
ou bien l'âme intérieure s'éteint, et le 
corps se décompose. — Certains indivi= 
dus peuvent aussi envoyer leur âme au 
loin, à volonté, dans l'état de veille, pour 
explorer, s'informer, etc: 


XI 


Presque toujours l'âme supérieuté 
sortie du Corps, est représentée comme 
gardaut la tigure du corps, costume 
compris. L'ùme intérieure déraisonnablie 
restée dans le corps, est parfois repré: 
sentée comme raisonnable. De IA les cas 


‘ de doubles plus ou moins partaîits, 18 


même individu dédoublè biloquait, 
agissant en deux lleux, conversant avec 
soi-même, etc. Ces histoires extraor- 
dinalres, sont au fond contraires à la 
thèorié de toutes les sectes, — Parfois 
l'âme supèrieure sortie du corps, appa: 
raît sous une autre formé; mouche, gril- 
lon, etc. 


10 
XIL 


Les morts conservent leurs amours 
et leurs haines. Iis se livrent aux occu- 
pations qu'ils añinafent de leur vivant, 
musique, danse, jeu, chasse. Les armées 
de jadis, se font encore la guerre. Aucune 
théorie n'explique ces choses. Rien de 
plus fantastique, que les scènes macabres 
du folk-lore chinois. Le tra le plus 
hideux, le plus éxploité, le plus rebattu, 
ee sont les rapporis sexuels entre morts 
et vivants. 


XHH 


Minuñt est l'heure des spectres. Le 
ehaut du coq et l’aube du jour les chas- 
sent tous. La présence d’honnêles gens 
suffit aussi parfois pour ies iaire déguer:- 
pir. La tisane de gingembre fait revenir 
à eux les vivants qu'ils ont épouvantés. 


MIV 


Be même qu'une âme peut passer 
d'un corps dans un autre, de même une 
partie matérielle dun corps peut être 
substiiluée à la partie correspondanie 
d'un autre corps, une tête à une têle, un 
eœæur à un cœur. Gette croyance taoiïste 
est praliquement admise par tous. 


XV 


La géomaneie,sous tontes ses formes, 
et avec toutes ses conséquences, est crue 
et pratiquée par tous. L'influx heureux 
d'un terrain faste,-est dérivésurles meim- 
bres d'une famille, par ies éssements de 
leurs ancêtres enterrés dans ce terrain, 
ces ossements servant comm# de conduc- 
teurs. L'influx peut être capté à son pro- 
Hi, par celui qui enterre secrètément 


dans le cimetière un os de l'un des 
siens. — L'astrologie est moins cultivée 
que jadis, mais elle a encore ses adeptes, 


AVE 


On peut se procurer des renseigne: 
ments sur les choses d'outre-tombe, et, 
dans de certaines limiles, sur l'avenir, 
par le 扶 此 fôu-loan, pratique spirite 
qui consiste à suspendre un pinceau sous 
un crible, au-dessus d'une teuille de pa- 
plier ou d’une couche de cendre fine. 
L'évocateur pose la question. Le pinceau 
se inetl et écril la réponse, sur le papier 
ou sur la cemdre,. 


XVI 


Un pouvoir transcendant, mais li: 
mité, est reconnu indistinctemnent par 
tous, aux bonzes, t4o-cheu, et lettrés ver 
tueux; spécialement au % X É Tchäng- 
tien~cheu Maitre céleste ‘Tchang, le 
patriarche .des taoïstes (voyez TH page 
1845). 一 Les tâo-cheu ont ia spécialité 
des fôu charmes protecteurs, et de in 
capture des koëi et des yäo-koai. Is les 
euterment daus des bouteilles, qu'ils 
seelient duu seeau, et enterment dans 
une cave souterraine. — Le texte du livre 
des Mutations est très efficace contre les 
reveunan{s et ies maléHices. — L'aspersion 
pi le sang de clien, rompt tous les char“ 
mes; el Ôte leur pouvoir aux magiciens. 


AVIH 


kes magiciens #K A, yäo-jenn, sont 
censés pouvoir faire, pur leurs formules, 
les choses les plus fantastiques. En ce 
geure, les Ehinois ne doutent absolument 
de rien. Fout est possible, disent-fls, à 
qui a le mot. 一 Ea particulier, les magi- 
ciens peuvent extraire l'âine supérieure 


des vivants, se l’asservir, en abuser.— Els 
enlèvent ou changent, à volonté, des 
parties du corps. — Ils pratiquent toutes 
les formes de i’envoûütlement, dessinent le 
portrait d’une personne qu'ils font eu- 
suite souffrir ou mourir en y enfouçant 
des épingles, fabriquent des figures ou 
des objets en papier qu'ils lancent contre 
leurs victimes et qui se changent en 
agresseurs réels, elec. — Les histoires de 


‘ ce geure, innombrables, fuimaginables, 


crues par tous, ont causé lindifféreu- 
tisme absolu du peuple chinois, pour 
tous les faits d'ordre surnaturel. Dé- 
pourvu qu’il est de critique, à tout récit 
merveilleux il «x tôt fuit de répoudre, 
dans nos légendes nous ayous plus fort 
que cela. 


XIX 

Tout objel antique, devient, avec le 
temps, trausceuduut, iutelliyeut, animé, 
parfois bienfaisanut, ordinairement mal- 
laisant. Par exemple, les stèles, les tions 
el Les tortues de pierre, s'aulment Ju nuit, 
revêéleut d’autres formes, et font des 
choses inimaginabies. Jtem tous les 
objets reufermés daus les tombeaux..…. 
Mais ilu'enu faut pas tant que cela. Une 
vieille corde, un vieux balal, un vieux 


soulier, un snorceau de bois pourri, tout : 


vieil objet, peut devenir uv 魅 méi, être 
l'anscoudant, féroce et homicide. Pour 
ue pas parler des figuriues des pagodes, 
des sculptures des pouls, des pièces d’un 
jeu d'échecs, etc. Li faut absolument bri- 
ser et brülez ces objets néfastes, Jls ré- 
pandent alors du sang, el une odeur 
jufecte. — Leur influx pernicieux s'ap- 
pelle À soéi, ou 售 chèug. — Les démous 
des cauchemars s'appellent £ yèu. 


11 
XX 


Certains animaux peuvent à volonté 
apparaîire sous forme humalue, se con- 
duire en hommes, et avoir commerce 
avec les hommes. Cela est surtout le cas 
pour ies renards. Ils se trausformeut en 
ÿarÇous ou eu filles, et jouent le rôle des 
fucubes et des sucecubes des légendes 
médiévales. Des chiens, des loups, des 


ânes, des porcs, et autres uuiimaux, en 


funt parlois autaut. Cecl est d’origine 
bouddhique. Pour ies Bouddhistes, au- 


‘ cuue difiérence esseutielle entre l’hom- 


me et les anjmaux (TP page 859). 一 
Les tigres réduisent en esclavage les 
änes des hommes qu'ils ont dévorés. Ces 
âmes marchent devaut eux, pour leur 
iudiquer les pièges, pour teur servir de 
rubatteurs, etc. — Tous les animaux qui 
creusenl des terriers, qui vivent dans 
des trous, sont uu peu jf chéun traus- 
ceuduuts, Parce que, duruut le sileuce 
des nuits, ils euteudent quelque chose 
de ce qui se passe dans le monde infé- 
rieur, dit la théorie, 一 Les reuards reiè- 
veut d'une juridiction spéclale, dont le 
seutre est au mont sacré 4 j] T'âi-chan. 


XXI 

A uoter que l'impudicité, la prostlilu- 
tiou, même la sodomie, quoique décla- 
rées être choses moins raisonnables, sont 
jugées très béniguemeunt daus les coansul- 
tativus spirites et par les tributiaux in- 
fernaux. C'est que, disent toutes les sec- 
tes, après tout, ÿE #E M JE 9, À EX 
相 受 不 过 天 地 生物 之 心 esttatre 
ce que fout continuellement le ciel et la 
terre, dont l'embrassement produüft tous 


les êtres. 


12 


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Tchao-cheu raconte que, au temps 
où il était étudiant, un condisciple 
dormant profondément dans une cellule 
relirée du collège, ses camarades vou- 
lant se divertir, disposèrent devant son 
lil des parfums, des bougies, des fleurs, 
des fruits, du papier-monpaie, tout ce 
qu'on dispose devant les morts. Puis 
ils se mirent à l'affût, pour voir ce qui 
arriverait. A la fin, le dormeur s'éveil- 
la, considéra cet appareil, et dit: il 
parait que je suis mort. Sur ce, il se 
recoucha, poussa quelques soupirs, et 
parut se rendormir. Comme il restait 
toujours étendu, ses condisciples l’exa- 
minérent. 11 était vraiment mort. Ils 
enlevérent prestement les parfums et je 
reste, et se promirent mutuellement le 
secret. — Evidemment l’âme supérieure 
de ce jeune homme, partie durant son 
sommeil, se trouvant à son retour en 
présence de cet appareil funèbre, avait 
cru ne plus devoir rentrer dans son 
corps, et s'était dissipée. 


‘Voyez Introduction IX et X. — Texte du treizième 
siècle. . 


2 


Durant le second niois de l'an 1738, 
la foudre tua un soldat. Cet homme 
avait bonne réputation. Aussi fut-on 
très étonné de le voir mourir foudroyé. 
Alors un vieux soldat du même corps, 
révéla ce qui suit. — Sans doute, dit-il, 

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É2:] 


2, — 


depuis bien des années, cet homme se 
conduisait bien. Mais, il y a de cela 
vingt ans, durant une expédition, il 
commit une faute, que je sais, pour 
avoir été alors son compagnon. Comme 
notre général chassait au pied du mont 
Käo-t'ing, mon camarade dressa notre 
tente au bord d’un chemin. Sur le soir, 
une jeune bonzesse passa par là. Prof- 
tant de ce que le lieu était désert, mon 
camarade la saisit, l’entraîna dans la 
tente, et voulut lui faire violence. La 
bonzesse résista énergiquement, et réus- 
sit à s'échapper, sans son pantalon, 
qu'il lui avait arraché. Comme il lui 
donnait la chasse, elle se réfugia dans 
une ferme. Mon camarade revint fort 
désappointé. — Dans la ferme où la 
bonzesse avait cherché asile, il n'y avait 
qu’une jeune femme avec son petit en- 
fant, le mari travaillant au dehors. La 
jeune femme ne voulut d’abord pas re- 
cevoir la bonzesse. Mais, quand celle- 
ci lui eut raconté son aventure, et l’eut 
Suppliée de la garder pour la nuit, la 
femme touchée de compassion y con- 
sentit, et lui prêta son pantalon de re- 


Change, que la bonzesse promit de rap- 


porter au plus tard le surlendemain. 
Avant l'aube, la bonzesse partit. — Ce: 
jour-là, le fermier étant rentré crotté, 
demanda à sa femme son pantalon de 
rechange. Celle-ci ayant ouvert le coffre 
aux habits, n’y trouva que son propre 
pantalon; celui de son mari manquait. 
Elle comprit alors que, par inadvertan- 
ce, elle avait donné à la bonzesse le 
pantalon de son mari au lieu du 
sien. — Avant qu'elle eût imaginé que 
dire pour s’excuser, le petit enfant 


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— 2. 一 15 


s'écria: c'est le bonze, qui a passé la 
puit, qui l'a emporté. — Le fermier 
dressa l'oreille. Que dis-tu 1à? deman- 
da-t-il à l'enfant. — Hier soir, dit celui- 
ci, un bonze est venu. A sa prière, 
maman l'a gardé pour la nuit, et lui a 
donné un pantalon. 1 est parti avant 
le jour. — Ce n'était pas un bonze, 


- c'était une bonzesse, protesta la fem- 


me. 一 Le mari ne la crut pas. Il lui 
dit les pires injures. la battit cruclle- 
ment, puis alla conter sa disgrâce à tous 
ses voisins. La chose étant arrivée du- 
rant la nuit, ceux-ci ne purent rien dire 
pour la défense de la femme. — Outrée 
de l'affront qui lui était fait, celle-ci se 


-pendit, Le mart mit son cadavre en 


bière. 一 Le lendemain, au moment où 
ii ouvrit sa porte, la bonzesse se pré- 
senta, pour remercier du service rendu, 
avec le pantalon emprunté, et un pa- 
nier de gâteaux. Dés qu'il la vit, l'en- 
fant s'écria: papa, voilà que le bonze, 
qui a passé la nuit ici, est revenu. 一 
Le fermier comprit alors son erreur. 
Fou de deuleur, il assomma sorenfart 
devant le cercueil de sa mère, puis se 
pendit. — Pour s'éviter les tracas et 
les frais d'une déclaration au mandarin, 
les villageois ensevelirent toute eette 
famille, le père, la mère et l'enfant, et 
aucune recherche ne fut faite. Cepen- 
dant, un an après, notre général étant 
de nouveau allé chasser dans les mêmes 
parages, ils lui parlérent du malheur 
causé par l'un des siens. Seul à savoir 
qui était le coupable, je ne le dénoncai 
pas, mais l'exhortai fortement, el il° 
changea de vie. Je pensais que sa bon- 
ne conduite aurait couvert son méfaik, 


1 — 9,3 一 
Et voilà que, après vingt ans, le Ciel 
l'a frappé. On ne lui échappe pas. 
Voyez Introduction IV. — Bonzes et bonzesses ont 
la têle rasée, et portent des vêtements presque identi- 
ques. Un pelit enfant peut les confondre facilement. 
Voyez TP pages 446 et 448. 一 L'ameublement d’un 
paysan chinois comprend, une caisse pour les sapèques, 


un coffre pour les habits, quelques jarres et paniers 
pour les provisions. 


| 


| 


o 


En 1673, durant l'hiver, un mar 
chaud venant du midi, allait pour ses 
affaires au Chän-tong. Îl avait dépassé 
Sü-tcheou-fou, et approchait de Fôu-li. 
La nuit vint. A la deuxième veille, le 
vent du nord se mit à souffler avec 
violence. Le marchand vit alors, au 
bord de la route, la lanterne d’une 
auberge. Il entra, demanda du vin à 
boire, et un gîte pour la nuit. Les gens 
de l’auberge parurent contrariés. Ce- 
pendant un vieillard, le voyant harassé, 
cut pitié de lui et lui dit: Nous venons 
de préparer leur souper à des soldats 
qui reviennent de loin. Il ne nous reste 
pas de vin à vous donner. Mais, à 
droite, il y a un cabinet, où vous pour- 
rez passer la nuit... Cela dit, il condui- 
sit le marchand au lieu indiqué. — 
Celui-ci souffrant de la faim et de la 
soif, ne put pas s'endormir. Bientôt il 
entendit, dans la cour, uu bruit confus 
d'hommes et de chevaux. Piqué de 
curiosité, il se leva, et regardant par 
une fente de la porte, il vit la cour de 
l'auberge et les alentours remplis 
d'hommes d'armes, qui, assis à terre, 
buvaient, mangealent, el parlaient de , 


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3. 一 17 


choses mililaires, aüuxquelles il ne 
comprit rien. Soudain tous crièrent: le 
général arrive; et, comme on enten- 
dait déjà les appels de son escorte, les 
soldats qui remplissaient la cour sorti- 
rent tous à sa rencohtre. Bientôt, pré- 
cédé par plusieurs dizaines de lanternes - 
en papier, un homme à l'air robuste et 
martial, . à la longue barbe, arriva à la 
porte de l'auberge, desceñdit de cheval, 
entra, et s’assit à la place d'honneur 
dans la grande salle, Tandis que ses 
officiers se tenaient à la porte de de- 

vant, les gens de l’auberge lui servirent 
son repas, du vin el des mets. 1 man- 
gea et but bruyamment. Quand il eut 
fini, il appela ses officicrs en sa pfé- 
sence, et leur dit: Volci lohgtemps que 
vous êtes sortis. Retournez chacun à 
sa section. Je vais prendre un peu de 
repos. Quand l'ordre en sera venu, 
nous nous temeltrons en campaghe 
sans retard, 一 Les officiers répondirent 
par l'acclamation atcoutuinée, et sor- 
tirent. Alors le général appela A-ts'il 
Aussitôt un tout jeune officier sortit 
de Fappartement latéral de gauche. 
Les gens de l'auberge-fermérent la 
porte de devant, et se retirèrent. — 
A-ts'i introduisit le général barbu dans 
l'appartemeht de gauche. Les rayons 
d'une lampe filtraient à travers les fen- 
tes. Intrigué, le marchand sortit de 
son cabinet à droite, et vint épier ce 
qui se passait dans l’appartement. Îl 
n’y vit qu'un lit de camp en rotin, sans 
literie. Une lampe était placée sur le 
sol. 一 Alors le général barbu prit sa 
tête à deux mains, l'enleva de dessus 
ses épaules, et la déposa sur le lit de 


3 


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8 — 


camp. Puis A-ts'i lui enleva les deux 
bras, et les déposa sur le lit, l'un à 
droite, l’autre à gauche. Ensuite, le 
corps élant étendu, A-ts'i défit et dis- 
posa de même les membres inférieurs 
droit et gauche. A ce moment la lampe 
s'éteignit. — Epouvanté, le marchand 
s'enfuit dans son cabinet, se coucha, se 
couvrit les yeux avec ses manches, et ne 
dormit pas de la nuît. Entre le premier 
et le second chant du coq, il se sentit de 
plus en plus pénétré par un froid très 
vif. Il S’enhardit enfin à découvrir ses 
yeux. L'’aube blanchissait. 11 était cou- 
ehé dans un hallter sauvage, en pleine 
lande. Pas trace, ni d'une habitation, 
ni d'une tombe. TFransi de froid, il 
marcha l’espace de troïs stades, et arri- 
va à une auberge, dont on ouvrait jus- 
tement les portes. Etonné de voir un 
hôle arriver à une heure aussi matinale, 
l’'aubergiste lui demanda d'où il venait. 
Le marchand lui raconta sen histoire, 
Vous avez dermi, lui dit l'aubergiste, 
sur un ancien champ de bataille. 

Voyez Introduction XI. 一 St-tchlieou-fou, l'an- 
eienne 5 城 P'éng-tch'eng, fut une place forte 
importante à toutes les périodes de l'histoire de Chine. 
Son territoire vit de fréquentes et immenses boucheries | 
humaines. Voyez par exemple, TH page 316, le récit 
d'une journée, qui y coula la vie à près de 300 mille 
hommes, en 205 avant 3.C. — Il s'agit probablement, 
dans cette histoire, d'un ancien général, lequel, tombé 
sur le champ de bataille, fut démembré par les soldats 
avides de toucher la prime promise à qui le tuerait. 
Voyez les circonstanees de la mort de 项 籍 Hidng-tsie, 
TH page 380. — Ce fut toujours l'usage des officiers 
chinois, de se faire servir par de très jeunes gens, pres 
que des enfants. Voyez TH page 984 en note, 


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4. Dans les deux provinces Yünn- 
nan et Koëéi-tcheou, les sciences occul- 

tes sont très cultivées. Le grand-juge 

du Koëi-tcheou, Féi-yuanloung, se 
rendait au Yünn-nan. Soudain un cer- 
tain Tchäng, cavalier de son escorte, 
poussa un cri et tomba de cheval. Sa 
jambe gauche avait disparu. Péi com- 
prit qu'un magicien avait fait ce coup. 

Il fit afficher une proclamation, promet- 
tant grosse récompense à celui qui 
rendrait sa jambe au Tchäng. Un vieil- 
lard se présenta. C'est moi, dit-il, qui 

ai puni ainsi ce Tchäng, des excès qu'il 

a commis sous le couvert de son mai- 
tre... Le Tchäng demanda pardon, et 

le supplia de lui rendre sa jambe... 
Alors le vieillard tira d'une bourse qui 
pendait à sa ceinture, une toute petite 
jambe, grosse à peine comme la patte 
d'une grenouille. Il souffla dessus, 
récita une formule, et la jeta au 
Tchäng, lequel se retrouva instantané- 
ment avec deux jambes pareilles, com- 

me devant. Le vieillard toucha la ré- 
compense promise, et s'en alla. — 
Mais, me direz-vous, pourquoi le grand- 
juge Péi-yuanloung ne le fit-il pas ap- 
préhender et punir?.. C’est qu'il n'était 
pas sûr d’en avoir raison. Voici, en 
effet, ce qu'il avait vu jadis, au Koéi- 
_tcheou. 一 5. Un jeune vaurien avait 
人 commis tant de crimes, que ses dossiers 
+ judiciaires formaient une montagne de 
| papier. Des mandarins. l'avaient fait, à 
diverses reprises, battre à mort, déca- 

| piter, jeter à la riviére. Chaque fois, 


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le troisième jour, il était ressuscité, et 

avait recommencé, dès le cinquième 
jour, à commettre de nouveaux crimes. 

Enfin le gouverneur de la province 
exaspéré, le fit de nouveau décapiter. 
On jeta sa tête et son corps en des 
lieux distants l’un de l'autre. Trois 
jours après, la tete avait rejoint le 
corps, et notre homme était encore res- 
suscité. Il ne lui restait, de ses diverses 
décapitations, qu'un filet rouge autour 
du cou. Il se remit aussitôt à perpétrer 
de nouveaux crimes. — Un jour 让 battit 
sa mère. Mal lui en prit. La vieille alla 
trouver ie mandarin, lui remit un bocal, 
et lui dit: Dans ce vase est contenue 
l'âme supérieure de mon méchant fils. 
Quand il se prépare à faire un mauvais 
coup, il commence par la retirer de 
son corps, la réconforte, et l’enferme 
dans ce vase. Ce que le mandarin châtie 

ensuite, ce n’est que son corps (informé 

par l’âme inférieure). Après le suppli- 

ce, son âme supérieure réconfortée, 

ranime son corps, et le troisième jour 

il ressuscite. Maintenant qu'il m'a bat- 
lue, il a comblé la mesure de ses for- 
faits. Prenez ce vase, brisez-le, mettez- 
le dans un tarare. Quand son âme 
aura été dissipée par le souffle de la 

machine, exécutez son corps, et c'en 
sera fait de lui. — Le mandarin fit 
comme la vieille venait de dire. Il dis- 

sipa l’âme, et fit assommer le corps... 

Le vaurien ne ressuscita pas, et, avant 
dix jours révolus, son cadavre fut en 

pleine décomposition. 


Voyez Introduction IX, et TP page 184, — L'âme 
est sustentée, réconfortée, par certains aliments ( sang ), 
ou certaines drogues (cinabre). — Une âme supérieure 


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forte, peut guérir Le corps, même d’une blessure mortel- 


le. Une ame faible, ne peut rien pour lui. 


G 


Le bachelier Mä-chealinn de 
Tch'äng-tcheou (Kiäng-sou) raconte 
que, dans sa jeunesse, étudiant dans 
la maison de son père, il habitait à 
l'étage une chambre, dont la fenêtre 
donnait sur la terrasse d’un certain 
Wäng, marchand de chrysanthèmés 
(terrasse élevée, donnant du jour aux 
plantes cultivées en pots, et les mettant 
à l'abri des indiscrets). Un jour, de très 
bonne heure, alors que l’aube blanchis- 
sail à peine, le jeune Mà s'étant levé 
et aygproché de la fenêtre, pour voir le 
temps qu'il faisait, vit le Wâng sur sa 
terrasse, occupé à arroser ses fleurs. 
Celui-ci finissait et allait descendre, 
quand un homme portant deux seaux 
de purin, vint à passer. Il s'arrêta 
d’abord, puis, sans déposer sa charge, 
gravit la rampe qui conduisait à la ter- 
rasse, soi-disant pour aider le Wang à 
arroser. Mécontent, le Wang rebuffa 
cet intrus malpropre. Celui-ci s'obstina. 
Les deux hommes se heurtérent. Com- 
me il avait plu peu auparavant, la 
rampe était glissante. L'’envahisseur 
perdit pied, et tomba du haut en bas. 
Ses deux seaux lui tombérent sur la 
poitrine, et le tuerent net. Le Wâng 
épouvanté, eut la présence d'esprit de 
ne pas jeter un cri. Il ouvrit la porte 
de derrière de son habitation, prit le 
cadavre par les pieds, et le traina au 
bord de la rivière. Puis il alla prendre 


_ 6, — 


A nt Dee 8 6 M HG DR EH BAS BE PE | DH D 
SE WE D EH 25 ES ME D NS € BE NE ER Em > 
CT RT EL LME EE PET DELLE I COLE), 
ET NT I DENT IST L'ÉFDS LU-T. 
PR RE NUE à D be FUMER TN EN SET Dei 
BEM ÉD H UND > UN HAS BÈENSE UNSS M 


les deux seaux, les porta près du ca- 
. davre, rentra, ferma sa porte, et se. 
mit au lit. — Quoiqu'il fût encore fort 
jeune, Mà-cheulinn comprit qu'il valait 
mieux ne rien dire d’une si grave af- 
faire. Quand le jour fut venu, il enten- 
dit crier qu’on avait trouvé un-cadavre 
au bord de la rivière. On prévint le 
mandarin, lequel arriva, en grande 
pompe, vers midi. L'expert n'ayant 
trouvé sur le cadavre aucune blessure, | 
conclut qu'il n’y avait pas eu meurtre, 
mais mort par chute accidentelle. Le 
mandarin interrogea encore les villa- 
geois. Tous dirent qu'ils ne savaient 
rien. Alors le mandarin fit mettre le 
cadavre dans une bière qu'il scella, 
ordonna de rechercher les parents du 
mort, et s'en alla. — Neuf ans plus 
tard, Mà-cheulinn âgé de 21 ans, fut 
reçu bachelier. Son père étant mort 
laissant la famille dans la gêne, Mà- 
cheulinn continua à habiter sa cham- 
brette à l'étage, et vécut de leçons don- 
aées à quelques élèves. L'époque de 
l'examen triennal des bacheliers appro- 
chant, il se levait avant le jour, pour 
repasser ses classiques. Un matin, com- 
me il ouvrait sa fenêtre, il vil au loin, 
dans la rue, un homme qui Portait 
deux seaux, et s’approchait lentement. 
Il reconnut le porteur de purin. Très 
effrayé, le Mà peusa que ce koëi venait 
évidemment se venger du vieux Wang. 
Mais non; le koëi passa devant la porte 
du Wang, enfla une ruelle, fil encore 
quelques dizaines de pas, et entra dans 
la cour d’une famille Li, famille aisée 
et amie du Mà. Inquiet, celui-ci alla 
aux informations. A la porte des Li, il 


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ENS AIM S PNR H AU NÉ ANENLENTEN 
BAllHNAENrSÉMNNRABR-ABNENUNIUER 
ÉNRASSRINANO | RÉTNÉNRMPIOÉRS EE 
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dt œ Il l'ÉLMNÉSERSSSNDEE | MAÉ HR D ak 


2 OR 22 VHS 2 2 OR ES D SH NE OH I EE SES D LE 


一 6. 一 2 
rencontra un serviteur de ja maiso 
qui sortait... Qu'y a-t-il? demanda 
Ma... Il y a, répondit le domestiqu 
que notre maîtresse est prise des do: 
leurs de l’enfantement; je vais quér 
l’accoucheuse... Est-il entré chez vo 
un homme portant deux seaux? d 
manda le Mà... Du tout, répondit 
domestique... Au même instant, u 
servante rappelait le domestique, 
disant: inutile de chercher l’acco 
cheuse; notre matlresse vient de me 
tre au monde un beau garçon... Le 1 
comprit alors, que le porteur de pur 
était venu, non pour se venger, mé 
pour se réincarner. Cependant, se di 
il, c'est étrange! Pourquoi ce pauy 
diable est-il venu se réinearner da 
cette riche famille? — Depuis lors, sa 
rien dire, le Mà observa les Li du co 
de l'œil, pour voir ce qui arrivera 
Sept ans plos tard, le petit Li grandi 
sant, montra une profonde aversi 
pour l'étude, et un goût prononcé po 
l'élevage des ofseaux. Le vieux Wan 
alors âgé de plus de 80 ans, raffolait , 
ses chrysanthémes plus que jamais. 
Un jour, de grand matin, le Ma éta 
de nouveau à sa fenêtre, et le Wa: 
arrosant encore ses fleurs sur sa tk 
rasse, le petit Li ouvrit la lucarne 
son pigeonnier. Une dizaine de pigeo 
s’envolèrent, et allërent se percher s 
la balustrade de la terrasse du Wäàr 
Craignant qu'ils ne prissent le larg 

_ F'enfant les rappela. Comme ils ne re 
traient pas, il prit un caillou et le le 
jeta. Le caillou frappa le Wäng, q 
s'apprélait à descendre de sa terrass 
Saisi, le vicillard perdit l'équilib 


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tomba du haut en bas, et se tua net. 
Le petit Li ne cria pas, ferma la Jucarne 
du pigeonnier, et se relira. 一 Quand 
le jour fut venu, les enfants et petits- 
enfants du Wang ramassèrent son ca- 
davre. [l s’est tué par accident, dirent- 
ils; et ils l’enterrérent, après les pleurs 
d'usage. 
Cas de mélempsycose et de rétribution. Voyez Intro- 
duction IX et XI. — Koëëi, ici l’Ame sapérieure du défunt, 
ayant conservé sa forme, essentiel et accessoires. 一 Les 
âmes qui ne veulent pas pardonner, restent koëi, êt se 
vengent dans cet état sciemment. Celles qui ont par- 
donné, sont parfois réincarnées, par ordre des juges 
infernaux, de manière à venger elles-mêmes leur an- 


tienne injure inconsciemment. C’est le cas dans l’histoire 
ci-dessus, 


7 


Jadis, à Häng-ttheou:tou (Tchée- 
kiang), de jeunes vauriens s'étaient 
réunis eu bande. Ils avaient tous bu 
du vin mele de leur sang, s'étaient 
juré une fidélité inviolable, et s'étaient 
fait tatouer sur le dos l’image d’un 
dragon noir. Cette bande du dragon 
noir désolait bourgs et villages par ses 
brigandages. En 1735, le grand-juge 
Fân-kouosuan la traqua. La plupart de 
ses membres furent mis à mort, mais 
le chef Tèng-toh'ao parvint à Sechap- 
per. Un peu plus tard, j'ai oublié 
en quelle année, durant l'hiver, ceux 
de sa bande qui avaient été décapités, 
lui apparurent en songe et lui dirent : 
Vous étiez notre chef. Jusqu'ici vous 
avez réussi à échapper à votre châti- 
ment. Mais, l'an prochain, le Ciel vous 
frappera. — Très effrayé, le Tèng leur 


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demanda s'il n'y avall plus pour lui 
aucun moyen de salut. — Ses anciens 
camarades répondirent: Adressez-vous 
au bone qui habite une paillote près 
de la pagode Pào-chou-t'a, altachez- 
vous à lui comme disciple, observez 
bien la régle, et vous serez peut-être 
sauvé. 一 Quand il se fut réveillé, le 
Tong alla à l'endroit indiqué. H y 
trouva de fait un vieux bouze, assis 
dans une petite paillole, et récitant ses 
prières. Le Tdng se prosterna à ses 
pleds, pleurant, confessant ses péchés, 
et le prlant de vouloir blen le sauver 
en l'acceplant pour son disciple. Le 
bonze chercha d'abord à l’éconduire, 
en protestant humblement de son inca- 
pacilé. Mais comme le Tbng persistait, 
touché de la sincérité de son repentir, 
le bonze lut coupa les cheveux et le 
reçut comme novice. IH lui imposa de 
réciler des prières durant le jour, et 
de battre le tambour de bols durant la 
puit, en Implorant la pit de boud> 
dha. — Durant le reste de l'hiver et 
tout le printemps, le novice se donna 
beaucoup de mal. Au quatrième mois, 
un jour qu’il revenait de quêter sur le 
marché, il entra pour se reposer dans 
le temple du génie du lieu, et s'y en> 
dormit. Ses anciens compagnons lui 
apparurent de nouveau en songe, et lui 
dirent: Rentre vite! rentre vite! Ce 
soir le génie de la foudre passera par 
ici. = La frayeur éveilla le Tong, qui 
rentre vite à la pagode. Le jour bais- 
sait. On entendit bientôt au loin le 
roulement du tonnerre. Le novice conta 
son rêve au vieux bonze. Celui-ci le fit 
mettre à genoux devant lui, placa su 


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tête sur ses genoux, la couvrit de ses 
longues manches, et se mit à réciter 
des prières. Bientôt l'orage se déchatna. 
La foudre tomba coup sur coup, sept 
ou huit fuis de suite, tout autour de Ja 
paillote. Puis la tempête et le tonnerre 
se turent, le ciel se découvrit et la lune 
brilla. — Le danger est passé, dit le 
vieux bonze, en relevant le novice; 
désormais tu n'as plus rien à crain- 
dre. 一 Rassuré, le Tong remercia et 
sorlit de la paillote. Au même instant, 
ab éclair éblouissant jaillit, accompa- 
gné d'un coup de tonnerre formidable. 
Le Tong tomba foudroyé sur le pavé. 
Voyez Introduction IV et XVI. 


8 


À Hôa-tcheou-fou (Tchée-kiang), 
l’assesseur Chènn-pingtchenn faisait la, 
sieste dans son cabinet de travail. Sou- 
dain un satellile se présenta devant 
lui, et l’invita à le suivre. ll le con- 
duisit à travers une cour ombragée par 
d'épais bosquets de bambou, à une sal- 
le où se dressait sur un piédestal un 
miroir haut de plus d’une toise. Le 
satellite lui dit: Voyez ce que vous avez 
été, dans votre dernière existence. — 
Chènn regarda dans le miroir, et vit 
un personnage coiffé d’un bonnet car- 
ré, chaussé de souliers rouges, costume 
des lettrés sous la dynastie Ming. — 
Voyez maintenant, dit le satellite, ce 
que vous avez été, dans votre avant- 
dernière existence. 一 Chènn regarda 
de nouveau dans le miroir, et vit un 


_ 8. — 


officier supérieur en costut 
dynastie Ming, chapeau n 
rouge, ceinture à boucle de ja 
noires. — À ce moment, un di 
entra, se prosterna devant ! 
lui dit: Me reconnaissez-vou 


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过 Is votre serviteur à Té-t'oung-: 
-ZE DAS ZA de cela deux cents ans... C 
= remit à Chènn un écrit. Qu 
WW RS 人 demanda Chènn. 一 Voici, di 
KA st 1e teur. Durant la période 
h DS Wf] (1522-1566 ) de la dynastie M 


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vous appeliez Wâng-siou, et 
siez les fonctions d’intendant 
du district de Tâ-t'oung-fou ( 
Vous avez été cité aujourd't 
une affaire de ce temps-là. Ci 
koëi ont porté plainte au juge 
Wénn-sinn-wang. Vous allez é 
rogé, à cause de leur mort. 
votre serviteur d'alors, je me 
que ces 500 hommes ont été tu 
votre avis. C'est le général X 
fait égorger. C'étaient des reb 
s'élant soumis après la défaite 
ts’'i, avaient ensuite repris le 
Le général X les fit massac: 
les empêcher de recommencer. 
lui aviez écrit une lettre, por 
suader d'agir ainsi. C'est cet 
que je viens de vous remell 
vous fera acquitter. — En e 
ce récit, Chènn se souvint aus: 
sément de ces choses loint: 
remercia son ancien domesti 
Voulez-vous continuer votre < 
pied ou en litière? demanda 
lite. 一 Comment un haut fonct 
irail-il à pied? s'exclama je ( 
que. — Alors une jolie lilière 


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porteurs enleva Ghènn. Après un trajet , 
de plusieurs stades, il arriva à un pa- 
lais. Dans la grande salle siégeait un 
personnage à barbe blanche, vêtu d’un 
costume royal. Un huissier en robe 
vivlelte et bonnet noir, lenant un re- 
gistre, appela l'intendant Wâng-siou. 一 | 
Veuillez appeler d'abord le général X, 
dit Chènn, car c'est de son affaire qu'il 
s'agit. 一 L'huissier appela le général 
X. Aussilôt un homme de haute stature, 
en uniforme el cuirasse, sortit d’un 
appartement latéral. Chènn le reconnut 
pour son ancien collèsue. Le juge l'in- 
Lerrogea longuement, puis appela dere- 
chef Wâng-siou. Chènn Savanca, salua 
des mains, et se Lint debout. 一 Le juge. 
jui dil: Le général X vient d'avouer 
que c'est lui qui a fait mettre à mort 
500 hommes de la bande de Lidu-ts'i. 
Vous prétendez que vous êles absolu- 
ment ionocent, parce que vous lui aviez 
écrit de ne pas le faire Mais les statuts 
des Ming vous donnaient sur lui plus 
de pouvoir que cela. Or vous n'avez 
pas fait davantage. Vous avez donc été 
au moins faible! — Chènnen convint. — 
Alors le général reprit la parole. Il m'a 
fallu tuer ces 500 hommes, dit-il, C'é- 
{ail nécessaire. Is avaient déjà manqué 
une fois à leur parole. Si je les avais 
lächés, ils y auraient manqué une se- 
conile fais. Comme général, ie les ai 
punis de mort, en vertu de mon man- 
dat, pour le bien du pays, et non par 
baine personnelle, — À ce moment, 
un tourbillon noir comme de l'encre, 
s'éleva devant le tribunal, accompagné 
de sifflements, et d'une insupportable 
odeur de sang. Puis, dans le tourbillon, 


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500 crânes roulérent comme des billes, 
suivis de 500 squelettes. Les crânes 
ouvraient leurs mâchoires, et cher- 
chaient à happer de leurs dents le gé- 
néral X... Chènn était terrifié. 一 Frap- 
pant sur sa table, le juge cria: Miséra- 
bles! n’avez-vous pas été décapités, pour 
vous être révollés de nouveau après une 
première soumission? — C'est vrai, 
répondirent les koëi. — Alors le général 
vous à fait décapiter justement, dit le 
juge. — Non pas, répondirent les koëi; 
il l’a fait pour plaire à l'empereur, 
pas pour le bien du pays et du peu- 
ple. — Pas pour votre bien, peut-être, 
ricana le juge; mais certainement 
pour le bien du pays. D'ailleurs voilà 
deux siècles que la chose est faite. Elle 
est périmée pour ma juridiction. J'en 
référerai au tribunal suprême du Pur 
Auguste. En attendant je décide: 
1° que, un soupçon planant SUrSa con- 
duile passée, l'ex-général X ne sera 
provisoirement pas promu chénn; 
2 que, comme vous ne voulez pas 
renoncer à votre ressenliment, vous ne 
serez pas encore réincarnés en hommes; 
3° que, en punition de sa faiblesse, l'ex- 
intendant Wang-siou renaitra fille, 
dans sa prochaine existence. — Les 
500 koëi, tenant chacun sa tête, se pros- 
ternèrent en disant : Qu'il soit fait com- 
me vous diles! — Le juge ordonna au 
satellile de reconduire Chènn..il repas- 
sa par la cour ombragée de bambous, 
el par la salle au miroir. Son ancien 
serviteur le félicilta de son acquitte- 


ment. — Venez ici, dit le satellite; 
voyez ce que vous avez élé durant celte 
existence. 一 Chènn regarda dans le 


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miroir, et s'y vit en coslume. d'asses- 
seur de la dynastie Ts'ing. — Regardez 
maintenant ce que vous allez devenir, | 
dit le satellite. — A ces mots, Chènn 
fut tellement saisi, qu'il s'éveilla, suant , 
à grosses gouttes. Il était étendu dans 
Son Cabinet de travail, Toute sa famille 
pleurait aulour de lui. On lui dit qu’il 
était resté sans connaissance, durant 
un jour et une nuit, la région du cœur 
seule restant légèrement chaude. 一 
Chènn avait vu, appendues autour du 
tribunal du juge infernal, quantité de 
sentences horizontales et verticales. I 
ne put se rappeler que les suivantes: 
Le t'ibunai infernal ne fait pas accep- 
tion des personnes. Tout est compté. 
sur l’abaque céleste. Quand l’eau bais- 
se, les cailloux paraissent; ainsi toute | 
faute est révélée, en son temps. 


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Voyez Introduction V. II. I. 一 Koëi, âmes non | 
réincarnées, souffrantes ou méchanies. Chénn, âmes non 
réincarnées, qni occupent les charges du monde infé- 
rieur. 一 Notez comme les grands de ce monde, sont 
traités aux enfers avec déférence. — Sur le miroir révé- 
lateur des consciences, ou des formes passées et futures, 
voyez TP pages 367, 340 et 342. — Nous retrouverons 
souvent l'appel en dernière instance au Sublime Souve- 
rain, au Pur Augusle. 


9 


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HORS 


A Nân-tck’ang-hien du Kiäng-si, au 
Pèi-lan-seu, deux jeuues gens étudiaient 
ensemble. Is s'aimaient beaucoup, et 
élaient très inlimes. L'aîné des deux 
étant allé voir sa famille, mourut subi- 
tement. Le plus jeune n'en savait rien 
encore. Un soir qu'il venait de se cou- 
cher, son grand camarade ouvrit La 


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porte, eutra, s’assit sur le bord du lit, 
lui caressa le dos et lui dit: IH n'y a 
pas dix jours que je t'ai quitté, el me 
voilà mort. Je suis uu koëi. Mais l’ami- 
tié que j'ai eue pour toi subsiste. Aussi 
n'ai-je pas voulu partir, sans venir 
auparavant prendre congé de toi. 一 La 
frayeur empêchant le petit de répondre, 
le grand lui dit doucement; Si j'étais 
venu pour te nuire, Le pailerais-je aussi 
amicalement? Ne crains rien. Je suis 
venu pour te confier mes derniers sou- 
hailts. — Que souhaites-tu? demanda 
le pelit, un peu rassuré. — Voici, dit 
le grand. Ma vieille mére a plus de 
70 aus, ma femme n'en a pas 30. Quel- 
ques boisseaux de grain chaque année, 
suffraient pour leur permettre de vivre. 
Je te prie-de te charger d'elles... Je 
laisse de bons manuscrits. Je te prie 
de les faire éditer, afin qu'il reste quel- 
que chose de moi... 
ligatures au marchand de pinceaux à 
écrire. Je Le prie d'acquitter cette det- 
te. 一 Je ferai tout cela, dit le petit, 一 
Merci, dit ie koëi. Alors il ne me reste 
qu'à meg aller... Cela dit, il sortit. 一 
Cependant le petit s'étant remis de sa 
première frayeur, son affection pour 
son ami s'était réveillée. Il le rappelu. 
Ce.ui-ci rentra, et s’assit de nouveau 
sur le bord du lit. Mais, quand le petit 
le regarda, c’élait un être tout autre, 
aux yeux fixes, aux traits détigurés, et , 
puant le cadavre. — Va-t-en, dit le 
pelit très effrayé... Le mort ne bougea 
pas. — Va-l-en, cria le petit, en frap- 
paut sur son lit... Le mortse leva, iDais 
ne partit pas. — Terrilié, le petit sauta 


du lit, et prit la fuite... Le mort courut 


Je dois quelques 


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après lui. — 由 eut beau détaler de tou: 
tes ses forces, le mort était toujours 
sur ses talons. ~ Aprés avoir couru 
ainsi l'espace de plusieurs stades, à 
bout de forces, l'enfant sauta par- 
dessus un mur, et tomba épuisé de 
l'autre côté... Le mort ne put pas sau- 
ter le mur, mais chercha encore à lan- 
cer sa bave au visage de l'enfant. 一 
Cependant, le jour étant venu, des pas- 
sants trouvérent l'enfant gisant sur le 
sol, et le rappelèrent à lui en lui fai- 
sant boire de l’infusion de gingem- 
bre. On avertit la famille du mort, 
qui cherchait son corps disparu. 
Elle l’emporta et l’enterra. 一 Voici 
comment il faut expliquer ce fait sin- 


- gulier. L'âme supérieure est bonne, 


l'âme inférieure est méchante; l'âme 
supérieure est humaine, l'âme infé- 
rieure est brutale. L'enfant dont nous 
venons de raconter l'histoire, fut d'’a- 
bord visité par l'âme supérieure bonne 
de son ancien ami. Mais l’âme infé- 
rieure (corporelle, cadavérique) avait 
suivi l’âme supérieure. Quand l'enfant 
rappela l'âme supérieure partie, ce fut 
l'âme inférieure qui se présenta. Or 
c'est l'âme supérieure qui fait l’homme, 
avec ses bons senlimeuts et ses affec- 
tions. L'âme inférieure est un tout 
autre être, stupide et bestial. L'âme 
supérieure du défunt traita l'enfant en 
ami; son âme inférieure faillit le détrui- 
re. Tous les cadavres errants, tous les 
vampires, sont des âmes inférieures 
(corporelles). Il faut qu'un homme soit 
arrivé à l’apogée de la perfeclion, pour 
que son âme inférieure elle aussi se boni- 
fie.quelque peu. C'est rarement le cas, 


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Voyez Introduction IX. — L'haleine st la bave des 
mofts tuent. — En Chine, loute veuve jeune encore et 
pauvre, cherche à se remarier. Si la veuve du défunt 
s'était remariée, ga Yieille mère rerait restée sans res- 
sources. De là sa sollicitude, filiale plutôt que conjugale, 


10 


À Hoäi-nan (Kiäng:sou), un certain 
Li et sa femme vivaient dans la meil。 
leure futelligence. Le mari n'avait pas 
quarante ans, quand il mourut. Aprés 
qu'on l’eut mis en bière, sa veuve in» 
consolable be permit pas de clouer le 
cercucil Matin ct soir, quand elle avait 
tiuf de pleurer devant le cercueil selon 
l'usage, elle soulcvait le couvercle et 
contemplait le cadavre de son mari. 一 
La croyance populaire à Hoëi-nan étant 
que, la septième nuit après la mort, le 
satellfle infernal ramène l'âme, person: 
ne ne voulut rester dans la maison 
imortuaire cette nuit-là. La veuve mit 
ses enfants en sûreté dans une autre 
chambre, et veilla près du cercueil, 
assise derrière le rideau de l'alcôve. 
Vers minuit, un souffle glacial remplit 
l'appartement, et la lumière des lampes 
devint blafarde. Bientôt entra, par la 
fenêtre, un grand diable haut de plus 
d'une toise, aux cheveux roux, aux 
yeux ronds. Il tenait d’une main une 
fourche en fer, et de l’autre une corde - 
par laquelle il tratuait l'âme du mail 
défunt. Dès qu'il eut vu les mets dis- 
posés sur la crédencc devant le cercueil, 
il déposa sa fourche, lâcha la corde, 
Sassit et se mit à manger et à boire 
goulûment. Cependant le mari -palpait 


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一 10. 一 


en pleurant l'ameublement de son an- 
cienne chambre, puis, s'étant approché 
de l'alcôve, il entr’ouvrit les rideaux. 
Sa femme tout en larmes le saisit-à bras 
le corps. Il était froid comme glace. 
Vile elle le roula dans une couverture, 
pour le cacher au diable roux. Celui-ci 
ayant fini de inanger et de boire, se 
mit en devoir de chercher son caplif. 
La femme appela à grands cris ses 
enfants, qui accoururent dans la 
chambre. Le diable roux s'éloigna tout 
décontenancé, oubliant même sa four- 
che. Alors la femme, aidée de ses 
enfants, introduisit dans le cercueil la 
couverture dans laquelle elle avait rou- 
lé l'âme de son mari. Bientôt le cadavre 
commença à respirer. Alors la femme 
el les enfants le lirérent du cercueil, 
le déposérent sur le lit, lui ingurgité- 
rent de l’eau de riz. Quand l'aube blau- 
chil, le défunt revint à Ia vie et reprit 
ses sens. — On examina la fourche 
oubliée par le diable roux. C'était une 


_ de ces fourchettes, sur lesquelles on 


brûle le papier-monnaie offert aux 
morts. — Mari el femme vécurent enco- 
re ensemble durant plus de vingt ans. 
La femme avait près de soixante ans, 
quand elle alla un jour faire sa prière 
au temple du génie de la ville. Soudain 
elle vil deux archers, qui amenaient 
un diable chargé d'une cangue. C'était 
son diable roux. Il la reconnut et lui 
dit: Ma gourmandise a fait que tu as 
pu jadis Le jouer de moi. Voilà vingt 
ans que je porte la cangue pour cet- 
te faute. Maïs aujourd’hui le jour 
est venu pour moi de compler avec 
toi. — La femme retourna à son logis. 


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Elle mourut le jour même. 


Voyez Introduction VI, IX et XIII. Ame rentrée 
dans son corps. — Le terme archers prouve qne cette 
histoire est du qualorzième siècle, époque mongole. La 
théorie du séjour de l'âme durant sept jours, ou du retour 
de l'âme après sept jours, avant son départ définitif, 
n'est pas chinoise, mais arabe-tnrque. 


11 


Ua vicillard originaire de la ville 
de Yäng-sinn au Chän-tong, s'était éta- 
bli dans le village de Ts'âi-tien, à cinq 
ou six stades de la ville. Il y tenait, 
avec ses fils, une auberge pour les mar- 
chands de passage, piétons et voitures. 
Un soir, à la nuit tombante, quatre 
voyageurs descendirent chez lui. Tou- 
tes les chambres de l'auherge étaient 
déjà occupées. Les quatre hommes fa- 
tigués priérent l'aubergiste de leur 
lrouver à tout prix un gite quelconque 
pour la nuit. L'hôle grommela, puis 
dil: J'ai bien ua local, mais pas sûr 
qu'il vous convienne. — Pourvu que 
nous puissions nous élendre sur une 
balte sous un foit, dirent les qualre 
hôles, le Yesle nous importe peu. 一 
Alors venez, dit l’aubergiste. 一 Or une 
des belles-filles de l'aubergiste venait 
de mourir. Son cadavre, non encore 
ensevel, avait été placé provisoirement 
dans une dépendance de l'auberge, 
située de l'autre côté de la rue. Son 
mari était allé acheter un cercueil. — 
L'aubergiste conduisit les quatre hom- 
mes dans cette dépendance. Dans une 
grande salle, une lampe bràlait sur 
une tablo, devant un rideau. Derrière 


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le rideau, Île corps de la morte habillé, 
gisait sur un lit. [l était couvert de la 
grande feuille de papier usuelle en 


‘ pareil cas. Dans la salle, il y avait 


quatre lits. 一 Exténués de fatigue, les 
quatre hommes prirent leur parti de 
celle mise en scène macabre. lis se 
couchérent, et trois d'entre eux ron- 
flèrent bientôt brayamment. — Le 
quatrième n'était pas encore complèle- 
ment endormi. Soudain il entendit cra- 
quer le lit sur lequel reposait le ca- 
davre. [ ouvrit lss yeux, et vit, à la 
lueur de la lampe, que le cadavre re- 
poussait la couverture de papier, et se 
mettait sur son séant. Puis il se leva, 
et sortant de derrière le rideau, a 
morte s'avança vers les lits. Elle essu- 
yait avec un chiffon de soie écrue, la 
sucur jaunâtre et visqueuse qui suintait , 
de san visage. S'approchant des trois 
homes endormie, elle souffla succes- 
sivement trois fois sur chacun d'eux. 
Epouvanté, le quatrième se glissa sous 
sa couverlure, et retint son haleine. 
La morte soufna {rois fois sur sa cou- 
verlure, puis se relira. Un instant après, 
le papier bruissait, le lil craquait. 
Notre homme s’enhardit à sortir la tâte 
de dessous sa couverture. Le cadavre 
élail recouché, immobile, comme il 
avait été d'abord. — 11 poussa alors du 
pied ses trois compagnons. Aucun ne 
bougeant, il comprit qu'ils étaient 
morts. — Le vampire avait paraît-il 
entendu ses mouvements, car il sc re- 
leva, revint souffler piusieurs fois sur 
Sa couverture, puis se retira et se re- 
coucha. — Cette fois, passant en hâte 
son pantalon, notre homme se précipita , 


— 11. 一 37 


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dehors. Il n'osa pas frapper à la porte 
de l'auberge, craignant de la trouver 
fermée et d'être pris dans l'impasse. Il 
prit donc sa course, à travers la rue 
du village, droit vers la ville, en pous- 
sant des cris de terreur. Le vampire 
courait derrière lui. Arrivé au faubourg 
oriental de la ville, il entendit des 
bonzes qui chantaient leur office de la 
nuit, en s'accompagnant du tambour 
de bois. Il appela, leur demandant 
asile; maïs eux, effrayés de son air, 
refusérent de lui ouvrir la porte. Il se 
retourna, et vit que le vampire allait 
l'atteindre Devant la pagode se dressait 
un grand peuplier. tl se réfugia derrière 
l'arbre, lournant autour, sautant à 
droile et à gauche, pour éviter l'étrein- 
te du vampire. Soudain Celui-ci fit un 
bond suprême. L'homme s'effaça, mais 
tomba épuisé sur le sol. Un grand si- 
lence se fit. 一 N'entendant plus de 
bruit, les bonzes ouvrirent la porte, et 
sorlirent avec des lauternes. Is trouvé- 
rent le marchand étendu, et paraissant 
mort. Le vampire debout et immobile, 
étreignait à deux.bras le tronc du peu- 


plier, qu'il avait saisi dans son élan, 


croyant saisir l’homme. Les bonzes 
ranimérent le marchand, et donnérent 
avis au mandarin. Celui-ci étant arrivé, 
ordonna à ses satellites de détacher 
le vampire de l'arbre. Ils n'y réussirent 
pas. Après examen, ils constatérent que 
quatre doigts de chaque main étaient 
enfoncés dans le tronc de l'arbre, de 
toute leur longueur. On les arracha, 
en Lirant en nombre el avec force. Cha- 
que doigt avait fait dans le bois un 
trou semblable à une mortaise taillée 


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berge de Ts'âi-tien. Ils trouvérent l'au- 


au ciseau. 一 Sur ces entrefaites, ke 
marchand ayant recouvré l'usage de la 
parole, avait raconté son histoire. Le 
mandarin envoya ses satellites à l’au- 


bergiste stupéfait de la disparilion de 
sa belle-fille, et de la mort de ses troi 
hôles. Les satellites Jui dirent ce qu 
était arrivé. 11 alla avec eux au fau 
bourg, pour chercher le cadavre. Quan 
au marchand, il dit en pleurant a 
mandarin: Je suis parti de chez mu 
avec trois associés. Que penseront me 
compatrioles, quund ils me verron 
revenir seul? 一 Le mandarin lui fi 
remeltre une pièce contenant le réci 
authentique de l'événement, et quelque 
argent pour la route. 

Introduction IX. — Tout cadavre non encore enter- 
ré, est un danger pour tout le monde. Les âmes inférieures 


des meilleures gens, sont, après leur mort, des êtres 
féroces, qui tuent pour tuer on pour dévorer. 


42 et 13 


12, Le lrait suivant est raconté das 
la biographie officielle de Koän-lou, le 
fameux devin du troisième siècle. À 
Ki-tcheou (Tchéu-li), les femmes r 
les filles de la famille du préfet, éprou: 
vaient d'étranges frayeurs. aoclurnes, 
et élaient affligées de singulières mala- 
dies. Le préfet consulla Koân-lou. Suus 
les fondements de votre hôtel, lui dit 
celui-ci, à l’ouest, sont enterrés les 
squeletles de deux hommes. L'an des 
deux tient une pique, l’autre un arc et 
des flèches. Leur tâle est en-dedans 
du mur, leurs pieds sont en-dehors. 


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— 19, 13. 一 39 


Les coups du piquier causent les cé- 
phalalgies de vos femmes, les flèches de 
archer sont cause de leurs cardialgies. 
Durant le jour ils vont fläner dehors, 
la nuit ils tourmentent vos gens. — 
Le préfet fit creuser la terre à l'endroit 
indiqué. Les deux squelettes furent 
découverts et exhumés. Aussitôt les 
habitants de l'hôtel recouvrèrent la 
paix et la santé. 


Introduction IX. — Que les ohjets enterrés avec 
les morts leur servent, c'est chose admise par tous. 


13. À Häng-tcheou (Tchée-kiang), 
un certain Minn-maokia aimait à jouer 
aux échecs. Son préc2pteur, un certain 
Soünn, jouait volontiers avec lui. Au 
sixième mois de l'an 1727, alors qu'il 
faisait très chaud, Minn invila quatre 
de ses amis et son précepteur. Qn joua 
aux échecs. Comme une partie venait 
de finir, le précepteur dit: Je me sens 
fatigué; je vais faire une petite sieste 
dans le bâtiment latéral oriental. — Peu 
après, on entendit des cris venant de 
l'appartement, où le précepteur s'était 
retiré. Minn y courut avec ses quatre 
amis. jlis trouvèrent le précepteur gisant 
à terre, bavant etrâlant. Quand ils Feu- 
rent ranioé en lui instillaut de Ja tisane 
de gingembre, ils lui demaudèrent ce 
qui lui était arrivé, — Je sommeillais 
sur le lit, dit-il, quand je sentis qu’un 
point de mon dos, grand comme une 
noix, devenait froid. Bientôt le point 
s'élendit, et alteiguit les dimensiuns 
d’une assielte, le froid devenant de 
plus en plus intense. Je palpai la natte 
sur laquelle j'étais couché, et fa trouvai 
glacée. Je cherchais en moi la raison 
de ce phénomène, quaud j'entendis, 


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sous le ÎÎt, comme un bruit de souffle, 
Je regardai, et vis un crâne, qui souf- 
flait vers la naite. de fus si épouvanté, 
que je tombai par terre. Le crâne bon: 
dil, et me porta des coups de tête. Je 
criai. Votre arrivée le fit disparattre. 一 
Les quatre invités dirent tous qu'il fal- 
lait creuser la terre sous le lit, pour 
exhumner le crâne autgur de cet atten- 
tat. Mais la famille Minn, craignant 
qu'il n’arrivât pis, préiéra condamner 
l'appartement, dont la porte fut cade- 
nassée. 


Introduction IX. — Le coutact des morts est froid, 
Leur souffle est glacial. Un eoup de vent froid précède 
leur arrivée. 


14 


C'est la croyance commune, que le 
monde des vivants et celui des morts, 
communiquent à Fông-tou, ville de la 
province du Séu-tch'oan. Près de cette 
ville se trouve uu puits, à l'orifice du- 
quel le peuple brûlait, bon an mal an, 
pour trente millions de sapèques de 
papier-monnaie et de papier-habits 
pour les morts. Les gens du peuple ap- 
pelalent cela payer l'impôt infernal. 
Ceux qui ne le payaient pas, seraient 
punis par des maladies et autres fléaux, 
disait-on. = Vers l'an 1650, un nou- 
veau sous-préfet nommé Liôu-kang 
ayant pris le gouvernement de la ville, 
entendit parler de celle coutume el 
l'interdit. Les gens du peuple réclamé: 
rent. Le sous-préfet maintint sa défen- 
se. Le peuple dit: quand vous vous 


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serez entendu avec les habitants du 
monde inférieur, nous vous obéirons. 一 
Où les trouver? demanda le sous- 
préfet. — Au fond du puits, répondit: 
le peuple. — Qui descendra? — Persun。 
ne ne s'offrit. — Or le sous-préfet Liôu- 
kang était brave. C'esl mon devoir, dit- 
il, d'exposer ma vie pour le bien de 
mon peuple. J'irai moi-même. — Le 
peuple eut beau protester. Le sous- 
préfet fit apporter de longues cordes, 
s’y altacha, et ordonna qu'on le des- 
cendit dans le puits. Son secrétaire 
Li-sien ayant demaudé à -l'xccompa- 
gner, satlacha aussi à une corde, On 
les descendit Lous deux dans le puits. 一 
Jusqu'à cinq toises de profondeur, 
l'obscurité devint de plus en plus com- 
plète. Plus bas, une nouvelle lumiére 
les éclaira peu à peu, et ils entrérent 
dans un monde inférieur, avec des vil- 
les et des édifices, lout pareils à ceux 
du.monde supérieur. Seulement Îles 
corps des habitants ne projetaient pas 
d'ombres, et pouvaient à volonté s’éle- 
ver dans l'air. — Bientôt un officier de 
rang iuférieur aborda Liôu-kang et lui 
dit: Vous eles mandarin dans le monde 
supérieur. Que venez-vous fuire ici? — 
Je viens, dit Liôu-kang, pour demander 
qu'on remelle à mon peuple l'impôt 
infernal. — C'est un bon mandarin 
celui-là, chuchota l'entourage du petit 
officier. — Pour cela, dit celui-ci à 
Liôu-kang, il faut vous adresser au juge 
Pao, qui siège actuellement à son tri- 
bunal. — Cela dit, il conduisit Liôu- 
kang dans un grand prétoire, et le fit 
monter à une salle haute, où siégeait 
un vieillard majestueux, vêtu comme 


6 


— 14. 一 


un roi. Les appariteurs criérent: le 
sous-préfet de F6ng-tou arrive. Le juge 
s'avança à sa rencontre, le salua, le fit 
asseoir à la place d'honneur, puis lui 
dit: Les mondes supérieur et inférieur 
sont séparés. Pour quelle affaire êtes- 
vous venu ici? — Liôu-kang se leva, 
salua, puis dit : Depuis bien des années, 
dans le district de Fông-tou, les récol- 
tes ont été mauvaises; le peuple est 
épuisé, et le gouvernement gêné Jui 
aussi, ne veut pas lui remettre les taxes; 
comment mon peuple pourrait-il encore 
payer l'impôt infernal? J'ai exposé ma 
vie, pour venir ici intercéder pour mon 
peuple. 一 Le juge Pio dit en riant: 
Cet impôt infernal, c’est encore une 


. invention de ces stupides bonzes et tào- 


cheu. Que d'argent ces gens-là souti- 
rent au peuple, sous prétexte de faire 
du bien aux morts. Et les morts ne 
peuvent pas averlir les vivants que tout 


. cela ne leur profite pas! Vous êtes un 


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mandarin intelligent, qui savez prendre 
à cœur le bien de votre peuple. Votre 
. requêle est parfaitement juste. 一 À ce 
moment un trait de lumière rouge des- 
cendit du ciel. Le juge Pao se leva et 
dit: Le Vainqueur des démons (Koän- 
ti) arrive. Veuillez vous retirer pour un 
instant. 一 Liôu-kang et son secrétaire 
se retirérent dans un cabinet attenant 
à la salle. Soudain Koän-ti descendit 
‘d'en haut majestueusement. Il était 
vêtu d’une robe verte, et portait une 
longue barbe. 11 salua le juge Päo, et 
lui parla longtemps de choses auxquel- 
les Liôu-kang ne comprit rien. Puis, 
tout à coup : Je sens ici l’odeur d hom- 
mes vivants, dit-il. — Le juge expliqua 


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— 14. 一 , 43 


ce qui en était. — Voilà un bon man- 
darin, dit Koän-ti; je veux le voir. 一 
Liôu-kang et son secrétaire furent 
introduits et saluëérent. 一 Koän-ti les 
fit asseoir, leur parla trés amicalement, 
et leur dit que, si les affaires du monde 
supérieur élaient compliquées, celles 
du monde inférieur l’étaient bien da- 
vantage. 一 Or le secrétaire Li-sien 
était un homme bardi et iucivil. Sou- 
dain il'demanda à Koän-ti: Et Huan- 
tei, qu'est-il devenu? — Koän-ti ne 
répondit pas, mais son visage exprima 
la colère, et ses cheveux se hérissérent. 
Il se leva et prit congé. — Après que 
le juge l’eut reconduit: Malheureux! 
dit-il au secrétaire, tu périras certaine- 
ment frappé par la foudre; il n'est pas 
en mon pouvoir de te sauver. Est-il 
possible que tu.aies osé demander pa- 
reille chose, et parler à un ministre de 
son prince en désignant celui-ci par 
son nom personnel? — Liôu-kang de- 
manda grâce pour son secrétaire. — 
Tout ce que je puis faire pour lui, dit 
le juge, c'est de le faire mourir de mort 
naturelle avant que la foudre ne Île 
frappe, et d'empêcher que son corps 
ae soit réduit en cendres... Et tirant 
de sa boîte un sceau en jade d'un pied 
carré de superficie, il ordonna à Li-sien 
de se découvrir, et le lui appliqua sur 
le dos... Puis Liôu-kang et Li-sien 
prirent congé, retournèrent au puits, 
et se firent remonter dans le monde 
supérieur. 一 Js n'étaient pas arrivés 
à la porte méridionale de Fôüng-tou, 
que Li-sien tomba mort, frappé dapo- 
plexie. On le mit en bière. Peu aprés 
un orage épouvantable se déchaîna. La 


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foudre tomba sur le cercueil, le con- 
suma avec les habits et le reste; mais 
le corps marqué du sceau du juge in-| 
fernal, ne fut pas détruit. 


Voyez Introduction VI. I. — Cette page est d'un 
Confucianiste plutôt sceptique. Nous enlen'trons la note 
contraire. — Ÿ 德 Hudn-tei est le nom personnel de 
&] ft Lidu-pei empereur 4 烈 党 Tchäo-lie-ti de 
la petite dynastie des #} 江 Hdn de Chôu, pour lequel 
Koän-u lutta et périt ( TH pages 975 et 970 ). Koän-u 
étant maintenant, dans le monde infernal, au-dessus de 
san ancien maitre, il ne fallait pas lui parler de ce mai- 
tre. Il fallait cneore moins appeler familièrement par 
son nom, celui pour qui Aoän-u s'était dévoué jusqu'à 
la mort. Péchés mortels contre les rits. — L'âme infé-, 
rieure est censée résider dans la région lombaire. 一 
Etre lué par la foudre, est infamant. 一 Quand un corps 
est incinéré, l’âme inférieure péril avec lui certainement. 
De là vient qu’on hrûle les êtres qu'on veut détruire 
entièrement, vampires el autres. 


45 


Sous la dynastie mongole Yuäân, à 
Ming-tcheou (Ning-p'ouo du Tchée- 
kiang), durant les cinq premiers jours 
de la première lune, et le quinze de la 
même lune, le soir on illuminait les 
rues. À celte occasion, la liberté était 
grande. Jeunes gens et jeunes. filles 
sorlaient, pour voir l'illumination. — En 
l'année këng-tzeu de la période tchéu- 
tcheng (1360), la nuit du quinze, un 
jeune lettré nommé K'iâo, qui venait de 
perdre sa femme, regardait l'illumina- 
tion du seuil de sa porte. Il était minuit 
passé, et la foule diminuait. Soudain 
le jeune homme vit une bonne, portant 
une lanterne sur laquelle étaient pein- 
tes deux pivoines, qui éclairait les td 


d'une jeune fille de.17 à 18 ans, vêtu 


一 15. 一 45 


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d'un surtout rouge sur une robe bleue. 
La jeune fille se dirigeait vers l'Ouest. 
Au clair de la lune, le jeune homme 
vit qu’elle était fort jolie, et son cœur 
prit feu. Il la suivit d’abord par der- 
riére, puis avança pour Ja considérer 
par devant. La jeune fille remarqua ce 
manège. Tournant la tele et souriant 
au jeune homme, elle lui dit: Que, 
saus nous l'être promis, nous nous 
rencoutrions ainsi au clair de la lune, 
cela n’est pas fortuit .. Le jeune homme 
la salua et dit: Feriez-vous bien à ma 
chaumière l'honneur de la visiler?.. 
Sans répondre, la jeune fille rappela la 
bonne qui marchait devant. Revenez, 
Kinn-lien, lui dit-elle; éclairez-nous… 
Le jeune homme donna la main à la 
jeune fille, et la conduisit chez lui, très 
conlent de sa bonne fortune. 11 lui de- 
manda d'où elle était, comment elle 
s'appelait. Je m'appelle Pôu-lik'ing, dit- 
elle. Mon père était juge à Hoä-tcheou 
(Koäng-tong). Mes parents sont morts. 
Je n'ai pas de frères. Je demeure seule, 
avec ma bonne Kinn-lien, dans le quar- 
tier Hôu-si... Le jeune homme la retint 
pour la nuit... Elle partit avant l’aube, 
puis revint le soir, quand la nuit fut 
tombée... Et ainsi de suile, durant une 
quiuzaine environ. — Cependant un 
voisin qui avait remarqué ces allées et 
venues, épia ce qui se passait, par une 
fente. A la tueur de la lampe, il vit que la 
personne qui élait assise à causer avec 
le K'iâo, avait une lête de mort fardée 
et poudrée... Très inquiet, dès le len- 
demain il alla trouver le jeune hom- 
me, et lui dit: Si vous continuez, il 
vous arrivera certainement malheur. 


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一 15. -一 


L'homme vivant est ying, les morts sont | 


yinn. Vous passez les nuits avec une 
morte, sans crainte de vous souiller à 
Son contact. Elle épuisera votre esprit 
vital, et vous fnirez misérablement, à 
la leur de vos années... Le jeune hom- 
me effrayé lui dit les références que la 
ieunue fille lui avait données... Allez les 
vérifier dès aujourd'hui, lui dit le voi- 
sin. — Le jeune homme alla donc aux 
reuseignements dans le quartier Hôu- 
si. 1] eut beau chercher et interroger, 
personne ne connaissait Mademoiselle 
Fôu... Faligué, il entra dans la pagode 
Hôu-sinn-seu, pour se reposer. Etant 
allé jusqu'au bout de la galerie latérale 


. occidentale, il arriva à une chambre 


isolée. La chambre contenait un cer- 


cueil, avec cette inscription : Fôu-lik'ing 
fille du juge Fôu de Hoä-tcheou. Devant 
le cercueil rendait une lanterne, ornée 
de deux pivoines. À côlé du cercueil 


se tenait debout l’image en papier d’une 
bonne, avec les deux lettres Kinn-lien.… 


A cetle vue, les cheveux du jeune 


homme se dressérent sur sa tête, et 
une sueur froide inenda tout son corps. 
Il s'enfuit à toutes jambes, sans regar- 
der en arriére. — N'osant pas passer la 
nuit chez lui, de peur d'être visité par 
le spectre, il demanda asile au voisin, 
Celui-ci lui dit: Les charmes du tao- 


cheu Wêéi, de la pagode Yuân-miao- 
Allez le 


koan, sont très puissants. 
trouver au plus tôt, pour lui demander 
secours. — Le lendemain, dés le matin, 
le jeunc homme alla trouver le tao- 
cheu. Avant qu'il eût ouvert la bouche, 


celui-ci lui dil: Des effluves de malheur 


s'échappent de tous vos pores. Que 


一 15. 一 47 


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venez-vous faire ici?.. Le jeune homme 
se prosterna devant le täo-cheu, et lui 
raconta son histoire, en le priant de le 
sauver... Le téo-cheu trempa son pin- 
ceau dans le vermillon, et traça deux 
charmes qu'il lui remit, avec ordre de 
coller l’un sur la porte de sa chambre, 
el l’autre dans l’alcôve de son lit. De 
plus il lui interdit absolument d'appro- 
cher même du Hôu-sinn-seu. — Le 
jeune homme revint avec les deux 
charmes, et fit comme le téo-cheu lui 
avait dit. Durant plus d'un mois, il ne 
reçut aucune visite nocturne. — Un 
soir il sortit pour visiter un ami, avec 
lequel il but jusqu'à une heure avancée 
de la nuit. L'ivresse lui fit oublier les 
ordres du tâo-cheu. En revenant, il 
passa devant le Hôu-sinn-seu. Kinn- 
lien l’attendait à la porte. Voilà bien 
longtemps que Mademoiselle vous dési- 
re, dit-elle. Comment avez-vous pu 
l'oublier ainsi? Venez! 一 Hébété, le 
jeune homme la suivit machinalement. 
Elle le conduisit, par la galerie oceiden- 
tale, jusqu'à la petite chambre. Made- 
moiselle était assise sur le cercueil. 
hes qu'elle le vit, elle le tanca, en ces 
termes: Nous nous sommes rencontrés. 
Je vous ai plu. J'ai mis à votre disposi- 
tion toute ma personne. Nous étions si 
bien ensemble, Faut-il que vous ayez 
cru les mensonges d'un méchant tio- 
cheu, et ayez essayé de rompre avec 
moi ?! Vous avez mal agi, ingrat! Aussi, 
maiutenant que je vous liens, je ne 
vous lâcherai plus. — En disant ces 
mots, elle se leva et saisit le jeune 
homme. Le cercueil s'ouvrit de lui- 
même. Elle y entra, l’entrainant à sa 


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suite. Le lourd couvercle se referma 
sur eux. Peu d'instants après, le jeune 
homme élait mort étouffé. — Ne le 
voyant pas rentrer, le voisin conçut 
des inquiétudes, et se mit à sa recher- 
che. Ne l'ayant trouvé nulle part, il finit 
par aller voir au Hôu-sinn-seu. Ayant 
constalé que le pan d’un habit d'hon- 
me élait pris entre le cercueil et so 
couvercle, il avertit les bonzes. O0 
ouvrit le cercueil. 11 contenait le ca 
davre d'une jeune fille en parfait éla 
de conservation, qui étreignait le ca 
davre tout frais du jeune homme. 一 
Est-il possible, dirent les bonzes, qu 
celte personne se conduise ainsi! C'est 
la fille du juge Fôu de Hoä-tcheou. 
Elle mourut à l'âge de 17 ans, il y a de 
cela treize ans révolus. Sa famille 
changeant de séjour, déposa son cer- 
cueil ici provisoirement, et n’a plus, 
depuis lors, donné de ses nouvelles. 
Quoi qu'il en soit, ce vampire ne res- 
tera pas plus longtemps ici. — Sur ce, 
on enterra le cercueil contenant la 
jeune fille et le jeune homme, hors la 
porte occidentale de la ville. — Depuis 
lors, durant les nuits sombres et ora- 
geuses, on voit parfois le jeune homme 
et la jeune fille, qui se tiennent par la 
main, et. se promènent précédés par 
une bonne, qui porle une Janterne 
ornée de deux pivoines. Ceux qui ren- 
contrent ce trio, sont atlaqués de 人 tt- 
vres chaudes. Us doivent leur faire des 
offrandes et des libations, sous peine 
de ne pas guérir. 


Voÿez Introduction NII. — La coutume de remiser 
provisuirement dans les pagodes, les cercueils de ceux 
qui sont morts au loin, en attendant une occasion de les 
lramsporter au cimetière de la famille, est coulume 


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一 16. 一 49 


géuérale en Chine. 一 Yinn et Yérig, les deux principes. 
Yang le monde supérieur des vivants, yinn le monde 
liférieur des Morts. Voyez TP table, deux principes. | 


46 


Durant la période K'âi-yüan (713- 
7141), an jüur le préfet de Hoä-tcheou 
(Heûe-nan) nommé Wi-sioutchoang 
prenait l'air sur uve tour, d'où la 
vue s’étendait- sur le cours du Fleuve 
Jaune. Séudain un personnage vêtu 
d'une robe violette, et coiffé d’un bon- 
net rouge, parut devant lui. Se doutant 
qu'il n'avait pas affaire à ud homme, 
le préfet lui demanda qui il était. — 
Je suis le génie de votre ville; dit le 
personnage. — Que désirez-vous? de- 
manda le préfet. — Le génie du Fleuve 
Jaune veut emporter cette tille, dit le 
personnage, pour rectifier son cours. 
Je m'y oppose. Dans cinq jours, je me 
mesurerai avec lui au bord du Fleuve. 

. Craignant d'avoir le dessous, je suis 
venu vous demander du secours. Failes- 
moi soutenir par deux mille ärchers et 
arbalétriers, et je vainctai à coùp sûr, 
et votre ville sera sauvée. — Je voüs le 
promets, dit le préfet. 一 Aussitôt le 
génie disparut. 一 Quand le jour fixé 
fat venu, le préfet monta sur le rem- 
part, à la tele de deux mille braves 
soldats. Soudain une colonne de vapeur 
blanche, haute de dix toises, se dressa 
dans la brame qui couvrait le fleuve. 
Une colonne de vapeur noire, sortant 

_ de la lour, s’ayvança à sa rencontre. Les 
deux colonnes engagèrent la lutte. A ce 
moment, le préfet ordonna à ses soldats 


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— 16, 17. — 


de tirer salve sur salve contre la colon- 
ne blanche. Bientôt celle-ci diminua 
de hauteur, tandis que la colonne noire 
s'élevait de plus en plus. La vapeur 
blanche finit par disparaitre. Alors la 
vapeur noire se retira dans la tour. 一 
Avant cette lutle, le Fleuve Jaune, 
avançant toujours, était arrivé jusqu'au 
pied des remparts de la ville. A partir 
de ce jour, il recula de cinq à six 
stades. 


Voyez Introduction Ill. —- La croyance aux génies 
dés monts et des fleuves, est aussi ancienne que la 
Chine. TH page #1. TP page 44 一 Maintenant le Fleuve 
Jaune passe assez loin de Hod-tcheou, qui n’est plus 
qu’une sous-préfecture. 


47 


Au Séu-tch'oan, un certain Tién- 
k'ienliou, gros richard, restail sans en- 
fants. 11 lui en était né plusieurs, mais 
ils étaient tous morts en bas âge. Un 
astrologue lui dit: Durant deux géné- 
rations, des constellations femelles ré- 
gneront sur votre famille; vos descen- 
dants mâles mourront donc tous; à 
moins que vous ne les fassiez passer 
pour des filles; essayez! — Donc, un 
enfant mâle étant encore né à Ti6n- 
k'ienliou, celui-ci lui fit aussitôt percer 
les lobes des oreilles, mettre un peigne, 
bander les pieds, et défendit de l'appe- 
ler autrement que la petite Septième. | 
Les constellations s’y laissérent pren- 
dre. L'enfant vécut. Quand le temps 
fut venu, Tién-k'ienliou maria son 
garçon-fille, avec une fille-garçon coif- 
fée en homme et les pieds non bandés. 
Ce couple travesti cut d’abord deux 


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— 17, 18. — 51 


petits garçons. Oubliant la prédiction 
de l’astrologue, que la fatalité durerait 
deux générations, on leur donna des 
noms de garçon. [ls mourgurent tous 
deux en bas âge. Alors on fit pour les 
suivants, comme on avait fait pour leur 
père; on les travestit en fausses filles, 
qu'on maria à de faux garçons. Les 
constellations n’y virent derechef que 
du feu. Cette famille fut ainsi sauvée 
de l'extinction, 


Voyez Introduction XV. 
18 


Un certain Séng-tao, bachelier 
émérite, tomba un jour matade et dut 
s'aliter. Un satellite lui apparut, tenant 
d'une main son mandat, et conduisant 
de l’autre un cheval blanc. Venez avec 
moi, pour être examiné, dit le satel- 
lite. — Mais ce n’est pas le temps des 
examens, dit Séng-tao. — Venez tout 
de même, dit le satellite. — Séng-tao 
se leva avec peine, monta à cheval, et 
suivit le satellite. La route par laquelle 
celui-ci le mena, lui était absolument 
inconnue. Enfin il arriva à Une ville 
grandiose comme une capitale, et, dans 
la ville, à un magnifique palais. Dans 
la grande salle, une dizaine de person- 
nages siégeaient, parmi lesquels il ne 
reconnut que Koäân-ti qui présidait. 
Devant ces juges étaient préparées deux 
tables et deux sièges, du papier, de 
l'encre et des pinceaux. A l’une des 
deux tables était déjà assis un autre 
bachelier. Des que Séng-tao eut pris 


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— 18. — 


place à sa table, le thème de la com- 
position à faire fut donné. C'était un 
thème en huit caractères, ainsi conçu: 
« l’un, l’autre, intentionnellement, in- 
délibérément ». Quand les deux bache- 
liers eurent développé ce sujet, ils 
_remirent leurs copies. Le développe- 
ment de Séng-tao revenail à ceci: « La 
sanclion doit dépendre de l'intention 
d'un chacun. Le bien fait par intérêt 
ne mérite pas de récompense, le ma 
fait sans intention ne doit pas être 
puni». Le jury trouva que sa copie 
élait la meilleure, et Séng-tao fut ap- 
pelé en présence des juges. L'un d’eux 
prit la parole, et lui dit: Dans la pro- 
vince du Heüe-nan, une place de 
tch'éng-hoang est vacante. Vous avez 
tout ce qu'il faut pour bien remplir ce 
poste, 一 Alors seulement Séng-tao 
comprit de quoi il S'agissait, Il inclina 
_ la têle en pleurant, et répondit: Je 
suis sans doute très honoré de la faveur 
que vous voulez me faire. Comment 
oserais-je me permettre de refuser? 
Cependant j'ai encore ma vieille mére 
âgée de plus de 70 ans, qui n’a pas 
d'autre appui que moi. Si vous daigniez 
me permettre d'attendre qu'elle ait fini 
de vivre les années que le Ciel lui a 
accordées? — Qu'on cherche le décret 
du destin sur cette femme, dit le prési- 
dent Koän-ti. — Uu scribe à longue 
barbe prit un livre, le feuilleta, et dit : 
Elle a encore neuf ans à vivre. — Le 
jury était perplexe. — Cela peut s’ar- 
ranger, dit Koän-ti. Que le bachelier 
Tchäng, ici présent, tienne la place du- 
rant neuf ans comme intérimaire, puis 
le bacheliér Song l'occupera comme 


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— 18. — 53 


titulaire. Vu sa piété filiale louable, 
nous octroyons à Séng-tao un congé 
de neuf ans, au bout desquels il sera 
appelé... Puis Koän-ti adressa quel- 
ques paroles d'encouragement au ba- 
chelier Tchäng. — Les deux examinés 
saluérent et se retirérent. Ils sortirent 
ensemble de la ville, en se tenant par 
la main. Le bachelier; Tcbhäng dit à 
Séng-tao qu'il était de Tch'âäng-chan 
(Tchée-kiang). Enfin ils prirent congé 
l'un de l'autre, Séng-tao remonta à 
cheval, et reprit le chemin par lequel 
il était venu. Soudain il se réveilla 
comme d’un songe, à son domicile, 
‘ dans un cercueil. Sa mère qui veillait 
dans la chambre, l’entendit gémir. On 
le retira vite du cercueil, et on lui 
donna des soins. Au bout de douze 
heures seulement, il recouvra l'usage 
de l’ouie et de la parole. On lui apprit 
qu'il était mort subitement trois jours 
auparavant. li fit alors prendre des in- 
formations à Tch'äng-chan. De fait un 
bachelier nomimé ‘Tchäng venail d'y 
mourir. — Neuf ans plus tard, la mère 
de Séng-tao irépassa, Dès que ses 
funérailles furent terminées, Séng-tao 
se lava, s’habilla, se retira dans sa 
chambre et expira. — Les parents de 
sa femme demeuraient en ville. Soudain 
un grand cortège s'arrêta à leur porte. 
Séng-tao, en grand costume de man- 
darin, entra, les salua sans rien dire, 
et disparut avec son cortège. — Très 
intrigués, ils envoyérent prendre des 
nouvelles à son domicile. Il était mort. 
Alors ils comprirent qu'étant devenu 
chénn, il leur avait fait ses adieux 
avant de partir. 


— 18, 19. — 


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Voyez Introduction ILE, I}, V. — Monde inférieur 
analogue au monde supérieur, avec capitale, tribunaux, 
elc, 一 Chénn, âmes non réincarnées, nobles et puissan- 
tes, fonctionnaires du monde inférieur. | 


19 


Quand Waäng-yent'ing élait sous- 
préfet de Ling-pi (Nän-boei), dans u 
village une femme Li âgée de 30 auf 
mourut. Son mari alla acheter un cer- 
cueil à la ville. Quand il fut revenu, 
au moment où on allait ja mettre eu 
bière. la femme ressuscita. Tout joyeut. 
son mari s'approcha d'elle. Mais elle le 
repoussa, et dit en pleurant: Je suis 
Mademoiselle Wang de tel village. Mes 
parents ne m'ont pas encore mariée. 
Comment suis-je venue ici? — Trés 
effrayé, le Li avertit les Wang du vil- 
lage indiqué. Ils venaicnt d'’enterrer 
leur demoiselle, morte de maladie. Ils 
accoururent. Dès qu'elle les vit, la 
femme ressuscitée les embrassa en pleu- 


 rant, et leur dit une foule de choses 


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qui ne laissérent aucun doute sut 
l'identité de son âme. 一 La famille au 
fils de laquelle la demoiselle Waäng 
avait élé fiancée, accourut aussi. A leut 
vue, la ressuscitée rougit. — Alors le 
Li, et la famille du fiancé, se disputé- 
rent cette persoune. Le cas fut porté 
au maudarin. Wang-yent'ing l'adjugea 
au Li. L'affaire arriva en l'an 1756. 
Voyez Introduction IX, XIV. — Ame supérieure 
d'une défunte ( non suicidée), entrée dans le corps en- 
core frais d'une autre. — Une fille ne dait connaitre, 


ni son flancé, ni aucun membre de sa famille, avant son 
mariage. De là la honte de la ressuscitée.. 


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Alors que Sù-cheulinn était préfet 
de Nan-k'ing (Nän-hoei), un soir com- 
me il montait à son tribunal, il vit, au 
clair de la lune, une femme agenouillée 
devant le portail d'honneur, en position 
de suppliante. Un voile noir cachait son 
visage. Le préfet Sû se douta que c'était 
une âme qui venait lui demander jus- 
tice. Quand il eut pris place sur son 
siège, il envoya un huissier muni d’une 
fiche d'appel, lequel cria à la porte, 
que, si quelque âme en peine voulait 
obtenir justice, elle pouvait entrer et 
porter plainte. Aussitôt la femme entra 
modestement, et s'agenouilla devant le 
tribunal. Seul le préfet la vit. Les satel- 
lites entendirent seulement sa voix, fai- 
ble comme la voix d'un enfant. Je m'ap- 
pelle T'ién, dit-elle. Mon mari étant 
mort, je résolus de rester veuve. Mais le 
frère aîné de mon mari, qui contoitait 
ses biens, me fit tant de misères, que 
je me pendis de désespoir. — Le préfet 
Sa fit quérir cet homme. D'abord il ne 
voulut rien avouer. Mais soudain, ayant 
vu l’âme de sa belle-sæur, au comble 
de l’effroi il confessa tout, et fut puni 
selon la loi. — Le peuple admira son 
préfet, et éleva un monument à la 
veuve, pour perpétuer la mémoire de 
ce fait extraordinaire. | 

Voyez Introduction VIT, 一 La plupart des manda- 
rins siègent la nuit. — Dans l'exercice de leurs fonctions, 
les huissiers tiepnent en main une fiche, ou un carré de 


bois muni d'un manche, portant un ou plusieurs caractè- 
res, signe de leur mission, 


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— 91. 一 


21 


Le troisième jour du huitième mois 
de l'an 1751, des objets antiques ayant 
été mis au jour à Pékin par suite d’un 
nivellement, les terrassiers furent soup- 
connés d'eh avoir détourné une par- 
tie, et le conseil des affaires domesti- 
ques ordonna une enquête. Au moment 
où une bande de policiers examinaienf 
les prévetus, l'un d'entre eux s’age- 
nouilla soudain, et débita ce qui suit: 
«Je suis Tch'äng-keue de la bannière 
jiune. J'ai douze ans. Etant allé au 
marché pour acheter quelque chose, le 
portefaix Tchäo-eull me fit des proposi- 
tions déshonnêètes. Je refüsai. ll me tua 
d'un coup de sabre, et enterra mon 
cadavre hors la porte Heéu-tsai, dans 
un terrain qui sert d'entrepôl pour la 
bouille. Mes parents ignorent encore 
que je suis mort. Veuillez exhumer 
mon cadavre, el punir le crime dont j'ai 
été victime». Cela dit. il se prosterna 
le visage contre terre. Puis soudain, se 
relevant d’un bond; il cria: « C’est moi 
Tchâo-eull, le meurtrier de Tch'äng- 
keuer. — Compreñant qu'ils avaient 
affaire à un cas de vengeance d'’outre- 
tombe, les officiers du conseil des af- 
faires domestiques livrérent le terras- 
sier au tribunal des crimes. On creusa 
à l'endroit indiqué, et l'on trouva le 
cadavre d’un jeune garçon, égorgé avec 
on sabre. — Puis on alla interroger les 
parents de Tch'ang-keue. Voilà un 
mois que notre fils a disparu, dirent- 
ils; nous ne savons pas ce qu'il 
est devenu, — Alors on examina 


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juridiquement Tchâo-eull, lequel fit les 
aveux les plus complets. 一 Le tribunal 
des crimes adressa au trône le placet 
suivant: « Tchäo-eull ayant avoué lui- 
même son meurtre, d’après les statuts, 
sa peine devrait être abaissée d'un de- 
gré. Mais comme il n'a avoué, qu'y 
étant contraint par l'âme de sa victime, 
pous pensons qu'il n’y a pas lieu de 
lui accorder cette faveur, et qu’il doit 
être décapité sans sursis ». — La sen- 
tence impériale fut: «Qu'il -soit fait 
aiusi ». 

Voyez Introduction VI. — Les Mandchoux sont 
divisés par bannières. +— Quand elles dénoncent leurs 
meurtriers, les âmes des victimes apparaissent sous leur 
ancienne forme, comme dans l'histoire précédente ; ou 
bien elles possèdent momentanément leur meurtrier, et 
l'obligent à parler, comme dans l’histoire présente; ou 
elles possèdent une sorcière, comme däns l'histoire sui- 


vante; ou une personne quelconque. Le médium ne sait 
ce qu'il dit, ni pendant, ni après. 


22 


L'académicien Hioûng-titéhai m'a 
raconté ce qui suit. Dans sa jeunesse, 
vers l’an 1700, étant venu à Pékin, il 
alla se divertir au Pào-kouo-seu, avec 
deux de ses amis aussi légers que lui. 
Egayés par le vin, ils envoyérent quérir 
une chanteuse, qui les excitât à boire. 
Leur envoyé amena une espèce de sor- 
cière. Celle-ci chanta, puis, prise d’un 
besoin pressant, elle sortit et alla se 
soulager au pied d'au mur. Peu après 
eile rentra, les yeux hagards, se pros- 
terna devant les trois buveurs, et dit: 
Je suis Wäng-eull, le Chantonais qui 
a été tué, volé, et enterré au pied du 


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mur, ici-mêéme, par l’aubergiste Tchao- 
sap, tel jour, de {el mois, de telle an- 
née. de vous prie, Messieurs, de me 
faire justice. — Les trois buveurs se 
regardèrent en silence. Enfin Hioûng- 
titchai répondit: Cette affaire regarde 
la police. Nous ne pouvons pas nous 
en charger. 一 de sais, dit Wäng-eull, 
que Monsieur U, le chef actuel de la 
police, est au mieux avec vous Mon- 
sieur Hioûng. Veuillez lui demand 
de ma part, de faire creuser ici, au 
pivd du mur. Le reste s'ensuivra. 一 
C'est là une grosse affaire, répondit 
Hioëng-titchai. Si Monsieur U ne veut 
pas me croire, quelle preuve lui don- 
nerai-je? — Dites-lui seulement que, 
mon corps élant réduit à l'état de 
squelette, je ne puis pas aller le trouver 
moi-même. Je le prie de venir ici, où 
je lui parlerai par un médium. — Cela 
dit, la sorcière s'affaissa sur je sol. 
Quand elle eut repris ses sens, elle 
iguorait absolument tout ce qui venait 
de se passer. — Les trois buveurs se 
dirent ; Ce n'est pas à nous de prendre 
en main la cause de cetle âme en peine. 
Mais nous pourrions inviter Monsieur 
U à venir demain boire ici avec nous. 
Le médium pourra lui parler, et nous 
verrous la suite. — Le lendemain ils 
invilérent donc Monsieur 了 T à venir 
boire au Pào-kouo-seu, lui dirent ce 
qui était arrivé, puis firent appeler la 
sorcière. Intimidée, celle-ci refusa 
d’abord de venir. Monsieur U la fit 
amener de force, par ses satellites. Dès 
qu'elle fut arrivée en sa présence, la 
scène du jour précédent se renouvela 
de point en point. 一 Le chef de la 


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police prévint aussitôt le directeur des 
enquêtes dans la capitale. Ou creusa 
au pied du mur. Bientôt ou découvrit 
un squelette, dont les vertèbres cervi- 
cales élaient brisées. On interrogea 
ensuite les habitants du liéu, qui di- 
rent: Jadis ce mur faisait partie d’une 
auberge, où le Chantonais Tchâo-san 
de Tsf-nan-fou logeait pour la nuit des 
marchands de passage. Il a fermé son 
auberge en telle année, et est retourné 
au Chän-tong. 一 La police de Pékin 
enYoya aussitôt à celle de Tsf-nan-fou 
l'ordre d'arrêter Tchäo-san. | fut 
bientôt découvert. Au moment où on 
l'arrêta, il poussa un cri et expira. 


Voyez la nole du numéro précédent. — Les âmes 
en peine sort l’âme supérieure non encore réjncarnée. 


23 


Fân-wenntcheng avait un fils afné 
nommé Kiénpou. Tout jeune, cet enfant 
se montra singulièrement éveillé et 
extraordinairement pénétrant. Il de- 
vinait tous les projets de son père. Il 
pouvait aussi envoyer son esprit au 
loin. Durant la campagne que son père 
fit sur la frontière de l'Ouest, contre 
Lôu-ts'ing, il était toujours parfaite- 
ment renseigné sur les moindres affai- 
res de ce chef, par son fils, qui envoyait 
son espril prendre ces renseignements 
au quartier général même du chef. 
C'est à son fils que Fân dut tous ses 
succés. Un jour que l'esprit de Kiën- 
pou fanait au dehors, quelqu'un lui 
causa une grande frayeur. De ce jour, 


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一 93, 24. 一 


il perdit beaucoup de son don de se- 
conde vue, et mourut peu après, encore 
fort jeune. 


Voyez Introduction X. — Ame supérieure sortant 
du corps à volonté. 


24 


Liôu-paiwenn nous a transmis ( 
souvenir, du temps où il était jeune 
étudiant. Dans une cellule d'un couvent 
bouddhique, vivait un homme extraor- 
dinaire, lequel fermait parfois sa porte 
durant quinze jours ou un mois, son 
corps restant dans sa cellule, son esprit 
flânant au dehors. Un jour que son 
esprit était ainsi absent, un courrier 
officiel venant du Nord, passa par là. 
Ne trouvant pas où se loger pour là 
puit, il avisa la cellule fermée, l’ouvrit, 
vit le corps gisant, et dit: Enlevez ce 
cadavre et brülez-le; je réquisitionne 
cette cellule... Les bonzes durent obéir. 
Ils brûlèrent le corps... Cette nuit-là- 
même, l'esprit revint. Son corps étant 
détruit, il n’y put pas rentrer. Depuis 
lors, chaque nuit, il criait dans le cou- 
vent: Où me reposerai-je ?.. Les autres 
bonzes, ouvrant leur fenêtre, répon- 
daient à l'envi: Chez moi! Aussitôl 
l'esprit s’attachait pour la nuit à l’un 
d’entre eux, doublant son intelligence 
durant le temps qu'il restait attaché à 
Jui. | 


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Voyez Introduction IX et X. — Ame supérieure 
sortant du corps à volonté, logée à temps dans un corps 
vivant. 一 Les bonzes incinèrent leurs morts. — Intel- 
ligence doublée, parce que deux âmes. 


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25 


Durant la période K'äi-yuan (713- 
741), le préfet de Leäng-tcheou (Kän- 
sou ) Koüo-tcheuyunn étant en tournce, 
mourut subitement au relais de poste, 
à cent stades environ de la préfecture. 
Son âme supérieure sorlit de la chambre 
où il venait d’expirer, la ferma à clef, 
défendit au chef du relais de l'ouvrir 
sous quelque prélexte que ce fût, et 
retourna en ville, avec tout son cortè- 
ge, qui ne se douta de rien. Durant 
quarante jours, l'âme mit ordre à ses 
affaires, puis envoya quérir son corps. 
Quand on l’eut apporté, l'âme surveilla 
encore l'habillement et la mise en bie- 
re; puis, avant qu'on fermât le cercueil, 
elle prit congé de la famille, pénétra 
dans le corps, ef disparut. 


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Voyez Introduction XI. 一 Ame supérieure sous 
forme corporelle, agissant comme un homme complet. 


26 


11 y avait à Hoäi-yang (Nän-hoei) 
un pauvre étudiant nommé Îe, extré- 
mement habile dans tous les genres de 
composilion. Malheureusement, le des- 
lin ne lui étant pas propice, il n'arrivait 
pas à se faire recevoir bachelier. Un 
nouveau sous-préfet nommé Ting, 
originaire de Mandchourie, étant venu 
administrer Hoäi-yang, vit des com- 
positions du Îe, et les trouva si belles, 
qu'il voulut connaitre leur auteur. Il 
le prit en affection, lui donna des 


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‘Son chagrin. Bientôt il fut atteint d'un, 


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secours à lui et à sa famille, le recom- 

manda aux examinateurs, et arriva aie 
faire recevoir bachelier. Puis le nou- 
veau bachelier se présenta à la licence. : 
Maigré l'excellence de ses compositions, 
il échoua complètement. 11 reviut chez 
lui, la mort dans l'âme, Le sous-préfet 
Ting essaya en vain de le remonter. Le 
ie se coufina, ferma sa porte, et couva 


mal, contre lequel tous les remèdes se” 
trouverent impuissants. Sur ces entre- 
failes le sous-préfet: Ting ayant eu un 
conflil avec un supérieur, donna sa 
démission el se retira dans la vie privée. 
1 ecrivit au Îe, pour lui annoncer son 
prochain départ, et lui faire savoir qu'il 
désirait l'emmener avec lui, comme 
précepteur de son fils. La lettre fut 
remise au malade, qui pleura, se décla- , 
ra trop souffrant, et fit prier Monsieur 
Ting de ne pas l’attendre. Celui-ci at- 
tendit quand même. Quelques jours 
plus tard, le bachelier te se présenta 
chez lui, et lui dit: Je vous ai causé 
des retards et des soucis. Veuillez me 
le pardonner. Maïinlenant je suis prêt 
à partir avec vous. — Quand ils furent 
arrivés au village de Monsieur Ting, 
celui-ci confia son fils au bachelier. Le , 
jeune homme, âgé de seize ans, très 
bien doué, n'avait pas encore appris la 
composition. Sous la direclion de son 
précepteur, il fit des progrès si rapides, 
qu’au premier examen il fut reçu bache- 
lier. Puis son maitre lui fit étudier envi- 
rontrois millé compositions, sur des thé- 
mes supérieurs, qu'il avail jadis faites 
lui-même. Quand le jeune homme se 
présenta à la licence, sur les sept sujets 


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proposés, il avait dans sa mémoire sept 
composilions toutes failes. Aussi fut-il 
reçu d'emblée, et second de la promo- 
lion. — Monsieur Ting voulut prouver 
sa reconnaissance au précepteur de son 
fils, et lui offril de faire les frais d'un 
voyage à la capitale de sa province, 
pour lui permettre de s'y faire recevoir 
licencié. Monsieur Îe refusa. J'ai trouvé 
un appréciateur de mon talent, dit-il: 
cela suffit à mon ambition. 一 Cepen- 
dant le fils de Monsieur Ting ayant été 
altaché comme mandarin à l’un des 
grands tribunaux de Pékin, emmena 
son précepteur. Il lui procura la per- 


mission de concourir pour la licence à 


la capitale. Pour faire plaisir à son 
élève, monsieur fe se présenta et fut 
reçu. Puis Monsieur Ting fils ayant été 
envoyé en mission à Nân-heue, dit à 
son précepteur: Nous allons passer tout 
prés de votre patrie Hoäi-yang. Je veux 
absolument que vous alliez, en passant. 
faire une visite à votre famille. — Quand’ 
ils furent arrivés dans le pays, l'élève 
envoya son précepleur à son village, 
en bel appareil, et bien escorté. 一 
Quand Mousieur te arriva à son domici- 
le, il vil une pauvre masure fort déla- 
brée. Il entra et rencontra sa femme 
qui tenait un panier. A sa vue, elle le 
laissa tomber d’'épouvante, et voulut: 
fuir. — Pourquoi me fuis-tu? lui de- 
manda Monsieur le ; je suis maintenant. 
un homme distingué. — Un homme: 
distingué! dil sa femme. Un koëi, veux- 
tu dire. Voilà quatre ans que tu es 
mort. Ton cercueil, que ma pauvreté 


“et la jeunesse de ton fils m'ont empé-: 


ché d'enterrer, est encore déposé ici, 


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一 96, 27. 一 


De grâce ne reviens pas nous effrayer 
ou nous nuire! — Monsieur te fut at- 
terré. Il pénétra dans son ancienne 
chambre, vit son cercueil, et comprit 
qu'il était mort. Au méme instant il 
s’écroula sur Je sol. 一 Sa femme épou- 
vantée vint voir. Pas trace de corps. 
Ses habits, ses souliers et son chapeau 
seuls, gisaient à terre. — La veuve 
pleura. Un instant après, son fils qui 
revenait de l’école, entra, et lui demari- 
da ce que siguifiait le be] équipage 
arrêté devant la porte. Elle lui raconta 
ce qui venait d'arriver. 一 On avertit 
Monsieur Ting, le fils. 1 pleura son 
précépteur, paya les frais de ses funé- 
railles, et se chargea de l'éducation de 
son fils, qui devint avec le temps un 
lettré distingué. 

Voyez Introduction IX, X et XI. — Le bacheliet Je 
était mort de sa maladie, C’est son âme qui suivit le 
mandarin Ting, fit l'éducation de son fils, concoürut 
pour la licence. Ame supérieure sortie du corps, vivant 
el agissant comme une personne complète. Le saibis- 
sement d'apprendre qu'elle était morte, la fait se dissiper, 
s'éteindre. 一 Le détachement de l'âme du corps, est 
presque toujours représenté comme se passant sans pelne 


ni douleur, si doucement que l'âme ignore souvent 
qu'elle est morte, ou plulôt que le composé est dissuus. 


27 


Sous les premiers Séng (cinquième 
siècle), vivait un homine dont l’histoire , 
n’a pas conservé le nom. 1} avait dormi 
la nuit avec sa femme. Au point du 
jour, la femme se leva et sortit. Un peu 
plus tard, l’homme se leva et sortit 
aussi. 一 La femme étaut rentrée, vit 
son mari encore couché et dormant. 
Un instant après, l’esclave de la maison 


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27, 28: _— 65 


entra, et dit à la femme: le maître de- 
mande ses lunettes... La femme crut 
que l'esclave plaisantait. Vois, lui dit- 
elle, le maître ne dort-il pas sur ce 
lit?.. L'esclave regarda et dit: pourtant 
je viens de le voir dehors. et il courut 
dire la chose au mari. 一 Gelui-ci fut 
trés effrayé. 11 entra, et vit, comme sa 
femme et l'esclave, son double qui 
dormait paisiblement, roulé dabs les 
couvertures. L'identité était parfaite, 
absolue. — Comprenant que c’élait 
l'âme supérleuré du mari, l’homme et 
la femme voulurent éviter de l'effra- 
yer. Sans rien dire, ils tapotèrent dou- 
cement les couvertures. L'âme s’enfonça 
peu à peu dans les nattes, et finit par 
disparaitre. Les deux époux furent 
épouvantés (de ce que l'âme n'était 
pas rentrée dans le corps du mari). De 
fait, peu après, le mari commença à 
donner des signes de démence. II ne 
guérit jamais. 


Voyez Introduction IX et X. — Apparition sensible 
de l'âme supérieure. Démence causée par la perte de 
cette âme, l'âme inférieure continuant seule à animer le 
torps, durant le reste de la vie. — Une àme effragée 
fuit, puis ne peut plus revenir parce qu’elle a perdu son 
chemin, ou ne veut plus revenir parce qu'elle a peur. 一 。 
L'âme supérieure du mari ne rentra pas dans son corps, 
parce qu'on omit de l’appelét. Au lieu de tapoter, les 
deux époux auraient du crier son nom à tue-tête. Par 
leur tapotage, ils dissipèrent l'âme. 


28 


Au päÿs de Kién-nan (Fôu-kien), 
le bachelier Li-mingtchoung habitait 
dans les montagnes. Un jour qu'il s'était 
rendu à un village éloigné, à l'occasion 
d'uu marché, if revint ivre, alors qu'il 


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66 


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prenant le bachelier par Ja main, le 


de lui. Le vieillard avait disparu. La 


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一 28. 一 


faisait déjà sombre, et sans être accom- 
pagné. 由 était à mi-chemin, quand un 
koëi de montagne le jeta dans un ravin, 
Son corps y resla endormi. Son esprit, 
continuant sa route, arriva au logis. 
Sa mére et sa femme étaient assises, 
lampe allumée, attendant son retour. 
]1 salua sa mére, mais celle-ci ne l’en- 
tendit pas. Îl poussa du coude sa fem- 
me, qui ne le sentit pas. Alors un vieil- 
lard à barbe grise sortit de Fl'atriu 

central, le salua et lui dit: Un koëi de 
montagne a causé du dommage à votre 
corps. Si nous n'’allons pas vite à son 
secours, il ne pourra plus revivre... Et 


vieillard i'entraîna hors de la maison. 
Quand ils eurent marché l’espace d’en- 
viron dix stades, ils trouvèrent le corps 
gisant dans le ravin. Poussant de tou- 
tes ses forces, le vieillard enfonca l’es- 
pril dans le dos du corps, en appelant 
à grands cris Li-mingtchoung! Li- 
mingtchoung!. Ces appels lirèrent je 
bachelier de son profond sommeil. Il 
s'assit sur son séant, et regarda autour 


lune brillait au firmament. Li-ming- 
tchoung courut d'une traite jusqu’à la 
maison. Minuit était passé depuis 
longtemps, quand il arriva. Il raconta 


” son aventure à sa mére et à sa femme. 


Quand le jour fut venu, ils firent des 
libations et des offrandes aux Pénates, 
pour les remercier de cette signalée 
protection. 

® Voyez Introduetion IX. 一 Que les montagnes soient 
hantées par des koëi grands et petits, parfois bons, plus 
souvent malins; cette croyance est aussi vieille que la 


Chine. Voyes TH page 48. 一 L'âme supérieure, sous , 
forme corporelle, mais éthérée, puisqu'on ne l'entend ni , 


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一 928, 29. 一 67 


ne ja sent. 一 L'atrium central ett un des sièges des 
Pénates ; voyez TP page 74. Le vieillard est l'âme d'un 
ancêtre. — C'est par un trou fait dans le dos des idoles, 
qu'on prélend y introduire l'efficace, la vertu. — C'est 
en criant son nom, qu'on FL À retient l'âme prète à 
s'échapper, qu'on la rappelle quand elle est pariie, qu'on 
cherche à ranimer les évanvuis, lrs mourants, les morts. 
Voyez TP page 78. 


29 


Liôu-chaoyou était un devin fort 
habile, trés célèbre dans .ja capitale. 
Vers le milieu de la période T'iën-pao. 
(environ 750), un client se présenta 
chez lui, offrant une pièce de taffetas 
comme honoraires. Que désirez-vous? 
lui demanda Chaoyou... Je désire savoir 
combien de lemps il me reste à vivre, 
dit le client... Cbâoyou consulta les 
Mutations. Quaud l'opération fut ter- 
minée, il dit en soupirant: Le pronos- 
tic n’est pas favorable; vous mourrez 
ce soir-même... Le client parut trés 
affligé, et demanda à boire. Le petit 
domestique qui apporta la boisson de- 
maudée, vit deux Châoyou absolument 
pareils, et dut demander qui il devait 
servir. Celui-là, dit le Chao-you qui 
venait de consulter les Mutations, en 
désignant le client. Quand il eut bu, 
le client prit congé, après les saluta- 
tions d'usage. Le petit domestique l’ac- 
compagna jusqu'à la porte. Le client 
sortil, fit quelques pas, et disparut, 
tandis qu’un gémissement douloureux 
relentissait dans l'air. Le petit do- 
mestique rentra et demanda à son mat- 
tre: Eliez-vous si intime avec celle 
personne? elle m'a dit votre passé. 
Alors Chaoyou comprit que le client 


一 29, 80. 一 


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était sa propre âme supérieure. Il exa- 
mina le taffetas offert. C'était du papier 
simulant du taffetas, ce qu'on offre 

aux morts pour leur vestiaire. Cen est 

fait de moi, dit Chäoyou; mon âme 
m'a quitté; je vais mourir. Il mourut 
de fait le soir de ce jour. | 


Voyez Introduction XI. 一 Dédoublement parfait. 
L'âme supérieure, sous forme corporelle, se dissipe. 
L'âme inférieure, raisonnable elle aussi dans cette his- 
toire, ne conserve la vie du corps que pru de temps. — 
Les Mutations, livre contenant les diagrämmes divinatoi- 
res et leurs commentaires. Voyez TP page 46. 


30 


Vers l'an 748, vivait à Tch'äng-nan, 
(Si-nan-fou au Chän-si) une certaine 
Mà-eullniang, très habile évocatrice. 
Le préfet de Yèn-tcheou ( Chän-tong) 
nommé Sôu-sien, était très bien avec 
elle. Ce Sôüu-sien désirait marier son 
fils Lâi, à une fille de la famille Lôu. 
Il dit à la Mà; Je n'ai que ce fils unique. 
Je veux qu'il épouse une femme, qui 
soit et belle et vertueuse. Les Lôu 
ont trois filles. Je ne sais pas laquelle 
des trois est la plus parfaite. Veuillez 
les évoquer chez moi, pour les faire 
voir à ma femme, laquelle choisira 
l'une des trois... La Ma dressa un autel 
dans l'oratoire bouddhique de la famil- 
le, et récila ses formules. Bientôt les 
âmes supérieures des trois demoiselles 
Lôu arrivèrent. La mère de Lai les 
examina. L’ainée est bien, dit la Ma : 
mais la puinée est mieux ; de plus, son 
destin est de devenir femme d'un pré- 
fet. 一 Sôüu-sien maria donc son fils 
Lâi à la deuxième des demoiselles Lôu. 


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Ce 


一 30, 51. 一 69 
En 355, Sôu-lai alors sous-préfet de 
Yoùng-ning, périt victime du rebelle 
Nän-lou-chan. Sa famille pensa que la 
Ma avait mal prophétisé. Mais quand 
ensuite les deux capitales eurent été 
reconquises, et que la dynastie Tang 
eut élé restaurée, Sôu-lai mort pour la 
dynastie, reeut le titre posthume de 
préfet de Hoâi-tcheou. La propbétie 
élait réalisée de point en point. 

Voyez Introductiun XVJH. — Pour les faits histori- 


ques auxquels jj est fait allusion, voyez TH pages 1677 
et 1690. 


31 


T'äng-paoheng ayant rencontré 
quelque part le magicien Tchäng- 
taoling, avait recu de lui un charme, 
au moyen duquel il se faisait obéir des 
koëi et des chêénn. Un jour Päoheng 
dit à un sien ami: En passant près de 
la station de la poste, j ai vu descendre 
d'un char des femmes, qui vont y pas- 
ser la nuit. Elles n'étaient pas voilées. 
La seconde à descendre, m'a paru fort 
jolie. Ce doit être l'épouse d’un fonc- 
tionnaire, qui va le rejoindre à la ca- 
pitale. J'irai chez vous ce soir; nous 
boirons, et je l'appellerai, pour que 
nous ayo0s le plaisir de l’entretenir. 一 
Comment, dit l'ami, vous prétendez 
appeler chez moi une femme de grande 
famille, cela ne me portera-t-il pas 
malheur? 一 Ce n'est pas la personne 
que j'appellerai, dit Pàoheng, mais son 
âme; nous aurons du plaisir sans ris- 
que. Mais il faut attendre la nuit, car 
je ne pourrai l’évoquer que quand elle 


— 81. 一 


dormira. Quand elle sera venue, gar- 
dez-vous de la toucher, car le trouble 
pourrait l'empêcher de retrouver son 
corps; alors elle serait morte. — Le 
soir venu, Pâoheng et son ami passe- 
rent devant la station de la poste. Ils 
entendirent à l'intérieur des voix de 
femme. Pâoheng aspira el avala son 
souffle, et se lia un fil rouge au medium 
de la main. Puis il se rendit au logis 
de son ami, s’assit avec lui dans so 

cabinet de travail, fil apporter le vin, 
et envoya les serviteurs dormir. Îl but 
d'abord avec son ami, puis, quaud ia 
nuit fut bien obscure, il alla ouvrir ja 
porte. Aussilôl la femme évoquée entra. 
Cetatt bien une figure humaine réelle, 
seulement un peu diaphane, comme 
les objets qu'on voit dans les airs. Sa 
voix était faible et douce, comme celle 
d’un enfant. Elle salua hutnblement 
Paoheng... Qui êtes-vous? lui demanda 
celui-ci... Je suis Madame X, dit-elle. 
Mon mari ayant cessé d'être mandarin 
en province, je le rejoins à Ja capitale. 
Mais où suis-je ici? Je me souviens que 
je me suis mise au lit. Est ce que je 
rêve? Est-ce que je suis morte? Serais- 
je descendue aux eufers? — Non, dit 
Pâobeng, vous êtes encore de ce mon- 
de. Ne craignez rien. Tout à l'heure je 
vous renverrai. Votre destin n’est pas 
qu'il vous arrive rien de facheux. — Il 
causa avec elle jusqu’au malin, puis la 
congédia. 

Voyez Introduction XVIH. 一 Tchäng-taoling, le 
grand magicien, patron de la magie taoïste; voyez TH 
table. — Sur les routes impériales, les voitures passent 
la nuit à des élapes déterminées, gros hourgs pleins 
d'auberges. — Aspirer et avaler son souffle, faire des 


nœuds de fil aux personnes et aux choses, pratiques 
des incantaleurs. 


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32 


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En l'an 755, un certain Tchéng- 
cheng allait à la capitale (alors Lâo- 
yang), où il devait être investi d’une 
charge. Arrivé à Tchéng (pays de 
K'äi-fong-fou ) sur le soir, il demanda 
à passer la nuit dans une maison du 
faubourg occidental. Le maitre de la 
maison lui demanda qui il était. Dès 
qu'il se ful rommé, une fille de service 
sortant des apparlements intérieurs, 
vint dire au maitre « Mademoiselle 
est arrivée ; elle est avec Madame »… 
Bientôt une matrone âgée se présenta. 
Tchéng la salua. On s'assit et on causa. 
Tchéng lui parla de sa famille. Elle 
dit: J'ai avec moi uve fille de ma fille. 
Son nom de famille est Liou. Son pére 
est actuellement sous-préfet de 了 oai- 
yinn (maintenant Hoâi-nan-fou au 
Kiäng-sou). Ce serait un parti sortable 
pour vous. de désire que vous l'épou- 
siez. Qu'en pensez-vous? — Tchéng 
n’osa pas refuser. Cette. nuit-là-même, 
les cérémonies du mariage élant ac- 
complies,. Tchéng et sa femme se réjoui- 
rent, comme on fail dans le monde des 
hommes. = Plusieurs mois après son 
mariage, a matrone dit à Tchéng: 
Reconduisez maintenant votre épouse 
dans sa famille Liou. Tehéng obéit, et 
conduisit sa femme à Hoâi-yinn. Quand 
il fut près d'arriver, il fit d’abord pré- 
veuir Ja famille Lidu. Celle-ci fut dans 
la eonsternalion. Monsieur Liou n'y 
comprit rien. Madame Liou soüpconna 
que son mari avait eu quelque part 
une coneubine qu'elle ignorait, et que 


一 32, 33. 一 


c'était la fille de cette concubine qui. 
arrivait. Quelle ne fut pas sa stupéfac- 
tion, quand elle vit descendre de char, 
à sa porte, sa propre fille. Pourtant 
celle-ci n'avait jamais quitté la maison. 
On l’appela. Elle vint, souriante, au- 
devant de la nouvelle venue. Un ins- 
tant les deux doubles, absolument pa- 
reils, restèrent en présence, puis se 
fondirent soudain en une seule et 
même personne. 一 Le mandarin Liou 
ayant examiné le cas, conclut que la 
feue mère de sa femme, avait soustrait 
l'âme supérieure de sa fille, pour la 
maiier elle-même au gendre de son 
choix. Revenue mariée par sa grand'- 
mére, l'âme était rentrée dans son 
corps. Tchéng-cheng retourna à 
Tchéng pour examiner. Il n'y trouva 
pas trace de la maison où il -s'était 
marié. 

Voyez Introduction XI. 一 Ame supérieure corporel- 
le, puisque vie conjugale durant plusieurs mois. Ame 
inférieure intelligente, puisque les parents ne s'aperçu- 
rent pas qu'il manquait quelque chose à leur fille. 一 
Les koëi construisent des bâtiments, ont des trains de 
maison, etc Tout cet appareil se dissipe, au moment 
foulu. 一 Qüand deux doubles se fondent en un, le per- 
sonnage final porte sur lui tous les habits que portaient 
les deux doubles. Ce détail n’est pas mentionné dans le 
texte ci-dessus. — Les richards qui se déplacent, mar- 


chands, fonctionnaires, et autres, ont souvent diverses 
femmes en divers lieax, à l'insu de l'épouse en titre. 


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33 


Duraut la périvde K'äi-yuan ( 713- 
141), Tchéng-ts'iÿing vice-président 
du tribunal des fonctionnaires, fut 
eñhvoyé en mission au Heûe-nan. Il 
devait examiner la conduite des officiers 
de celle. province, Sa tournée était 


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— 33. — 73 


presque achevée, quand il passa à Hoû- 
tcheou. Ja cinq personnes lui apparu- 
rent, habillées des cinq couleurs fon- 
damentales. Elles entrèrent dans la 
salle de réceplion, et saluérent con- 
formément aux rits. Ts'lying leur ayant 
demandé ce qu'elles voulaient, elles 
répondirent: Nous sommes les esprits 
de vos cinq viscéres, — Ts'iying dit: 
Alors vous devriez étre cachés dans 
mon intérieur; pourquoi êtes-vous 
sortis et m'apparaissez-vous ainsi? 一 
Les esprits répondirent: Notre office 
était de conserver votre souffle vital. 
Ce souffle vital étant à bout, nous vous 
quittons. — Alors, dit Ts'iying, je vais 
mourir. 一 Oui, dirent les esprits, vous 
allez inourir. 一 Accordez-moi, dit 
Ts'iying, Île temps nécessaire pour 
achever mon rapport et rédiger mon 
testament. — Soit, dirent les esprits, 
si vous promettez de vous rendre ensui- 
te dans votre appartement. — Ts'iying 
servit une collation aux esprits. Ceux- 
ci saluërent et acceptèrent. — Quand 
il eut achevé ses écritures, Ts'iying se 
lava, revêtit des habits neufs, Se coucha 
dans son appartement sur un lit adossé: 
au mur de l’Ouest, et expira. 

Voyea Introduction IX. 一 Ames des cinq gros 
Yiscères, petites âmes inférieures, de même nature que 
la grande âme inférieure ER p'éi. Elles sont d'invention 
telalivement moderne. C'est le système quinaire qui les 
fit invetiter, probablement ; voyez TP page 28. Elles 
jouent un très grand rele dans la pathologie chinoise, 
naturellement. Elles apparaissent sous forme humaine. 


Dans les traités de médecine, on les figure sous des 
formes animales. ‘ 


10 


一 94. —. 


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34 


Le sous-préfet Tchôu-chao de 
P'ing-yang (Chän-si) ayant terminé le 
temps de son mandat, fut transféré au 
Chän-tong. Îl se rendaît, avec toute sa 
famille, à son nouveau poste. Un soir 
il descendit dans une auberge, pour ÿ 
passer la nuit. 1 vit qu'un bâtiment à 
étage était fermé à clef. Pourquoi cela? 
demanda-t-if à l'aabergiste. — Parce 
que, dit celui-ci, depuis des années 
un yâo-koai y fait le sabbat. 一 Je vais 
t'en débarrasser, dit Tchôa-chao. 一 Sa 
femme eut beau le supplier de ne pas 
tenter l'aventure. If la fit coucher, avec 
ses concubiries et ses enfants, dans un 
autre bâtiment. Pour lui, l'épée au 
poing, il s'assit, lumières allumées, 
dans l'appartement hanté. — Vers 
miouit, quelqu'un frappa et entra. C'é- 
tait un vieillard à barbe blanche, coiffé 
d'une toque écarlate. Il salua Tchôo- 
chao, qui l’apostropha rudement, en 
l'appelant yäo-koai. Je ne suis pas ce 
que vous pensez, dit le vieillard. Je suis. 
te génie du lieu. Votre arrivée a suffi 
pour faire déguerpir les yäo-koai qui 
infestaient ce lieu. Je suis venu pour 
tous remercier. Vous m'avez rendu ser- 
tice.. Cependant, ajouta-t-il, s'ils re- 
tenaient, jouez de l'épée! 一 Tchüu- 
chao le salua et le reconduisit. 一 
Bientôt entrerent des êtres au visage 
noir. Tchôu-chao leur abattit la tête. 
D'autres êtres au visage blanc qui sui- 
virent, eurent le même sort. Enfin parut 
un monstre à la gueule noire et aux lon- 
gues dents. Tchôu-chao le dépécha de 


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y 35 e. 79 


même. — À ce moment les coqs chan- 
térent. Tchôu-chao triomphant appela 
les gens de l’auberge, qui entrérent 
avec des lanternes. L'appartement était 
jonché de corps décapités, gisant dans 
une mare de sang. C'élaient la femme, 
les concubines, les fils et les filles de 
Tchôu-chao, tués par lui. — À ce spec- 
tacle, il poussa un cri terrible «j'ai 
été joué par un yâo-koail» et tomba 
mort. 


Voyez Introductjon VHL 一 Le vieillard qui se dou- 
na faussement pour de génie du lieu, était le vrai yäo- 
koai. Ï poussa les membres de la famille du mandarin, 
à aller le voir l’un après l’autre, changea leurs physiono- 
Jnies ou hallucina Fchôu-chao, &j les fit ainsi égorger. 
Les tours de cette sorte, sont le passe-temps des ydo- 
koai, êtres fourbes et féroces. 一 L'épée chinoise est à 
deux franchants, très semblable au glaive romain. 


39 


Au Kpäng-si, un certaia Li, asses- 
seur du gouverneur, était extrêmement 
riche. Il entretenait sept femmes. Il 
mourut à l'âge de 27 ans. Son vieux et 
fidéle majordome s'occupa, avec les 
femmes, des préparatifs ordinaires en 
cas de deuil et de funéraiMes. 一 Com- 
me ils étaient tous trés affairés, un 
téo-cheu se présenta, demandant qu’on 
lui fit l'aumône. — Notre maitre vient 
de mourir, dit le majordome; je n'ai 
pas le temps de m'occuper de toi. — 
Et si j'avais le pouvoir de rappeler son 
âme”? dit le téo-cheu en souriant. 一 
Trés ému, le majordome entra pour 
avertir ies femmes, puis sortit pour 
inviter le tâo-cheu. Celui-ci était 
parti. — Hélas! dirent les femmes, c'é- 
tait un chénn, nous l'avons offensé. 一 


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Le majordome courut aprés lui. Il le 
retrouva sur la place du marché, lui 
demanda pardon de sa brusquerie, et 
le supplia de prendre pilié de leur 
malheur. — Ce n’est pas, dit le t4o- 
cheu, que je refuse de faire revivre 
votre maître. Maïs c’est la loi, aux en- 
fers, que, pour obtenir qu'un mort re- 
vive, un vivant meure à sa place. J'ai 
pensé que personne de votre familte ne 
consentirait à donner sa vie, voilà 
pourquoi je suis parti. — Veuillez re- 
venir, dit le majordome; nous délibé- 
rerons. — Le tao-cheu le suivit. 一 
Quaud ils furent revenus à la maison 
mortuaire, le majordome communiqua 
aux femmes ce que le tâo-cheu venait 
de lui dire. La proposilion ne leur plut 
pas. Elles s'entre-regardérent sans dire 
mot. — Alors le majordome leur dit: 
Je comprends’ pourquoi vous hésitez. 
Vous êtes toutes fort jeunes. Moi je suis 
vieux. Je ne tiens pas à la vie. — Cela 
dit, il sortit, et demanda au téo-cheu: 
Ferais-je l'affaire? — Oui, dit celui-ci, 
si tu te dévoues de ton plein gré, 
joyeusement et sans regret. 一 Ces 

dit, fit le majordome. 一 Alors, dit | 

tâo-cheu, fais tes adieux à tes proches 
et a tes anis. il me faut trois jours 
pour faire mes incantalions. Avant le 
septième jour, elles auront leur effet. — 
Le majordome établit le téo-cheu dans 
la maison mortuaire, et le servit avec 
le plus grand respect. Puis il fit le tour 
de ses proches et amis, pour leur faire 
ses adieux. Parmi ceux-ci, les uns 
l’admirérent, d’autres le plaignirent, 
d'autres se moquèrent de lui. — Quand 
il eul fini sa tournée, le bon vieux alla 


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— 35, — 77 


au temple de Koän-ti où il avait ac- 
coutumé de faire ses dévotions. Il se 
prosterna et pria en ces termes: Je 
veux mourir pour mon maître; daignez 
aider le tâo-cheu à faire revenir son 
âme! — Il] avait à peine achevé cette 
priére, qu'un bonze aux pieds nus ap- 
parut devant l'autel aux parfums, et 
lui dit: Prends garde! Des effluves né- 
fastes s’échappent par tous tes pores. 
Un grand malheur te menace. Je te 
Sauverai, mais garde-toi de souffler 
motf.. Celä dit, le bonzé lui donna un 
petit paquet enveloppé de papier, en 
lui disant: Tire ceci de ton sein, au 
moment crilique... et il disparut aus- 
Sitôt. — Rentré à la maison, le major- 
dome ouvrit le paquet. Il contenait 
cinq ongles et une corde. Il le referma 
et le mit dans son sein. — Quand le 
troisième jour fut venu, le tâo-cheu 
ordonna au inajordome de transporter 
son jit dans la chambre mortuaire, à 
côté du cercueil de son maitre. Puis il 
ferma ja porte de celté chambre avec 
une chaîne de fer, ne laissant. ouvert 
qu'un trou, par lequel on passerait au 
reclus aliments ét boisson. Ensuite il 
s'installa près du gynécée, dressa un 
pelit autel, et marmotta ses formules. 一 
Soudain le majordome sentit comme 
un coup de vent sortir de dessous son 
lit. Puis deux nains surgirent de terre. 
Ils étaient poilus par tout le corps, 
avaient de grosses lêles, et des yeux 
verts étiucelants. . Ils firent ‘plusieurs 
fois le tour du cercueil, puis se mirent 
à ronger avec leurs dents les arêtes. du 
bout antérieur. La planche qui formait 
ce bout, finit par tomber. Alors les . 


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— 85. — 


deux diablolins tirerent du cercueil le 
corps du défunt, encore en parfait état 
de conservation, et se mirent à lui 
masser le ventre. Bientôt le défunt re- 
couvra l'usage de la parole. Mais, chose 
étrange, le majordome remarqua que, 
si le corps était bien celui de son maitre, 


_ la voix était celle du tâo-cheu. — Ef- 


frayé, il se dit: Voilà le moment criti- 
que! et il tira de son sein le paquet 
reçu au temple. Aussilôt les cinq ongles 
se changéreat en un dragon à cinq 
griffes, qui saisit le vieux majordome, 
l'enleva de son lit, le déposa sur une 
des poutres du plafond, et l’y attacha 
avec la corde. — Cependant les deux 
diablotins atderent Je ressuscité à aller 
au lil du majordome. Quand il constata 
que ce lit elait vide, le ressuscité s'é- 
eria: l'affaire est manquée! — Vite les 
deux diablotins cherchérent par tout 
l'appartement, .oû le majordome pouvait 
s'être caché, tandis que le ressuscité 
furieux déchirait les rideaux et les 
couvertures de son lit. Enfin un des 
diablotins aperçut le majordome juché 
sur sa poutre. Il l’indiqua au ressusci- 
té, qui s’éleva dans l'air pour le saisir. 
Au moment au il allait l'atteindre, un 
eoup de foudre formidable éclata. Le 
majordome tomba à terre. Le ressuscité 
et les deux diablotins disparurent. Le 
cercueil se trouva fermé comme aupa- 
ravant. — Je bruit du tonnerre auira 
les femmes. Elles ouvrirent la chambre. 
Le vieux majordome leur dit ce qu'il 


. avait vu. Vite on alla voir ce qu'était 


devenu le tao-cheu. On le trouva mort 
foudroyé devant l’autel où il faisait ses 
incantations. Sur son corps était tracée, 


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er 40 2 RS SN OS op EN on D OM NE 2 


— 35, 36. 一 79 


en 17 caractères, au soufre, sa sentence 
dont voici la traduction: Magicien cupi- 
deet libertin, exécuté par ordre du Ciel. 


Voyez Introduction Jl el XVHI 一 Désirant s’ap- 
proprier la fortune et les femmes du défunt, le tdo-cheu 
fit passer sa propre âme dans son cadavre. Pour se dé- 
faire du majordoue, il l'aurait renfermé dans le cercueil. 
Koän-ti sauva son serviteur. — Cette pièce parait âtre 
un conte bouddhisle, adapté par les Taoïstes, qui subs- 
tituèrent Koûn-fi à Bouddha. Koän-(i n’est pas servi 
par des bonzes, mais par des tdo-cheu. Quand Bouddha 
apparaît, il est vêtu en bonre, mais ses pieds sont nus, 
tomme sur ses images. Les bonzes chinois portent des 
chaussures. — Dans les cas de réincarnation, la voix 
est toujours celle de l’âme. Car c'est l'âme qui parle, 
disent les Chinois. Le mécanisme de la phonativa leur 
est inconnu. 


36 


Il fut un temps où, quand les ba- 
teaux de voyageurs éprouvalient un 
coup de vent sur le lac P’'oûo-yang 
(Kiäng-si), an câble noir ressemblant 
à un grand serpent, les heurtait et leur 
causait du dommage Pour se le rendre 
favorable, les mariniers da lac avaient 
donné à cet être mystérieux le. nom 
honorable de Général Cäble, et lui 
faisaient des offrandes cliaque année. 
En lan 1732, la sécheresse fut telle, 
que le lac P'oûo-yang fut en grande 
partie asséché. On découvrit alors, 
étendu sur le sable du fond, une vieil- 
ke amarre à demi pourrie. Les paysans 
la hachèrent en morceaux, qui répan- 
dirent du sang. Alors ils les brûlèrent. 
Depuis lors le Général Câble n'a plus 
apparu, ni fait de tort à personne. Les 
pilotes du lac ont aussi gessé de lui 
faire des offrandes. 


Voyez Introduction XIX. — Vieil objet, devenu un 
méi malfajsant. : 


( L'REBIEE ) dEde + RE ES NE EE Su SN OT 1 


= 37, 38. 一 


EN 
LA 
s 


(RER) RISMRHEEBDAITS 


DAMENMEN ÉBDE SEP MNDERUERNRENS 

HNASLÉRDEr NAN EM | MSMOSÉMNÈEHS s 
Du ti ON 2 De DR (SR JE D D DA SEE QUES FOI NE ER N NS OK 
RRTÈRRAAAHÉENANRENBRRSR EEE « 


37 


En l'an 967, Liôu-wei préfet de 
Lôu-tcheou (Nän-hoei) fut transféré 
dans la province du Kiang-si. Dés qu'il 
eut quitté Lôu-tcheou, des incendies 
éclatérent de toute part dans cette pré: 
fecture. On voyait, la nuit, des êtres 
myslérieux courir deci delà avec des 
torches. On n'arriva à en saisir aucun, 
mais on réussit à en abattre quelques- 
uns à coups de flèches. Il se trouva 
que cetaient des planches de cercueils, 
des poteaux pourris, de vieux balais, 
et autres objets analogues. Cette consta: 
talion redoubla les alarmes du peuple. 
La panique dura plusieurs mois. Eafin, 
quand Tchäng-tsoung eut été nommé 
préfet de Lôu-tcheou, le calme se ré- 
tablit. | | 


Voyez Introduction XIX. 一 Le .tafent des bons 
mandarins effraie les malfaiteurs, et leur vertu intimide 
les koëi et les méi, disent les légendes. | 


38 


Sous les premiers Sông (5° siècle), 
un certain Liôu-huan originaire de 
Tchoüng-chan (Tchêu-li), séjournant 
à Ue-tch'eng (Tchée-kiang), fut assail- 
li, dans l'obscurité, par un être tout 
de noir vêtu. Il alluma une lampe, et 
vit une forme humaine, sans yeux, ni 
oreilles, nl nez, ni bouche, qui errait 
à tâtons, se heurtant à tous les obstla- 
cles. il consulta un devin sur cette ap- 
parition. L'êlre que vous avez vu, dil 
le devin, est un objet ancien, datant 


SnMMMIRENENENNE 


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CRE ) MHENSRSEMMER+IINEN LEE 


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SEE D DE NUS A D RDS et ST D NE 5 Gi HN 


(RESF RENNES | DÉS-NELVSSENUNS 


— 38, 39. 一 sf 


de vos ancetres. Îl est déjà animé, mais 
n'a pas encore d’yeux. Quand il en 
aura, ce sera un méi féroce. Dépêchez- 
vous de le détruire. — Liôu-huan prit 
et lia l'objet, puis le hacha à coups de 
sabre. Il reprit alors sa vraie forme. 
C'était le vieux traversin noir de son 
aïeul défunt. 


Voyes Introduction XIX. — Tant qu'un être trans- 
cendant n'a pas d’yeux, 6a transcendance n’est pas par- 
faite. Tant qu'une idole n'a pas de pupilles, elle est une 
faïence, pas un dieu. On la rend transcendante, en lui 
introduisant un charme dans le corps pa un trou prati- 
qué dans le dos, et en lui. peignant les pupilles en noir; 
ea lui ouvrant les yeux, disent les palens. 


59 et 40 


39. En l'an piag ou tfng de la pé- 
fiode Tohéu-yuan (1336 ou 1337), 
Yinn-kanglouo et quelques autres, de 
Lôu-ling (Nän-hoei), étalent allés se 
promener le soir près de l'étang Si- 
kia-hou. Ils s'assirent pour manger des 
prunes marinées, et trouvérent plaisant 
d'introduire les noyaux, un à un, daus 
la bouche wuaa crâve qui gisait là par 
hasard, en lui demandant s'ils étaient 
salés. Leur pique-nique terminé, ils 
prirent le chemiu du retour. Elant ar- 
rivés à un long chemin creux, soudain, 
au clair de la lune, ils virent comme 
une boule noire, qui roulait et bondis- 
sait derrière eux, en criant: salés! 
salési.. Saisis d’une terreur panique, 
nos hommes coururent d'une traite 
l'espace de dix stades, le crâne toujours 
sur leurs talons. Arrivés à Joûng- 
ts’ounn, ils passèrent un canal en bac. 
De ce moment ils ne virent el n’enten- 
dirent plus rien. - 


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40. Soinn-kiunncheou de Tch'äng- 
chou (Kiäng-sou),se faisait un jeu d'ou- 
trager, à toule occasion, les chènn et les 
koëi. Un jour qu'il se promenait avec 
des amis dans la montagne, pris d'un 
besoin pressant, il s'écarta. Un crâne 
gisait là. Notre homme trouva plaisant 
de lui faire tomber ses excréments dans 
la bouche. Est-ce bon? Jui demanda-t- 
ïl... Bon! répondit le crâne, en ouvrant 
ses mâchoires toutes grandes; bon! 
bon!.. Pour le coup Kiänncheou puit 
ses jambes à son cou. Le crâne le 
poursuivit en roulant. Arrivé à un pont 
(en dos d'âne), Kiûnncheou passa. Le 
crâne ne put pas monter la rampe. De 
loin, Kiûnncheou le vit retourner, en 
roulant, à son ancienne place... Il ren- 
tra chez lui, pâle et défait, et s’alita 
malade. Bientôt, pris de frénésie, il prit 
ses excréments avec les mains, et les 
dévora, au fur et à mesure, en criant 
sans cesse, bon! bon! Au bout de trois 
jours, il mourut. 

Voyez Introduction IX. — De toutes les parties du 
corps, l'âme inférieare s'attache de préférence au crâne, 
qui est toujours considéré comme un objet extrêmement 
uéfaste et dangereux. 一 Les ponts chinois sont généra- 
lement élevés et à rampe raide. — En règle générale, 
les fantômes sont censés ne pas pouvoir franchir les 
obstacles, murs, canaux, fossés, etc. Il y a pourtant des 
exceptions à cette règle. 一 La mâchoire inférieure se 
détachant du crâne décharné, je me demande comment 


on peut mettre quelque chose dans la bouche d'un crâne. 
Mais folk-lore et anatomie sont deux choses différentes. 


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Un certain Tcheôu originaire de 
Hâng-tcheou (Tchée-kiang), et son 
ami Tch'énn, en excursion dans le 


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pays de Yâng-tcheon-fou (Kiäng-sou ), 
s'étaient logés dans la propriété d’un 
nolable. C'était le commencement de 
l'automne, mais le temps était encore 
chaud. Manquant d'air dans l'apparte- 
ment qu'ils occupaient, les deux jeunes 
gens avisérent, au fond des jardins, à 
l'Ouest, une pelite maison isolée, don- 


- bant sur les montagnes et proche d'un 


élang. IIS y transportérent leurs lits, 
et passérent plusieurs nuits trés agré- 
ables. Un soir qu'ils s'étaient promenés, 
au Clair de la lune, jusqu'à la deuxième 
veille, ils rentrèérent dant la maison et 
venaient de s'étendre sur leurs lits, 
quand ils enlendirent, sous la véranda, 
ut bruit de pas, puis une voix qui fre- 
donnait 4ne strophe sur les fleurs du 
printemps et la lune d'automne. Les 
deux amis pensérent d'abord que c'élait 
le propriétaire qui se promenait. Mais 
ils constatèrent ‘bientôt que la voix 
n'était pas uke voix d'homme. Ils re- 
garderent par des fentes, el virent 
une femme adossée à la balustrade de 
la véranda. $erait-ce une personne de 


_ la famille, que nous ne connaissons 


pas ? se demandérent-ils tout bas. 一 
Ils regardèrent encore. La femme était 


vêlue de robes antiques. — C'est un 
revenant, dit le Tcheôu. — Elle est 


jolie, dit le Tch’énn; et élevant la voix, 
il demanda: Pourquoi n'entrez-vous 
pas? 一 Pourquoi ne sortez-vous pas° 
répondit la femme. 一 Entraîpant le 
Tcheôu, le Tch'ênn ouvrit la porte et 
sortit. La femme avait disparu. [ls Pab- 
pelérent. Elle répondit. [ls Ja cherché- 
rent parmi les arbres. Soudain ils vireut 
une lete :de femme, qui pendalt à un 


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— 41, 49. 一 


saul2. Ils jetèrent tous deux un cri de 
terreur. La tête se laissa choir, et vint 
vers eux en bondissant. Ils s’enfuirent 
à toutes jambes, se réfugiérent dans la 
maison, et fermèrent la porte. La tête 
arriva, et heurta contre la porte. Ils 
appuyèrent de toutes leurs forces, pour 
la tenir fermée. Alors la tête attaqua 
le seuil à belles dents. Le bois craquait 
et s'émiettait sous ses morsures. Enfin 
les coqs chantérent. Alors elle partit 
en roulant et en sautant, et alla se jete 
dans l'étang. — Quand il fit grand jour, 
les deux amis sortirent, et s'empressé- 
rent de changer de logis. Tous deux 
furent malades de peur durant plus 
d'un mois. 

Voyez Introduction IX. — Ame d’une pendue, dont 
les ossements avaient été jetés dans l'élang. 


A2 et 43 


42. Mon cousin Tchäng-houng-ie 
séjournait à Ts'inn-hoai, dans une 
maison appartenant à la famille P'an, 
et bâtie au bo‘d d'un canal. C’élai 
l'été. Durant la ouit, il sortit de. | 
maison, vers minuit, pour aller au 
cabinets. Tout était silencieux, et la 
clair de lune splendide. Tchäng s'ap- 
puya sur la balustrade, au bord dt 
canal, et admira ce paysage nocturne. 
Tout à cuup il eutendit ua clapotis.. Il 
regarda, et vit une tele humaine qui 
émergeait de l'eau. Ce ne peut pas être 
un baigneur, à cette heure, se dit-il; 
el il regarda p'us attentivement. Bientôl 
il constata que l'être, qui émergeail de 


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85. 


plus en plus, avait des yeux sans pupil- 
les, et la nuque raide. Tchäng lui jeta 
un caillou. Il s'enfonça dans l’eau et 
disparut. Le lendemain, après midi, un 
garçon se noya dans le canal, à l'endroit 
même où l'être mystérieux avait dis- 
paru. Tchäng comprit alors qu’il avait 
vu le koèi d’un noyé, en quête d'un 
remplaçant. — 43. Quand ji raconta 
cette histoire aux autres locatäires de 
la maison, un d'entre eux, un mar- 
chand de riz, lui dit: Moi aussi j ai eu 
jadis affaire à un koei aquatique en 
quête d'une victime. J'étais encore jeu- 
ne, et allais à Kiä-hing (Tchée-kiang) 
pour mon commerce. Je dus passer un 
guë très vaseux. J'étais monté sur un 
buftle. Quand je fus arrivé au milieu 
du guë, une main noire sortit de l'eau, 
et chercha à *aisir mon pied. Je relevai 
prestement les jambes. Alors la main 
noire saisit un des pieds du buffle, qui 
ne put plus avancer. Très effrayé, j'ap- 
pelai au secours. De la rive, les passants 
tirérent le buffle, sans arriver à le faire 
mouvoir. Alors l'un d’eux lui brüla la 
queue. Dans un suprême effort, l'animal 
se dégagea et sortit de l'eau. On vit 
alors qu'un vieux balai horriblement 
puant, était fortement atlaché à son 
ventre, On le détacha à coups de bâton. 
Le balai gémit et saigna. On le hacha 
meuu à coups de sabre, et on le brûla 
sur un bücher. 11 fallut un mois, pour 
que l'infection qu'il répandit disparüût 
entièrement. Depuis lors personne ne 
se noya plus dans ce gué, ce qui arri- 
vait souvent auparavant. 


Voyez Introduction VIT et XIX. — Eu Chine, les 
cabinets sont séparés des habitations. — Tordre la queue 


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— 43, 44. — 


d'un hœuf, ou la brûler avec le fourneau d'une pipe, | 
est le dernier argument chinois jour décider l'animal À 
faire effort. 一 Dans la première histoire, âme d'un noyé 
qui cherche un remplaçant, Le manque d'yeux est uns 
incohérence. — Dans la seconde histoire, il s'agit d’un 
méi, vieil objet devenu malfaisant, non d’un koëi. 


4% 


- Le fail suivant est consigné dans les 
annales de la ville de Sông-kiang 
(Kiäng-sou). Durant la période Wan-li 
(1573-1020), un pêcheur habitait au 
bout da faubourg Ouest, près du dock 
des jonques, au bord de l'eau. — Une 
nuil il entendit l'âämo d'un noyé qui 
disait: Voilà un an que je souffre ici. 
Je pourrais noyer cette femme. Mais 
elle est enceinte. Je ne veux pas dé- 
truire deux vies à la fois. J’attendrai 
encore... Le lendemain matin une fem- 
me tomba à l’eau à cel endroit. Elle 
était enceinte, et fut repêchée. 一 Quel- 
que temps aprés, le péeheur entendit 
de nouveau l'âme qui disait: Je pour- 
rais noyer cet homme. Mais il est 
pauvre et l'appui d'une nombreuse fa- 
mille, laquelle .devra se disperser s'il 
vient à mourir, J'attendrai encore... Le 
lendemain matin un homme tomba à 
l'eau du haut du pont, mais fut heu- 
reusement repêché. — La nuit suivante 
l'âme du noyé demanda au pècheur 
quelque nourrilure. Je n'en ai plus 
pour longlemps, dit-elle. Deux fois j'ai 


_fait acte de désintéressement. Les 


Chénn du district. l'ont fait savoir au 
Sublime Souverain, qui me dispensera 
bientôt, j'espère, de mendier ina nour- 
riture ici, 一 Je l'espère pour vous, dit 


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一 44, 45. 一 87 . 


le pêcheur. 一 La nuit suivante l'âme 
lui apparut encore, pour le remercier 
et prendre congé. J'ai élé nommé, lui 
dit-elle, génie du licu, à Mào-k'iao. 
Voyez Introduction Vfl et II 一 Preta fimélique 


mendiant. — Les Chénn du district, sont les génies du 
lieu et de la ville ; la hiérarchie locale. 


45 


Tch'énn-koungp'eng, un lettré sans 
emploi, était ami d'un certain Li-fou 
qui habitait le même village. Un soir 
d'automne, par un beau clair de lune, 
il alla le trouver pour faire la causet- 
te. Li-fou était très pauvre. Il lui fallut 
traiter son hôle..…. dJ'allais justement 
acheter du vin, pour boire avec ma 
femme, dit-il au Tch'énn (fiction rituel- 
le). Veuillez vous asseoir dans la cour. 
Je reviens à l'instant, et nous boirons 
uu coup en l'honneur de la lune. 一 
Le Tch'énn s'assit, et se mit à feuilleter 
le cahier de vers qui ne le quittait 

- pas. — Soudain une femme, vêtue 
d'une robe bleue et les cheveux défails, 
entra dans la cour, mais s'arrêta dès 
qu'elle eut vu le Tch'êénn. Celui-ci 
pensa que c'était une amie de la femme 
de Li-fou, et s'écarta pour la laisser 
passer. Cependant la femme en bleu 
avait glissé un objet sous le seuil de la 
porte d'entrée. Quand le Ich'enn se 
fut écarté, ette traversa la cour et entra 
dans la maison. — Qu'est-ce qu'elle a 
caché 1? se demanda le Tch'énn; et il 
alla voir. C'était une corde sanglante 
el puante, une corde de pendue. Cette 
femme serait-elle le koëi d’une suicidée? 


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‘ tête. Comme une vapeur légère, le 


— 45, — 


se demanda le Tch'énn; et il mit la 
corde dans la tige de sa botte. 一 Quel- 
ques instauts aprés, la ferme etl bleu 
sortit de la maison, et vint chercher à 
l'endroit où elle avait caché sa corde. 
Ne la trouvant pas, elle marcha furieuse 
droit au Tch'énn, et lui dit: Rends-moi 
mon objet! — Quel objet? demanda 
le Tch'énn. — La femme ne le nomma 
pas, mais, se dressant de toute sa hau- 
teur et ouvrant Ja bouche toute grande, 
elle se mit à souffler sur le Tch'énn un 
vent plus froid que glace, qui fit héris- 
ser ses cheveux et claquer ses dents. — 
Puisqu'elle souffle, se dit le Tch'énn, 
pourquoi ne soufflerais-je pas ?.. Il souf- . 
fa donc... Sa chaude haleine fit trouée 
dans le spectre, partout où elle le tou- 
cha. Une première bouffée lui perfora 
le ventre, une seconde lui troua la 
poitrine, une troisième lui emporta Ja 


spectre s'évanouit. — A ce moment 
Li-fou rentra avec un pot de vin. Etant 
eultré dans la maison pour le faire 
chauffer, il s'écria soudain, ma femme 
est étendue morte sur le lit. — Elle ne 
doit pas être morte, dit le Tch'ênn, car 
j'ai la corde dans ma botte... Et il ra- 
couta à Li-fou ce qui venail d'arriver. 一 
Les deux hommes ranimèrent la femme, 
avec de l’infusion de gingembre. Quand 
elle fut revenue à elle, ils lui deman- 
dérent ce qui s'élait passé. — Elle dit: 
Nous sammes si pauvres, el mon mari 
a si bon cœur. Un hôte lui étant venu, 
comme il n’y avait aucun argent à la 
maison, il me pit ma dernière épingle 
à cheveux, pour aller acheter du vin. 
L'hôle étant dans la cour, je ne pus 


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一 4, 46. 一 89 


pas me lamenter, et dus dévorer mon 
chagrin. À ce moment une femme en 
bleu et les cheveux épars entra. Je suis 
votre voisine, me dit-elle. Votre indigne 
mari est en train de jouer voire épingle 
au tripot. Je vais vous consoler... Et 
ramassant une corde, elle fit un nœud 
coulaat et me dit: mettez votre telte là- 
dedans; dans un instant vous verrez le 
ciel de Bouddha et ses joiesinfinies. Puis 
elle serra la corde, mais n'arriva pas à 
m'étrangler… Attendez un instant, dit- 
elle, que je cherche ma corde à moi. 
Elle sortit et ne revint pas. Vous m'avez 
rappelé à la vie. 一 Tch'ênn et Li ayant 
pris des informations, apprirent qu'une 
voisine s'était pendue quelques mois 
auparavant. La famille avait fait croire 
qu'elle était morte de mort naturelle. 
Voyez Introduction VII. 一 Ame d’une pendue qui 
cherche une remplaçante. — Ces âmes profitent des 
accès de colère ou de désespoir des femmes, pour les 
pousser à se pendre, et les aident. Plus rarement elles 
emploient la violence ouverte, comme dans l'histoire 
suivante. — Un hôte ne peut pas entrer dans la maison 


d’un Chinois pauvre, à cause des femmes. Il reste dans 
- Ja cour. 


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Un certain Yinn-k'ien satellite à Kiû- 
young (Nän-hoei), élait célèbre pour le 
zèle et l'audace avec lesquels il prenait 
Jes voleurs. Il passait les nuits à l'affût, . 
dans les endroits les plus obscurs et 
les moins fréquentés. Une nuit il rôdait 
aux environs d'un village, quand sou- 
dain un individu qui courait, tenant 
en main une corde, le heurta dans 
l'obscurité. Cet homme doit ëlre un 
voleur, se dit Yinn-k'ien ; et il le fila. 一 


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— 46. — 


L'homme alla droit à une habitation, 
et escalada le mur. 一 Bien deviné, se 
dit Yinn-k'ien. Laissons-le faire son 
coup. Je le cueillerai, à Ja sortie, avec 
les piëces de conviction. Maïs soudain 
il entendit les gémissements d'une 
femme. Alors Yinn-k'ien sauta aussi le 
mur, juste à temps pour voir l'inconnu 
qui l'avait heurté, juché sur une pou- 
tre, prendre avec un nœud coulant une 
femme occupée à sa toilette, et la pen- 
dre haut et court. Yinn-k'ien comprit 
que son inconnu était l'âme d’un pendu, 
qui cherchail un remplaçant. Il en- 
fonça la fenêtre, et appela au secours. 
Les voisins accoururent et dépendirent 
la femme avant qu'elle n'expirât. Les 
parents remercièrent Yinn-k'ien el le 
firent boire. Puis il reprit son chemin 
pour retourner chez lui. — La nuit 
était encore noire. Soudain il enteudit 
du bruit derrière lui. 11 <e retourna. 
C'élait le spectre avec sa corde. Pour- 
quoi m'as-tu ravi cette femme que je 
tenais? cria-t-il. C'est notre droit, à 
nous suicidés, de nous chercher un 
. remplaçant. Pourquoi m'as-tu empêché 
de lefaire?.. Ce disant, il se mit à 
frapper Yinn-k'ien. Mais celui-ci était 
intrépide. Îl rendit coup pour coup. Le 
spectre était très froid, et sentait très 
mauvais. — Enfin l'aube blanchit. Les 
forces du spectre diminuérent. Yinn- 
k'ien le saisit à bras le corps. A ce 
moment quelqu'un vint à passer, et 
vit Yinn-k'ien qui s’acharnait sur un 
morceau de bois pourri. Qu'avez-vous? 
lui demanda-t-il.. Ce que j'ai? Le 
spectre doit être passé dans ce bois. Il 
ne m'échappera pas... Et il cloua le 


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bois pourri à un poteau, dans sa cour. 
Depuis lors, chaque nuit, une voix se 
lamenta piteusement. D'autres voix 
murmuraient des paroles de consola- 
tion. Si, au lieu de te clouer, il l'avait 
cordé, dit l’une, tu souffrirais bien da- 
vantage.,. Tais-toi, tais-toi! chuchoté- 
rent les autres voix;-le bourreau pour- 
rait l'entendre. — C'est bon, se dit 
Yinn-k'ien. Quand le jour fut venu, il 
remplaça les clous par une corde, et 
serra comme il faut. La nuit suivante, 
il n‘entendit plus aucune lamentation. 
Au matin, il constala que le bois pourri 
avait disparu. 

Voyez Introduction VII et XIX. — Mélange de koëi 
et desnéi. — Yinn-k'ien fut trempé par les spectres. 
Son captif ne pouvait pas se déclouer, mais il pouvait se 


délier. Les Koei sont tanjours représentés comme encore 
plus faurbes que méchants. 


47 


Ea l'an 1744, à l'examen de licence 
du Kiäng-sou, arriva ce qui suit. Un 
bachelier nommé Tch'éng, de Tch'äng- 
chou, âgé de quarante ans passés, avait 
occupé la loge qui lui avait été assignée. ‘ 


. La première nuit qu'il y passa, il se 


mit à pousser des cris de terreur. Ses 
voisins accoururent et lui demandérent 
ce qu’il avait. Il baissa la tête et ne 
répondit pas. Le lendemain, avant midi, 
il fit son paquet, remit au surveillant 
un cahier blanc, et demanda qu'on le 
Jaissât sortir. En vain ses amis firent- 
ils tous les efforts pour le retenir. Je 
ne puis pas concourir, leur dit-il. J'ai 
un crime sur la conscience. Et il leur 


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raconta l'histoire que voici: « Quand 
j'avais trente ans environ, j'étais pré- 
cepteur dans une famille distinguée. 
Mes quatre élèves étaient tous fils ou 
neveux du maître de la maison. L'un 
d’entre eux élait trés bien fait. Je con- 
çus pour lui une affection déshonnéte. 
A la fête du ts’ing-ming, les autres al- 
jerent aider aux travaux du cimetière; 
celui-là seul resta à la maison. Je lui 
écrivis une strophe de vers, pour le 
tenter. Il la lut, rougit, mâcha le papier 
et l’avala. Je pris cela pour un consen- 
tement. Le soir je le fis boire. Quand 
il fut ivre, j'abusai de lui. Le matin, 
quand il se réveilla et sut ce qui lui 
était arrivé, il manifesta un trés grand 
chagrin. Je lui dis que ce n'était rien, 
et me rendormis. Quand je me réveil- 
Jai, je le trouvai mort pendu. La famil- 
le n’y comprit rien. Je me tus et dé- 
vorai mes larmes. — Or, cette nuit, ce 
jeune homme m'est apparu dans ma 
loge, avec un satellite infernal, qui 
nous a conduits tous deux devant le 
juge des enfers. Mon ancien élève 
m'accusa. J'avouai mon crime. Abuser 
de quelqu'un sans son consentement, 
me dit le juge, mérite cent coups de 
rotin. Comme tu étais le supérieur de 
ta victime, il convient que ton chà- 
liment soit aggravé. Tu devais réussir 
aux examens et devenir mandarin. Je 
supprime tout cela. — Mon ancien 
élève trouvant ma peine trop légère 
et demandant ma mort, le juge lui dit, 
en se moquant: |l ne ba pas tué. C'est 
toi qui as mis fin à tes jours, oubliant 
ta vieille mère et le prix de la vie. Tu 
as agi comme ces femmelettes, qui se 


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一 47, 48. 一 93 


suicident par colère ou par honte. Toi, 
un homme! Le gouvernement fait par- 
fois élever un monument à une fille 
chaste; il n'en a jamais fait élever à 
aucun garçon. Tu n'as rien compris 
aux enseignements des Sages. — À ces 
mots, mon ancien élève comprit son 
erreur; et se mit à pleurer à chaudes 
larmes, et à se tordre les bras: de dé- 
sespoir. 一 Continuarit son persiflage, 
le juge lui dit: Au Chän-si, dans la 
famille Tsiäng, une veuve chaste vient 
de mourir. Je vais te réincarner dans 
son corps. Tu pourras pratiquer à ton 
aise la vertu propre aux gynécées. Je 
te promets même un monument après 
la prochaine mort. — Puis le juge 
ordonna de me donner la bastonnade. 
Au vingtième coup je me réveillai dans 
ma loge. Je suis si bouleversé et si 
souffrant, que je ne saurais concourir. 
D'ailleurs je ne réussirais pas, le juge 
me l’a dilv. — Quand il eut fini de 
conter cette histoire, il s'en alla, 
éperdu et pleurant. 

Voyez Introduction XXI. 一 L'enseignement des 
Sages, c'est, en substance, l’imitation du ciel et de la 
terre. 一 Les histoires dames en peine, victimes de 
jeunes Leltrés, allant se venger sur eux au moment des 
examens, ou oblenant du moins qu’ils échouent, sont 
très nombreuses. 一 A la fête du {s’ing-ming, vers le 5 


avril, chaque famille remet à neuf les tombes de ses 
ancètres. 


4 et 49 


48. À Tch'énn-tcheou-fou (Heûe- 
nan), à côté de l’hôtel de l'examinateur 
des Lettrés de la préfecture, se trouvait 
une maison à étage, contenant trois 


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— 48, — 


chambres, condamnée et fermée à clef. 
On la disait hautée. — Vers le milieu 
de la période K'äng-hi (1692), l'exa- 
minateur d'alors Monsieur T'äng main- 
tint la défense d'habiter ce local, sur 
”le rapport que lui firent les vieux 
employés du tribunal. Cependant l'épo- 
que des examens étant venue, et le 
temps étant trés chaud, les candidats 
se trouvèrent à l’étroit. Deux d'entre 
eux, les bacheliers Wang et King, de- 
mandèrent la permission de se.loger 
dans la maison condamaée. Elle est 
hantée, leur dit l’examinateur. Ils ne 
le crurent pas, enlevèrent la serrure, 
et examiuérent l'ialérieur. Pas trace 
de poussière. On a voulu se moquer de 
nous, se dirent-ils; en temps ordinaire 
cette maison est évidemment habitée. 
Js transportèrent leur literie à l’étage, 
et s'établirent chacun dans une des 
chambres latérales, laissant vide la 
ehambre du milieu où débouchait 
l'escalier. — Un peu avant minuit, le 
King se relira dans sa chambre. Le 
Wäng se moquait encore des récils 
des vieux satellites, quand un bruit se 
fit entendre au bas de l'escalier. Qu'est- 
ce? cria le King. Probablement, répon- 
dit le Wäng, que des farceurs veulent 
nous faire peur. Cependant bientôt tous 
les deux eutendirent que quelqu'un, 
montait l'escalier. Le King cria d’effroi. 
Le Wang sortit de sa chambre avec sa 
bougie, dout la flamme devint si petite, 
qu'elle ne donnait pas plus de lumière 
qu'un ver luisant. Ayant peur péür de 
bon, nos deux hommes allumérent 
d’autres bougies, lesquelles ne donne- 
rent qu'une lueur blafarde. Alors, au 


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— 48, 19, 一 95 


haut de l'escalier, apparut un être velLu 
de noir, haut de deux pieds, sans yeux, 
- ni bouche, ni nez. Ses cheveux, longs 
aussi de deux pieds, se dressaient rai- 
des. Nos deux hommes appelérent au 
secours. Entendant qu'on venait, l'être 
mystérieux descendit l'escalier la tête 
la première. On entendit des sifflements 
autour de la maison, tandis qu’à Pin- 
térieur tous les objets se mouvaient. 
Le sabbat dura jusqu'au chant des 
coqs. Nos deux braves faillirent mourir 
de peur. 一 49. Le lendemain un vieux 
satellite dit: J1 est déjà arrivé ici jadis 
une autre histoire de spectre. Au temps 
où Monsieur P'än était examinateur, 
durant un examen, la veille du classe- 
ment, vers minuit on enlendit résonner 
le tambour avertisseur. Monsieur P'än 
déjà couché, fit demander ce qu'il y 
avait. Le portier dit: Une femme éche- 
velée est sortie de Fenclos des examens, . 
et a demandé à voir l’examinateur. Je 
lui ai dit qu'il ne pouvait pas recevoir 
une femme durant la nuit. Je ne suis 
pas une femme, dit-elle; je suis un 
koëi. J'ai une plainte à déposer entre 
les mains du grand homme... Je restai 
un moment trés effraÿé. Elle en profita 
”pour battre elle-même le tambour. 一 
Tous les officiers de la maison étaient 
perplexes. Enfin un.certain Tchäng, 
très brave de nature, alla demander au 
koëi ce qu'il voulait. 一 L'examinateur 
aurait bien pu me recevoir, dit le re- 
venant; mais enfin, puisqu'il ne veut 
pas, voici men cas, que je vous prie 
de lui faire savoir. Je fus la femme du 
domestique un tel, dans la maison du 
letlré X de telle sous-préfecture. Le 


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— 49, 50. — 


lettré s'éprit de ma beauté, et me fit 
des offres. Je refusai. {1 me battit. J'en 
parlai à mon mari, qui proféra des 
menaces. Mon maître je tua, puis tenta 
de me faire violence. Je lui dis de tel- 
les injures, qu'il me tua aussi, et enter- 
ra mon cadavre dans sou jardin, à 
l'ouest, sous une auge de pierre. Je 
demande qu'on me venge de mon mai- 
tre. — Est-il au nombre des candidats 
de cette session ? demanda le Tchang .一 
Oui, dit le spectre; c’est le treizième 
de la seconde série. — Le Tchäng 
entra, et dit tout cela à Monsieur P'än. 
Celui-ci examina ses listes. Le numéro 
et le nom indiqués par le revenant, 
concordaient parfaitement. Alors l'exa- 
mioateur envoya le Tchäng dire au re- 
venant, qu’il se tint tranquille, qu’une 
enquête judiciaire serait faite sur son 
accusation. Le koëi leva les yeux au 
ciel, poussa un sifflement, et disparut.— 
Monsieur P'än avertit les tribunaur. 
Le cadavre de la femme fut trouvé 
à l'endroit indiqué sous l’auge de pier- 
re. Le Lettré subit la peine légale de 
son crime. 


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Voyez Introduction VII et VII. 一 Dans la première 
histoire, il s’agit d'un yäo-koai; dans la seconde, d'un 
yuän-koei. — Un tambour est suspendu près de la 
porte de tous les fonctionnaires chinois. Quand un .plai- 
grant le bat, le fonctionnaire est tenu d'entendre ou de 
faire entendre sa plainte aussitôt. Cet usage remonte à 
l'origine de l'empire. 


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Le licencié militaire U était passé 
maitre dans tous les genres de boxe et 


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compte. 


97 


d'escrime. Durant la période tch'oùng- 
tchérig (1628-1644), il alla à Pékin 
pour se présenter à l'examen du doc- 
lorat. Son valet tomba gravement mala- 
de. Le licencié en fut trés peiné. On 
lui indiqua un devin fort habile. 1] 
alla le trouver. Avant qu'il ‘eût ouvert | 
la boucle, le devin lui dit: Vous venez 
me consuller sur la maladie de votre 
valet, n'est-ce pas? — Le licencié fut 
fort surpris. 一 Le devin contitiüa: Le 
danger que court votre valet n'est pas 
grahd; vous-même êtes plus en danger 
que lui. 一 Le licencié pria le devin 
de consulter les sorts sur soi propre 
Quand celui-ci eut fini son 
opération, il dit, l'air attristé: Vous 
n'avez plus que trois jours à vivre. — 
Comme le licencié effrayé restait son- 
geur, le devin lui dit d’un air insinuant: 
J'ai un petit charme, qui peut vous 
tirer d'affaire. C’est cent ligatures. — 
Quand le destin a prononcé, les char- 
mes n'y peuvent rleh, se dit le licencié: 
et il refusa l'offre du devin. — Vous 
ne. voulez pas faire cette pelile dépense, 
dit celui-ci. Pourvu que vous n'ayez 
pas à le regretter. — Inquiels, les amis 
du licencié lui conseillérent de débour: 
ser. Îl ne les écouta pas. — Le troisié- 
me iout fut vite arrivé. Le licencié le 
passa à son domicile. Aucun événement 
ne marqua la journée. Le soir, il ferma 
sa porte, alluma sa lampe, tira sen 
épée, et attehdit prêt à tout. A ja 
deuxième veille, comme il allait se 
meltre au lit, il entendit comme un 
frôlement dans une fissure du papier 
qui garnissait la fenêtre. 
bonhomme armé d’une lance se fraya 


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00. 


Patlaqua à coups d’éjée. L'homme s'é- 


passage, sauta à lerre, et devint aussitôt 
grand comme un homme. Le licencié 


leva en l'air, et voulut sortir par où il 
élait entré. Maïs un coup d'épée le cou- 
pa en deux. Le licencié prit la Jampe 
pour l’examiner. C’élait un bonhomme 
en papier. 一 Aprés cela le licencié se 
garda de dormir. Bientôl nouveau 1 


lement et nouvelle invasion par la fe 
nêtre. Cette fois Fintrus avait l'air d'u 
diablotin. Le licencié le coupa de nou 
veau en deux. Comme les deux moili 
bougeaient encore, il les hacha à cour 
d'épée. Les eoups portaient sur u 
corps assez dur, Quand rien ne bouged 
plus, le licencié approcha la lampe. 所 
avait haché en morceaux une poupée 
en argile. 一 1} s'assit alors près de là 
fenêtre, Fœil fixé sur la fente du papier: 
Seudain il entendit dehors comme le 
mugissement d'un bœuf. Un géant pres- 
sait contre le treillage de la fenêlre, et 
ébranlaït la maison. Je vais être écrasè 
par Ja chute du toit, se dit le licencié; 
mieux vaut sortir et l’attaquer. 由 ouvri 
donc la porte, et se trouva en présent 
d'un nègre gigantesque aux  yeu 
flamboyants, torse et pieds nus, arn 
d'u arc el d'un carquois. Le géant lu 
déeocha une flèche, que je licenci 
para avec son épée. Jl évila, en se je 
tant de côlé, une seconde flèche, qui 
s'enfonca vibrante dans le mur. Alors 
le nègre tira un coulelas de sa ceinture: 
Le licencié se précipita dans la maison. 
Le eoup fendit le seuil en pierre. âus- 
stlôl, chargeant à son tour, ke licencié 
passa entre les jambes du eelosse, € 
lui entailla uue cheville. IE évita un 


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nouveau coup de coutelas du géant, et 
lui enfonça enfin son épée dans le corps, 
au défaut des côtes. Le.monstre tomba 
de son haut, et ne bougea plus. Par 
précaution, le licencié le hacha à coups 
d'épée. Ses coups résonnaient comme 
sur du bois. Enfin fl chercha sa lampe, 
et vit étendue dans la cour une figure 
en bois, grande comme un homme, 
avec un arc et un carquois. Le sang 
coulait de toutes les entailles qu'il lui 
avait faites. — Aucune nouvelle atta- 
que ne se produisit plus jusqu'au 
matin. — Le licencié se dil, que ce 
devait être le devin, qui avait làché 
contre lu ces figurines. 1} aura voulu 
me faire mourir, se dit-il, pour falre 
admirer ensuite combien exactement il 
prédit l'avenir. 一 1} alla donc le trou- 
ver, avec ses amis, pour lui demander 
raison. 一 Quaad le devin les vit venir, 
il devint invisible. — Le sang de chien 
rompt tous les charmes, dit quel- 
qu'un. 一 Oa Son procura, et'on en 


‘ arrosa j'endroit où Le devin étalt assis 


quelques instauts auparavant. Aussilôt 
le devia. redevint visible. Son visage 
était couvert de sang de chien, et ses 
yeux brillaient de fureur. On le saisit 
et on le Hvra au mandarin, qui le fit 
mettre à mort. 

Voyez Introduction XVHHet NVII. — Le code porte 


peine de mort contre quiconque attente à la vie d'autrui 
par des maléfices. 


o1 


Le préfet de Cheôu-tcheou (Nän- 
hoei) Liôu-kiecheu était un adepte 


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— 51. 一 


convaincu du spiritisme, Voici ce qui 
lui arriva, alors qu’il gouvernait T'äi- 
tcheou (Kiäng-sou). Un jour qu’il iavi- 
lait Îles esprits, son appareil s’agila 
violemment. Le pinceau écrivit d’abord 
« P'ân-p'an». Puis, après une pause, 
il écrivit de nouveau «je vous suis des- 
tinée pour votre existence future ». — 


Liôu pensa qu’il avait affaire à la poé- 


tesse Koän-p'anp'an. Il écrivit « pour- 
rions-nous nous voir?» et brûla le bi 
let... « Cotle nuit» répondit l'appareil.— 
Quand le soir fut venu, Liôu tomba 
dans une sorle d'état cataleptique. A la 
auit close, une bouffée d’air froid 
envahit l'appartement. Une femme trés. 
belle entra. Elle était splendidement 
vêtue, et tenait à la main une lanterne 
entourée de gaze rose. Elle alla droit 
au Liôu. — Celui-ci suait de frayeur. — 
Vous avez peur de moi, dit la femme: 
c'est que notre leinps n'est pas encore 
venu. Cela dit, elle se retira. 一 Cepen- 
dant, depuis lors, le Liôu la rappela 
de temps en temps. Elle se rendit cha- 
que fois à son désir. — Un jour que le. 
Liôu, de passage à Yäng-tcheou ( Kiäng- 
sou), élait logé à la pagode T'ién- 
ning-seu, il Jui prit fantaisie de com- 
muniquer avec son amie. Il. disposa 
son appareil, écrivit l'invitation et la 
brûüla. Aussitôt l'appareil s'anima et 
écrivit à grands traits: «Je suis Wéi- 


_t'ouo, le Protecteur. Je vous fais savoir 


que vous êtes la dupe d’un fantôme. 
Ignorez-vous à ce point les lois du 
Ciel? Ne savez-vous pas que le Sibinnc 
Souverain ne hait rien tant que les 
communications entre les vivants et les 
morts? Cette faute est pire que la pire 


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— 51,59 — iii. LA 


luxure. Cess6z 1inogctntx 'eperteze. 
vous sinceretmbht…et ‘déliéz:vons dé- - 
sormais de cette diablesse ». — Atterré, 
le Liôu se prosterna et battit de la tête. 
Puis il brula son appareil divinatoire, 
et ses recueils de charmes. Les visites 
nocturnes cessèrent du coup. 一 Quel- 
ques années plus tard, en feuilletant les 
annales de T'âi-tcheou, Liôu-kiecheu 
tomba sur ke passage suivant: « Non 
loin du prétoire de la ville, se trouve 
une tombe datant de la dynastie Séng 
(10e-12e sjécle). Là est enterrée la 
sorcière Mà-p'anp'an. Elle fut trés ha- 
bile dans son art, et fit bien les vers à 
la manière de Süôu-tongp'ouo». — 
Liôu-kiecheu comprit .alors à quel 
spectre il avait eu affaire. 

Voyez Introduction XVI. 一 Le crible auquel est - 
suspendu le pinceau, repose ordinairement sur un pla- 
leau qui porte le papier ou la cendre ; de là l'expression 
« plateau divinatoire ». La question est posée oralement, 
ou écrite puis brûlée. Ce dernier procédé est aussi 
employé dans les pagodes, par les suppliants qui veulent 
faire savoir leurs désirs aux chénn. Ils écrivent sur un 
papier jaune, qu'ils expédient ensuite à destination en 
le brûlant. 一 Sur Wéi-t'ouo le Protecteur, voyez TP 
pages 324 et 327. Ce Boudilhiste athée parle au nom du 
el et du Sublime Souverain ( TP page 339). Telle est 
la confusion des dogmes des diverses sectes, dans la 
résultante finale de la religion pratique. 一 Sôüu-cheu 


{ tongp'ouo ) est le célèbre poèle du onzième siècle. 一 
Ce texte esl du dix-huitième siècle. 


02 


Près de Häng-tcheou (Tchée- 
kiang), à Wäng-sien-k'iao, vivait un 
jeune Lettré du nom de Tcheôu. Il 
avait encore sa mère, envers laquelle 
il exerçait la piété filiale de la manière 
la plus édifiante. Mais sa jeune épouse 


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était une méchante femme, qui détes- 
tait et mallraitait sa belle-iméère. Quand 
il lui fallait la saluer, aux époques 
riluelles, elle revêtait des habits de 
deuil, pour lui donner à entendre 
qu'elle désirait sa mort. — Le Tcheüu 
avait fait en vain tout ce qui était en 
son pouvoir pour corriger sa femme, 
Désespéré, il porta plainte contre elle 
au lemble du tch'éng-hoang de Häng- 
tcheou. Faites-la mourir, dit-il, pour 
que ma mère puisse vivre. — A ueuf 
reprises diTérentes, il écrivit et brüla 
sa requêle, toujours sans résultat. 
Enfin ij Ss’impatienta, el traita le 
tch'éng-hoang d'imbécile. 一 La nuit 
suivaate, un satellite le cita. Quand il 
fut arrivé au temple et prosterné devant 
le tribunal, le tch'éng-hoang lui di 让 
avec bienveillance: Crois-tu que j'igno- 
re que ta femme se conduit mal? Son 
insolence ne m'est que trop connue. 
Tu veux que je la fasse mourir. Sache 
que le destia ne ta alloué que celte 
femme, de laquelle doivent te naître 
deux fils. Tu sais que la piété filiale 
interdit de ne pas laisser de postérité. 
C'est par égard pour toi que j'ai épar- 
gné ta femme jusqu'ici. As-tu com- 
pris? 一 Cowment aurai-je des enfants 
de cette femme, répondit le Tcheüu, 
alors que je ne cohabile plus avec elle, 
à cause de sa méchancelé? — Quia 
fait ton mariage? demanda le tch'éng- 
hoang. — Un certain Fân, el un certain 
Tch'énn, dit le Tchemu. 一 Le tch'éng- 
hoang les fit appeler. Vous avez fn#, ;: 
leur dit-il, à ce pieux garçon, une fille 
absolument impie. Vous allez recevoir 
la bastonnade. — Ce n'est pas notre 


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52. — 103 


faute, crièrent les deux entremetteurs. 
Elle vivait enfermée dans un gynécée, 
Comment pouvions-nous nous rendre 
compte de son caractère? 一 Le Tcheônu 
ayant attesté que les deux entremet- 
teurs avaïent agi par amilié, non par 
intérèt, le tch'éng-hoang ne les fit pas 
battre. = Alars le Tcheôu parla ainsi. 
Quoique ma femme soit excessivement 
Insolente, elle a pourtant une certaine 
crainte des Chenn et quelque dévotion 
au Bouddha. Si vous la citiez et lui 
faisiez une belle peur? Elle s'amende- 
raît peut-être. 一 Pas mal imaginé, dit 
le tch'éng-hoang; et ïil envoya un 
gramd diable au visage bleu, muni 
d'une énorme chaîne, avec ordre d'a- 
mener la femme. Puis il dit au Tcheôu 
el aux entremetteurs: Comme vous êles 
de braves gens, je vous ai parlé amica- 
lement. Vous allez voir comme je vais 
arranger cette pécore. Ce sera fort, 
maïs n'ayez pas peur, cela finira bien. 
E le tch'éng-hoang passa sa manche 
sur son visage. Sa face devint noire, 
ses cheveux devirrent écarlate. Sur un 
appel, une bande de démons et de 
yakchas, armés de sabres et de scies, 
disposèrent la cuve d'huïle, ke moulin, 


et le reste. 一 Ace memert le diable 


bleu revint, trainart la femme pante- 
hinte. Misérable impie, Lomna le tch'éng- 
hoang, vois ce cahier, c'est la liste de Les 
péchés. Yakchas, écorchez-la et faïtes- 
la frire daus l'huile! 一 Gracel cria la 
fenime ; je tte le ferai plus. - Le Tcheôu 
et les deux entremetteurs s'étant pros- 
termés, imereédérent pour elle. — Par 
égard pour la piété filiale de lon mari, 
dit le tch'éng-hoang, je veux bien te 


10 


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pardonner celle fols encore. Mais sot- 
viens-toi que, à la première ineartade, 
tu seras écorchée et frite sans merci. — 
Cela dit, il les renvoya tous. — Le lende- 
main matin! J'ai fait un rêve, dit le 
mari... Et moi aussi, dit la femme. 一 
Depuis lors elle fut pieuse au possible, 
et donna, avec le lemps, deux fils à sou 
mari. | 

Voyez Introduction Ii, — Ce texte du dix-huitième. 
siècle se passe de commentaire. 


593 


 ATch'äng-ts’ing (Ghän-tong) vivait 
un bonze plus qu'octogénaire. Strict 
observateur de sa règle durant Loute 
sa vie, il était encore plein de verdeur 
à cet âge avancé. Un jour il tomba à 


. Ja renverse. Les aulres bonzes accou- 


rurent pour le relever. [ était mort si 
doucemeut, que son âme ne s'était pas 
aperçue de l'événement. Elle s'envola 
vers la frontière du Heüe-nan. Là, le 
fils unique d’une famille opulente, suivi 
d’une dizaine de cavaliers, chassait le 
lièvre au faucon. Soudain son cheval 
se Cabra. Le jeune homme tomba, et 
se tua dans sa chute. Son âme rencon- 
tra celle du bonze. Les deux âmes se 
fondirent en une, qui rentra dans le 
corps. Le jeune bomme revint à la vie. 
Il ouvrit les yeux, regarda autour de 
lui tout étonné, et dit: Comment suis- 
je venu ici? — On le porta à la maisc-, 
où les femmes s'approchèrent de lui 
pour lui donner leurs soins. Relirez- 
vous, dit-il tout effaré, Je suis bonze. 


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一 03. 一 105 


Comment suïs-je venu ici? Et fermant 
les yeux, il ne parla plus. — Depuis 
lors, Il s’abstint de viande et de vin, 
ne mangea que des grains vulgaires, 
dormit seul, et refusa les services de 
sa femme et des concubines. — Après 
quelque temps, 人 commença à se pro- 
meher, et ft quelques sorties. On le 
crut guéri. Les Comptables lui présen- 
térent leurs ltvres pour qu’il les vérifiât. 
Laissez-moi tranquille, leur dit-il; je 
suis maläde et las. — Un jour it deman- 
da: Au Chän-tong il y a une sous-pré- 
fecture appelée Tch'âng-ts'ing, n'est-ce 
pas? — Oal, lui dit-oh. =- J'aimerais 
tant aller là, fit-il. 一 Vous êtes encore 
trop malade pour faire ce toyäge, lul 
dit-on. = Cependant, comme il insistalt 
sans trêve, on finit par le cohduire à 
Tch'äng-ts'ing. I1 alla droit à la bon- 
zerle. Les bonzes reçurent avec hon- 
teur ce riche personnage. Où est je 
vieux bonze? leur demahdast-il, 一 
Notre ancien est allé se rélncarner all< 
leurs, fut la réponse. — Montrez-mol 
son tombeau, dit le jeune homme. 一 
On le conduisit devant un petit tumulus 
isolé, haut de trois pleds seulemetit, 
que les hetbes n'avaient pas encore eu 
le temps d'entahir. — J1 dit aux bonzes : 
Gardez bieh les avis que votre ancien 
vous a laissés. 一 lls le lui promirent. 一 
Alors il retourna au Heüe-nan, s’en- 
fonça dans une tnedilation profonde, 
et ne s'occupa plus d’aucune affaire 
sécultère. Au bout de quelques 
mois, il quitta la maison, alla seul lout 
droit au Chän-tong à son ancienne 
pagode, et dit aux bonzes! Je suis la 
nouvelle incarhation de volre ancien. 一 


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Comme ils doutaient, il leur dit beau- 
coup de choses intimes, et leur raconta 
comment il avait été réincarné. — Les 
bonzes se rendirent à l'évidence. ls 
l’installérent dans son ancienne cellule, 
et l'honorérent comme leur ancien. 一 
La famille du Heûe-nati ne put jamais 
le faire revenir. Quand ces gens lui 
faisaient visite, il ne les regardait 
même pas. Tandis qu'il recevait volon- 
tiers les anciens amis du vieux bonze, 
lesquels ne pouvaient tout de même 
pas se défendre d’un eertain étonne- 
ment, quand ce jeune homme leur 
racontait des faits remontant à près de 
80 ans. 

Voÿez Introduction IX. 一 Sous son extérieur boud- 
dhique, cette histoire du dix-huitième siècle est néc- 
confucianiste.. Les &mes bouddhiques parfaitement indi- 
vidualisées, peuvent posséder un cadavre, ou un corps 
contenant sa propre âme, mais elles ne peuvent pas st 
fondre avec une autre âme. Tandis que, d’après les Néo- 
confucianistes Tchouhistes, les âmes séparées du corpi 
se fondant avec la norme universelle, peuvent aussi se 


fondre entre elles, élant parcelles similaires, ou plos 
exactement terminaisons d'un même tout. 


54 


Dans la province du Chän-tong, 
bachelier Lian-tch'angk’ang touchait 
sa quarantième année. Tous ses effort 
pour obtenir le grade de licencié 
avaient été vains jusque là. H se dé: 
couragea, et songeait à renoncer à 
poursuite des grades, quand soudait 
une voix lui dit: Ne vous découragez pa! 
ainsi. — Qui étes-vous? demanda 1 
bachelier effrayé. — Je suis un koëi, di 
la voix. Depuis des années, je vous sui 
partout, je vous aide et vous protège. - 


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一 54. 一 107 


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. Pourrais-je vous voir? demanda le ba- 


chelier. — Le koëi refusa d'abord, mais 
se rendit enfin aux sollicitations réité- 
rées du Linn, et apparut sous la forme 
d'un homme suppliant, le visage triste 
et ensanglanté. Je suis, dit-il, un mar- 
chand de toile de Lân-tch'eng-hien. 
J'ai été assassiné par un certain Tchäng 
de Îe-hien, qui a enterré mon cadavre 
prés de la porte de l'Est, et a roulé 
sur l'emplacement une vieille meule 
usée. II m'a été dit que vous deviendrez 
sous-préfet de fe-hien, et qu'alors vous 
me vengerez. Voilà pourquoi je vous 
suis sans gesse. J'attends ma vengean- 
ce. Vous serez reçu licencié en telle 


année, et docteur en telle année... Cela 


dit, le koëi cessa d'être visible. — A 
l'époque dite, le bacheljer Linn fut 
reçu licencié. il se présenta pour le. 
doctorat avec confiance, maïs échoua. 
Vexé, il dit tout haut: I paraît que les 
koëi ne savent pas tout. — Aussitôt.la 


‘yoix lui répondit : C'est votre faute. Sou- 


yenez-vous de la veuve, à laquelle vous 


avez fait outrage, tel mois, tel jour. Les 


bommes n'en ont rien su. Mais aux en- 
fers vous avez été jugé, et ditféré, pour _ 
votre faute, jusqu’à la session prochai- 
ne, — Très saisi, le licencié s'amen- 
da sérieusement. A ja session suivante, 
il fut reçu docteur, et envoyé comme 
sous-préfet à fe-hien. — Comme il se 
promenait dans sa ville, il vit une vieil- 
le meule qui gisait sur un terrain vague. 
1! la fit enlever, et creuser à cette place. 
On découvrit un squelette. Aussitôt le 
sous-préfet ordonna d'arrêter le Tchäng, 
lequel, examiné juridiquement, avoua 
son crime et en reçut le châtiment. 


108 


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99. 一 


.. Voyes Introduction VIL 一 Ce texte est tiré d’un 


recueil du dix-huilième siècle; mais les noms de ville 
employés dans le récit, le font remonter à une époque 
beaucoup plus ancienre. 一 Les koëi ne lisent pas dans 
l'avenir. Mais, pour les consoler, le juge infernal leur en 


” découvre Parfuis ce qui les concerne. 


99. 


Jénn-kientcheu, de U-t'ai (Chän- 
tong), vendait des pelleteries et des 
fuutres. Comme il allait pour son com- 
merce au Chân-si, il rencontra en route 
un _ certain Chënn-tchout'ing, qui lui 
plut tant, qu'il fit avec lui le serment 


de fraternité. Pendant que tous les 


deux faisaient leurs affaires au Chän-si, 
le Jénn lomba gravement malade. Le 
Chenn le soigna charitablement durant 
une dizaine de jours. Se sentant mourir, 
le Jénn lui dit: Ma famille est peu 
fartunée. Elle compte huit personnes, 
qui vivaient toutes de mon négoce. 
Voici que je meurs en pays étranger. 
Je n’ai que vous à qui je puisse confier 
mes intérêls. Dans mon sac, vous trou- 
verez deux cents taëls. Je vous en don- 
ne cent, sur lesquels je vous prie de pré- 
lever le prix de man ensevelissement. 
Veuillez faire tenir les cent autres à 
ma famille. Dites aux miens qu'ils 
cherchent mon cercueil, et m’enterrent 
dans mon pays. Cela dit, s'appuyant 
sur son oreiller, il écrivit péniblement 
quelques mots d’adieux aux siens. Le 
soir il était mort. — Le Chénn dépensa 
cinq à six taëls pour lui acheter un 
méchant cercueil, qu'il confia aut 
bonzes d'une pagode. Puis it prit l’ar- 
gent et le reste, et.partit. I ne retourui 


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一 5. 一 109 


pas au Chän-tong. Un an plus tard 
seulement, la famille de Jénn-kien- 
tcheu apprit par hasard qu'il était mort 
au Chân-si. Son fils Jénn-siou, qui 
avait dix-sept aus, dat interrompre ses 
études. Il demanda à la veuve sa mére, 
la permission de rapatrier le cercueil 
de son père. Craignant de le perdre Jui 
aussi, la mêre n'y voulut d’abord pas 
consentir; mais enfin elle céda, et le 
Jaissa aller, en compagnie d’un vieux 
serviteur fidèle. Six mois plus tard, le 
jeune homme revint avec le cercueil. 
de son pêre. Après les funérailles, la 
famille se trouva dans la plus extrême 
pauvrelé. Cependant, à l'expiration du 
grand deuil, Jénn-siou fut reçu bache- 
lier. Mais bientôt sa conduite laissa à 
désirer. Il devint joueur. Sa mère, fem- 
me de mœurs austères, en conçut le 
plus profond chagrin. Ce fut bien pis, 
quand, à l'examen triennal des bache: 
Jiers, Jénn-sioa fut classé hors série, 
à la queue. La veuve ne fit plus que 
pleurer, et cessa de manger. Le fils 
rentra en lui-même, fil amende hono- 
rable, s’enferma, étudia avec acharne- 
ment. A l'examen suivant, il fut classé 
parmi les meilleurs. Sa mère lui con- 
seilla alors d'enseigner des élèves, 
Mais, à cause de sa conduite passée, 
personne ne voulut lui en confier. Alors 
son oncle maternel, un certain Tchäag, 
qui faisait le commerce à Pékin, lui 
offrit de l'emmener à la grande ville, 
pour qu'il pût y chercher un emploi. 
Jénn-siou accepta, et monta vers Pékin 
avec son oncle, en barque, par le canal 
impérial. Quand ils arrivérent au port 
de’ Linn-ts'ing, une floite de jonques 


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0 | 一 55. 一 


chargées de sel obstruant le canal, ils 
durent s'arrêter et passer la nuit. Le 
clapotis de l'eau et le bruit des voix 
empéchérent Jénn-siou de fermer l'œil. 
Quand la nuit fut plus avancée, il en- 
tendit que, sur la barque voisine, on 


jouait aux dés. Aussitôt son ancienne 


passion le reprit. IF tira uné ligature 
de sa besace, el allait se lever, quand 
il se souvint de la promesse faite à sa 
mère. Il se recoucha. Les dés roulaient 
toujours. Enfia il n'y tint plus, prit sa 
ligature, se leva, et passa sur la barque 
voisine. C'était de fait un tripot, où 
deux joueurs jouaient gros jeu. fl s'of- 
fril comme partenaire, et fut agréé. 
Bientôt un quatrième survint, et le jeu 
devint trés passiogné. Coup sur coup, 
Jéna-siou raflait tous les enjeux. Les 
trois joueurs achetaient leurs sapèques 
au patron de la barque, avec des billets 
de banque. Jénn-siou gaguait tout. 一 
Son oncle Tchäng s'étant réveillé sur 
sa barque, constata que son neveu avait 
disparu. Ayant entendu, sur la barque 
voisine, le bruit des dés et des sapé- 
ques, il comprit où il fallait le cher- 
cher. I y alla, bien résolu à le ramener 
de force. Mais quand il le vil assis sur 
un monceau de ligatures, il appela les 
gens de sa harque, pour les faire porter 
à son bord. Ils en transbordèrent plus 
de dix mille. Eufin, les joueurs n'ayant 
plus de billets, el le patron plus de 
sapéques, le jeu cessa, el l’on se sépara. 
Bientôt l'aube blanchit, et le moment 
du départ des jonques arriva. Le pa- 
tron examina à la lumière du jour les 
billets qu'il avait encaissés durant la 


- nuit. C'était de ce papier que l'on brûle 


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pour les morts. Impossible de retrouver 
les trois joueurs. Il alla demander des 
explications à Jénn-siou, et commenca 
par s'informer de son nom. Dès que 
celui-ci se fut fait connaitre, le batelier 
s'en alla Ja tète basse. A son tour 
Jénn-siou prit des informations, et ap- 
prit que le batelier s'appelait Chënn- 
tchout'ing. C'élait l'homme dont il avait 
entendu parler, quand il était allé au 
Chän-si chercher le cercueil de son 
père ; l’homme qui s'était approprié les 
deux cents taëls laissés par Jénn-kièn- 
tcheu. La lumière se fit dans son esprit. 
Les joueurs de la nuit étaient des koëi, 
qui avaient vendu à Chênn-tchout'ing 
pour deux cents taëls de faux billets, 
et lui avaient fait restituer en bonnes 
sapèques, au fils de sa victime, l’équiva- 
lent du tort qu'il lui avait fait jadis. 一 
Jénn-siou confia son gaîn à son oncle, 
qui le fit valoir dans son commerce. Dix 
ans plus tard, Jénn-siou était un per- 
sonnage notable et un gros richard. 
Voyez Introduction VIT. — Quand des koëi Sem- 
ploient ainsi pour le bon droit et la justice, ils le font 
par ordre des juges infernaux. — Îl y a des ligatures de 
diverses valeuts. Le cours de l'argent est aussi très | 
variable. Jadis l'argent était très cher, et le cuivre bon 
marché, En tout cas, actuellement on n'achète pas, pour 


deux cents taëls d'argent, dix mille ligatutes, même des 
plus petites. 


56 


Le fuettve Tch'ée, assez peu aisé, 
élait un buveur émérite. Pour qu’il put 
bien dormir, durant la nuit il lui fallait 
encore vider trois gobelets. Aussi dé- 
posait-il chaque soir un pot de vin à 


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一 66. 一 


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la tête de son lit. 一 Une nuit, coifne 
il venait de s'éveiller ët se retournait, 
il s’'aperçut que quelqu'un était couché 
à côté de lui. Au toucher, 让 sentit un 
être poilu plus gros qu’un ctiat. I al: 
luma sa lampe, et vit, couché dans la 
couverture, ut renard ivre-mort. Il 
examina alors son pot à vin, et le trouva 
vide. 由 paraît qu’il a les mêmes goûts 
que moi, se dit-Îl en riant. Puis il se 
recoucha, sans rien faire pour réveiller 
le reñard ; laissant seulement la lampe 
allumée, pour voir comment il se 
transformerait. 一 Vers minuit le renard 
bâilla et s'élira.. Avez-vous bien dermi? 
lui demanda le Tch'ée, en soulevant 
la couverture... Un eharmant jeune 
hoinme sauta du lit, lui fit la révérence, 
et le remercia de ne l'avoir pas tué 
durant son sommeil... Revenez quand 
vous vottdrez, lui dit le Tch'6e, et ne 
vous défiez jamais de moi... Puis il se 
rendormit. Quand il s'éveilla, au matin, 
"le renard avait disparu. — Le soir 
veau, il prépara quantité double de 
vin. La nuit, le renard vint je trou- 
ver. — Vous n’êles pas riche, dit-il au 
Tch'é&e; il convient que je vous aide À 
payer notre vin. A sept stades d'ici, 
vers le sud-est, vous trouverez sur le 
chemin deux taëls d'argent perdus par 
un passant; allez les ramasser, au petit 
jour. Le Tch'ée trouva de fait l'argent 
à l'endroit indiqué. Le soir il prépara 
un petit extra pour son hôte. — Je n'ai. 
me pas à Être en reste, lui dit le renard. 
Aa fond de votre propriété, vous trou: 
verez un trésor enfoui. Le lendemain, 
le Tch'6e ayant creusé à l'endroit indi- 
qué, déterra plus de cent ligatures. 一 


HERO UÉARS HER NNENMNERNDCMMAEES 


一 90, 57, 一 113 
57 Un autre jour, le renard lui dit: Aujour- 
d'hui on apportera au marché une 
grande quantité de sarrasin; Achetez 
tout. — Le Tch'ée fit ainsi. 1l y en 
avait quarante piculs. Tout le monde 
se moqua de lui. — Or cette année-là 
il ne plut pas. On ne put scmer que 
du sarrasin. Le Tch'ée revendit ses 
quarante piculs, comme graine pour 
les semailles, .plus de dix fois le prix 
d'achat. 一 Bientôt il fut propriétaire 
de deux cents acres de terre excellente. 
Chaque année il demandait au renard 
ce qu'il fallail semer, aussi récoltait-il 
chaque année une pleine moisson, — 
Le renard était l'intime et le protecteur 
de la famille. Il appelait la femme du 
Tch'ée sa belle-sœur, et ses enfants 
ses fils et filles. Quand le lettré fut 
mort, le renard disparut, 


Voyez Introduction XX. — Les renarids, très liants, 
se cherchent des amis parmi les hommes. Ils sont extré- 
mement friands de vin. L'odenr du vin, ou des ivragnes, 
les attire. — Le renard prend forme humaine, et la 
côhserve, par un acte de sa volonté. Quand il a per- 
du connaissance, par le sommeil ou par l'ivresse, sa 
forme animale reparaît spontanément. — Les renards 
ont connaissance des objets perdus, des trésors enfermés 
ou enfouis. Ils peuvent à volonté se les appraprier, ou 
les indiquer à leurs amis. — L'avenir météorologique, si 
important en Chine, leur est aussi connu. — ‘La cullure 
chinoise est toute différente, selon qu'il a plu ou non au 
printemps. Le sarrasin, dont la croissance ne dure que 
quelques semaines, peut être semé encore à l'arrière- 
saison, quand les pluies du printemps ont fait défaut, et 
que celles de l'été ont été peu abondantes. Dernière res- 
source. Comme on n’en cultive que peu ou pas, les bon- 
nes années, on ne se procure que difficilement la graine, 
quand l'année est mauvaise. 


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Un jeune lettré de Li-tch'eng 
(Ghän-tong), Yinn-t'ienkoan, était fort 


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pauvre et trés brave. Près de la ville 
se trouvait une grande propriété, bäâ- 
timents et jardins couvrant une super- 
ficie de plusieurs dizaines d’acres. On 
disait qu'il s'y passait des choses 
extraordinaires, qu'elle était hantée. 
Aussi étail-elle inhabitée depuis long- 
temps. Même en plein jour, personne 
n’osait s’y aventurer. Les armoises et 
les ronces avaient tout envahi. — Un 
jour que Yinn-t'ienkoan buvait avec 
d'autres jeunes lettrés, ceux-ci le pro- 
voquérent en ces termes: On te dit 
brave. Si tu oses passer une nuit dans 
la propriété hantée, nous nous cotise- 
vons pour te payer un grand diner. 一 
Tope ! dit le Yinn. — il roula aussitôt 
sa natte, et s’achemina vers la propriété 
abandounée, escorté par tous ses amis. 
Arrivés à la porte, ceux-ci lui dirent 
en plaisantant: Nous attendrons ici 
quelque temps; quand tu auras peur, 
tu n'auras qu'à crier, et nous viendrons 
‘à ton secours. — Soyez sans crainte, 
dit le Yinn; demain je vous dirai exacte- 
ment, si ceux qui font le sabbat ici, 
sont des revenants ou des renards. — 
Cela dit, le Yinn s’engagea dans la 
propriété déserte. Plus trace de sentier 
ni davenue. Un inextricable fouillis de 
hautes herbes couvrail tout. Le crois- 
sant de la nouvelle lune, donnait une 
faible lumière, juste assez pour permet- 
tre au Yinn de se frayer un passage 
jusqu'aux bâtiments, et de trouver la 
porte. Il traversa les cours antérieures, 
et poussa jusqu’au perron du bâtiment 
principal, une grande maison à étage. 
La lune descendait derrière les mouta- 
gnes à. l'horizon, faisant se détacher 


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57. — 115 


sur le ciel la ligne ondulée de leurs 
sommets. Le Yinn contempla longuc- 
ment ce silencieux et beau spectacle. 
Il n’est pas vrai que cette propriété soit 
bantée, se dit-il. 11 étendit sa natte sur 
le perron, disposi une pierre pour 
oreiller, s'étendit, regarda longuement 
les étoiles, et allait s'endormir, quand 
il entendit un bruit de pas, comme 
d'une lroupe nombreuse. Un homme 
parut, vêlu de noir, qui portait une 
Janterne. Quand il aperçut le Yïnn, il 
s'arrêta, et dit à ceux qui venaient der- 
rière: il y a ici un homme vivant. — 
Qui? demanda une voix. — Je ne sais, 
répondit l’homme à la lanterne. 一 
Alors un vieillard s'avanca, et examina 
le Yinn, qui feignit de dormir. C'est le 
lettré Yinn, dit-il. Peu importe. Faisons 
nos affaires. Il ne nous en voudra 
pas. — La troupe entra dans le grand 
bâliment à étage, qui resplendit bientôt 
de lumières. Alors le Yinn fit semblant 
de s’éveiller, Le vieillard s'approcha de 
lui, se prosterna, et lui dil: Je marie 
ma fille celte nuit. Je n'ai eu aucune 
intention de vous déranger. Veuillez 
ne pas m'en vouloir, — Le Yinn salua 
el dit: Si je l’avais su, j'aurais apporté 
ma contribution à la corbeille de 
noce. — Trop heureux de votre pré- 
sence, répondit le vieillard. Votre per- 
sonne faste écartera d'ici tous les influx 
néfastes. — Le vieillard appela sa fem- 
me, une dame de quarante ans passé, 
et la présenta au Yinn dans les formes. 
À ce moment les accents d'une musi- 
‘que se firent entendre, et un courrier 
vint annoncer que le marié arrivait. 
Bientôt le cortège déboucha. Le marié, 


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57. 一 


‘un beau jeune homme de dix-huit ans 


environ, fit son entrée. Après les salu- 
lations, dont le Yinn eut sa part, on 
s'assit. Vin et mets furent servis dans 
une vaisselle de jade et d’or. Puis la 
mariée fut invitée à sortir. Elle se fit 
attendre, selon l'usage. Enfin elle parut 
avec ses servantes, en brillant appareil, 
salua, puis s'assit à côté de sa mére. 
Ou versa encore une fois le vin dans 
les gobelets d'or. — Cet objet, se dit le 
Yinn, pourra me servir de preuve, 
quand demain je raconterai à mes amis 
ce que j ai vu celle nuit... et il glissa 
son gobelet dans sa manche, accota si 
tête sur la table, et feignit de dormir. - 
L'hôte est ivre, se dirent les gens de 14 
noce; et ils ne s'occupérent plus du 
Yinn. — La musique joua, le mari 
partit, emmenant la mariée. Les ser- 
vants desservirent les tables et rangé: 
rent la vaisselle. 1s constatérent qu'il 
manquait un gobelet en or. 一 C'esl 
l'hôle qui l'aura pris, se dirent-ils. - 
Tenez-vous tranquilles, dit le vieil 
lard. — Un instant après, toutes le! 
lumières s'éteignirent. Le Yinn leva À 
tête. La propriété était déserte et silen 
cieuse, comme elle était quand | 
était entré. On sentait seulement enco 
l'odeur du vin et des ragoûts. - 
L'orient blanchissait. Le Yinn sorti 
paisiblement, le gobelet dans sa man 
che. Ses amis l’altendaient à la porté 
En le voyant frais et dispos, ils pretel 
dirent qu'il était sorti furtivement | 
soir ct rentré le matin. Il leur cont 
son aventure, et exhiba le gobelel 
Sachant bien que, pauvre comme 
. était, il ne possédait pas-un objet aus 


— 07, DS. 一 117 


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précieux, ils crurent son récit. — Plus 
tard Yinn-t'ienkoan devint docteur, et 
mandarin de FPéi-k'iou. Une famille 
Tchôu fort riche de cette ville, l’invita 
à diner. Pour lui faire honneur, le 
maitre de la maison ordonna d'apporter 
ses gobelets en or. Le domestique re- 
vint, et lui dit un mot à l’oreille. Le 
maître parut mécontent. Un instant 
après, les gobelets furent servis. Le 
Yinn constala qu'ils étaient absolument 
pareils à celui qu'il s'était approprié. 
Il y en avait sept. — Figurez-vous, lui 
dit le maître de maison, que j'avais un 
service de huit gobelets pareils. Depuis 
dix ans la boîle qui-les contenait n’a 
pas élé ouverte. Je l'ai fait ouvrir en 
votre honneur. Voici qu'on m'annonce 
qu’il manque un gobelet. Mon service 
est dépareillé. — Je pourrai peut-être 
le rappareiller, dit Yinn-t'ienkoan. 一 
Quand il fut rentré chez lui, il envoya 
son gobelet à Monsieur Tchôu. C'était 
le huilième. — Monsieur Tchôu alla le 
remercier. Le mandarin Yinn lui racou- 
ta son histoire. — 1! est donc parfaite- 
ment prouvé que les renards emprun- 
tent des objets précieux, les transpor- 
tent à mille stades de distance, mais 
les restituent ensuite. 


Voyez Introduction NX. 一 La croyance que les 
renards empruntent ce qui est à leur convenance, puis 
le rapportent, est générale dans le nord de la Chine. 


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58 


Sous le règne de l'empereur Où-ti 
des Tsinn (265-289), à Heûe-kien 
-(Tchéu-li), un jeune homme et une. 


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— 58, 59. — 


jeune fille s'aimaient et s'étaient promis 
mariage. Le jeune homme fut pris pour 
le service militaire, partit, et ne revint 
pas durant plusieurs années. Les pa- 
rents de la jeune fille la donnèrent à 
un autre. Elle protesta. Ses parents la 
livrérent quand même. Elle mourut de 
chagrin. — Le jeune homme étant 
revenu des frontières, demanda où était 
sa promise. On lui dit ce qui élait ar- 
rivé. Il alla pleurer sur sa tombe; puis, 
ne pouvant résister au désir de la re- 
voir, il démolit le tertre et ouvrit le 
cercueil. Aussitôt la morte revint à la 
vie. ]1 la prit sur son dos et la porta 
chez lui. Au bout de peu de temps, elle 
se trouva valide, — Alors celui à qui 
les parents l'avaient donnée, la réclama 
par devant le mandarin. Celui-ci n'osa 
pas décider, et l'affaire fut déférée au 
. grand-juge. Le verdict fut: «Ce cas 
dans lequel une fidélité parfaite a tou- 
ché le ciel et la terre au point qu'ils 
ont fait revivre une morte, ne doit pas 
êlre décidé d'après les lois ordinaires. 
Que la fille soit donnée à celui qui 
ouvrit son cercueil». . 
Voyez Introduction IX. 


59 


Oû-t'ang était originaire de Lôu- 
ling (Séu-tch'oan). Il était passionné 
pour la chasse depuis son enfance, et 
si habile tireur qu'il ne manquait ja- 
mais son coup. Un jour de printemps, 
qu'il était allé chasser accompagné de 
son fils, il rencontra un chevreuil qui 


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一 59, 60. 一 119 


jouait avec son faon. Le chevreuil 
flairant le chasseur, voulut faire fuir le 
faon. Mais le pauvre petit, sans expé- 
rience, courut au contraire droit à Où- 
t'ang, qui le tua d’un coup d'arbalète. 
Puis, posant le faon mort bien en évi- 
dence, Où-t'ang Sembusqua dans les 
broussailles, à portée de trait. Bientôt 
le chevreuil revint, bramant piteuse- 
ment.U s'approcha du faon, le lécha, se 
coucha à côté de lui. Où-t'ang le tua 
d'un nouveau coup d’arbalète.— Son fils 
sorlil des broussailles et alla examiner 
les deux bêtes mortes, tandis que lui- 
même rebandait son arbalète. Soudain 
la corde déclancha, le trait partit, et 
perça l'enfant. Jelant sun arme, Où- 
tang embrassa son fils en se lamen- 
tant. — Alors une voix retentit, qui 
dit: Où-t'ang, penses-tu que le che- 
vreuil n’aimait pas son faon autant que 
toi ton fils?.. Et tandis que Où-t'ang 
épouvanté regardail de tous côtés, un 
tigre s'élançant du hallier, lui arracha 
un bras. ll se traina jusqu'à sa demeu- 
re, ct mourut la nuit suivante. 


Texte tiré d'un recucil du neuvième siècle. — Voix 
du génie de la forèt, patron de ses habitants. 


60 


Une famille très riche n'avait qu'un 
fils unique extraordinairement aimable. 
Comme le jeune homme flänail sur le 
marché, il vit une belle jeune fille, qui 
vendait de la farine de lin. I s'éprit 
d'elle, et, pour avoir un prétexte de 
l'approcher, lui acheta un paquet de 


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- Jui demanda: pourquoi achetez-vous 


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farine. Depuis lors, chaque jour il alla 
au marché, et acheta chaque fois un 
paquet de farine, sans rien dire d ail- 
leurs. — A la Jongue, la fille se douta 
de quelque chose. Elle parla la premiè- 
re. Le jeune homme étant revenu, elle 


ma farine? 一 Pour l'amour de la mar- 
chande, répondit le jeune homme. — 
La fille fit la moue, mais, au fond, elle 
fut touchée. De fil en aiguille, les deux 
jeunes geus convinrent d'une entrevue 
nocturne. Le jeune homme disposa 
tout. La jeune fille fat fidèle au rendez 
vous. La joie du jeune-homme fut telle, 
qu’il en tomba mort. La jeune fille ef- 
frayée s'enfuit. Le lendemain elle étail 
au marché à sa place habituelle. — 
Quand l'heure du déjeuner fut venue, 
les parents du jeune homme, étonnés 
de ne pas le voir, allérent à sa chambre 
et le trouvérent mort. Ils le mirent eu 
bière, puis examinèrent ce qu'il y avail 
dans ses coffres. Ils trouvèrent plus dé 
cent paquets grands et petits, de fariné 
de lin. 一 La mère dit: c'est cette farint 
qui a tué notre fils. Ils allérent x 
marché, découvrirent la jeune filk 
parmi les marchands de farine de lin 
et constatèrent qu’elle pliait les paquet 
comme étaient pliés ceux trouvés dan! 
les coffres de leur fils. — Alors ils K 
saisirent et lui demandérent: pour que 
motif as-tu tué notre fils? — Voyan 
que son secret était découvert, la fill 
leur dit l’exacte vérité. Ils ne la cruren 
pas, et la livrérent au mandarin. — Ji 
ne refuse pas de mourir, dit la-jeun 
fille; Jaissez-moi seulement pleure 
une fois devant le corps de moi 


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amant. — Le mandarin lui ayant ac- 
cordé sa requête, elle alla droit au 
cercueil encore ouvert, caressa je corps, 
et lui dit en pleurant : Vois à quelle 
extrémilé je suis réduite ! Si les âmes 
des morts entendent, je te demande 
pourquoi tu me traites ainsi? — Aus- 
sitôt le jeune homme revint à la vie et 
raconta son histoire. 11 épousa la jeune 
fille, et en eut de nombretx etifarits. 


Voyez Introduction IX: = Ce lexte est tiré d'un 
recueil remontant au cinquième sièrte. 


61 


L'officier Où-tsoùngsétt avait à son 
service un ancien valet de son pére, 
qui lui devait deux cents ligatures. 
Chaque année cet homtne refusatt de 
payer si dette, dont les intérêts s’ac- 
eumulaient à perte de vue. Un jour, 
impalienté, Où-tsoungseu l’appela en 
sa présence et prononça l'imprécation 
suivante: Je ne sache pas què je te 
doive quelque chose du fait de mes 
existences passées ; mais toi tu me dois 
certainement deux cents ligatures, et 
tu me tes rendras comme âne ou com- 
me cheval! Ce disant, fl brûla la re- 
connaissance de la delte, et renvdya le 
débiteur. — Un an plas tard, Où- 
isoungseu était assis seul dans son ap- 
partement. Soudain le tfeux valet se 
présenta devant lui, revôêtx d’une robe 
blanche, et lui dit: Je viens acquitter 
ma delte. — Qu'il n’ef soit plus ques- 
tion, dit Où-tsoungseu; j'ai brûlé la 
reconnaissance, — Le valet ne répondit 


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pas, sortit de l'appartement, et alla 
. droit à l'écurie. Un instant après les 
palefreniers venaient annoncer, qu'une 
jument venait de donner le jour à un 
beau poulain blanc. — Où-tsoungseu 
ft prendre des informalions au logis 
du valet. I] venait de mourir. — Le 
poulain devint un cheval. Où-tsoungser 
le vendit, et en relira juste le montanl 
de la dette. 


Tiré d’un recueil du dixième siècle. 


62 


Un homme du district de Sông-yan 
(Tchée-kiang) élant allé couper d 
bois dans la montagne, s'altarda outr 
mesure. Deux tigres l’atlaquérent. ] 
grimpa sur un arbre. L'arbre n'étail 
pas trés élevé. Cependant, malgré leur 
bonds, les deux iigres n’arrivérent pa 
à le happer. — Si Tchôu-toucheu ue 
ici, dit l’un des deux tigres, cet homm 
serait vite décroché. — Va le cherche 
dit l’autre; je monterai la garde, 
attendant. 一 Bientôt le premier tig 
revint, en amenant un troisième, plu 
long et plus svelte. La nuit était vt 
nue, et la lune brillait. Le troisièm 
tigre bondit, et frola les vèlements di 
bûcheron. Celui-ci prépara sa hachette 
Quand le tigre bondil de nouveau, d'ui 
coup il lui trancha une patte de devan 
Les trois tigres s’enfuirent, en pou 
sant des rugissements formidables. - 
Le bûcheron se garda bien de descen 
dre de son arbre, avant qu'il fit gran 
jeur. Il raconta dans son village ce qi 


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一 02, 63. 一 123 


lui était arrivé. 一 Tchônu-toucheu, dit 
un villageois; mais c’est le Doom d'un 
homme de ce district, à l'Est; allons 
voir! — Les villageois y allérent en 
nombre. Quand ils demandérent à par- 
ler à Tchôu-toucheu, on leur" dit: il 
est alité; étaat sorli la nuit dernière, 
il s'est blessé à la maMin, — Pas de 
doute, cet homme pousail à volonté se 
transformer en tigre. — Les villagevis 
avertireat le maadanin. Celw-ci arma 
ses satelKtes, cerna le logés de Tchôu- 
toucheu, et y fit mettre le feu. Soudain 
un Hgre se préoipila hors de la maison 
en flammes, forea le cordon des satel- 
les, et gagna le large. On ne revit 
jamais Tchôn-toucheu. 


Vayez Introduction ‘XX. 一 Extrait d'un retueil dy 
dixiswe siècle. 


63 


À Sûnn-yang (Koäng-si) vivait un 
Chasseur de tigres trés célèbre. Voioi 
comment il s'y prenait. Quand il avait 
déeouvert une piste, il y disposait une 
arbaléte bandée. Le tigre, <en passant, 
faisait partir le trait, qui le perçail. 一 
Un jour il disposa son arbalète sur une 
piste fréquentée. Le lendemain ik cons- 
tata que l2 tigre avait passé à côté. 
Cela arriva plusieurs fois de suite. — 
Ce tigre serait-il accompagné d'une 
âme qui lui indque moa piège? se de- 
manda le chasseur. On dit cela. Tirons 
la chose au clair. 一 La nuit suivante, 
il était embusqué sur un arbre, prés 
de son àrbalète. Vers minuit, il vit ua 


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一 03, 67. 一 
64 petit koëi, un enfant vêtu de noir, qui 
s'avançait avec précaution en examinant 
a piste. L'enfant découvrit l’arbalète, 
enleva le trait, lâcha la détente, et 
continua son chemin. Bientôt le tigre 
arriva à son tour, s'avançant en toute 
sécurilé, Il marcha sur l'arbalète dé-| 
Bandée, et passa. — Le chasseur descen 
dit de son arbre, et remit son piege en 
état. Au retour, l'enfant enleva encor 
le trait, iacba la détente, et continua sa 
route. — Attends! dil le chasseur... el 
sautant de l'arbre, il rajusta son piège, 
et se remit vite en sûreté. — £e tigr 
s'était mis en retard. -1l arriva enfin, 
marcha sur l'arbalète, recut le trait e 
plein flanc, et tomba mort. — Asse 
longtemps après, l'enfant revint suf 
ses pas, trouva le tigre tué, gesticula 
et disparut. | | 


Voyez Introduction XX. — Très rarement les âmes 
asservies par les tigres, âmes de ceux qu’ils ont dévorés, 
se vengent'd’eax en les faisant tuer par les hommes. Je 
connais une histoire de ce genre, rapportée à l’an 755.— 
Ordinairement elles les guident à la recherche des hom- 
mes, avec zèle et dévougment; car, quand le tigrea 
dévoré une nouvelle proie humaine, le nouveau koëi de-, 
vient son guide, landis que t'ancien est réincarné. Mè 
théorie que pour les pendus et les noyés. 一 Ordinai 
ment, quand Île tigre est lué, son guide gesticule 
douleur ; car, le tigre ne le nourrissant plus désormai 
et l'espoir d’aveir yn successeur élant perdu, celle à 
devient un prela sans ressources. 


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Tch'énn-tchai était un magicien dé 
Tsfan-kiang dans le Ts'uân-tcheou-fot 
(Fôu-kien). Il excellait à guérir le 
maladies par ses incantations et prati 
ques magiques. 一 L’aubergiste Süu: 
mong de T'ân-tcheou (Hôu-nan), avai 


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un fils atleint d’une folie que personne 
ne pouvait guérir. 11 s’adressa au 
Tch'ênn, qui alla visiter le malade. 
Celui-ci le frappa et l'injuria. Le 
Tch'énn dit au pére: le siège de cette 
maladie est dans le cœur; donnez-moi 
une chambre, et que personne ne vien- 
ne observer ee que je ferai. — Quaud 
la nuit fut venue, le magicien prit le 
malade, lui ouvrit la poitrine, et le 
suspeudit au mur de l’est, tandis qu'il 
aérail son cœur sous la véranda du 
nord. Îl seolra un instant dans la 
chambre, pour réciter ses incantalions. 
Ua chien profita de eelte absence, pour 
dévorer Je cœur. Quand le Tch'enn 
constata sa disparition, il fut très ému, 
prit un sabre, le brandit et sortit de la 
maison. — Le père du malade pensa 
que celle sortie faisait partie des passes 
magiques. 1 n'entra pas dans la 
chambre où le corps de son fils était 
suspendu. — Au bout du temps qu'il 
faut pour prendre un repas, le magicien 
revint, tenant en main un cœur. Il 
entra dans la chambre, l'introduisit 
dans Ja poitrine ouverte, souffla, et 
l'ouverture se referma. Peu après le fils 
de Sôu-mong revint à lui, et se mit à 
crier «passez au relais! passez au re- 
lais!».. Personne, daus la famille, ne 
comprit ce qu'il voulait dire... Peu à 
leu il se calma, et se trouva complète- 
ment guéri. — Voici ce qui était arrivé. 
En ce temps-là, sur la route impériale 
du midi, les relais se succédaient de 
vingt en vingt stades. Eutre deux relais, . 
un courrier officiel tomba et se blessa 
mortellement. Le dernier souci de 
son cœur, fut de faire parvenir ses 


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dépêches. Il Lira le paquet et cria «passez 
au relais! passez. au relais!».. Ceci se 
passait à dix stades environ de T'ân- 
tcheou. Tch'énn-tchai qui cherchait 
un cœur, pour remplacer celui dévoré 
par le chien, prit le cœur du courrier, 
et le plaça dans la poitrine de son 
client. De là vint que les premiers cris 
de celui-ci, furent l'expression des 
dernières préoccupalions du courrier. 


Voyez Introduction XIV. — Texte du dixième 
siècle. — Le cœur est le siège de l'âme, disent les 
Chinois. Is attribuent au cœur, toul ce que nous attri- 
buons au cerveau. 


65 


En l'an 765, dans le district Tchéng- 
p'ing du Kiäng-tcheou ( Chän-si), un 
vieux paysan fut atteint d'une maladie 
qui dura plusieurs mois. Après sa gué- 
rison, il resta près de dix jours sans 
manger, puis disparut une nuit, sans 
qu'on sût où il était allé. Un soir, un 
villageois qui était allé couper des 
broussailles dans la montagne, fut as- 
sailli par un grand loup. Il grimpa en 
toute hâle sur un arbre. L'arbre n'était 
pas assez élevé. Le loup se dressa et 
alleignit le pantalon de l’homme. Celui- 
ci lui donna un coup de sa bachette 
en plein front. Le loup se coucha au 
pied de l'arbre, et ne se retira qu'au 
malin. Quand il fit grand jour, l'hom- 
me descendit de l'arbre. I! suivit la 
piste du loup Elle aboutissait à la 
porte du vieux paysan. Il appela ses 
fils, et leur raconta son aventure. Ceux- 
ci inspectèrent le front de leur pére, 


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et le trouvérent fendu d'un coup de 
hachelte. Ils le tuerent aussitôt, de 
peur qu'il n’attaquât d'autres hommes. 
En mourant, le vieillard se changea en 
loup. Les fils allérent eux-mêmes au 
tribunal conter l'affaire au mandarin, 
lequel les renvoya absous. 


Voyez Introduction XX. 一 Comparez numéro 62. 


6G 


En l'an 765, dans un village du 
Kiäng-tcheou (Chän-si), un garcon 
d'une vinglaine d'années fit une grave 
maladie, dépérit beaucoup, et acquit 
la curieuse faculté de pouvoir extériori- 
ser son âme sous la forme d’un loup. 
Comme foup, il dévora nombre d'en- 
fants du village. 一 Jadis, avant sa 
maladie, il travaillait comme journalier : 
pour les villageois. Un jour qu'il passait 
devant la maison d'un paysan, dont 
l'enfant venait d'être croqué, le paysan 
l'interpella et lui dil: Viens chez nous 
demain; il y a de l’ouvrage; on te 
nourrira bieu. — Le garçou eclata de 
rire. Pourquoi travaillerais-je? fit-il. 
N'y a-t-il plus d'enfants dodus? — Le 
paysan dressa l'oreile. Que dis-tu là ? 
demanda-t-il. — Je dis, répondit le 
garçon, que le Ciel m'a fait pour man- 
ger des hommes. Hier encore, j'ai dé- 
voré un garçon de cinq à six ans, qui 
élait excellent. + Le pauvre pére 
comprit qu'il s'agissait de son enfant, 
Il saisit le garçon, conslata que sa bou- 
che était encore ensanglantée, et tomba 
sur fui à grands eoups de trique. En 


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mourant, le gäreon se changea er un 
loup. 
Voyez Introduction X et XX. 


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La mére du général. Wäng-han de 

. T'âi-yuan (Chän-si), étaît d'extraction 
tongouse. C'était une virago famée. A 
cheval, l'arc au poing, le carquots en 
travers des reins, elle côurait les forêts 
et les halliers, abattant ours, cerfs, 
renards et lièvres. — Quand elle eut 
atteint l'âge de 70 ans, ses forces dimi- 
nuérent. Alors elle se confina dans un 
appartement, et défendit qu'on l’ap- 
prochât. 11 lui prenait parfois des accès 
de fureur, durant lesquels elle maltrai- 
tait les gens de la maïson. 一 Une nuit 
que tout le monde étail déjà couché, 
les domestiques entendirent que la 
porte de la viéille s'ouvrait. Ils épiè- 
rent, et virent une louve sortir de la 
chambre et quilter la maison. Avant 
lFaube, la louve revint, entra dans la 
chambre et ferma la porte. — Epouvan- 
tés, les domestiques dirent à Wâng-han 
ee qu'ils avaient vu. Quand la nuit fut 
venue, il se mit en embuscade, et vit 
exactement le même manège. La con- 
Stalation que sa mère était une louve, 
le consterna. — Il en eut bientôt d’au- 
tres preuves. La vieille lui demanda 
de lui faire servir un cerf. Wâng-han 
en fit acheter un, et le lui fit servir 
bien apprèlé. Je le veux cru, dit-elle. 
On lui servit un cerf cru, qu’elle dévora 
en une séance. 一 Wang-han ne savait 


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à quoi se résoudre. — Un jour les 
domestiques parlérent entre eux de la 
découverte. La vicille les entendit, 一 
Cette nuit, quand la louve voulut sortir, 
elle trouva la porte fermée. Alors elle 
enfonça le treillage d'une fenêtre, el se 
fraya passage. Ou n'eut jamais plus de 
ses nouvelles. 


Lycanthropie. — Texte tiré d'un recueil du neuviè- 
me siècle. 


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Sous les Tang (7°-9e siècle), un 
préfet de Ki-tcheou (Tchéu-li), dont 
j'ai oublié le nom el le préuom, envoya 
son fils à la capitale (alors Tch'äng-nan 
ou Läo-yang), afin qu'il sollicität pour 
son père un changement de poste. Le 
jeune homme n'était pas encore sorti 
du territoire de Kf-tcheou, quaud il fit 
la rencontre d'un riche cortège, qui 
escortait une très belle dame. I prit 
des informations, et apprit que c'était 
une jeune veuve, fille du censeur Lôu, 
dont le mari venait de mourir en pro- 
vince. Elle retournait à la capitale. 一 
Le jeune homme fit des offres. — Vous 
n'êtes rien, même pas petit officier, lui 
répondit la duègne de confiance. — Je 
suis le fils du préfet de Ki-tcheou, dit 
le jeune homme. — Alors c'est diffé- 
rent, fit la duegne, — On se vit donc, 
on se plut, on s’épousa, et, au lieu 
d'aller à la capitale, on revint à Ki- 
tcheou. — Le préfet et sa femme 
aimaient lant leur fils, qu'ils n'osérent 
pas lui faire de reproches. D'ailleurs ia 


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nouvelle bru leur fit bon effet. Son 
riche cortège l'avait suivi. Tout alla 
bien durant trente jours. — Une nuit 
les chevaux du jeune ménage s'agité- 
rent beaucoup. La bru envoya ses fem- 
mes voir ce qu'ils avaient. Quand elles 
furent toutes sorties, elle verrouilla la 
porte. — Le lendemain malin les gens 
du préfet constatérent l'absence 1 
chevaux et des femmes. Averli par eu 
le préfet se rendit, avec: son épouse, 
au logis de son fils, qu'ils trouvérenl 
bermétiquement clos. Ils appeléren! 
‘leur fils. Pas de réponse. Alors le pré 
. fet donna l'ordre d'enfoncer une fené- 
tre. Au moment où la fenêtre céda 
une grande louve blanche se jeta sut 
les spectaleurs, força le passage el 
s'enfuit. Le fils du préfet gisait sur So 
Jit, à peu prés entièrement dévoré. 


Les secondes noces se font à l'amiable, et sans cé- 
rémonies. 一 Lycanthropie. Les gens du coriège étaient 
aussi des loups. Is dévorèrent les chevaux et les fem- 
mes, tandis que la louve dévorait son mari. — Tiré d'un 
recueil du dixième siècle. 


69 


Sous les T'âng, à l'ouest de K'äà 
fong-fou (Heüe-nan), il y avait u 
auberge, appelée l'auberge de la pa 
serelle. Elle était tenue par une fem 
d’une trentaine d'années, venue, per 
sonne ne savait d'où, qu'on appela 
Madame la Troisième. On la croyai 
veuve, sans enfants, sans parents. L'au: 
berge était considérable. La proprié: 
taire étail aisée. Elle avait surtout ut 
troupeau d’ânes magnifiques. Elle étaë 


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aussi avantageusement connue pour sa 
libéralilé. Quand un voyageur se trou- 
vail à court d'argent, elle l’hébergeait 
à prix réduit ou gratis. Sa réputation 
élant si bien établie, son auberge ne 
désemplissait pas. — Durant la période 
yuân-houo (806-820), un certain 
Tchäo-kihouo de Hb-tcheou (Heûe- 
nan) qui allait à la capitale (alors 
Läâo-yang), descendit un soir à l’au- 
berge de la passerelle, pour y passer 
la nuit. 有 y avait déjà six ou sept 
hôtes, qui avaient occupé chacun un 
lit du dortoir commun. Tchäâo-kihouo 
élant arrivé le dernier, eut le dernier 
lit, dans le coin, coutre le mur de la 
chambre de l’hôtelière. — La Troisiè- 
me traita fort bien ses hôtes, à son 
ordinaire. Quand l'heure du repos fat 
venue, elle leur versa du vin, et but à 
leur santé. Seul Tchäo-kihouo ne but 
pas de vin, parce qu'il s'en abstenait 
d'ordinaire. — À la seconde veille, les 
hôtes s'étant tous couchés, la Troisième 
rentra dans sa chambre, ferma sa porte, 
et souffla sa chandelle. — Tandis que 
tous les autres ronflaient, Tchäo-kihouo 
ve put pas s'endormir. Vers le milieu 
de la nuit, il entendit que da Troisième 
disposait je ne sais quoi dans sa 
chambre. 1! lépia par une fente du 
mur... Elle alluma sa chandelle, puis 
tira d’une boite, un bœuf, un bouvier, 
et une charrue, figurines en bois hautes 
de six ou sept pouces. Elle les posa 
devant l'âtre, sur le sol battu de sa 
chambre, prit un peu d'eau dans sa 
bouche et la souffla sur les figurines. 
Aussitôt celles-ci s’animérent. Le bou- 
vier piqua le bœuf, qui lit avancer la 


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. Les hôtes se levèrent et firent leurs 


- ce tour magique, Un mois après, quand 


O9. — 
charrue. Aïllant et venant, sillon par 
sillon, le singulier équipage laboura 
environ la superficie d’une natte ‘ordi- 
näire. Quand le terrain fut prét, la 
Troisième donna au bouvier un petit 
paquet de graines de sarrasin. Il les 
sema. Les graines levérent aussitôt. 
Les plantes grandirent à vue d'œil, 
fleurirent, et donnérent des grains 
mürs. Le bouvier fit la récolte, battit 
le grain, el en remit à la Troisième sept 
à huit litres, que celle-ci lui fit moudre 
dans un pelit moulin. Quand l’opéra- 
tion fut terminée, la Troisième remit 
dans leur boîte le bouvior le bœuf et 
la charrue, redevenus figurines inani- 
mées el inertes. Puis, avec la farine de 
sarrasin ainsi obtenue, elle fit des 
galettes. — Bientôt les coqs chantérent. 


préparatifs de départ. Vous pe partirez 
pas à jeun, dit la Troisième; et elle 
leur servit le plat de galettes. 一 
Tchäo-kihouo très inquiet, remercia et 
sorlil. Il épia du dehors ce qui allait 
arriver: — Les hôtes s’attablérent au- 
tour des galettes. A peine en eurent-ils 
goûté, qu'ils tombèrent tous à terre, 
se mirent à braire, puis se relevérent 
devenus ânes superbes, que la Troisié- 
me chassa aussitôt à l’écurie. Puis elle 
s'empara de tous leurs bagages. 一 
Tchâo-kihouo ne souffla mot de son 
aventure. Il se promit de s'approprier 


il eut terminé ses affaires à Läo-yang, 
il revint, et descendit un soir à l'au- 
berge de la passerelle. Il avait eu la 
précaution de se munir de quelques 
galeltes de sarrasin fraiches, de même 


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69. 一 133 
forme que celles de ‘la Troisième. — 
Cette nuit, il fut le seul hôte de l’au- 
berge. La Troisième le traila d'autant : 
micux. Avant le coucher elle lui de- 
manda ce qu'il désirait encore. — Je 
désiresais, dit-il, prendre quelque 
chose demain matin, avant de partir. 一 
Vous serez'salisfait, dit la Troisième. 一 
Durant la nuit, même manège que la 
fois précédente. — Au jour, la Troisié- 
me se présenta, mit sur la table un 
plat de galeltes, puis s'absenta un 
instant. Vite, Tchäo-kihouo prit une 
des galettes ensorcelées, la remplaca 
par l'une des siennes, puis'attendit que 
la Troisième revint. — Quand elle fut 
rentrée: Vous ne mangez pas, dit- 
elle. — J'attends, répondit-il, que vous 
me leniez compagnie. J'ai apporté quel- 
ques galetles. Si vous ne goûtez pas 
les miennes, je ne mangerai pas des 
vôtres. — Donnez, dit la Troisième. — 
Le Tchäo lui passa sa galette, qu'il 
avail ôlée du plat. A peine y eut-elle 
mordu, qu'elle lomba à terre, se mit 
à braire, et se releva, ânesse ‘superbe. 
Tchäo-kihouo la harnacha, la monta, 
et continua son voyage. Il s'était aussi 
emparé du bouvier, du bœuf et de la 
charrue; mais, n'ayant pas la for- 
mule, il ne put jamais les animer, ni 
changer personne en âne. — Quant 
à la Troisième, ce fut l’ânesse la plus 
vaillante qu'on pût imaginer. Rien ne 
l'arrêlait. Elle faisait cent stades par 
jour. — Quatre ans après sa métamor- 
phose, Tchäo-kihouo fit sur son dos le 
voyage de Tch'äng-nan. Comme il pas- 
sait près du temble du mont Hoà, sou- 
dain un vieillard se mit à battre des 


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mains, puis dit en rian£: Eh! la Troisié- 
me de la passerelle, comme te voilà 
faite!.. Puis, saisissant la bride de 
l'ânesse, il dit à Tchâo-kihouo: Elle a 
eu des lorts envers vous, c'est vrai; 
mais la pénitence qu'elle en a faite est 
suffisante ; permetlez que je la délivre! 
Et saisissant à deux mains la bouche 
de l’ânesse, il en déchira les commis- 
sures. — Aussitôt la Troisième sortit 
de ja peau de l’ânesse, sous son ancien- 
ne forme humaine. Elle salua le vieil- 
lard et disparut. On n'eut jamais plus 
de ses nouvelles. | 


Voyez Introduction XVIII. 一 Texte du neuvième 
siècle. — Bon spécimen des légendes taoïstes. Le vicil- 
lard de la fin, est un tdo-cheu doué de seconde vue. 


10 

Tout le monde dit que, quand un 
homme trés violent est à l’agonie, si le 
koëi chargé d'appréhender son âme ne 
vient pas à bout de lui, il réquisitionne 
d'autres koëi pour lui prêter main forte. 
En pareil cas, les koëi réquisilionnent 
aussi parfois des hommes. Témoin 
l'histoire suivante. — A Yäng-tcheo 
(Kiäng-sou), la femme d'un certain 
T'äng, était une virago lerrible. Elle 
avait fait périr je ne sais combien de 
concubines et servantes de son mari. 
Un jour elle tomba gravement malade. 
Dans son délire, elle ne cessa de pro- 
férer des injures, et de gesticuler com- 
me si elle se baltait contre quel- 
qu'un. — À côté des T'âng, habilait un 
certain Sû, lequel était doué d’une 
force prodigieuse. Soudain cet homme 


— 70, 71. 一 135 


perdit connaissance. jl criait et gesti- 
culait, comme quelqu'un qui lutte avec 
acharnement. Cela dura jusqu'au 
troisième jour. Alors le Sû, revenu à 
Jui, raconla ce qui suit... Les koëi 
envoyés par le juge des eufers pour 
appréhender la vieille T'âng, n'en sont 
pas venus à bout. Ils m'ont réquisition- 
né. J'ai do lutter contre cette vieille 
durant trois jours. Enfin j'ai réussi à 
lui nouer une corde au pied. Les koëi 
l'ont saisie, et m’ont rendu la liberté. 一 
On alla voir. La vieille Tang venait 
d'expirer. Elle avait au pied gauche 
une ecchymose bleue. 


Parfvis même des vivants sont satellites attitrés du 
juge des enfers. Voyez le numëto suitani. 


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L'histoire suivante arriva, alors 
qu'il élait encore jeune. étudiant, à 
l'académicien Chènn-heouu de Tchôu- 
tounn (Hôu-pei). 1} avait un condisci- 
ple nommé Tchäng, qu'il aimait beau- 
coup: Cet ami n'étant pas venu à l'école 
durant plusieurs jours, Chènn s'infor- 
ma, et apprit qu'il était gravement 
malade. Il alla chez lui, pour iui faire 
visile. Devant le temple des-ancelres 
de la famille, il remarqua un person- 
page à la haute stature, qui vérifiait 
l'inscription placée au-dessus de la 
porte. Le trouvant suspect, Chènn défit 
sa ceinture, s'approcha par derrière, et 
le fil prisonnier en lui liant les jambes. 
Que faites-vous là ? lui demanda-t-il. 一 
Le jeune Tchäng doit mourir, répondit 
le prisonuier. J'ai ordre d'averlir les 


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mânes de ses ancélres. — Sa mère est 
veuve, dit le Chènn, et lui n’a pas en- 
core d'enfants; ayez pitié et diles-moi 
comment on pourrait le sauver. — Je 
n'y puis rien, dit le graud personna-| 
ge. — Le Chènn supplia encore. — Eh 
bien, tenez! dit l’autre. C’est denfain à 
midi juste, que ie jeune Tchäng duit 
mourir. Cinq koëi viendront avec moi, 
pour saisir son âme. Préparez un festin 
pour six, sous le grand saule, devant 
la maison. Lés koëi ont toujours faim 
et soif. Un tourbillon de vent descen- 
dant, vous avertira de leur arrivée. 
Invitez et servez-les aussitôt. Si vous 
arrivez à leur faire passer l'heure de 
midi, le jeune Tchäng sera sauvé. — 
Le Chènn dit tout cela à la famille du 
Tchäng. On fit aussitôt les préparatifs 
indiqués. Tout se passa comme le 
grand personnage avait dit. La respira- 
tion du jeune Tchäng baissa graduel- 
lement jusqu'à midi, puis remonta 
lentement. Les koei avaient laissé pas- 
ser l'heure. Le jeune Tchäng guérit. 一 
Un mois plus tard, le Chènn fit un 
songe. Le grand personnage lui appa- 
rut, l'air triste et dolent. J'ai payé cher, 
dit-il, le service que j'ai rendu, l’autre 
jour, au jeune Tchäng et à vous. Je ne 
suis pas un koëi, mais un homme. Je 
m'appelle Liôu, et suis de Hiâ-cheu- 
tchenn, porleur de palanquins de mon 
métier. Je faisais parfois du service 


pour les enfers. Les koëi de l’aulre‘jour, 


m'ont accusé d'être l’auteur de leur 
mésaventure. J'ai reçu quarante coups 
de rotin. Îls m'ont brisé les reins, et 
rendu impropre à mon mélier. Or j'ai 
encore lrois annces à vivre sur la terre. 


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Veuillez prier Mousieur Tchäng de 
vouloir bien se charger de moi. Faites- 
lui savoir qu'il deviendra bachelier, 
puis licencié en telle année, et qu'il 
aura deux fils. — Le Chènn fit la com- 
mission. Le Tchäng prit une somme 
d'argent, et se rendit à Hiä-cheu- 
tohenn. Il trouva le Liôu, incurable- 
ment paralysé des deux jambes. Para- 
plégie subite, disaient ceux qui ne sa- 
vaient pas. 一 Le Tchäng lui fil une pen- 
sion viagére. Ensuite tout se passa pour 
le Tchäng, comme le Liôu avait dit au 
Chènn dans son songe. 


Voyez Introduction V et VI. — Destin éludé. Nous | 
en verrons de plus furles, en ce genre, 


72 


Le père de Où-sanftou, de Sôu- 
tcheou (Kiäng-sou), était un vieil 
avare. Al avait amassé une somme 
d'environ eent mille ligalures, dont 
une bonne partie toutefois revenait à 
ses associés. Un jour il dit à son fils 
Sänfou: Mes associés n'ont entre les 
mains aucune reconnaissance écrite. 
Si je mourafs subitement, ils ne pour- 
raient rien te réclamer, et Lu garderais 
tout ce que j'ai en ce moment. Je vais 
Me pendre. — Sänfou ne prolesta pas. 
Son père se pendit. Sänfou ne :le 
dépendit pas, nia les dettes, et garda 
l'argent. 一 Cepeudant un certain Kôu- 
sinni, qui ignoraît les dettes, mais 


- qui savait que Où-sanfou n'avait rien 


fait pour sauver son père, résolut de 
Jui soutirer quelque somme. Il s'enten- 


. dit avec un lutin quelcouque, prépara 


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une séance de spiritisme, et invila 
Oùû-sanfou à y assister. Quand celui-ci 
eut, à son.tour, brûlé sa demande en 
se prosternant, le pinceau écrivil à 
grands traits: Sàänfou, je suis ton pére. 
Quand je tai fait part de mon projet 
de me pendre, tu n'as rien dit pour me 
dissuader. Quand je me fus pendu, lu 
n'as rien fait pour me sauver. Pour ces 
graves fautes, lu seras bientôt châtié 
rigoureusement dans les enfers, à moins 
que tu ne donnes vile à Kôu-sinni la 
somme de trente mille ligatures, afin 
qu'il fasse faire pour mon âme la gran- 
de cérémonie expiatoire. Si tu m’écou- 
tes, mon âme passera le pont, et toi tu 
seras absous de ton crime. — Persuadé 
que c'était son père qui lui parlait, 
Où-sanfou donna aussitôt à Kôu-sinni 
trente mille ligatures, dont celui-ci lui 
remit un récépissé en bonne forme, 
non sans avoir auparavant refusé et 
protesté, comme s'il lui coûlait beau- 
coup de se charger de celte affaire. — 
Après les évocations, on but. Quand 
Où-sanfou fut ivre, Kôu-sinni s'empara 
du récépissé, et le brula. — Le lende- 
main, Oû-sanfou ne le trouvant pas, le 
fit réclamer. N'ayant recu de vous 
aucun argent, répondit Kôu-sinni, quel 
récépissé puis-je vous avoir donné? — 
Oû-sanfou comprit qu'on lui avait volé 
trente mille ligaltures. Comme il était 
alors fort aisé, il n'insista pas. Mais 
plus tard, étant tombé dans la misère, 
il s'adressa de nouveau à Kéu-sinni. - 
Celui-ci était devenu très riche, par le 
placement à intérêt des trente mille 
ligatures. Il eut pitié de Oû-sanfou, et 
était à peu près décidé à lui donner 


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trois mille ligatures, quand son oncle 
lui dit: Si vous failes cela, ce sera 
comme un aveu el une reconnaissance 
de votre vol. Soyez plutôt impitoyable, 
pour ne pas donner prise sur vous. 一 
Kôu-sinni suivit le conseil de son 
oncle. 一 Où-sanfou demanda justice 
au mandarin. Ce fut en vain, puisqu'il 
n'avait aucune preuve écrile, — N'ayant 
plus rien à espérer des hommes, il en 


. appela aux esprits infernaux. Il rédigea 


une accusalion contre Kéu-sinni,et alla 
la brûler au temple du tch'éng-hoang. 
Trois jours plus tard, il mourut subi- 
tement. Trois jours après sa mort, Kôu- 
sinni et son oucle, moururent tous 
deux subilement. Cette nuit-là, les 
voisins des Kôu virent leur ruelle plei- 
ne des gens dutch'éng-hoang du Sôu- 
tcheou, venus avec des lanternes pour 
quérir l'oncle et le neveu. — Ce fait 
est arrivé durant le quatrième mois de 
l'an 1764. 


Voyez Introduction III et XVT. 一 Les légendes 
chinoises exposent admirablement toutes les tromperies 
auxquelles les évocations spirites exposent. Tous croient 
que ces évocations mellent en comæunicalion avec les 
esprits. Mais lous croient aussi que, après lout, on ne 
sait jamais au juste à quel farceur d'esprit on 2 affaire, 
si l'esprit évoqué ne ment pas, elc. 一 Le pont qui 
ramène des enfers eu ce monde, par la métempsycose. 一 
Justice infernale. Le voleur Ad fait restiluer au Ov, 
le hien volé aux associés (le son père. À leur tour, les 
deux Kéu sont punis de leur vol. — Comme les man- 
darins terrestres, les mandarins infernaux ne siègent et 
ne regoivent les plaintes qu'à certains jours; de là le 
deux fuis trois jours de la fin. 


13 


A  Häng-tcheou (Tchée-kiang) 
vivait un certain Liôu-ihien, calli- 
graphe et dessinateur fort habile. Dans 


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son voisinage, deux hommes, le père 


. et le fils, habitaient seuls une maison. 


Le père étant mort, le fils fit inviter 
Liôu-ihien à venir faire le portrait du 
défunt, et sortit pour aller acheter uw 
cercueil. Quand Liôu-ihien arriva à (4 
maison mortuaire, il n’y avait pérson< 
ne. Ne trouvant pas le corps dans! 
chambre du bas, il monta à l'étage. L 
cadavre était étendu sur le lit de cam 
d'usage. Liôu-ihien s'assit, étendit s 
papier, et prit son pinceau. 一 Soudai 
le cadavre s'assit sur son séant, bâill 
el s’étira. — Gare! se dit Liôu-ihien 
c'est un vampire. Si je bouge, il sau 
tera sur moi; si je m'enfuis, ‘il courrd 
après moi* Le mieux est de rester tra 
quille et de dessiner. — Il dessina 
donc. Chacun de ses mouvements, en 
provoquail un semblable dans le corps 


. du vampire. — Enfin le fils du défunf 


rentra. Quand il vit le cadavre de son 
père assis sur sa couche, il s'évanouil 
de terreur. Un voisin élant monté à l'& 
tage, s'évanouit de même. Liôu-ihiet 
dessinait toujours. 一 Enfin il entendif 
dans la cour, les portefaix qui appon 
laieut le cercueil. Armez-vous de bala 
el montez vite, leur cria Liôu-ihien. 
Les portefaix comprirent, montèren 
tombérent sur le vampire à gran 
coups de balais, l'abattirent sur sa co 
che, puis l’enfermérent dans le ce 
cueil. Ensuile on ranima, avec de 
tisane de gingembre, le fils et le voisi 
Voyez Introduction IX. — Si ce pauvre vieux 

fut pas enterré vivant, il eut de la chance. — Les k 
craignent les balais faits en forme de verges. Cel 
croyance remonte à une haute antiquité. Voyez TP pà 


83 et 85. Les balais anciens étaient en roseaux, 
moderues sont plutôt en bambou. 


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Hoâng-siangtcheou raconte qu’un 
paysan de ses voisins avait un fils âgé 
de quinze ans. Cet enfant fut tué par la 
foudre. Le père fit une offrande au 
genie de la foudre, et l’accompagna de 
ces paroles: O génie de la foudre, qui 
oserait t'offenser? O foudre, qui pour- 
rait te résister? Néanmoins, 6 génie de 
la foudre, je me permets de te deman- 
der ceci. Est-ce pour un crime commis 
durant cetle vie, que tu as frappé un 
enfant de quinze ans, incapable de 
mal? Si c'est pour un crime commis 
dans une existence précédente, que tu 
l'as frappé, pourquoi. lui avoir donné 
la vie? Génie de la foudre, génie de la 
foudre, qu'as-tu à répondre à ceci? — 
Quand il eut déclamé celte adjuration 
devant son offrande, le père l'écrivit 
sur un papier jaune et la brûla. 一 Sou- 
dain un coup de lonnerre retentit, et 
l'enfant ressuscila. 


Voyez Introduction IV. 一 D'après les Bouddhistes, 
l'âme expie d'abord ses démérites positifs, les péchés de 
cette existence, dans les supplices du purgatoire ; ensuite, 
réincarnée, elle expie son manque de mérites, par l'ab— 
jection de sa condition durant son existence suivante. 
La foudre tue les grands criminels, pour des péchés ré- 
cents et notoires ; ou détruit leur réputation imméritée, 
eu brisant leur tombe, alors que les contemporains peu- 
vent encore savoir nourquoi. La conscience populaire 
n'admet pas, qu’un homme soit foudroyé pour des péchés 
que ses contemporains ignorent, puisqne la foudre est 
considérée comme un averlissement salulaire donné par 
le Ciel à ces contemporains, et qu'ils doivent compreu- 
dre. Dans les cas très rares, où la foudre frappe encore ct 
ercore, de généralion en génération, quelqu'un de ces 
criminels historiques, exécration du genre humain, com- 
me Pdi-k'i le massacreur (TH page 224), chaque fois la 
foudre écrit le hom du scélérat sur le corps foudroyé, 
reptile venimeux vu autre. Car ceux-là, dit le peuple, 
le Ciel les abhorre, et veul que les hemmes de tous les 
temps les abhorrent de mème. 


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Dans la province du Koàng-tong, à 
Îe-tcheou, la mère septuagénaire d'un. 
paysan nommé Soûnn, se transforma 
soudain de la manière suivante Des 
poils lui noussérent, d'abord sur les 
bras, puis sur le tronc. Son corps s'in- 
fléchit, et une queue se dessina au 
bout de la colonne vertébrale. Enfin, 
un beau jour, elle se trouva étre une 
louve blanche parfaite, et s’enfuit on 
ne sait où. Ensuile, une ou deux fois 
par mois, elle revint voir ses enfants et 
ses pelils-enfants. — Les voisins effra- 
yés par les allées el venues de celle 
louve, résolurent de se défaire d'elle. 
Js préparèrent leurs arcs et leurs sa- 
bres. Alors les belles-filles de la louve 
acbetèrent une provision de pieds de 
cochon. Quand elle revint, les jeunes 
femmes lui servirent ce régal, et lui 
dirent: Belle-mère, nous vos enfants, 
nous n'avons pas peur de vous. J n'en 
est pas de même des voisins. Ils se dé- 
fient de vous, et ont résolu de vous 
tuer. Ne revenez donc plus. Nous serions 
trop affligécs, s'il vous arrivait mal- 
heur. — La louve pleura, examina une 
dernière fois Lous les recoins de l'habi- 
tation, puis partit. On n'eut jamais plus 
de ses nouvelles. | 

Voyez Introduclion XX. — Lycanthropie. 


176 


Un certain Yinn-ueheng, qui habi- 
tait dans un faubourg de Häng-tcheou 


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(Tchée-kiang), élait allé à Chä-hene- 
tan pour affaires. 11 y acheta une demi- 
livre de macres, qu'il mit dans son 
sein. Au retour, comme il passait par 
un endroit solitaire semé de tombes, il 
crut sentir que le paquet diminuait de 
volume. Il mit la main dans son sein, 
Ses macres élaient parties. Il retourna 
sur ses pas pour les chercher, el les 
trouva, déjà pelées, dans un cimetière 
auprés duquel il venait de passer. Il 
les ramassa, les remit dans son sein, 
rentra chez lui, et se mit à les dégus- 
ler. Soudain, saisi d’un transport, il se 


" mit à crier: «Voilà si longtemps que 


nous n'avons mangé de macres. Nous 
les tenions, et tu nous les as ravies. 
Avare! Pour Le punir, nous sommes tous 
venus. Si tu ne nous régales pas com- 
me il faut, nous ne partirous plus.» — 
Comprenant qu'ils avaient affaire à 
une bande de koëi, les gens de la mai- 


Son Ss'empressèrent de leur préparer 


un bon repas, et leur firent Loute sorte 
d'excuses. Enfin ils les congédiérent. 一 
A Hâng-tcheou, quand on congédie des 
koëi, l'usage est que quelqu'un marche 
devant pour leur montrer le chemin, 
landis qu'une autre personne ferme 
vivement la porle pour les empêcher. 
de rentrer. Au moment où, Iles koëi 
élant : congédiés, on ferma la porte, 
Yinn-ueheng se mit à hurler: « Les. 
hôtes ne duivent-ils pas être traités 
avec Civilité? Voilà qu’on m'a écrasé un 
picd, en fermant brusquement la por-- 
te, alors que je u’élais pas encore sorti! 
A moins qu'on ne me serve un feslin, 
je ne m'en irai pas! » — La famille ser- 
vit le feslin et fit des excuses. Alors 


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seulement Yinn-ueheng revint à lui. 
Mais il ne recouvra pas une santé par- 
faite. Il eut des transports de temps en 
temps, et finit par mourir. 


Voyez Introduction IX. 一 Possession pat des koci, 
faméliques. — Voyez numéro 21 note. 1 


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77 


A Chäo-hing-fou (Tchée-kiang), 
dans une riche maison bourgeoïise, un 
appartement séparé était condamné 
depuis longtemps. Un soir un hôte de- 
manda l'hospitalité, Il y a bien un 
appartement, lui dit le maître de 13 
maison; mais oserez-vous y passer M 
nuil? — Pourquoi pas? fit l'hôte. 一 
On raconte, dit le maître de la maison, 
que deux voiluriers y ayant dornmi, 
s’'ebfuirent terrifiés à minuit. [ls dirent 
qu'un nain, haut d'un pied seulement, 
avait grimpé à leurs rideaux et cher- 
ché à escalader leurs jits. Depuis lon 
personne n'a plus osé coucher dans cu 
appartement. — Laissez-moi tente 
l'aventure, dit l'hôte en souriant. - 
Voyant qu'il y tenait, le mailre de | 
maison fit épousseter Pappartement, : 
disposer ce qu’il faut pour passer k 
nuit. 一 L'hôte laissa sa bougie at 
lumée, et mit son épée à portée de 
main. A minuit, il enlendit un lége 
bruit. Le pelil bonhomme furetait dan! 
Ja chambre, 1! commença par feuilletet 
les papiers de l'hôte. Puis il ouvrit si 
malle, en tira les objets l’un aprè 
l'autre, et les examina à la lumière di 
la chandelle. Au fond de la malle, 


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découvrit une liasse de pétards de pre- 
micre qualité, vrais pétards de Hoëi- 
tcheou (Nän-hoei). Comme il les exa- 
 minait, la chandelle cracha, et une 
flammèche tomba sur la tresse des mè- 
ches. Tout le paquet fit explosion, avec 
un bruit formidable. Le yao-koai pous- 
sa un sifflement aigu et disparut. — 
L’hôte continua à monter la garde, 
pour le cas où il reviendrait. Au malin, 
il raconta au maître de la maison, ce 
qui lui élail arrivé. La nuit suivante, 
il coucha de uouveau dans l'apparte- 
ment jadis hanté. Le yäo-koaïi ne revint 
jamais plus. 
Voyez Introduction VIII. 一 L'expansion des gaz 
d'une explosion, refoule au loia les koëi et les kodt. De 


là une consommation énorme de pélards, pour préserver 
personnes et locaux, dans diverses circonstances. 


78 


A Pékin, faubourg Tch'oùng-wenn, 
carrefour Hoä-eull, habitent surtout 
des fleuristes. Une jeune fille de ce 
quartier, subvenail aux besoins de son 
vieux père, en exerçant cette industrie. 

Le vieillard tomba malade, et ne put 
plus quitter le lit. Le chagrin 0ta à sa 
fille l'appétit et le sommeil. Eile prodi- 
guait à son père toutes les consolalions, 
puis pleurait en secret. — Un jour elle 
apprit qu'une matroue de ses voisines, 
allait se rendre en pélerinage, avec 
d’autres femmes, au mont Ya-ki. 一 Si 
j'allais là, demanda-t-elle, obtiendrais- 
je la guérison de mon père? 一 Ceux 
qui vont y prier d'un cœur sincère, dit 
la voisine, obtiennent tout ce qu'ils 


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demandent, — Quelle distance ya-t 
il? — Cent stades. — Qu'est-ce qu'un 
Stade? — 250 pas. 一 La jeune fille 


grava ces chiffres dans sa mémoire. À 
partir de ce jour, chaque nuit, quand 
son père élait endormi, elle sortait dans 
la cour, et là, une baguette d’encêvs à 
la main, elle allait et venait, comptant 
soigneusement tous ses pas. Enfin, 
quand elle n’en pouvait plus de fatigue, 
prosternée dans la direction du mont 
Yä-ki, elle disait: Veuillez m'excuser de 
ne pas aller à votre temple. Etant fille, 8 
ne le puis. — Au bout de quinze jours, 
elle eut fait 25 mille pas. C'était juste 
le moment où les pélerins affluaient 
au mont Yä-ki de toute part, pour 
vénérer la déesse de l'aube primordiale. 
Il y avait foule. Nobles et gens du peu- 
ple se coudoyaient. Dès le chant du 
coq, c'était à qui pénétrerait dans le 
temple. Car, disait la tradilion, celui 
qui, le matin, offrait le premier son 
encens, élait certainement exaucé. 一 
Ce jour-là, dés l'aube, un eunuque très 
riche, venu de Pékin, bloquait la ports 
du temple, afin d'arriver le ren 人 
Dés que la porte Souvrit,il entra 
Quelle ne fut pas sa surprise, en ar 
rivant devant l’encensoir, d’y trouv 
piqué un bâtonnet dencens fumant. 

se fâcha, et s'en prit au gardien d 
temple. — La porte était fermée, 

celui-ci; je ne sais qui peut avoir offe 
cetencens. — Je reviendrai demain ma- 
in, dit l'eunuque; fermez mieux votre 
porte. — Le lendemain, bien avan 
l'aube, l’eunuque était devant la porte. 
Quand elle s'ouvrit, il courut vers 
l'encensoir. Un bätonnet d’enceus !4 


— 78,79. — 147 


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fumait déjà, et, devant l’encensoir, une 
silbouelle de jeune fille était proster- 
née. La silhouctite s'évanouit, au bruit 
que fit l’'eunuque. — Qu'est ceci? de- 
manda celui-ci. Des koëèi ou des koäi 
offrent-ils de l'encens à cette déesse ?.. 
Et il sortit du temple, pour demander 
aux pélerins qui affluaient, ce qu'ils 
en pensaient. 一 Ah ! s’écria soudain la 
matrone dont j'ai parlé plus haut, c'est 
bien Sur la pieuse fleuriste de Pékin. 
Ne pouvant pas venir en corps, elle 
aura envoyé son âme, pour impétrer la 
guérison de son vieux père. 一 L'eunu- 
que fut très édifié. Dés qu'il fut rentré 
à Pékin, il alla visiter la jeune fille, 
la loua de sa piélé filiale, et la secourut 
généreusement. Le vieux père guérit. 
L'aisance revint dans le pauvre ménage. 

Enfin la jeune fille épousa un riche 
négociant. 

Voyez Introduclion X. 一 Péesse de l'aube primor- | 
diale, titre dans le goût taoïste. Vogez TH page 1845. 一 
C'est la fameuse déesse du mont T'di-chan, petite- 
fille du dieu de la montagne, patronne et surveillante 
des renards, inventée par les Taoistes modernes, et très 


sénérée par le peuple sous le nom vulgaire de 天 D Ni 
Tiën nai nai, grand‘mère céleste. 


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19 : 


À Heüe-kien (Tchèu-li) vivait un 
cerlain Ting. C'élait un mauvais garne- 
ment, un chercheur d'aventures. H al- 
lait seul dans les lieux fréquentés par 
les renards, et y posait des billets, dans 
lesquels il sollicitait Jeur amilié. 一 Un 
jour un renard lui apparut sous forme 
humaine, lui dit qu'il avait 30 ans et 
qu'il s'appelait Où. L'amitié de ces 


148 — 79. — 


deux individus fut bientôt très intime. 
Le Ting dit à qui voulait l'entendre, 
qu'en fait d'amis, aucun homme ne 
valait un renard. — Un jour le Ting 
dit au Où: Je voudrais bien voir Ja fête 
des lanternes (quinze du prerziel 
mois) à Yäng-tcheou (Kiäng-sou). 一 
Rien de plus facile, dit le renard. — 
Or, de Heûüe-kien à Yâng-tcheou, il y 
a bien deux mille stades. — Mets mon 
habit, dit le Où au Ting, ferme les 
yeux, et viens avec moi. — Soudain | 
Ting se sentit enlevé dans l’espace. 
L'air sifflait à ses oreilles. En un ins- 
Lant, il fut transporté à Yäng-tcheou, 
au-dessus de la demeure d'un riche 
négociant, où on jouait précisément la 
. comédie. Soudain Koän-ti parut sur ] 
scène en brandissant son sabre. Le 
renard effrayé lâcha le Ting, qui tomba 
du ciel en pleine fête. Il fut aussilil 
appréhendé et livré au mandarin com- 
me magicien. [1 raconta son histoire, 
et fut renvoyé à Heûe-kien par la poli: 
ce. — Quand il revit son renard, il lui 
fit des reproches. 一 C'est que je sui 
limide, dit celui-ci; Koän-ti m'a fai 
peur; et puis je voulais revoir ma fem 
me. — Ah! tu es marié, dit le Ting. - 
À la manière des renards, dit le Où 
Nous vivons avec des filles ou des fem 
mes de bonne famille. C’est Mademoi 
selle Li, ta voisine, qui est ma femme. - 
Je voudrais bien la voir, fit le Ting. - 
Pas difficile, dit le Où. Mets ce gilet, el 
Lu pourras passer par toutes les fené. 
tres. — Le Ting mit le gilet, et s'in- 
troduisit chez les Li, durant la nuit. 


Ici j'ai dù supprimer un passage par trop indé 
cent, mais aussi fort intéressant. L'auteur décrit l'état 


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morbide produit par le commerce intime avec les 
renards, exactement dans les mêmes termes que les 
légendes médiévales relatives aux succubes, etc. 


Jaloux de ce que le Ting avait con- 
quis les sympathies de Mademoiselle 
Li, le Où enleva furlivement le gilet 
qu'il lui avait prêté. A l'aube, quand 
le Ting voulut passer sans gilet par la 
fenètre, il n'y réussit pas, et fut pris 
par les Li. Ceux-ci le prenant pour un 
yäo-koai, commencèrent par barroser . 
avec du sang de chien. Puis, pensant 
que c'était un galant, ils lui firent 
_ subir le traitement d'usage, l’abreuvé- 
rent de purin, le piquérent et le brûlé- 
rent par tout le corps, etc. Enfin, Ma- 
demoiselle Li ayant intercédé pour lui, 
ils le lâchéreut. — Ainsi étrillé, le 
Ting alla trouver son renard. Celui-ci 
refusa de je recevoir, et rompit désor- 
mais toute relation avec lui, 


Voyez Introduction XX et IL. 一 Kaän-ti chargé de 
l'ordre. dans les deux mondes, est l'ennemi des koëi 
rôdeurs, des yäo-koai et des renards, qui tous le 
redoutent et le fuient. — Le Noän-ti qui parut sur la 
scène, était un comédien, bien entendu. Koän-ti est le 
deus eæ machind de beaucoup de comédies populaires. 


80 


Tch'énn-chengt'aa pauvre leltré de 
Châo-hing-fou (Tchée-kiang), ayant 
perdu sa femme, se rendit à Yang- 
tcheou (Kiäng-sau), où il se logea 
dans la bonzerie T'iëén-ning-seu. A 
côté s'élevait un pelit temple, et, prés 
du temple, le Toh'énn remarqua un 
petit pagadin, dont la porte était cade- 
* nassée. 一 Pourquoi cela? demanda-t-il 
aux bonzes. — Parce que le pagodin 


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— 80. — 


est hanté, lui fut-il répondu. — Tse 
procura la clef de la porte, et examina 
l'intérieur. Pas trace de poussière sur 
les meubles. Il y avait un grand miroir, 
et des peignes. — Bon, se dit le 
Tch'6nn ; ces bonzes ont des femmes. 

A quelques jours de là, le Tch'én# vit, 
à un balcon du pagodin, une bell 
femme qui lui faisait des signes d'intel- 
ligence. J lui répondit. Elle se laisa 
tomber, et vint à lui. Il comprit aussitit 
qu'il n'avait pas affaire à une femme 
ordinaire, et eut peur. Ne craignez rien, 
dit cette personne; je suis une fée; le 
destin nous a liés l’un à l’autre. — [e 
Tch'énn l'épousa donc, et ils se plurent 
réciproquement. Chaque mois, à 用 
nouvelle lune, la femme demandait 
congé pour sept jours. 1 me faut aller 
faire ma cour à la déesse du mont 
T'âi-chan, disail-elle. — Le Tch'inn 
profita d’une de ces absences, pour 
examiner ce qu'il y avait dans les cof- 
fres de sa femme. Ils étaient pleigs 
d'or, de perles, de toute sorte de 
trésors. Il n’osa rien prendre, et refer- 
ma les coffres. — Quand la fée fut re 
venue, il lui dit humblement: Je suis 
très pauvre et vous êles fort riche; n8 
pourriez-vous pas m'aider un peu? — 
Je pourvoirai largement à votre entre- 
tien, dit la fée, mais ne vous conferaii 
rien ; car votre destin étant de vivre 
pauvre et honnêle, vous perdriez cer- 
tainement tout ce que je vous donne- 
rais. — Elle tint parole, et le Tch'éna 
vécut dans l'abondance sans soucis. — 
jis avaient cohabilé ainsi durant plus 
d'un an, quand ja fée lui dit: Je vais 
à Pékin pour vous acheter une charge. 


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一 8Ù. — | 151 


Je préparerai le logement, l'ameuble- 

ment, et le reste. Rendez-vous à Pékin 
dans deux mois. On vous attendra à Ja 
porte Tchäng-i. — Deux mois plus 
tard, le Tch'ênn arrivait à Pékin. A la 
porte Tchäng-i, un serviteur lui fit la 
génuflexion et dit: Il est temps, Mon- 
‘sieur, que vous arriviez; Madame vous 
désire depuis longtemps. 一 Le Tch'enn 
se laissa Conduire. Le serviteur le mena 
à une grande maison, dans une rue 
près du marché aux grains. Quand le 
Tch'énn fit son entrée, plusieurs dizai- 
nes de serviteurs et de servantes le 
saluërent. Madame vint à sa rencontre, 
Splendidement habillée. — Comment 
se fait-il que ces gens-là me connais- 
sent? demanda le Tch'énn. — Parce 
que, dit Madame, depuis deux mois, 
pour toutes les affaires et négociations, 
j'ai pris votre forme et votre figure. 
Je vais vous instruire de tout, pour que 
vous ne ‘vous trahissiez pas en par- 
lant. — Devenu ainsi riche et heureux, 
le Tch'énn écrivit. à son fils aîné, de 
venir le trouver à Pékin l’année sui- 
vante. Quand le jeune homme fut ar- 
rivé, sa belle-mère le traita très bien. 
Vous eles marié, lui dit-elle; allez 
quérir votre femme. Et elle lui donna 
la somme nécessaire pour le voyage 
aller et retour. Quand il fut revenu, 
elle traila aussi très bien sa jeune fem- 
me. — Un jour un jeune homme se 
présenta au Tch'énn, demandant à voir 
sa mère. Le Tch'ênn avertit la fée. 
C'est mon fils, d’un lit précédent, dit 
celle-ci. — Le jeune homme fut aus- 
sitôt introduit dans la famille. — 
Durant une des absences périodiques 


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de sa mère, un jour que la bellc-flle du 
Tch'éônn vaquait à sa toilette, le jeune 
homme s'introduisit dans sa chanm- 
bre, par la fenêtre. La jeune femme 
cria au secours. Aussilôt le jeune hom:. 
me s'enfuit. — La nuit suivan!tg. Y 
mari de la jeune femme rentra, uÉspeu 
échauffé par le vin. Elle lui conta son 
aventure. Il prit un sabre, entra dans 
la chambre du jeune homme déjà en- 
dormi, et lui porta un coup terrible, 
Puis il alla chercher de la lumière. Un 
jeune renard décapité, gisait mort suf 
le lit. 一 Averli aussilôt, le ar 


comprit que sa fée. était une renard 
Craignant qu’elle ne se vengeât, quan 
elle reviendrait comme de coutume aa 
bout de sept jours, il quitta Pékin avet 
son fils cette nuit-là-même, et retour- 
na à Chäo-hing-fou, où, selon la pré- 
diction de la renarde, il passa sa vi 
dans la misère, sans jamais arriver à 
rien. 


Voyez Introduction XX. — La déesse du mont T'üi- 
chan, grand’mère céleste, patronne et gouvernante des 
rénards. Voyez numéro 78 note, 


81 


A Yuän-hoa-tchenn dans.le distri 
de Hii-tch'ang (Koäng-tong), chez u 
gros richard, la chambre à couche 
était installée à l'étage, et personn 
n'y montait d'ordinaire durant le jour 
Une fois pourtant Madame dut y mon- 
ter, pour chercher des habits. La porte 
était verrouillée à l’intérieur. Madame 
regarda par une fente, et vit un homme 
assis sur je lit. Elle cria au voleur. Les 


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— 81. 一 153 


gens de la maison accoururent. — Je 
mm'établis ici avec ma famille, cria 
l’homme. Je garde votre mobilier, et 
vous rends Île reste. — Aussitôt les 
coffres, les boites, tous les menus 
objets, furent jetés par les fenêtres. On 
entendit le piétinement de plusieurs 
adulles et enfants, puis les hôtes mys- 
térieux chantèrent, en battant la me- 
sure sur des assiettes: «Maître dé la 
maison, maître de la maison, alors que 
des hôtes sont venus chez toi de mille 
stades, tu ne leur sers même pas le vin 
de bienvenue ». — Effrayés, les gens de 
. la maison chargèrent quatre tables de 
vin et de mets. En peu d’instants, sans 
qu'on vit personne, tout eut disparu, 
et les vases retombérent de l'étage. 一 
Depuis lors les hôtes mystérieux. ne 
quittérent plus. Hs ne firent d’ailleurs 
de mal à personne. 一 Cependant le 
maître de la maison, mal à l’aise, invita 
un tâo-cheu, et le pria de les expulser. 
Tandis qu'il conférait avec lui dans la 
cour, les voix de l'étage chantérent: 
«Espèce de chien, espèce de chien, 
qu'est-ce que tu viens faire ici?» Et 
aussitôt, sans qu'on vit personne, le 
tâo-cheu fut si fort houspillé, qu'il dut . 
s'enfuir, tandis que des mains invisi- 
bles jetaient dans la rue les images et 
les ustensiles qu'il avait apportés pour 
ses conjurations. — Depuis lors, pour 
se venger, les hôles de l'étage firent le 
sabbat jour et nuit. — En désespoir de 
cause, le richard envoya demander se- 
cours au Maitre céleste, au Kiäng-si. 
Celui-ci députa un tao-cheu d'ordre 
supérieur. Quand ce député entra dans 
la cour, les voix chantèrent: « Maitre 


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— 81. — 


. vers les fenêtres de l'étage. — Quand 


‘le vieux génie sonna avec une clochett 


céleste, Maître céleste, tu n'y pourras 
rien! Député, député, tu es venu en 
vain! Soudain le député, soulevé par 
la tête, fut rejeté sur le sol, le visage 
déchiré et les vêtements en lambeaux... 
Ce yäo-koai est plus fort que moi, üil- 
il. Seul maître Sie pourra le d6lo8e 一 
Le richard fit quérir maître Sie, à 1 au0- 
tre bout de la Chine, à Tch'äng-nan. 
Quand ce magicien entra dans la cour, 
les voix ne chantérent pas. — Bon Si- 
gne, se dit le richard. 一 Le Sie dressa 
un autel, et commença ses incanta- 
tions. — Soudain, dans un éclair de 
lumiére rouge, un vieillard à barbe 
blanche descendit du ciel sur la mät- 
son, et dit à ceux de l'étage: « N’ayei 
pas peur, je conjurerai ses charmes ». 一 
Cependant le Sie avait commencé à 
jongler avec une écuelle. Elle commen- 
ça par courir sur le sol, de plus en plus 
vite, puis s’éleva par bonds, bondissan 


elle y atteindra, dit le Sie, c'en: ser 
fait. — Elle allait y atteindre, quaut 


en cuivre. Aussitôt l’écuelle retomh, 
inerte, et le Sfe n’arriva plus à la met 
tre en mouvement. 一 J’abandonne | 
partie, dit-il; et il s’en alla avec so 
écuelle, tandis que les voix de l'étag 
jabilaient et se moquaient, — La mai 
son resta occupée par ces .garnisairé 
inconnus. — Six mois plus tard, € 
plein hiver, une neige très épaisse étan 
tombée inopinément, une. hande 4 
chasseurs dut demander l'hospitalit 
pour la nuit dans la maison du richard 
Celui-ci leur parla des êtres mysté 
rieux qui l’obsédaient. — Ce sont dé 


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2. — 155 


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renards, dirent les chasseurs. Nous 
connaissons cela. Donnez-nous à 
boire el à manger, et nous vous fe- 
rons votre affaire. 一 L'hôte satisfit à 
leurs désirs avec libéralité. — Quand 
le vin leur eut donné du cœur, les 
chasseurs prirent leurs fusils, et se 
mirent à tirer à poudre contre les fené- 
tres de l'élage. Ce fut un beau tapage. 
Un nuage de fumée enveloppa la mai- 
Son. — Le lendemain, à l’aube, les 
chasseurs prirent congé. — Le richard 
assez inquiet se dit: Ces renards vont 
se venger sur moi, pis que jadis. — 
Mais non, tout resta tranquille. Le 
calme dura. Enfin le richard se décida 
à monter à l'étâge. Il le trouva désert. 
Les fenêtres étaient entr'ouvertes. Le 
sol était jonché de poils de renard. 


Les noms de lieu employés dans ce texte, le font 
remonter au sixième siècle, — Quelque grand que soit le 
pouvoir transcendant d'un renard, il ne lui confère au- 
cune invulnérabilité. Un coup de sabre, surtout un coup 
de fusil, le tue, comme tout autre animal. De là sa peur 
de la poudre. 一 Maitre eéleste, le chef des Taoïstes, 
voyez TH table, article Tchäng-taoling, et Introduction 
XVII. 


82 


Dans le faubourg sud de T'oûng- 
tch'eng (Hôu-pei) vivait un certain 
Tchäng-yunncheu, homme religieux et 
pieux. Un jour il remarqua, dans un 
vieux temple ruiné, une statuette en 
bois dont l'expression le frappa. Il la 
transporta chez lui, l’établit dans une 
niche, et lui fit respectueusement of- 
frandes et libations. La nuit suivan- 
te, le personnage représenté par la 


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82. 一 


Staluelte lui apparut en songe, et lui 
dit: Je suis un génie (taoiste), Ton en- 
cens et tes offrandes me sont äâgréables. 
Compte sur moi. Désormais, quand tu 
voudras me demander quelque chose, 
écris ta demande, et brûle-la en Qij0: 
voquant. La nuit suivante, je te Fou 
drai durant ton sommeil, sans faute. 

Or la fille d’un voisin du Tchäng, étai 
obsédée par un être mystérieux, quil 
faisait cruellement souffrir. Un jeu 
qu'il s’emparait d'elle, elle lui dit! 
Pourquoi me tourmenter ainsi? - 
Parce que je te trouve jolie. — 1 yel 
a de plus jolies que inoi, dit la fille! 
par exemple une telle. — Oh! x: 


dit l’incube, elle est modeste; je 0: 
pas pouvoir sur elle. — Alors moi, d 
la fille en colère, je ne suis pas mod 

te? — Hé! hé! dit l'incube. Tel mois 
tel jour, tu es allée au temple dt 
tch'éng-hoang, pour y brûler des par 
fums. En revenant; du fond dé ta 
palanquin fermé, tu as aperçu ue 


rue un beau jeune homme. Ce que 
as pensé alors, élail-ce modeste ? 一 
fille rougit et se tut. 一 Ses parent 
priérent le Tchäng de consulter s 
génie sur le cas de leur fille. Le Tcha 
consulla. La nuit suivante, son ve 
0 


lui apparut et lui dit: Cette fille 

tourmentée par un koai que je ne c 

nais pas. Donne-moi trois jours Po 
preadre des informations. 一 La troisi 
me nuit, le génie dit au Tchäng: C'e 
Nâng-nang. Il est trés fort. Nous ne 
viendrons à bout que par surpris 
J'irai moi-même, mais tu devras m'a 
der. Prépare, pour tel jour, un palat 
quin à quatre porteurs; de plus, quall 


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satellites, des cordes, des chaînes, des 
sabres et des haches; le tout fait en . 
papier. Quand le moment sera venu, 
tu m'inviteras à monter en palanquin, 
puis Lu donneras aux porteurs l'ordre 
de se mettre en marche, le tout selon 
les rits. Dès que mon palanquin péné- 
trera dans la cour de la fille, tu crieras 
«Qu'on l’exécute! » — Le Tchäng s'en- 
tendit avec la famille de la fille, et fit 
les préparatifs indiqués. Quand le 
moment fut venu, il invita son génie. 
Aussitôt les porteurs sentirent que le 
palanquin en papier devenait très lourd. 
On alla vite au logis de la fille. À l’en- 
trée, le Tchäng cria «Qu'on l’exé- 
cule!» — A ce cri, les satellites en pa- 
pier s'animérent, et brandirent les . 
armes et les liens. — Soudain un être 
élrange s'échappa par-dessus le mur. 
La fille se sentlit délivrée du poids qui 


_ l'oppressait. — Cependant les satellites 


avaient fait leur œuvre. Le Tchang et 
les parents de la fille allérent voir. Une 
scolopendre gigantesque, longue de 
plus de trois pieds, gisait coupée en 
trois tronçons. On brûla ces restes, qui 
répandirent une odeur infecte. — Le 
nom Nâng-nang de ce yäo-koai, resta 
longtemps une énigme pour les habi- 
tants de T'oùng-tch'eng. Enfin quel- 
qu'un trouva dans un recueil de termes 
populaires anciens, qu'on avait jadis 
appelé les scolopendres nang-nang, 
dans certains districts. 


83 


. Au Séu-tch'oan, un satellite de ja. 


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sous-préfecture de Fôüng-tou, fut char- 
gé de porter un document au préfet 
de K’oëi-tcheou. Notre homme s’appe- 
lait Ting-k'ai. Il passa par la passe dite 
Koëi-menn, porte des morts. Il vit là 
une stèle, qui portait ces mots: Limite 
des deux mondes. 1l flâna quelqu: peu 
aux environs, puis voulut continuer 
son chemin, mais ne put plus retrouver 
la route. Errant à l'aventure, il arriva 
à un pelit temple en ruines. La statue 
principale était brisée. A côté, un sa- 
tellite à tête de bœuf (kinnara) était 
intact, mais couvert de poussière et de 
toiles d'araignée. 一 Chacun est sympa- 
thique à ceux de son métier. Avec sa 
manche, le satellite épousseta le kin- 
para, puis se remit à errer à l'aventure. 
. Bientôt il arriva à une rivière. Au bord 
de l’eau, une femme lavait des légumes. 
Il s’approcha pour lui demander son 
chemin. C'était sa femme, morte depuis 
longtemps. — Toi ici, s’écria-t-elle, 
en voyant son ancien mari. Comment 
es-tu entré vivant dans le pays des 
-morts ?.. Puis elle lui raconta que le 
juge des enfers l'avait mariée à un 
kinnara, dont elle faisait le ménage. 一 
Peux-tu me remettre sur le chemin du 
monde des vivants? demanda Ting- 
k'ai. — Cela n’est pas en mon pouvoir, 
dit la femme. Attends que mon mari 
soit rentré, et je lui en parlerai. C’est 
assez curieux, tout de même, que j'aie 
à négocier entre mes deux maris, l’un 
terrestre et l’autre infernal! — La fem- 
me conduisit Ting-k'ai à son logis. 
Bientôt quelqu'un frappa à la porte. 
Effrayé, Ting-k'ai se cacha sous le lit. 
La femme ouvrit la porte. Le Kinnara 


160 | — 83. — 


entra, 0ta sa tête de bœuf, el la déposa 
sur un guéridon. Îl avait une autre tête 
humaine. Il se mit alors à causer el à 
rire avec sa femme, lui raconta ce qu'il 
avait vu et entendu au tribunal du 
juge des enfers, et finit par demande 
à boire et à manger, pour se refafre de 
ses fatigues. Tout à coup, humant l'air, 
il dit tout étonné: Je sens l'odeur d'un 
homme vivant. — Alors la femme tira 
Ting-k'ai de dessous le lit, le présenta 
au kinnara, et parla en sa faveur. 一 
Mais je te connais, dit le kinnara, apré 
avoir dévisagé Ting-k'ai; c'est toi qui 
m'as épousseté dans la pagode. Attends 
que je m'informe de ce qui est inserit, 
à ton sujet, sur le livre du destin. Je 
suis de service demain. J'en profiterai 
pour fureter dans le grand livre. - 
Cela dit, le kinnara invila Ting-k'ai 4 
s’attabler avec lui et sa femme. 出 
burent d'abord. Quand les mets arrivè 
rent, Ting-k'ai allait étendre la mait 
pour se servir, quand le kinnara ?ae: 
rêta et lui dit: Prends garde! Boin 
avec les koëi, n’a pas de conséquence 
Mais dès qu'on a goûté à leurs aliments 
on ne peut plus retourner dans le mo 

de des vivants. — Le lendemain | 
kinnara alla à ses affaires. 11 ne revin 
que le soir. Sois tranquille, dit-il ; 
Ting-k'ai; il te reste encore plusieur 
années à vivre sur Ja terre. Je sui 
justement chargé d'une mission das 
le monde supérieur pour demain. Je 

reconduirai moi-même. — Au momen 
du départ, le kinnara remit à Ting-k'a 
un lambeau de peau et de chairs, € 
lui disant: Ceci te rapportera gros. - 
Qu'est-ce? demanda Ting-k'ai. — 外 


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一 83, 83. — 161 


a à Heüe-nan, dit le kinnara, un cer- 
tain Tchäng, gros richard et mauvais 
drôle. Pour le corriger, le juge des 
enfers l’a cité, lui a fait enfoncer un 
croc dans le dos, et l’a fait suspendre 
durant toute une nuit. Ce morceau 
s'est détaché, et est resté accroché au 
croc. Reporté à son domicile, le Tchäng 
a au dos une plaie énorme. Mille mé- 
decins ont tenté de le guérir, en vain 
biea entendu. Va le trouver, et appli- 
que-lui ce morceau. Il te paiera comme 
il faut. — Ting-k'ai remercia, envelop- 
pa l’énorme greffe dans un papier, et 
suivit le kinoara, qui le ramena à la 
Porte des morts. Dès qu'ils l’eurent 
franchie, le kinnara disparut. — Ting- 
k'ai alla à K'oëi-tcheou, puis à Heüe- 
nan, Où il guérit Tchäng le richard, de 
ce que ses médecins appelaient un 
anthrax. Cetle cure lui valut cinq mille 
ligatures d'honoraires. 


Voyez Introduction VI, et comparez numéro 14. — 
Kinnaras, voyez TP page 365. 


84 


Celui dont le destin est d’être brûlé, 
ne sera pas noyé. 一 Un certain te de 
King-hien (Nän-hoei) faisait le com- 
merce avec une dizaine d'associés. 
Leur barque fut coulée dans une tem- 
pête, près de Nän-k'ing. Tous furent 
noyés, excepté le te. Celui-ci coulait à 
fond, quand un personnage vêtu d’é- 
carlate le repêcha. Lorsqu'il se trouva 
sain el sauf sur la rive, il se dit: Pour 
qu'un chénn se soit donné la peine de 
me sauver, je dois être destiné à de 


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— 84, 85. 一 


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grandes choses. — Une famille de 
riverains offrit l'hospitalité au naufragé. 
En se séchant, celui-ci s’approcha trop 
près du feu. Il se brûla si grièvement, 
qu'il en mourut. 


Le génie du feu est vêtu d'écarlate. Il refjéra de 
l'eau la victime destinée au feu. à 


85 


Li-yuankoei originaire de 了 ang- 
tcheou (Tchée-kiang), était secrétair 
du sous-préfet Hän de P’éi-hien 
(Kiäng-sou). Un de ses compatriotes, 
qui retournait au pays, ayant pasé 
par là, Li-yuankoei le pria de vouloir 
bien se charger d’une lettre pour sa 
famille. Quand il l’eut écrite, il deman- 
da à un petit domestique de la colle 
de farine, pour coller l'enveloppe. 
L'enfant apprêta la colle, et. apport 
dans une jatte. Li-yuankoei colla s 
lettre et l'expédia, puis plaça la jati 
avec le reste de la colle sur une table. 
La nuit suivante il eatendit bruire | 
papier de sa fenêtre. Pensant qu'u 
rat s'était introduit dans la chambr 
il entr'ouvrit le rideau de son lit, Que 
le ne fut pas sa surprise, de voir u 
petit mouton blanc, haut de deux pou4 
ces, qui battait en retraite aprés avoir 


‘mangé toute sa colle. — Croyant avoir 


révé, le lendemain Li-yuankoei fit pré< 
parer exprès une nouvelle jatte de colle 
de farine, qu'il plaça au même endroit. 
La nuit suivante, même manège. 

petit mouton entra de nouveau par la 
fenêtre, mangea la colle, puis se retira 


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— 85, 86. — 163 


Li-yaankoei se leva vite, pour épier où 
il allait. Il le vit disparaître sous un 
arbre, non loin de la fenétre. — Le 
lendemain il avertit le mandarin. Celui- 
ci ordonna de creuser au pied de 
l'arbre. On découvrit le squelette d'un 
mouton, dont les os étaient gorgés de 
colle de farine fraîche. Le mandarin 
les ayant fait brûler, les apparitions 
nocturnes cessérent. | 
Voyez Introduction IX. — Ame d’un mouton. 一 


Ossements des animaux, presque aussi redoutés que 
ceux des hommes. 


86 


Alors que Tch'énn-choucheu était 
tao-tai des deux préfectures T'ing- 
tcheou-fou et Tchäng-tcheou-fou (Fôu- 
kien), une cloche énorme vint, flot- 
tant sur les eaux de la mer. Elle pou - 
vait contenir cent piculs (mille hois- 
seaux) de grain. Les riverains considé- 
rérent ce prodige comme un événement 
faste. Ils averlirent le préfet de Tchäng- 
tcheou, lequel fit bâtir, à l’ouest de sa 
ville, une tour dans laquelle la cloche 
fut installée. Le son qu'elle émettait 
portait à plus de dix stades. Un vieil- 
lard nommé Li, fut chargé de garder 
la tour et de battre la cloche. 一 Cepen- 
dant, plusieurs raz de marée désastreux 
s'étant succédé en peu de temps, le 
tâo-t'ai Tch'énn fit réflexion que, dans 
le système des cinq éléments, le métal 
appelle l’eau. Pas de doute; c'était le 
son de la cloche qui provoquait les 
soulèvements de la mer. 一 Doné le 


164 — 86. — 


téo-t'ai ordonna au sous-préfet de 
Tchäng-tcheou de fermer la tour et 
d'en sceller la porte. Défense absolue 
au Li, de faire encore résonner la ma- 
lencontreuse cloche. — Ce vieux 

avait un jeune ami. C'était un renard, 
évidemment, car il allait et venait à 
travers les airs, comme bon lui sem- 
blait. Cependant le vieux Li avait toute 
confiance en lui. Un jour il lui dit: Tu 
viens toujours boire et manger chez 
moi; pourquoi ne m’apportes-tu pas 
un peu d'argent? 一 C'est le destin qui 
dispense les richesses, dit le renard. 
Si je te donnais de l'argent, au lieu de 
te profiter, il te porterait malheur. 一 
Bah! dit le Li, un petit peu. 一 Le 
renard sourit malicieusement, déposa 
un lingot d'argent sur Ia table, prit 
congé, et ne revint jamais plus. — A 
quelques jours de là, comme le sous- 
préfet passait près de la tour, la cloche 
se mit à résonner. Le sous-préfet n'en 
demanda pas davantage, fit appliqust 
quinze coups de rotin au vieux Li, et 
continua son chemin. Au retour, com- 
me il repassait prés de la tour, la clo- 
che se mit à sonner de plus belle. Le 
vieux Li fut de nouveau appréhendé. Il 
fit constater au mandarin que les scel- 
lés étant intacts, aucun homme n'avait 
pu produire ces deux sonneries. — 
Alors qui a sonné? demanda le man- 
darin. — Le vieux Li dut raconter 
qu'un renard, jadis son ami, hantaïit la 
tour. Il narra aussi l'histoire du lin- 
got. 一 Montre-le, dit le mandarin. 一 
C'était un lingot de son trésor, marqué 
de son poinçon. Le mandarin l’empocha 
aussitôt, comme bien on pense. — C'est 


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— 86, 87. — 165 


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ainsi que le vieux Li fut puni, par son 
renard, d’avoir voulu s'enrichir quand 
même. . 


C'est le renard qui sonna, pour faire fustiger son 
ancien ami, et confisquer le lingnt que lui-même avait 
volé au mandarin. Voyez numéro 57. 一 Innombrables 
sont les histoires de cloches, statues, et autres objets, 
apportés par les eaux, puis devenus l’objet d’un culte. 


87 


A Sôu-tcheou (Kiäng-sou), un cer- 
tain Tch'énn-kouohoung, licencié de 
la promotion de 1777, aimait passion- 
nément les antiquailles. Ayant avisé, 
dans son jardin, -une vasque à lotus, 
qui n'avait pas été déplacée depuis 
bien des années, il la fit retourner, 
pour examiner quelles marques d'ori- 
gine elle portait. Sous la vasque, on 
découvrit une urne, ornée, sur fond 
brun, de dessins genre antique. Elle 
était pleine de boue contenant des 
fragments d’ossements. Tch'énn-kouo- 
houng vida ce contenu dans le canal 
au bout de son jardin, puis porta l’urne 
dans son musée. — La nuit suivante, 
durant son sommeil, un bonze lui ap- 
parut et lui dit: Je suis le bonze Tchëu- 
heng. J'ai vécu ici, sous les Tang, 
L’urne que tu as déterrée, contenait 
ce qui resta de mon corps, après la 
crémation. Hâte-toi de rendre ces res- 
tes à la terre. — Le Tch'ônn n'avait 
peur de rien. Le lendemain, il raconta 
son rêve à ses amis, mais né fit pas ce 
que le bonze lui avait dit. — Trois 
jours plus tard, durant la nuit, deux 
bonzes apparurent à la vieille mère du 


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一 87, 88. 一 


licencié. L'un avait de longs sourcils 
l’autre un air très rébarbatif. Ton fils 
dit le premier, m'a traité dune manier 
indigne. Il a dispersé mes os, et vol 
mon urne. Je ] ai averti de réparer s 
faute. Il n’a tenu aucun compte de me 
paroles. Mon Supérieur Ta-ts'ien l'ayar 
su, est venu pour venger mon injure 
Nous allons faire mourir ton fils. — L 
vieille dame se réveilla épouvantée, € 
ordonna aussitôt à ses gens de repêche 
les fragments d'os jetés dans le canal 
Trop tard! Tch'ênn-kouohoung délirai 
déjà. Bientôt il perdit connaissanct 
Vers le dixième jour’, il mourut. 


Voyez Introduction IX. 一 Constatez que la notio 
populaire du Nirvana, n’est pas l'annihilation, loin de là 


88 


Au lieu dit T'ang-li près du la 
Tông-t'ing (Hôu-nan), un gros ira 
nommé Süû, songeait à agrandir fs 
parc. À l’est, la petite pagode du gén 
du lieu l’empêchait de s'étendre. El 
tombait d'ailleurs en ruines, et perso 
ne n’y brûlait d'encens. Le richar 
s’entendit clandestinement avec 
bonze chargé de la desservir. Celui- 
lui ayant livré les Litres de propriété, 
Sa rasa la pagode, et construisit 1 
kiosque sur le tertre qu’elle avait o: 
cupé. — Un an plus tard, un jour qu 
Madame Sa née Haa procédait à : 
toilette, tandis qu'elle se peignait, el 
s’affaissa soudain. La fillette qui 
servait, ayant voulu la relever, S’affai 
sa de même. Puis toutes deux s'éta 


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一 88. 一 467 


relevées, Madame s’assit dans un fau- 
teuil, face au sud, tandis que la fillette 
s’agenouillait devant elle. Ensuite, sur 
un ton impératif élevé, Madame dit: Je 
suis le tch'éng-hoang de Sôu-tcheonu 
(Kiang-sou). Je suis venu, comme 
député extraordinaire, pour rendre 
justice au génie de ce lieu, iniquement 
dépossédé. — La fillette agenouillée 
annonça: Le plaignant, génie du lieu, 
est arrivé. 一 Rangez toute la famille 
Sû, hommes et femmes, sur deux files, 
commanda Madame. Faites l'appel! 一 
Quand la fillette eut fait l'appel, Mada- 
me cria: Que l'acheteur, un tel, s’avan- 
ce! — Son mari s'étant agenouillé de- 
vant elle, elle l’interrogea sévèrement, 
sur le prix payé, sur les entremetteurs, 
sur je bonze, etc. Il répondit à tout 
exactement et en tremblant. Car, phé- 
nomène étrange, sa femme ne parlait 
plus le dialecte du Hôu-nan, je seul 
qu'elle sût. Une voix d'homme sortait 
de son gosier, parlant le dialecte de la 
province du Tchèu-li. Aussi s’empressa- 
t-il de promettre qu’il rendrait le tertre, 
qu'il rebâlirait la pagode, et le reste. 一 
Alors Madame, qui n'avait jamais su 
écrire un caractère, saisil un pinceau, 
et traça à grands traits le libellé sui- 
vant : Qu'un homme s’approprie la ter- 
re d’un chénn, c'est une grave faute. 
Le Sù aurait dû avoir compassion de 
son voisin le génie du lieu, vieux et 
pauvre, logé à ciel ouvert dans une 
pagode en ruines. Au lieu de cela, il 
l'a exproprié. Le génie du lieu n'ayant 
pas pu obtenir justice de son tch'éng- 
hoang hiérarchique, en a appelé 
plus haut. Moi tch'éng-hoang de 


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Sôu-tcheou, député pour ce cas, je 
décide ainsi. Le Sa s’étant'repenti, " 
sera pas autrement puni; mais il rebà 
tira la pagode, et paiera désormais us 


cens et les offrandes. Les entremetteu 
feront les frais d'une grande comédi 
expiatoire. Le bonze étant mort, il 0 
a plus à s’en occuper. — Cela écrit 
Madame s’affaissa sur elle-même. Li 
instant après, elle reprit ses sens, saisi 
son peigne, et continua sa coiffure 
Elle ignorait absolument tout ce q 
venait de se passer, — Son mari ex 
cula scrupuleusement la senten 
Depuis lors, la pagode du génie lo 
de T'âng-li fut célébre, et l'encens à 
cessa dy fumer. 


Voyez Introduction II. — Procédés judiciaires im 
fernaux, calqués exactement sur les Lerrestres. Ici 
Æ À wéi-yuan, délégué extraordinaire ur 
un cas contesté. 


89 has 


Peu après l'avènement de la dyna 
tie actuelle (vers 1650), un certain 
eutreprit de soulever les districts 
Tch'âng-chou et de Où-si (Kiäng-sou 
Dans l'intention de le faire renon 
à son entreprise, quelqu'un lui dit: 
temple de Koän-ti, de tel village, 
très famé. Prenez un grand sabre d'4 
xercice de 120 livres, allez à ce templt 
et faites à Koän-ti la prière suivante 
Veuillez nous éclairer. Nous allo 
jeter ce sabre à l’eau. S'il coule, nou 
reslerons tranquilles. S'il flotte, nou 
nous souléverons. — Celui qui dont 


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— 89, 90. — 169 


(MORE ) MÉMENSMSIS>-EERE RS UN TIUUIR EE 
TIÉNÉHRNIURÉ IN ENBRRIENNERÉNESE 


ce conseil, comptait bien que le sabre 
coulerait. Le Kôu et ses gens firent 
ce qu’il leur avait dit. Le sabre flotta, 
comme une feuille morte. Aussilôt 
plusieurs myriades de rebelles se mirent _ 
en campagne. Au premier choc avec 
les Ts'ing, ils furent extermiués jus- 
qu'au dernier. 

Morale: Koën-ti est le protecteur de l'ordre, l'en- 
nemi du désordre. Il envoya à leur perte ces hommes 
déjà rebelles daus leur cœur. — Pour se dégourdir le 


poignet, les candidats militaires brandissent une sorte 
de coutelas à mänche, pesant cent livres et plus. 


90 


À Li-yang (Kiäng-sou) le licencié 
Ma avail ouvert une école, dans un 
village à l'ouest de la ville, sous le toit 
d’un certain Li. À côté habitait un 
homme féroce nommé Wäâng, qui bat- 
fait sa femme, et la laissait mourir de 
faim. Un jour, n’en pouvant plus, la 
malheureuse attrapa un poulet appar- 
tenant aux Li, et le dévora. Le Li 
avertit son mari. Celui-ci justement 
pris dé vin, saisit un sabre d’une main 
et sa femme de l’autre. Tu vas mourir, 
lui dit-il. — Ce n'est pas moi qui ai 
volé ce poulet, cria la femme aflolée, 
c'est lé licencié Ma. Le Mà nia, bien 
entendu. La femme persista à l'accuser. 
Allons au temple de Koän-ti, dit le 
licencié, et tirons au sort. Si le dia- 
gramme indiqué est yinn, le poulet 
aura été volé par une femme; s’il est 
yàng, il aura été dérobé par un hom- 


‘me. — Allons, dit la femme. 一 Les 


sorts furent jetés trois fois. Trois fois 


22 


PÉHENSRRER NEINRES 


上 


(IBRRÉ ESENTERRANNÉNEENELIRNEE à 


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BÉENNÉESÉE)DSEENMENSÉDESINMEME 
SSII FEES REES SEL 

ASS EE EE DS UD ee Dr RDS SEE BR RE ESS NT 
DRASS SO NE Gr DT ES SON D D SN (VE D m4 SE Ne 2 SUN NS Re t 


— 90. — 


ils indiquérent un diagramme yâng. - 
Le Wang jeta son sabre et lacha s 
femme. Le licencié perdit tellement la 
face, qu'il dut fermer son école. - 
Quelques années plus tard, un jour 
que le Ma assistait à une séance d'évo- 
calion, l'esprit évoqué dit qu'il étai 
Koän-ti. Ah! c’est toi imbécile, dit 
Mà, avec accompagnement d’une kyriel 
le d'injures; c'est toi qui, contre touts 
justice, m'as fait passer pour un voleur 
de poulets! 一 Le pinceau se mit en mo0u: 
vement, et écrivit sur la cendre: Licen 


cié Mà, bientôt tu deviendras mand 
rin. J’ai voulu t’apprendre à estimer 
vie des hommes. Tu n'as perdu qu'un 
école; la Wang aurait perdu la ie, d 
j'avais dit la vérité. Peu m'importe qui 
tu m'aies traité d’imbécile ; le Sublime 
Souverain m'a loué, et m'a donné trois 
degrés d'avancement. 一 Menteur! di 
le Mà. Koän-ti a rang d’empereur. 
Quel avancement peut-on encore | 
donner? 一 Le pinceau écrivit sx 
_ cendre: Le vrai, le grand Koän-ti, 
rang d’empereur, c’est vrai. Mais 
n'est pas lui qui réside dans les templ 
sans nombre que les hommes lui 0 
consacrés. Il se tient aux côtés d 
Sublime Souverain. Dans chacun 
ses temples, réside un koëi juste 
équitable, député par le Sublime Sou: 
verain. C'est lui qui déguste les offral 
des, et qui fait droit aux requêtes. Je sui 
un de ces lieutenants. Voilà pourquo 
j'ai pu avoir de l'avancement. — LU 
licencié Ma ne trouva rien à répondre 


… Voyez Introduction XVI. — Koëi. Ames d'homme 
. morts. Dans cé sens, les génies des villes et des lieux, 
tous les fonctionnaires infernaux grands et petits, sl 
tous des koëi, 


AE St 00 EE RRUEE EE DRE D 2 DD RER 0 NU SE UE IR HE 


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一 91. 一、 


CRE CERMÉRENDOMNERCUENRMENÈNHE = 


17f 
91 : 


-Dans un village au sud de Kiäng- 
p'ou (Kiang-sou), une fille. née Tchäng 
avait épousé un homme nommé 
Tch'énn. Restée veuve après sept an- 
nées de mariage, et n'ayant pas de 
quoi vivre, elle se remaria avec un cer- 
tain Tchäng. Cet homme était lui aussi 
veuf depuis sept années. L’entremet- 
teur qui fit le mariage, avait vu, dans 
cetle coïncidence, un indice certain 
des intentions du Ciel. — Quinze jours 
après le mariage, l’âme de l'époux dé- 
funt de la femme se saisit d'elle. Infñi- 
déle, lui dit-il, comment as-tu pu 
m'oublier ainsi, et épouser cet homme 
vulgaire ? Et la femme, mue par l’âme, 
de se frapper le visage. La famille 
Tchäng brûla à diverses reprises du 
papier-monnaie, en suppliant l’âme de 
lâcher prise. Rien n'y fit. — Mais voilà 
que soudain le nouveau mari fut pos- 
sédé à son {our par l’âme de son an- 
cienne femme. Infidèle, lui dit-elle; 
dès que tu as vu une nouvelle femme, 
tu as oublié l’ancienne. Et l'homme, 
mu par l’âme, de se frapper le visage. 一 
Un certain Ts'îinn, ami de la famille, 
vint voir ces deux possédés. Soudain 
une idée originale lui lraversa l'esprit. 
J'ai plus d’une fois, comme entremet- 
teur, réussi à marier deux vivants, se. 
dit-il; je réussirais peut-être aussi à 
marier ces deux morts... Et s'adressant 
aux deux âmes, il dit: Vous deux koëi, 
l'un veuf l’autre veuve, pourquoi ne 
vous marieriez-vous pas, comme ces 
deux vivants l'un veuf l’autre veuve, 


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se sont mariés. Ce serait certainement 
bien mieux, que d’ennuyer les gen 
comme vous faites. — J'y pensais, ré 
- pondit la morte, par ja bouche de son 
ancien mari; mais, comme je suis laide, 
voudra-t-il de moi? 一 J'y consens, 
répondit le mort, par la bouche de so 
ancienne épouse. — Les consentements 
étant ainsi échangés, les deux âme 
toutes joyeuses dirent: Nous marier 
ainsi en catimini, cela ae peut pas al- 
ler; tous les koëi riraient de nous 
Vous, entremetteur, faites-nous ua 
cortège nuptial découpé en papier. K 
nous faut aussi un peu de musique, & 
les deux coupes des épousailles. — 04 
fit tout ce que les deux âmes deman- 
daient. Quand ce fut achevé, les deux 
mariés se trouvérent délivrés. — Tout 
finit bien; mais, tout de même, les 
plaisants rirent de cet entremetteur qui 
mariait jusqu'aux morts. 


Voyez Introduction IX. — Sous sa forme presqu 
comique, cette petite histoire est instructive. — Le we 
des noces, les mariés boivent dans une même coupe, os 
dans deux coupes pareilles faisant la paire. 


92 | 


À Sôu-tcheou, dans la rue Chèu- 
hia-hiang, vivait un certain Tsiang- 
chennki. Le fils de cet homme avait 
épousé une demoiselle Sû, âgée de .dix- 
neuf ans. Les deux jeunes époux s'æ# 
maient d'amour tendre. Un mois-après 
sa première délivrance, la jeune femme 
prépara du vin, appela son mari, et lui 
dit: Ceci est la coupe de la séparation. 
Le destin va rompre le lien qui nous 


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unissait. Mon créancier est arrivé. Xe 
ne lui échapperai pas. Le proverbe ne 
dit-il pas, époux et épeuse sont comme 
les oiseaux de la forêt; à l'heure du 
danger, chacun tâche de s’en tirer. 
Après ma mort, ne me pleurez pas, 
Oubliez-moi!. Ce disant, elle éclatà 
en sanglots. Puis soudain elle se dressa 
raide, et jeta la coupe qu'elle tenait 
encore à la main. Ses traits changèrent 
complètement. Une voix d'homme par- 
lant le dialecte du Chän-tong, sortit 
de son gosier et dit: Te souviens-tu, 
qu'en l'an 1574, toi et un autre m'avez 
assassiné au Ying-koang-chôu-leou?. 
Et mue par une force étrangère, la 
jeune femme se frappa le visage jus- 
qu'au sang, puis se larda le corps de | 
Coups de couteau et de ciseaux. 一 
Toute la famille Tsiàng prosternée, 
supplia l’agresseur d’épargner sa victi- 
me. Rien n'y fit. Nurant trois jours 
entiers, la jeune femme se tordit sous 
son étreinte. 一 Tsiàng-chennki fit in- 
viler un bonze très famé. Au moment 
où il entra, l’agresseur cria: Chauve, 
chauve, va-t-en, va-t-en! 一 Le bongé 
dit à Tsiäng-chennki : Elle est possédée 
par une âmeé vengeresse, qui la cher- 
chait depuis plus de deux siècles. Plas 
ces vengeances arrivent tard, plus elles 
sont terribles. Je juge le cas désespé- 
ré. — Cela dit, le bonze battit en re- 
traite. La jeune femme mourut. On ne 
sut jamais pour quel crime commis dans 
une existence précédente, elle périt 
si lamentablement. 一 Ce fait arriva-à: 
Sôu-tcheou, en l'an 1764, durant le 
deuxième mois. 
Voyez Introduction VIL. 


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yeux, sa bouche, 


93 


Dans sa jeunesse, un certain Si- 
cheuk'iou des environs de Sôu-tcheou 
(Kiäng-sou), éludiait dans la maison 
d'un lettré de la ville, nommé Han- 
k'iou. Le letiré avait un valet, nommé 
A-loung, âgé de vingt aus. Ce jeune 
homme faisait le service de l’école, 
avec beaucoup de diligence. — Un soir 
que je Sa étudiait à l'étage, il envoya 
A-loung lui chercher du thé. A-loung 
revint tout effaré, et dit: En bas j'a 
rencontré un être vêtu de blanc, à l'ait 
féroce. Il n’a pas répondu à mes inter. 
pellations. Ce doit être un koëèi. 一 
Sa se moqua de lui. — Le lendemain 
A-loung déclara qu'il n'oserait pl 
monter à l'étage. Le SR se fit servir 
par un autre domestique nommé Liou, 
Quand celui-ci alla chercher du thé, il 
trébuchba contre un corps étendu 3 
bas de l'étage. C'était A-loung évar-oi 
mais respirant- encore. Il avait d 
empreintes de doigts, bleues et noire 
tout autour du cou. Ses oreilles, 
son nez, étaien 
remplis de boue. On le ranima avec d 
la tisane de gingembre. J'ai vu, dit-il 
le même être vêtu de blanc qu'’hier. 
a l'air d’un homme d'une quarantain 
d'années. Il porte la barbe courte. So 
visage est tout noir. Îla tiré vers m 
une langue longue de plus d'un pie 
Quand je voulus crier, il me serra | 
gorge. Alors un autre koëi, vieillard 
la barbe blanche, coiffé d'un bonnet 
élevé, lui dit: Il est bien jeune; épar- 
gne-le. J'étouffais, quand le pied du 


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— 93, 94. — 175 


Liou me beurta. L’être vêtu de blanc } 
se retira alors dans la maison. 一 On 
porta A-loung sur son lit, et on le veil- 
la. Durant toute la nuit, de mysté- 
rieuses lueurs, semblables -à de gros 
lampyres, voltigèrent dans la chambre. 
Le lendemain A-loung tout hébété re- 
fusa de prendre aucune nourriture. 一 
Le lettré Ban fit appeler une sorcière. 
Celle-ci examina le malade, puis dit: 
”] est possédé par un koäâi. Empruntez 
à votre mandarin le pinceau au vermil- 
lon qui lui sert à écrire ses sentences. 
Avec ce pinceau, écrivez sur le cœur du 
malade le caractère. 正 rectitude, sur 
son cou le caractére JJ sabre, et sur 
chacune de ses deux mains le caractère 
_%X feu. Quand vous aurez fait cela, le 
malade sera guéri. — Le lettré Han fit 
comme la sorcière avait dit. Au moment 
où on traçait au vermillon le second 
caractère X feu... Non, s’écria le koäi, 
ne me brûlez pas, j'aime mieux m'en 
aller! — Aussitôt A-loung fut délivré 

et guéri. U vit encore. 

Voyez Introduction V, V]IL 一 Le sens des caractè- 
res esl: Défense au kodi de nuire à cet homme dont le 


cœur est droit. S'il le fait, on sévira contre lui par le 
fer et par le feu... 


94 


Yinn-t'mghia de  Koëéi-tcheou 
(Koäng-si) s'étant levé de bonne heure 
le quinze de la huitième lune, alla pré- 

-senter ses respects au génie du lieu, 
auquel il était fort dévot. Après avoir 
‘brûlé des parfums, il sortait du temple, 
quand il fut soudain appréhendé par 


176 


Génie du lieu renseignant le Génie de la ville. 


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#77 


deux satellites, qui lui passèrent une 
corde au cou. Comme ils allaient l’en- 
traîner, le génie du lieu sortit de son 
lemple, et leur demanda pourquoi ils 
agissaient ainsi. [ls lui montrérent un 
mandat d'amener au nom de Yinn- 
t'inghia. Le génie du lieu sourit dans 
Sa barbe, mais ne dit rien. Les satelli- 
tes emmenèrent leur prisonnier. Le 
génie les suivit. Comme ils passaient 
devant un restaurant, le génie paya à 
déjeuner aux satellites. Tandis qu'ils 
mangeaient et buvaient, il dit à Yinn- 
t'inghia : Quoique le mandat porte ton 
nom, il y a certainement erreur. Je 
vais te suivre pour te protéger. Toi, si 
tu rencontres un chênn quelconque, 
crie aussilôt à l'injustice. — Quand les 
satellites eurent fini de déjeuner, ils se 
remirent en marche, emmenant leur 
prisonnier. Vers midi, ils arrivèrent à 
un lac. La mer d'argent, dirent-ils. On 
ne peut la passer que durant la nuit. 
Reposone-nous en attendant. — Bientôt 
le génie, tenant toujours son bâton, les 
rejoignit. Pourquoi vous suivez-vous 
ainsi? lui demandèrent les satellites. 
Je suis un vieil ami de cet homme, dit 
le génie; je vais prendre congé de 
lui. — Soudain le ciel s'irisa. C'est le 
moment, dit le génie au Yinn; les 
chénn reviennent après avoir fait leur 
cour au Ciel; prépare-toi à crier. 一 
Bientôt, monté sur un char, un chènn 
au large visage el aux yeux élincelants, 
passa. Le Yinn cria à l'injustice. Le 
chénn fit arrêler sa voiture, l’appela et 
lui demanda: Quelle injustice? 一 Deux 
satellites m'ont arrêté, dit le Yinn. — 
Ont-ils un mandat? — Oui, — Le 


23 


178 


Satellites infernaux, avec mandats et crocs. 


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179: 


* mandat est-il à ton nom? — Oui. 一 


Alors de quoi te plains-tu ? demanda le 
chénn en colère. — A ce moment le 
génie du lieu s’avanca, se prosterna, et 
dit: Il y a une erreur dans le cas de cet 


homme. C’est moi, petit chénn, qui lui 


ai dit d’en appeler. — Pourquoi penses- 
tu qu’il y ait une erreur? demanda le 
grand chênn. — J'ai en ma possession, 
dit le génie, le registre de toute cette 
famille. Chaque fois qu'il y naît un 
enfant, le génie du mont T'äi-chan, 
gardien du livre des vies, m'envoie la 
feuille contenant le destin de ce nou- 
veau sujet. Ce Yinn-t'inghia doit vivre 
72 ans. Les satellites infernaux l'ont 
Cité. Or il n’a pas 50 ans. J'en conclus 
qu'il y a erreur. — Quand le grand 
chênn eut entendu cette explication, il 
dit: 1! est probable, de fait, qu'il y a 
erreur. Celle affaire n'est pas de mon 
ressort. Cependant, comme toi, petit 
chénn, tu t'es donné tant de mal pour 
sauver la vie de cet homme, je ne puis 
pas ne pas m'intéresser à sa cause. Le 
T'äi-chan est trop loin d'ici. Nous 
aurons plus vile fait de nous adresser 
directement au Ciel. Et le grand 
chênn rédigea un placet sur papier 
jaune, le scella, et le remit à un petit 
chénn à cuirasse dorée, avec ordre de 
le porter au ciel. Puis il ordonna au 
chénn de la mer d’argent, de mettre 
l'âme du Yinn à l'abri, en attendant le 
retour du messager. Celui-ci le fit 
entrer, avec le génie du lieu, dans une 
barque échouée au rivage, où ils furent 
à l'abri du vent de nuit. — Vers le 
milieu de la nuit, il les appela. Ils 
montérent sur la rive. Un groupe de 


— 94. 


- 180 


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481 . 


cavaliers approchait, chevauehant à 
travers les airs, par-dessus le lac.C'6- 
tait un officier envoyé pour examiner 
le cas. Le -Yinn, prosterné devant lui, 
renouvela sa plainte. Le génie du lieu 
l’'appuya. — Où sont les deux satelli- 
tes? demanda l'officier. — Ils s'étaient 
esquivés. — Qu'on les cherche, dit. 
l'officier. Si ce sont des yäo-koai, ils ne 
peuvent avoir fait mille stades; si ce 
sont de simples koëi, ils ne peuvent 
pas encore être à 500 stades. — Quatre 
de ses suivants s'élevérent aussitôt dans 
les airs, et regardèrent dans toutes les 
directions avec des lunettes. Ils eurent 
bientôt découvert les deux satellites, 
cachés, à 300 stades de distance, dans 
le tronc d’un sophora creux. — Pour- 
quoi avez-vous appréhendé cet homme ? 
leur demanda l'officier. — Nous avons 
un mandat, dirent les satellites. Nous 
sommes irresponsables. 一 Alors pour- 
quoi vous êtes-vous: enfuis ? demanda 
l'officier. — Par crainte de la majesté 
des chénn, dirent les deux satellites. 一 
De fait le mandat était en règle. En ce 
cas, dit l'officier, l’erreur est une er- 
reur de chancellerie. En route! 一 Le 
Yinn ferma les yeux de terreur. Il se 
sentit enlevé. L'air siffla à ses oreilles. 
Quand il eut repris terre et ouvert les 
yeux, il se trouva dans un palais monu- 
mental. Des personnages se consultaient 
en chuchotant. Ils appelèrent et enten- 


‘ dirent séparément les deux satellites, 


puis le génie du lieu. Une pause suivit. 
Soudain une bande de koëi amenérent 
un scribe enchainé, qui protestait de 
son innocence. Puis une autre bande 
de koëèi amena un autre scribe, dans 


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— 94, 一 


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lequel Yinn-t'ingbia reconnut un d 
ses parents, Yinn-sinn, scribe au tri 
bunal de Koëéi-tcheou. Les juges côn 
frontèrent les deux scribes. Bientôt | 
premier fut relâché, tandis que le se 
cond, après avoir reçu quarante coup 
de rotin, était tratné en enfer. 一 Ui 
instant après, les juges appelèren 
Yinao-t'inghia. Ton cas est tiré au clair 
lui dirent-ils. Le scribe infernal qui 
écrit le mandat, ne s’est pas trompé. | 
a écrit Yinn-t'ingtcheu. Les deux satel 
lites chargés d'appréhender Yinn 
t’'ingtcheu, sont allés prendre-des ren: 
seignements au tribunal de Koéi 
tcheou. Lä, Yinn-sina l'oncle de Yinn 
t'ingtcheu, scribe au tribunal, ayan 
va leur mandat, constata qu'il s'agissai 
de $on neveu. Pour le sauver, d'u 
coup de pinceau il changea ## tchet 
en 洽 hia, Les satellites t'appréhendè: 
rent donc, toi Yinn-t'inghia. L'adminis 
tration infernale est hors de cause 
Yinn-sinn expie son faux, dans le! 
enfers. Yinn-t'ingtcheu va être appré 
hendé. Quant à toi, retourne dans | 
monde des vivants. — Le génie du liet 
et Yinn-t'inghia se prosternèrent el 
remerciant. Au sortir du palais, le Yinl 
vit un petit marché, comme devant le 
tribunaux de ce monde. Il aurait biel 
voulu manger et boire, mais le géni 
du lieu l'en empécha absolument. Il | 
conduisit hors de la ville, puis par de 
chemins inconnus. Soudain, comme di 
haut d'une montagne, le Yinn vit ut 
cadavre étendu, et des personnes qu 
pleuraient tout autour. — Qu'est-c 
que cela? demanda-t-il au génie di 
lieu. — Comment, dit celui-ci, tu n 


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) 183 
te reconnais pas? et il lui donna un 
coup de son bâton dans les reins. 一 
Yian-t'inghia se réveilla dans sa mai- 
son, gisant sur le lit funébre. Un cer- 
cueil était prêt à côté de lui. On lui 
dit qu'il était mort deux jours aupara- 
vant, mais que, la région du cœur res- 
tant chaude, on avait différé de le met- 
tre en bière. 一 Quand il eut repris 
assez de forces pour parler, Yinn-t'ing- 
hia envoya son fils demander des nou- 
velles de Yinn-t'ingtcheu. Le jeune 
homme rapporta que Yinn-t'ingtcheu 
jadis malade, avait guéri complètement 
deux jours auparavant, et qu'il venait 
de s’éteindre subitement, au moment 
où Yinn-t'inghia était revenu à la vie. 
Voyez Introduction NI. 一 On brûle de l'encens et 
on fait des offrandes aux chénn, surtout le 4 et 14 15 de 
chaque mois. Le quinze de la huitième lune, est jour de 
grande 他 te populaire. Les chénn foht, ce jour-là, leur 
cour au Pur Auguste, Sublime Souverain. — Dans le 
Taoïsme moderne, le mont T'di-chan est comme une 
succursale terrestre du tribunal infernal. Le génie de la 
montagne JW 插 tient un duplicata du grand livre du 
destin. L'épouse de ce génie gouverne les renards; voyez 
numéro 80 note. — De petits restaurateurs ambulants 
slationnent à la porte des tribunaux, satellites et parties 
mangeant sur le pouce dans les intervalles des audien- 


. ces. 一 Nous avons vu, numéro 83, que manger avec les 
koëï est fatal aux vivants. 


95 
Après avoir été préfet dans la pro- 
vince du Chän-si, Liôu-kiecheu fut 
transféré au Kiäng-nan. Durant une 
nuit qu'il passa à Sôu-tcheou (Kiäng- 
sou), vers minuit, il se sentit comme 
soulevé et emporté vers le Chan-si par 


une brise légère. Dans les airs, il fut 
attaqué par un koëi hideux et méchant. 


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Il le battit et le prit sous le bras. Con 
me il se demandait ce qu'il allait 
faire, un certain U, jadis son voisin au 
Chän-si, lui apparut et Jui di: Livre 
le au temple de Koän-yinn qui en fon 
justice, de peur qu'il ue se venge s# 
toi s’il arrive à s'échapper. — Lib 
kiecheu porta donc son prisonnier at 
temple de Koän-yinn. Comme il y 
entrait, les statues des gardes du ten 
ple regardérent toutes le koëi avec de 
yeux menaçants. Dès que Koän-yirt 
l'eut vu, elle dit: Celui-là est en ruptug 
de ban. C'est un évadé de l'enfer. À 
faut l’y ramener. et elle donna ordre, 
à l’un de ses satellites, de prendre @ 
de conduire le prisonnier. — Le satel- 
lile objecta je ne sais quoi. — Alon 
Koän-yinn dit en souriant: Liôu-kie 
cheu, puisque c'est toi qui l’as pris 
c'est toi aussi qui vas le conduire. - 
Comment descendrais-je vivant 
enfers? demanda Liôu-kiecheu. — PI 
facilement que tu ne penses, dit Koà 
yinn. — Elle le fit approcher, souffh 
trois fois sur son visage, puis le congéda 
avec son koëi. — Mais enfin, je ne saë 
pas le chemin, se dit Liôu-kiecheu. 一 
À ce moment, le U lui apparut de not 
veau, et lui indiqua l’orifice d'un pui 
étroit et profond. Le koëi s'y jeta aus 
sitôt. Le Liôu le suivit. D'abord il 
éprouva une sensation de froid glacial. 
Plusieurs fois il fut arrêté dans st 
chute, À chaque fois, une bouffée d'air 
chaud venant d’en haut, le remit en 
mouvement. Enfin il entra dans une 
région lumineuse, et toinba sur le toit 
en tuiles d'un palais. 一 Qu'est-ce que 
cet homme qui tombe ainsi sur notre 


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185 


toil? criérent des voix dans l'inté- 
rieur. — Liôu-kiecheu fut prestement 
descendu par des satellites à cuirasse 
d'or, qui prirent aussi le koëi. Tous 
deux furent présentés à un personnage 
vénérable, à longue barbe blanche, et 
vêlu en roi. — Que viens-tu faire ici? 
demanda le vieillard. — J'ai été envoyé 
par Koän-yinn, dit le Liôu, pour vous 
ramener cet évadé. — Voyez si c'est 
vrai, dit le vieillard à ses satellites. — 
Ceux-ci examinèrent le visage du Liôu. 
C'est vrai, dirent-ils; son visage émet 
un reflet rouge. — lis procédérent 
ensuite à l'identification du koëi. L'’a- 
yant reconnu pour un être très malin, 
ils le piquèrent avec une fourche, et le 
jetérent dans un bassin, où des serpents 
et des tortues énormes le dévorérent 
en un instant. — Le Liôu pensa que, 
pour une fois qu'il était descendu aux 
enfers, c'était le moment de s'informer 
de son passé et de son avenir. Il s'a- 
dressa à f’un des satellites. Dans ta 
précédente existence, lui dit celui-ci, 
tu fus enlevé, à l’âge de neuf ans, par 
un brigand qui te vendit huit taëls. 
Tes parents moururent de douleur, et 
toi tu péris de misère. Tu mas pas 
encore expié tous tes démérites. Vers 
la fin de la présente existence, tu de- 
viendras aveugle. — Ces confidences 
intéressantes furent inlerrompues par 
les cris de « Ordre d’en haut de renvoyer 
Liôu-kiecheu dans le monde supé- 
rieur ».. Le personnage royal lui souffla 
trois fois dans le dos. Soulevé par ce 
souffle, le Liou remonta dans le puits 
par lequel il était descendu. En trois 
poussées, il fut rejeté dans le monde 


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des vivants. — Il alla rendre compte 
de sa mission au temple de Koän-yina 
Quel ne ful pas son étonnement dk 
voir, près de la déesse, son doubk 
absolument ressemblant. — 11 est faux 
celui-là, dit le Liôu. — C'est toi qui & 
faux, dit le double. 一 Taisez-vous, 
Koän-yinn. Liôu-kiecheu, ton à 
supérieure que voici, était mauvai 
je te l’ai douc extraite avant ta descen 
aux enfers; je vais t'en donner ù 
meilleure. — Liôu-kiecheu (corps 
àme inférieure) remercia, et salua 
âme. Celle-ci ne lui rendit pas sa 
salut ; je suis la supérieure, dit-elle. « 
Puis, s'adressant à Koän-yinn, ne 
dit: Puisque vous voulez me change 
détachez mes attaches, mais sans 地 
faire de mal. — Sois tranquille, 
Koän-yinn, qui tira de ses cheveux u 
longue broche, l'enfonça dans le fa 
gauche de Liôu-kiecheu, et comme 
à dévider ses entrailles. Au fur et 
mesure que cette opération progres 
le double diminuait. 11 finit par di 
raître. À ce moment Koän-yinn fra 
un grand coup sur la table. — Li 
kiecheu se réveilla en sursaut, da 
son lit, à Sôu-tcheou. Il avait au fa 
gauche une cicatrice rosée. Un 
après, il reçut une lettre du Chan 
qui lui apprit que son ancien voisin 
U, était mort la nuit-même de ce 
C'est Liôu-kiecheu lui-même qui 中 
raconté cette histoire. 


Texte de la fin du dix-huitième siècle. — V 
Introduction X et XI. 一 Aegri somaia. Ces d 
aux enfers, sont évidemment des songes de fébrici 
Associations fantastiques des idées superstitieuses dost 
païens sont farcis. 一 Koan-yinn (voyez TP page 
lui soutira son âme supérieure, au moment où elle 
fa sur sun visage. Elle le fit, de peur que, s’il 


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一 95, 96. 一 187 


descendu aux enfers avec eette Ame coupable, il n'y fùt 
coffré. Restail à rompre les attaches organiques de l'âme 
supérieure, son pédoncule, ce qu'elle fit après son retour 
des enfers. Elle substitua à son ancienne âme supérieure, 
celle de son voisin et ani le [’, qui venait de mourir. 


96 


SORA 


Uu paysan avait porté ses poires au 
marché pour les vendre, Comme elles 
étaient sucrées et parfumées, il en de- 
mandait un bon prix. Un tâo-cheu, au 
bonnet déchiré, à la robe en loques, 
quêtait sur le marché. Il demanda 
l’'aumône au paysan. Celui-ci le rebuffa. 
Comme le tâo-cheu insistait, le paysan. 
se fàcha et lui dit des injures. 一 Le 
täo-cheu dit: Tes poires sont nombreu- 
ses; si tu m'en donnais une, cela ne 
t'appauvrirait guère. — Les assistants 
exhortérent le paysan à sacrifier l'une 
des moins belles parmi ses poires. Il 
refusa mordicus. Alors ils se cotisérent, 
achetèrent une des poires du paysan, 
et la donnèrent au tâo-cheu. 一 Atten- 
dez un instant, leur dit celui-ci; moi 
je ne suis pas avare ; je vais vous faire 
manger de mes poires à moi. — Cela 
dit, il dévora la poire à grandes bou- 
chées, recueillant soigneusement les 
pépins. Puis, détachant un couteau 
qu'il portait sur lui, il creusa un petit 
trou dans le sol battu du marché, y 
sema les pépins, les recouvrit, se fit 
apporter un peu d'eau el les arrosa. 

Aussitôt un germe sortit de terre, gran- 
dit, devint un beau poirier, fleurit, et 
se chargea de poires superbes. Le ta&o- 
chea les cueillit une à une, et les don- 
na aux assistants, qui les mangèrent 


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— 96, 97. — 


jusqu'à la derniére. Alors, d’un coup 
de son couteau, le tâo-cheu trancha la 
tige du poirier, le mit sur son épaule 
et s’en alla. 一 Ce spectacle avait, natu- 
rellement, attiré toute la foule du mar- 
ché. Méme notre paysan avait quitté 
ses poires pour voir. Quand il retourna 
à sa petite voiture, il constata que tou- 
tes ses poires étaient parties, et que le 
timon brisé avait disparu. Il comprit 
alors le tour magique du t4o-cheu. 
Pour se venger d'avoir été rebufé, 
celui-ci avait fait pousser en arbre le 
bois de sa voiture, avait fait monter ses 
poires sur l'arbre, les avait distribuées, 
puis avait emporté le timon. — Furieux, 
le paysan se mit à la poursuite du 
täo-cheu, pour lui demander raison. 
Au détour d'une rue, il retrouva son 
timon, mais ne revit jamais le ma- 
gicien. — Tout le monde rit de lui, 
bien entendu. 

Voyez Introduction XVIII. 


97 


M Soëi-yuan raconte ce qu 
suil (à la fin du 18° siècle). Wäângr 
. koungnan le mari de ma sœur aînée 
habite à Häng-tcheou (Tchée-kiang) 
près du pont Héng-heue-k'iao. Un ma 
tin comme il sortait, il rencontra ul 
tâo-cheu, qui le salua et lui demand 
un poisson. De mauvaise humeur, |! 
Wang lui répondit: Gourmand! (Leul 
qui ont renoncé au monde, ne doiven! 
manger que des grains et des légu: 
mes. — Vous êtes bien ladre, dit 1 
tâo-cheu; je vous en ferai repentir., 


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一 97. 一 189 


Cela dit, il disparut. — La nuit suivan- 
te, le Wäng entendit ses tuiles tomber 
du toit une à une; au matin, sa maison 
était parfaitement découverte. — La 
nuit d’après, tous ses habits s'envolé- 
rent de sa chambre à coucher, et allé- 
rent se jeter dans la fosse d’aisance. 一 
C'en était trop. Le Wang s'adressa au 
bachelier Tchäng-youk'ien, lequel s’oc- 
cupait de nragie. J'ai deux charmes, 
lui dit celui-ci. L'un est bon marché, 
l'autre fort cher. Leur efficacité est en 
rapport avec leur prix. — Le Wang 
acheta le charme le moins cher, qu'il 
afficha dans la salle d'entrée de sa 
maison. La nuit suivante fut tranquille. 


La nuit d'aprés aussi. Mais [a troisième 


puit, vers le matin, le Wang entendit 
le bruit d'un papier qu’on déchire. Son 
charme protecteur avait disparu. — 
Depuis lors ce fut chaque nuit un sab- 
bat épouvantable. Des êtres invisibles 
frappaient aux portes, bouleversaient 
la vaisselle, -etc. Force fut au Wäng 
d'acheter au bachelier Tchäng son 
charme le plus cher. 1 le paya cinq 
cents ligatures. Quand il l'eut affiché à 
la même place que le précédent, le 
calme se fit dans sa maison. — Un jour, 
dans un accès de colère, Waäng-koung- 
nan menaca son fils aîné Heéutseng de 
le fustiger. Le jeune homme s'enfuit. 
Trois jours après, il n'était pas encore 
revenu. Sa mère se désolait. Le Wang 
alla lui-même à la recherche de son 
fils. 11 le joignit, au bord d’un canal, 
au moment où il s’apprétait à s'y jeter. 
L'ayant saisi, il le fit porter à la mai- 
son dans une litière. Le jeune homme 
paraissait avoir perdu la raison. Le 


190 | 一 97, 一 


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poids de son corps avait plus que dou- 
blé. — Quand le jeune homme fat ar- 
rivé devant le charme, une voix sortie 
de sa bouche dit: Voilà qu'on va me 
juger. Il va falloir que je m'en aille! — 
Heutseng se prosterna devant | 
charme. Son pére s'agenouilla à c0 

de lui. Je vois un chôénn assis sur un 
estrade, dit le jeune homme. Son visa 

est couleur d'or, ses chevéux sont rou 
ges. Devant lui sont plusieurs jeun 

gens. S'adressant à l'être qui possédai 
Hebutseng, le juge demanda : Pourquoi 
as-tu voulu noyer ce jeune homm 
avant l'heure marquée pour sa mo 

par le destin?.. Ensuite, s’adressait 
aux jeunes gens, le juge dit: Et vous 
petits pénates de ce quartier, pourquoi 
infidèles au mandat qui vous a éd 
donné par le Pur Auguste, pourqu 
avez-vous laissé un täo-cheu trouble 
la paix par ses maléfices? Vous alla 
tous recevoir la bastonnade. 一 L'éxë 
cution commença aussitôt. Chacun da 
coupables reçut trente coups de roti 
Heéutseng vit leurs fesses bleuir so 
les coups. Quand tout fut fini, le ju 
donna à Heôutseng un grand coup 
son pied botté. Le jeune homme revi 
à lui, inondé de sueur. Désormais 
maison des Wang resta parfaiteme 


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tranquille. 
Voyez Introduction XVII et VII. — L'efficaci 
des charmes est admise par tous. — Ne pouvant p 


rien dans la maison, le fdo-cheu mit aux trousses 
Hebutseng évadé, l'âme d'ua suicidé quelconque, 
quête d'un remplaçant. Le poids doublé prouve la 
session ; deux êtres en un. 


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— 98. — | 194 


98 


À Häng-tcheou (Tchée-kiang) un 
certain Tcheôu-pao habitait une maison 
hantée. Chaque nuit, dans la salle 
d'entrée, apparaissait un homme à 
longue barbe, vêtu d’une robe rouge 
et coiffé d’un chapeau noir. 11 était 
accompagné de deux vilains petits koëi, 
dont le ventre vide était diaphane, au 
point qu'on voyait à travers tous les 
traits des dessins tracés sur les murs. 
Les Tcheôu faisaient des offrandes à 
ce trio, pour le faire rester tranquille, — 
Un jour le fils unique de Tcheôu-pao, 
âgé de 14 ans, tomba malade. La nuit 
il entendit l’homme à la robe rouge, 
qui disait aux deux petits koëi: Voici 
une occasion de refaire vos entrailles. 
Demain le médecin Lôu-haot'ing vien- 
dra voir le malade. Il prescrira une 
décoction. Introduisez-vous dans cette 
drogue. Quand le malade vous aura 
ingurgités, arrachez-lui ses viscères. — 
Le lendemain le médecin Lôu-haot'ing 
vint en effet voir le malade et prescrivit 
une décoclion. L'enfant refusa de la 
boire. Comme ses parents le pressaient, 
il leur raconta ce qu’il avait entendu. 
Alors les parents achetèrent une image 
du génie protecteur Tchoüng-k'oei, et 
la suspendirent dans la chambre du 


_ malade. — La nuit suivante, les koëi 


examiuérent l’image. Celui-là, dirent- 
ils en riant, n’est pas à craindre. Voyez 
donc, il est si myope, qu'il ne reconnait 
pas les koèi. — C'est que le peintre 
farceur avait mis, à côté de Tchoûüng- 
k'oei, un petit koëèi qui lui grattait 


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— 98, 99. — 


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l'oreille, tandis que Tchoüng-k'oei 
fermait voluplueusement les yeux à 
demi. — Un mois plus tard, le malade 
entendit les koëi qui disaient: Rien 4 
faire ici! Le destin de cette famille 
n'est pas qu'elle soit ruinée! Allon: 
ailleurs! — Si nous nous en allon: 
ainsi sans avoir rien fait du tout, of 
n'aura plus peur de nous, et personne 
ne nous fera plus d'offrandes, dit le 
personnage à la robe rouge. Emportons 
au moins Île porc. — Peu de jour: 
après, ‘un des domestiques de la mai- 
. son mourut. Il était de l'aunée du porc. 
Le fils de la maison guérit, et les ap: 
paritions cessérent. 


Tchoung-k'oei, prénom comœun d'un général 类 
Ydo du cinquième siècle, dont le préaom noble était 
RE SR p'i-sic, fléau des méchants. Ce titre lui valat 
d’être fait génie protecteur après sa mort. Son image fait 
fuir les koës et les kodi, disent les païens. — Cycle 
duodénaire de douze auimaux, qui sert de base à la 
chronologie des paysans chinois. 


99 


À Sông-hi (Foù-kien) vivait un let 
tré du nom de Tcheôu-jaohu. La pau: 
vreté l'obligea à aller s'établir, comm 
maître d'école, dans le village de Sie: 
kia-tien. [1 y enseigoa durant plus di 
quarante ans. Grands et petits, tous 
dans le village, avaient passé par se 
mains. Il était estimé de tous. 一 Ut 
soir, aprés le souper, il était assis dan! 
son école et étudiait, quand l'élèv 
Fông entra, le salua, et lui dit: Alle 
s’il vous plaît chez moi, où une gravé 
affaire réclame votre présence. — 1 


— 99. — 


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193 


Supplia instamment, l'air extrêmement 
triste, puis prit congé et se retira. 一 
Tcheôüu-jaohu ne laissa pas que d'être 
assez effrayé, car ce Fông était mort 
peu auparavant. C'était donc son âme 
qui venait de le visiter. Raison de plus 
dy aller, se dit Tcheüu-jaohu. — 
Quand il arriva chez les Fông, le père 
Mônglan prenait l'air devant sa porte. 
IL invita le mattre à entrer. On but et 
on causa. Le Tcheôu ne dit pas ce qui 
l'avait amené. Vers minuit, il fit mine 
de vouloir se retirer. 一 Restez ici pour 
la uit, dit Mônglan; et il le logea 
dans la chambre centrale de l'étage, 
celle où débouchaïit l’escalier. Une des 
Chambres latérales attenantes, était oc- 
cupée par la veuve de feu l'élève Fông. 
Des gémissements étouffés sortaient de 
celte Chambre. Tcheôu-jaohu n’éteignit 
pas sa chandelle et ne se coucha pas. — 
Bientôt il vit une tête de femme paraitre 
au haut de l'escalier. Quand elle eut 
vu le Tcheôu, elle se retira; puis re- 
monta. Son intention était évidemment 
de gagner la chambre de la jeune 
veuve. 一 Tcheôu-jaohu trouva ce ma- 
nege louche. Qui va 1à? cria-t-il. 一 
Maître Tcheôu; répondit la femme 
irrilée, à cette heure vous devriez 


dormir. — Que je dorme ou ne dorme 
pas, que vous importe? fit le Tcheôu 
en colère. — La femme bondit, éche- 


velée, ensanglantée, une corde de pen- 
due à la main, et livra au Tcheôu un 
assaut terrible. Celui-ci fléchissait, 
quand quelqu'un le soutint par.derrié- 


re. Je suis ici, lui dit l’éléve Fông; 


tenez bon! 一 Le maître appela au se- 
cours. Fông-monglan accourut. Alors 


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Tcheôu-jaohu lui raconta tout ce qui lui 
était arrivé durant cette nuit. Les deux 
hommes entrèrent dans la chambre de 
la jeune veuve, qu'ils trouvérent pen- 
due, mais vivant encore. Ils la dépen- 
dirent et la rappelèrent à la vie. Elle 
avoua qu'elle s'était pendue, pour unt 
réprimande que son beau-père lui avai 
faite. — L'âme d’une suicidée, en quête 
d'une remplaçante, la guettait. Si ellé 
avait pu joindre la jeune veuve, c'étail 
fait d'elle. L'âme de son feu mari ayanl 
eu connaissance du danger qu'elle 
courait, avait provoqué l'intervention 
de son ancien maître, qui la sauva. 


Voyez Introduction VIT. 一 Notez que les morts on 
connaissance de ce qui se passe chez les vivants. 


100 


A Hâng-tcheou (Tchée-kiang}), au 
moment des examens, l'aventure sui: 
vante arriva à l’un des bacheliers char 
gés du patronage des candidats. Cel 
homme s'appelait Tch'êéng. Un matini 
se leva, s’habilla, sortit, fit un tour 
puis rentra, s'enferma dans sa chambre 
parla longuement avec une personn: 
invisible, puis sortit de nouveau et nt 
revint plus. On commençait à être trè 
inquiet sur son compte, quand un ton 
nelier ambulant le ramena à son logis 
Ses habits étaient trempés d'eau, 
tête était couverte de boue. Il regardait 
tout hagard, et ne parlait pas. On lu 
ingurgita de la tisane de gingembre 
On le barbouilla avec du cinabre. Enft 
il reprit ses sens, et raconta ce qu 


一 100. 一 


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suit. — Ce matin, élant sorti pour me 
promener, je rencontrai un homme velu 
de noir, qui me salua et me dit, ren- 
trons chez vous pour y prendre le né- 
cessaire, puis je vous conduirai chez 
les ondins et les ondines. — Je rentrai 
avec lui, fis mon paquet, pris la clef de 
mes meubles, et le suivis. Il me con- 
duisit, par la porte Kinn-menn, au 
bord du lac Si-hou. Je vis au loin, sur 
les eaux, des palais azurés, et de belles 
filles qui chantaient et dansaient. — 
Te réjouir avec elles, me dit l'homme 
noir, ne sera-ce pas plus gai, que de 
patronner des candidats au baccalau- 


réat? — Assurément, répondis-je. — 
Alors jette-toi à l’eau, me dit l’homme 
noir. 一 Comme j'allais le faire, une 


voix me cria: Prends garde! C’est un 
méchant démon qui te tente ! Nen fais 
rien ! N’en fais rien! Je regardai qui 
me parlait de la sorte, et reconnus un 
vicillard, feu mon pére. L'homme noir 
se jeta sur lui, le frappa et le chassa. 
Je ne sais pas trop ce qui arriva ensuite. 


dJ’eus froid, puis sentis comme un souf- 


fle tiède, et ne vis plus l’homme noir. — 
Alors le tonnelier raconta ce qui suit : 
Ce matin, comme j'allais chez les Yang 
de la porte Kinn-menn, qui m'avaient 
demandé pour quelque ouvrage à faire, 


‘ je passai au bord du lac Si-hou. Je vis 


un parasol gisant sur la berge. Comme 
je me baissais pour le ramasser, j’en- 
tendis un clapolis dans l’eau, et consta- 
tai qu’un homme plongeait, la tête en 
bas, s’efforçcant d'aller au fond. J'eus 
beaucoup de mal à le retirer. C'élait 
votre Monsieur. Je le ramenai ici. — 
Inutile de dire que la famille remercia 


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— 100, 101. — 


et récompensa le tonnelier. Puis la 
femme du bachelier dit en soupirant: 
Les vivants et les morts étant de même 
race, pourquoi les morts s’efforcent-ils 
sans cesse de faire mourir les vivants, 
alors que les vivants laissent les morts 
tranquilles et ne s'occupent pas de les 
faire revivre? — La voix railleuse d'un 
être invisible lui répondit : N'est-il pas 
dit, dans les Classiques, que le bou 
s’effurce de bonifier les autres, et que 
le savant s'efforce de rendre les autres 
savants comme lui? Ainsi nous, les 
noyés, nous nous efforçons de noyer 
les autres; nous, les pendus, nous ta- 
chons d’étrangler les autres. — Un 
grand éclat de rire souligna ce sarcas- 
me, puis je silence se fit. 


Le surmenage fait éclater les folies latentes. Les 
grands concours de l’ancien système, licence et doctorat, 
ne se passaient guère sans cas de folie ou de suicide. 一 
Cinabre, médicament de l'âme, voyez numéro 5, en 
note. — Notez que les morts ont connaissance de ce qui 
arrive aux vivants qui leur sont chers. 


101. 


En l'an 1767, à Tchénn-kiang 
(Kiäng-sou), on refit le temple du 
génie de la ville. Trois notables nom- 
més Y6en Käo et Là, furent chargés dé 
recueillir les souscriptions et les dons, 
et de tenir les comptes. Un matin 
quoiqu'il plût, une dame vinten litièré 
à leur bureau. Tirant de sa manche ur 
paquet de menu argent, elle le renil 
au Yen en disant: Voici pour la restau 
ration du temple; veuillez inscrire cin: 
quante taëls. — À quel nom, Madame! 


. demanda le Yên. — Oh! dit Ja dame, 


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pourquoi publierais-je cette bonne ou。 
vre si petite? Inscrivez, cinquante taëls, 
avonyme; cela suffira. 一 Cela dit, elle 
prit congé. — Cet argent, dit le Là, 
personne n’en a connaissance. Il est 
bon à prendre. Nous allons le partager 
à trois, et l’'empocher. — Fort bien, dit 
le Käo. — Non pas! dit le Yên; ce 
serait inique. — Voyant que les deux 
autres étaient bien résolus, le Yên 
sortit. Le LU et le Käo se partagèrent 
la somme, l’empochèrent, et n’inscrivi- 
rent rien. Le temple fut restauré, et le 
Yên seul garda mémoire de ce fait. 一 
Huit ans plus tard, le Käo mourut. 
Peu après, le Lù mourut de même. 
Deux ans plus tard, au printemps, le 
Yên tomba malade. Deux satellites lui 
apparurent et exhibérent leur mandat 
d'amener. C'est une dame, dirent-ils, 
qui t'a accusé au tribunal du génie de 
la ville. — De quel méfait? demanda 


Je Yén. — Nous n’en savons rien, ré- 


pondirent les satellites. En route! — 
Quand le Yen arriva au temple du 
génie de la ville, il lui trouva un tout 
autre aspect qu’à l’ordinaire. Ce n'était 
plus une espèce de petite foire, mais 
un tribunal, avec ses bandes de scribes 
et de satellites. — A la seconde porte, 
un coupable chargé d’une cangue l'in- 
terpella «frère Yên, est-ce bien vous 
que je vois? ».. — C'était le Käo. Voilà 
quatre ans, dit-il en pleurant, que 
j'endure ce supplice, à cause de l'argent 
du temple. — Comment l’a-t-on su? 
demanda le Yén; est-ce la dame qui 
a porté plainte? — Non pas, dit le 
Käo. Mais, quand elle fut morte, elle 
fut, comme tous les morts, d’abord 


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présentée au génie de la ville. Toi, lui 
dit celui-ci en riant, tu as fait de nom- 
breuses aumônes dans ta vie. Comment 
se fait-il que, quand on restaurait mon 
temple, tu ne m'as pas jugé digne mé- 
me d’une sapèque? — La dame répon- 
dit: Le vingt de la sixième lune, j'ai 
donné cinquante taëls. Je les ai remis 
à un certain Yén. J'ai demandé qu’on 
n'écrivit pas mon nom, ce que j ai don- 
né étant si peu de chose. Comment se 
peut-il que vous ignoriez cela? 一 Le 
génie de la ville mit aussitôt ses limiers 
sur la piste. Le Lu et moi fûmes pris. 
L'affaire vient aujourd'hui. Tu as été 
cité, pour être confronté avec nous. — 
Où est le Lù ? demanda le Yên. — En 
enfer, pour d’autres crimes, dit le Käo; 
on va l’amener, pour le jugement. — 
Un instant après on cria «le juge monte 
à son tribunal». Les satellites rangè- 
rent les causes et les parties. La dame 
fut introduite avec beaucoup d’hon- 
neurs. Le Lu parut aussi, chargé d'une 
lourde cangue. — Le juge demanda 
au Yèn: Est-il vrai que cette dame t'a 
remis tant d'argent? — Le Yèn raconta 
l’exacte vérité, de sorte que son récit 
se trouva concorder de point en point 
avec celui de la dame. — Je suis partie, 
dans cette cause, dit le génie de la ville 
à ses assesseurs ; je ne puis donc pas 
la juger; qu’on porte immédiatement 
le dossier au génie du T'äi-chan; que 
les parties se retirent en attendant. — 
Un koëi partit aussitôt, en toute hâte; 
les parties se retirérent; le génie fit 
appeler la cause d’une barque de sel 
brûlée en 1770, affaire dans laquelle 
plusieurs personnes avaient perdu la 


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— 101, 102. — 199 


vie. Ayant toutes terminé leur expia-. 
tion, elle devaient être réincarnées. — 
Quand cette cause fut terminée, le 
messager étant revenu, on rappela le 
Yen et les autres, et lecture fut donnée 
de la sentence du génie du T'äi-chan, 
ainsi conçue: Le Käo n'étant coupable 
que d’avoir volé de l'argent destiné à 
une bonne œuvre, sera mis à la cangue 
durant le temps convenable, puis réin- 
carné. Le Là, voleur, et coupable de 
crimes nombreux, sera mis à la cangue 
après avoir terminé son expiation in- 
fernale; de plus, ordre est donné au 
génie du feu, de détruire son cercueil 
et son cadavre. Que le Yên, qui est in- 
nocent, et qui a encore plusieurs an- 
nées à vivre sur la terre, soit renvoyé 
chez lui. — A la fin de cette lecture, le 
Yen se réveilla dans son lit, baigné de 
sueur. Sa famille le pleurait comme mort, 
et avait déjà revêtu le deuil. 1} avait 
passé trois jours entiers dans un état 
cataleptique. — Il raconta son his- 
toire. — Personne n'y voulut d’abord 
croire. — Mais quand, une nuit de la 
huitième lune, le feu ayant pris chez 
les Lüû, le cercueil du notable défunt 
eut été consumé, les incrédules se 
convertirent. 


Destruction du cadavre par le feu, voyez numéro 14, 
en note. 一 Le coupable est exposé, portant la cangue, 
à l'endroit où il a péché. C’est la réparation du .scandale 
donné. De là vient que le Lt, après son expiation infer- 
nale, est encore mis à la cangue à Tchénn-kiang. 


102 


En 1755, à Pékin, quantité d'enfants 
moururent de convulsions, durant la 
première année de leur vie. Durant 


— 102. — 


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leurs crises, on voyait un volatile 
semblable à un hibou, voler en rond 
dans la chambre, autour de la lampe. 
Plus son vol s’abaissait et s'accélérait, 
. plus l’état de l'enfant empirait. Quand 
le petit avait expiré, le sinistre 
oiseau disparaissait, — Un nouveat 
cas de convulsions s'étant produit, ut 
certain Neüe, excellent archer, pri 
son arc et son carquois, et alla voir. 
Le volatile mystérieux ayant paru, il lui 
décocha une flèche, qui l’atteignit 
L'oiseau poussa un cri de douleur, el 
s'enfuit à tire d’aile. On suivit la trace 
de son sang. Elle aboutissait à la cuisi 
ne de la maison du maréchal Li. A côté 
de la cuisine, dans une chambrette, 
gisait une vieille aux yeux verts. Elle 
avait les reins traversés par une flèche. 
Le sang ruisselait de sa blessure. 一 
C'était une femme du pays des Miäo- 
tzeu, que le maréchal Li avait jadis 
 ramenée caplive de la province dt 
Yünn-nan, où il avait fait campagne. 
Depuis longtemps on la sou pçonnail 
d’être sorcière. On la tortura, pour là 
faire parler. 一 Elle avoua qu'elle savail 
une formule, qui lui permettait de se 
transformer à volonté en un oiseau de 
proie. Elle sortait sous cette forme: 
vers minuit, pour sucer la cervellé des 
petits enfants. Elle en avait fait mourit 
.de la sorte plus de cent, dit-elle. 一 
Furieux, le maréchal Li la fit lier, en 
tourer de fagots, et brüler vive. Après 
cetle exécution, aucun enfant ne mou- 
rut plus d'éclampsié. 


Voyez Introduction XVIII. — Les Mido-tzeu, aho- 
rigènes fétichistes, dans le Koang-si Koëi-tcheou 
Yünn-nan, ont, parmi les Chinois, la réputation d'être. 
des sorciers redoutables. 


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Au moment des plus grandes cha- 
leurs, à Oü-yuan-hien (Nän-hoei), un 
cerlain Tông, jeune homme d'une 
vingtaine d'années, dormait après le 
repas de midi. Soudain il se vit entouré 
d'une bande de satellites infernaux, 
qui disaient: Celui-ci a la bouche 
pointue; il fera baffaire... lls lui remi- 
rent une pelite hachelle qu'il glissa 
dans sa manche, et le menèrent à un 
palais. Un personnage vénérable, vêtu 
comme un roi, siégeait. Quand son 
tour fut venu, le jeune homme lui fut 
présenté. Le vieillard dit: Ayant fait 
une longue tournée dans l'humidité 
des nuages, les deux génies de la foudre 
ont gagné le rhume. Or il y a ordre de 
foudroyer au plus tôt une jeune femme 
de Läo-p'ing-hien (Kiäng-si) qui mal- 
traite sa belle-mère. Mes agents disent 
que tu pourras faire l'affaire. Tu as la 
hachelte. Voici ton mandat. Va! — Le 
Tông se proslerna, puis sortit. Aussitôt 
un nuage se forma sous ses pieds, et 
l'enleva dans les airs. Le tonnerre gron- 
dait et les éclairs jaillissaient tout 
autour de lui. — Il arriva bientôt à la 
limite du Lâo-p'ing-hien. Là le génie 
du lieu le reçut, puis le conduisit. 
Bientôt, du haut de son nuage, le Tong 


Vil un grand rassemblement. Une jeune 


bru injuriait sa belle-mère à grands 
cris. — C'est celle-là, dit le génie. 一 
Le Tong lança sa hachette. Un coup de 
tonnerre épouvantable retentit. Toute 
la foule terrifiée tomba à genoux. La 
jeune femme gisait morte. — Le Tôüng 


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juge cherchait dans le grand livre, le 
* Tong, né malin, y avait aussi jeté un 


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revint, et rendit compte de sa mission. 
Edifié de son habileté, le juge infernal 
voulut se l’attacher. Ma mére est vieil- 
le, objecla le Tèng; je lui dois mes 
services. — Encore plus édifié, le juge 
dit: Je te dois une récompense. Qu'es- 
tu? — Je suis étudiant, dit le Tong. - 
Apportez le grand livre, commanda le 
juge. — Après avoir cherché la section 
Oû-yuan-hien : Présente-toi à la session 
prochaine, et n'aie pas peur, dit le 
juge, car tu seras certainement recu. 
Puis il 1e congédia. — Le Tong se ré- 
veilla sur sa couché. Il raconta son 
rêve. — On prit des informations à 
Läo-p'ing-hien. Une bru impie avait en 
effet été foudroyée, au jour, à l’heure, 
et dans toutes les circonstances narrées 
par le Tong. — De plus, tandis que le 


regard à la dérobée. Il avait vu que, à 
Ja promotion suivante, où lui-même 
serait reçu, Tch'éng-tsounnsien serait 
premier, et Wâäng-p'eik'oei second. Il 
l'annonça. Tout se vérifia. 

Génie de la foudre, figuré avec un bec d'oiseau; 
voyez Introduction IV. — Deux génies de la foudre, ke 
titulaire et le suppléant, figurent dans la cour du Pur 
Auguste, à l'aile gauche; voyez TP page 497. — Quand 
le hourreau fait défaut, les mandarins chinois réquisi- 
tionnent un boucher ou un soldat, 一 Le génie du lie 


préside à l'exécution, comme le mandarin du lieu et 
tenu de le faire. Voyez Introduelion HI. 


104 


A Où-si (Kiäng-sou) vivait une 
famille Hoa très bien famée. Elle habi- 
tail non loin du temple de Confucius. 


一 103. 一 203 


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Devant ce temple, sur le canal, il y 
avait un pont monumental, où la circu- 
lation était toujours très animée. C'est 
là que le fils de la famille Hoë, un 
grand étudiant, allait le soir, pour 
prendre l'air et regarder les passants. 
Il allait de là au casino des Lettrés. 一 
Un soir, comme il faisait cette course 
accoutumée, il remarqua sur le parvis 
du temple, à la porte d'une maisonnet- 
te, une fille qui lui plut. Il s’approcha, 
et lui demanda du feu. Elle rit, et lui 
en apporta. 1! allait entamer une con- 
versation, quand elle ferma la porte. — 
Le lendemain il repassa. Elle était sur 
le pas de sa porte. Je ne puis pas vous 
recevoir chez moi, lui dit-elle; mais 
j'irai chez vous; demain soir, si vous 


. voulez; attendez-moi à la porte. 一 


Très content, le jeune homme rentra 
chez lui, et dit à sa femme: Par la 


“Chaleur qu'il fait, je me trouve trop 


mal dans notre chambre. Je passerai 
quelques nuits seul dans la chambrette 
inoccupée prés de la porterie. 一 L'é- 
pouse ne soupçonna rien. La fille vint. 
L'étudiant l'introduisit dans sa cham- 
brette. Elle revint ensuite) tous les 
soirs. 一 Cependant l'étudiant dépéris- 
sait à vue d'œil. Ses parents conçurent 
de grandes inquiétudes. Etait-il mala- 
de? Que faisait-il seul laxnuit ?2 — Ils 
l'épièrent, et constatérent qu'il n’était 
pas seuf. Ils le sommérent d'ouvrir la 
porte. Quand ils furent entrés, person- 
ne! 一 Jls questionnèrent le jeune 
homme, qui leur raconta franchement 
son histoire. Les parents firent une 
enquête sur le parvis et aux alentours. 
Ils ne trouvèrent pas trace de là file. 


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À chaque coup de marteau, des filets d 


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L'étudiant ne retrouva pas nen plus ss 
maisonnette. Nul doute, c'était unt 
sorcière. — Cependant la fille revint |4 
nuil, impérieuse. Le malheureux jeunt 
homme n'osa pas la repousser. — A 
désespoir, ses parents achetérent, au 
bonzes et aux tâo-cheu, leurs charme 
les plus chers. Rien ny fit. — Enfin 
père broya du cinabre, remit la poudr 
à son fils, et lui dit: 1] nous faut fini 
par savoir qui elle est. Quand ell 
dormira, marque-la. — Le fils obéit 
et répandit la poudre écarlate dans là 
cheveux de la sorcière, à son insu. - 
Le lendemain, le père et la mére ét “ 
leurs gens, cherchérent sur le parvis 

aux environs. Peine perdue! Ils allaien 
y renoncer, quand ils entendirent, ge 
une Cour voisine, une mère qui gronda 
son enfant en cestermes: Vilaiu gamin 
Comment, je tai mis un pantalon fi 
chement lavé, et le voilà tout taché d'è 
carlate! — Le père Hoa dressa Dore 
Il frappa à la porte de cette maison, 

demanda à examiner l'enfant. Le paoti 
lon était maculé de cinabre. — J'ai che 
vauché, dit l'enfant, sur le cou del 
tortue, qui porte la grande stèle, sur 

parvis du temple. — On alla voir. La 四 
de la tortue était barbouillée de cinabn 
Le méi était trouvé. — Le père Ho avis 
aussitôt le directeur des Lettrés, lequé 
ordonna de mettre la tortue en pièce 


sang coulèrent. Le ventre de Ja tortu 
se trouva plein d'œufs, qu'on jeta dy 
le lac T'âi-hou. — Depuis lors les visite 
nocturnes cessèrent complètement. 


Voyez Introduction XIX et XII. — Les œufs, sigs 
de fécondation. 


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— 105. — 205 


1035 


À Häng-tcheou (Tchée-kiang), dans 
un graud hôtel de la rue Häi-eull- 
hiang, vivait un certain Wän, gros 
richard. Un jour la foudre tomba, dans 
sa maison, sur l'appartement d'une 
femme en couches. Souillé, le génie ne 
put pas remonter au ciel. Il se percha 
sur la cime d'un grand arbre, au milieu 
de la cour. Il avait un bec pointu, des 
griffes d'oiseau, et tenait un carreau. 一 
J'offre dix taëls, pour le carreau, dit le 
Wan. — Aucun de ses domestiques 
n’osa tenter l'aventure. Un couvreur de 
toits l’apprit et se risqua. Il plaça con- 
tre l'arbre une longue échelle, de ma- 
nière à ne projeter aucune ombre sur 
le génie. Puis il escalada doucement 
l'échelle. Le génie dormait. 中 lui sou- 
tira délicatement son carreau. — On 
examina l'objet. II n’était, ni en fer, ni 
en pierre. Îl pesait cinq onces, et avait 
sept pouces de longueur. Sa pointe 


. était très acérée, et perçait la pierre 


sans effort. — L'objet tel quel ne pou- 
vant servir à rien, le Wan pria un for- 
geron de lui en faire un couteau. Dès 


que le forgeron le chauffa, le carreau 


se dissipa en fumée. L'adage que le feu 
terrestre vainc le feu céleste, se trouva 
vérifié. 

Voyez Introduction IV. — Je pense que celte histoi- ‘ 
re, tirée d’un recueil du dix-huitième siècle, n’est pas 
chinoise d'origine. Elle doit ètre d'extraction mahomé- 
tane. Les Chinois n’ont jamais admis, que je sache, de 
souillures légales, à la manière des Juifs et des Mahomé- 
tans. Lenr génie de la foudre lance son trait de haut, et 
ne se jelte pas à terre. Ils ne rient jamais de cet exécu- 
teur céleste, vénéré parce que redouté. 


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_— 106, 107. 一 


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106 


Hors la porte sud de la ville de Kiü- 
joung (Kiäng-sou), se trouve le cimetière 
dit des neuf maris, dont voici la légen: 
de. — Une fille fort belle, restant dans 
sa famille, épousa un mari, dont ellt 
eut un fils. Ce premier mari étant mort, 
ses parents lui en donnèrent un second, 
dont elle eut aussi un fils. Et ainsi dé 
suite, neuf maris et neuf fils. Eofin id 
femme mourut à son tour. On l’enterri 
au centre, et ses neuf maris successifs, 
tout autour, en rond. — Depuis lors, 
toutes les nuits, ce fut, dans ce cime- 
tière, un vacarme abominable. Les neul 
koëi se disputaient la femme. — Les 
voisins ennuyés avertirent le mandaria, 
C'était un certain Tchäo-t'ientsiao, qui 
n'avait pas froid aux yeux. Il se trans- 
porta au cimetière en question, dans 
le plus grand appareil. Aprés avoit 
objurgué ces perturbateurs du repos 
public, il fit administrer trente coups 
du grand bambou à chacune des neul 
tombes. — De ce jour le calme le plus 
parfait régua. 


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Voyez Introduction XII. 一 Quand une fille se marie 
restant dans sa famille, le mari renonce à son non 
pour prendre celui de sa femme. ‘ 


4107 


A T'oùng-tch'eng (Nän-hoei), un 
certain Ts'ièn domicilié hors la porte 
Î-fong, revenait chez lui d'une excur- 
sion, la nuit étant déjà très avancée. 


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On avait voulu le retenir jusqu'au len- 
demain, sous prétexte de mauvaise 
rencontre possible. Mais lui, étant 
pompette, avait pris une lanterne, et 
s'était mis hardiment en chemin. — 
Vers Sào-kia-wan il lui fallut traverser 


. une plaine semée de tombeaux. Sou- 


dain il vit un revenant sortir d'un tail- 


* lis, et s'avancer vers lui en bondissant. 


Il avait les chèveux épars, les pieds : 
nus, le visage blanc comme plâtre. Le 
cheval effrayé refusa d'avancer. La 
lumière de la lanterne se réduisit à 
une phosphorescence verdâtre. — Etant 
pris de vin, au lieu d'avoir peur, le 
Ts'iên se mit en colère. Il appliqua 
sur la joue du revenant un soufflet tel, 
qu'il lui tourna la tête de 180 degrés. 
Celui-ci se retira d’abord, puis voulut 
revenir à la rescousse, mais n’arriva 
pas à joindre le Ts'iên. Car, ayant 
maintenant la figure tournée du côté 
du dos, chaque fois qu'il croyait char- 
ger en avant, ses jambes le portaient 
en arrière. Enfin, de guerre lasse, il 


 rentra dans le taillis et se dissipa. 一 


Le lendemain, quand le Ts'i6n examina 
la main avec laquelle il avait donné le 
soufflet, il constala qu’elle était noire 
comme de l'encre. Elle resta noire 
durant près de quatre années. — Le 
Ts'iêén ayant demandé aux gens du pays 
ce qu'ils pensaient de son revenant: Ça, 
dirent-ils, c'était ua apprenti vampire, 
qui ne sait pas encore son mélier. 
Voyez Introduction IX. 


108 


Un bachelier de Hang-tcheou élait 


208 


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— 108. — 


.-hien (Tchée-kiang), quand arriva l'or 


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au service du mandarin de Où-k'angl 


dre de se saisir d'un pirale fameux, 
qui désolait le pays. Le pirate s’ap: 
pelait Chènn-u-fong. Le bachelier s'ap 
pelait Chènn-fong-u. — Pour rire, ul 
collègue du bachelier, nommé Yui 
relournant les deux lettres de son pr 
nom, lui écrivit un billet ainsi conçu 


est venu de te prendre. —  Chèmn 
fong-u trouva la plaisanterie mauvai 
11 brûla le billet. 

Or, brûler un écrit, c'est l'expélier aux enfe 
Voyez page 101 note, page 402 texte, etc. 

La nuit suivante, le bachelier 
saisi dans son lit par des satellites in 
fernaux, qui le trainèrent lié au temp 
du génie de la ville. Celui-ci était déj 
assis à son tribunal. Dès qu’il vit 
caplif, il cria: Brigand! Assassin! 上 
le tiens! Qu'on le torture! 一 Je nt 
suis pas un brigand, cria Chènn-fong: 
u; je suis un honnête bachelier, origi 
naire de Hâng-tcheou. — Comment 
cria le génie, ordre est venu de te saisi 
au plus tôt, pirate, et tu veux m'en fai 
accroire en te donnant des titres?! - 
Je ne suis pas Chènn-u-fong, cria 
bachelier ; je m'appelle Chènn-fong-u. 
Ce drôle se moque de moi, hurlz à 
génie. Qu'on lui donne la bastonnad 
avec le grand bambou! 一 Le bacheli 
poussa des cris lamentables, en prot 
tant énergiquement. Les sbires qui l 
vaient saisi, lui dirent à l'oreille: N 
proteste pas! C'est peine perdue. 
génie a bu avec sa femme. Il n’est pa 
dans son assiette. Patiente, de peu 
qu'il ne t'arrive pis. Tu en appelleri 


—» 


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— 108. — 


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209 


ensuite. — Le bachelier avait de fait 
remarqué la face rubiconde et les yeux 
hagards du génie. Il se tut donc, et 
reçut la bastonnade. Puis le ‘génie 
ordonna de le conduire en prison. — 
En y allant, le bachelier passa devant 
le temple de Koän-ti. De la rue, il en 
appela, à grands cris. Koän-ti le fit 
aussitôt introduire, et l’interrogea en 
personne. Puis il écrivit, au vermillon 
sur papier jaune, le verdict suivant: 
«Le génie qui a siégé, étant ivre, et 
qui a fait batire un innocent, sera dé- 
gradé. Le Yuân s'étant joué de fa vie 
d'un homme, sa vie à lui sera abrégée. 
Le sous-préfet de Où-k'ang tenant mal 
ses employés, sera mis à l'amende de 
trois mois de son traitement. Le bache- 
lier Chènn-fong-u ayant reçu une bas- 
tonnade infernale, l'équilibre de ses 
viscères est tellement troublé qu'il n’y 
survivra pas. Qu'il soit réincarné au 
CGhän-si, dans la riche famille X, et 
promu docteur à vingt ans, comme 
compensation de la perte injuste de sa 
présente existence.» 一 Aussitôt une 
bande de koëi se prosternèrent, puis 
sortirent, pour aller exécuter ces divers 
arrêts. 一 Chènn-fong-u se réveilla 
dans son lit, souffrant horriblement. 也 
raconta son histoire, et mourut trois 
jours après. Bientôt après, le Yuäân 
mourut presque subitement, d’un cra- 
chement de sang. Dans le temple du 
génie de Où-k’ang, la statue s’écroula, 


sans qu'on put découvrir la cause .ma- 


térielle de sa chute. Enfin le gouverne- 
ment mit le sous-préfet de Où-k'ang à 
l'amende de trois mois de ses honorai- 
res, pour une faute commise dans 


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— 108, 109. — 


l'administration. 


. Voyez Introduction III et I, 一 Voyez aussi numéro 
90 note. 


109 


A Hang-tcheou (Tchée-kiang) ui 
certain Yuân-koanlan était si paur 
qu'à quarante ans il n'avait pas enco 
pu prendre femme. Son voisin av 
une fille. Le Yuan s’éprit d’elle. Lafil 
le paya de retour. Le Yuan la deman 
en mariage. Le père refusa. La fille 
mourut de douleur. — Cette nuit, 
faisait un beau clair de lune. Navré, 
ne pouvant dire sa douleur à personnd 
le Yuân buvait, pour se consoler. So 
dain, au détour de la ruelle, il vitu 
satellite échevelé, qui traînait un 
personne attachée à une corde. Se dot 
tant que c’était le satellite inferni 
chargé d'appréhender l'âme de la fille 
il lui dit: Buvez un coup, en passant. - 
Le satellile fit un signe d'assentiment.- 
Le Yuan lui versa une coupe pleine 
Le satellile ne but pas. — Le vin sera 
il trop froid? dit le Yuân; et il N 
versa une coupe de vin chaud. — LU 
satellite ne la but pas, mais la ay 
avec délices. Son visage rougit geu 
peu. Enfin il tomba ivre-mort. 一 上 
Yuän regarda alors qui était le prise 
nier. C'était l'âme de la fille. Vite 
fourra le satellite dans une jarre, | 
couvrit, et écrivit les huit diagramm 
sur le couvercle. Puis il délia la filk 
l'introduisit chez lui, et l’'épousa. El 
resta avec lui, invisible le jour, visibl 
la nuit — Un jour elle dit au Yuä 


110 


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Je vais pouvoir me procurer un beau 
corps. Du même coup vous gagnerez 
une bonne somme d'argent, qui servira 
à monter notre ménage. Dans tel vil- 
lage, demain, une belle fille mourra. 
J'entrerai dans son cadavre. 一 Le len- 
demain, le Yuân passa, comme par 
hasard, par le village indiqué. Une 
jeune fille était morte. On la mettait 
en bière, — Si vous me la donnez pour 
épouse, dit le Yuan aux parents désolés, 
je la rappellerai à la vie. — Les parents 
acceplèrent aussilôt. — Le Yuân se 
pencha sur le cadavre, et fit semblant 
de lui parler à l'oreille. Soudain le 
cadavre se ranima, — C’est un ch6nn, 
dirent les villageois. — Les parents 
donnèrent la ressuscitée au Yuân, avec 
une bonne dot. Madame Yuân ne recon- 
naissait personne de la famille dans 
laquelle elle avait repris corps ; évidem- 
ment, cette famille lui étant inconnue 
auparavant. Mais elle savait toutes les 
affaires de la famille où elle était née 
précédemment. Comme corps, son âme 
avait gagné au change. 

Voyez Introduction IX. — Le satellite, prêta sans 
bouche el sans gosier, ne pouvant ni parler ni avaler, 
mais siffler et humer seulement; voyez TP page 363. — 
Les 八卦 pa-koa, huit diagrammes, TP page 817, 
sceau transcendant inviolable. 一 Tous les koëi sont 
invisibles à la lumière solaire, à un éclairage artificiel 


intense. 一 La connaissance et Ia mémoire, tiennent à 
l'âme, non au corps. 


110. 


Durant l'automne de l'an 1773, 
Tchäng-mingfou rencontra à P'i-ling 
(Kiäng-yinn du Kiäng-sou) un vicux 


Extériorisation de l’'Immortel. 


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一 110, 111. 一 213 


ja 


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tâo-cheu, qui avait conservé toute la 
fraîcheur de la jeunesse et portait une 
chevelure opulente. Mais sur sa tête, 
l'emplacement de la grande fontanelle, 
un pouce carré environ, était complé- 
tement dénudé. — Pourquoi cela? de- 
manda le-Tchäng. 一 N'as-tu jamais 
remarqué, lui répondit le tâo-cheu, 
que l'herbe pousse bien à côté des 
chemins, mais que, sur le chemin lui- 
même, il n’en pousse pas ua brio, à 
cause du va-et-vient des passants? 
Ainsi en est-il de mon crâne. Mon âme 
sort et rentre continuellement -par la 
foutanelle. Ce va-et-vient en a dénudé 
les environs. — Ce même tâo-cheu 
ayant un soir demandé l'hospitalité 
dans une bonzerie, les bonzes lui offri- 
rent de coucher à l’intérieur. Il refusa, 
et passa la nuit dans la cour. Le len- 
demain, au moment où le soleil appa- 
raissait à l'horizon, quelqu'un vit le 
tâo-cheu, qui, perché sur le mur de 
clôture, aspirait à grands traits les 
rayons de l'astre. Au-dessus de son 
crâne, un charmant enfant, dodu et 
potelé, s'ébattait dans les rayons lumi- 
peux, qu'il aspirait et avalait. 


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Se nourrir d'air pur et des rayons du soleil, c'est le 
degré le plus sublime de la diététique taoïste, visant à 
l’éthérisation de l’homme, à l’endogenèse de l’enfançon 
immortel. Voyez TP pages 481 à 485. 


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111 


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À Pékin, vers la fin du 18° siècle, 
la société théâtrale Pào-houo-pan était 
la plus réputée. Un jour un exprès à 
cheval arriva au bureau de la société, 


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* foule de monde. — Quand ils furen 


été interrogés, 


et dit: On vous demande à l'instant, 
pour chanter la comédie, dans un hôtel 
hors la porte Häâi-tai-menn. — Les 
comédiens étant inoccupés ce jour-là 
firent atteler, et se rendirent aussitôl 
au lieu indiqué. La nuit tombait. Dan: 
un lieu désert, ils virent une grandi 
maison brillamment éclairée, et un 


arrivés, une duëgne vint à eux et leul 
dit: Mademoiselle ordonne qu’on n 
chante que des amourettes, et surtou! 
qu'aucun chénn ne paraisse sur | 
scène; pas trop de bruit non plus, 机 
vous plait. — Le régisseur organis 
son programme d’après ces données 
Les comédiens chantérent depuis minui 
jusqu’à l’aube, sans qu'on leur permi 
de respirer, sans qu’on leur donnât n 
vin ni gâteaux. — Leur auditoire leu 
parut extraordinaire. Et les dames as 
sises derrière la claire-voie tradition 
nelle, et les messieurs assis devant | 
scène, personne ne parlait à voix rs 
tous chuchotaient sans qu'on comp 

ce qu'ils disaient. — Les comédi 
d’abord étonnés, finirent par se fàc 
Violant la défense faite, soudai 
Koän-ti entra en scène, brandissa 
son épée, et salué par un rouleme 
formidable des tambours et des cyr.b 
les. — A l'instant, obscurité et solitu 
complètes. Les comédiens se trom 
rent dans une brousse,devant 1 

tombe. — Ils pliérent au plus vite leut 
effets et bagages, et rentrérent en will 
au jour. Les gens du voisinage ayal 
dirent que la tomb 
était celle d'une demoiselle de la grat 
de famille Môu. . 


— 111, 112. 一 218 


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Voyez Introduction XIL — Comparez numéro 
19. — Reveuants et renards ont de Koän-ti une sainte 
peur. 


112 


À Où-kiang (Kiäng-sou), une famil- 
le Kiäng avait un fils et une fille. Le 
fils épousa une demoiselle Liôu. C'était 
une bonne petite, indolente et malha- 
bile. L'esclave Hiäng-houng et la fille 
Kiäng s’entendirent pour la persécuter 
systématiquement. La belle-mére-s'ap- 
propria aussi peu à peu les jolies nip- 
pes de sa dot. Avant un an révolu, la 
petite bru tomba malade de chagrin. 
Sous prétexte de préserver son fils de 
la phlisie, Madame Kiäng lui interdit 


.toute communication avec sa femme. 


C'eu fut trop; la jeune femme mourut 
de douleur. — A peu de jours de là, 
Mademoiselle Kiang s’assit sur son lit, 
se frappa le visage, et donna tous les 
signes d’une extrême douleur. Puis 
l'âme de la bru défunte se mit à parler 
par sa bouche, énumérant la longue 
liste de ses griefs. Sans doute, dit-elle, 
le temps que je devais passer avec mon 
mari était court, mais, cruelles que 
vous êles, vous nous avez séparés avant 
le temps. — L'âme de la bru resta 
dans le corps de sa belle-sæœur. En 


vain Monsieur et Madame Kiäng lui 


firent-ils des libalions et lui adressè- 
rent-ils des prières pour la décider à 
s'en aller. Beau-père, dit l'âme, vous 
m'avez toujours bien traitée; mais vous, 
belle-mère, vous m'avez fait souffrir. 
C'est Hiäng-houng et ma belle-sœur 


— 119, 113. 一 


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qui ont été les instigatrices de vo 
mauvais traitements: aussi est-ce sul 
elles que je vais me venger. 一 Aussitôt 
malgré ses cris et ses contorsion 
Hiäng-houng fut enlevée de terre n 
une main invisible, qui ne la lais 
retomber que morte. Mademotsel 
Kiäng expira aussi, sans avoir été am 
trement malade. — Ce fait arrin 
durant le premier mois de ?an 1788. 


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Voyez Introduction VII. 一 Yuan-koei, âme venge! 
se. 


413 


En 1761, un courrier non 
Tchäng-koei fut expédié de Pékin pa 
un général. Il portait une dépécht 
pressée. Quand il eut dépassé Leäng- 
hiang, le soir une tempête s’éleva. La 
_ vent souffla sa lanterne. La nuit devint 
très noire. Le courrier crut entrevoir, 
dans l'obscurité, un des abris élevés | 
long de la grande route. Il s’en appro 
cha. C'était une maisonnette. Unef 
de dix-huit ans environ lui ouvrit 
porte, atlacha son cheval à un potea 
l'introduisit, chauffa le thé, puis | 
offrit l'hospitalité pour la nuit. 一 
lendemain, à l’aube, elle se retira. 
courrier continua à dormir. — Enfin 
piqué par un froid très vif, et chatoui 
lé par des branchages, notre hom 
se réveilla au petit jour. 11 gisait, dan 
un hallier, sur une tombe. Son cher 
était attaché au tronc d’un arbre, 
quelques pas de là. — Quand il arriva 
à destination, sa dépêche se trouva 
ètre en retard de 50 quarts d'heure. 


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L'autorité militaire lui demanda com- 
“ple. Hfraconta’son aventure. On exa- 
mina l'endroit qu'il avait indiqué. 
C'était la tombe d'une fille Tchäng, la- 
quelle s'étant mal conduite, et la chose 
s'étant ébruitée, s'était: pendue de 
honte. Elle avait déjà joué à bien des 
passants, dirent les voisins, le même 
tour qu'à ce courrier. — Ordre fut 
donné de l’exhumer. On trouva, dans 
son cercueil, son cadavre frais et 
vermeil. L'autorité le fit livrer aux 
flammes. : 
Voyez Introduction IX et XII. 


114 


Le letiré Tcheôu, originaire de 
Häng-tcheou (Tchée-kiang), accom- 
pagnant le Maître céleste Tchäng, des- 
cendit avec lui dans une auberge à Pào- 
ting-fou (Tchéu-li). Une jolie femme se 
prosterna à la porte du Maître céleste, 
en posture de suppliante, sans rien 
dire ni demander. — Qu'est-ce que 
cette femme? dit le Tcheôu. 一 C'est 
une renarde, dit le Tchäng Elle désire 
que je lui permette de s'approprier les 
ofrandes dans quelque temple. — 
Pourquoi ne lexaucez-vous pas? de- 
manda le Tcheôu. — Parce que, dit le 
Tchang, comme elle est aussi mauvaise 
que belle, j'ai peur qu'elle ne fasse de 
viluines affaires. — Le Tcheôu intercé- 
da pour la suppliante. Eh bien soit, 
dit le Maître céleste; par égard pour 
vous, je lui permets d'occuper un tem- 
ple durant trois ans, pas davantage. 


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*_ qui faisaient brûler des bougies odo 


brisé ma litière! À mon tour, ingra 


Et if fit aussitôt expédier, pars 
secrélaire, une licence écrite sur pay 
jaune. — Trois ans plus tard, le Tébe 


sait à Sôu-tcheou, il entendit exal 
la puissance de la Koän-yinn du te 
ple du mont Chäng-fang. Il rési 
d'aller, lui aussi, y faire ses dévotio 
Dès le pied de la montagne, il renco 
tra des caravanes de pélerins. On 
demanda de mettre pied à terre, en 
disant: Cette Koän-yinn ne souffre 
qu'on vienne à son temple en litië 
Le Tcheôu n’en crut rien. Soudain 
litière portée par dix robustes sold 
se brisa, et force lui fut de coatin 
son ascension à pied. — Quandilar 
au temple, il le trouva plein de péle 


rantes. Où est la Koän-yinn? demant 
t-il à un bonze. — Derrière le voile, 
répondit-on. — Pourquoi cela ? den: 
da le Tcheôüu. — Parce que, dit 
bonze, elle est si belle, que les péle 
venus pour la prier, pourraient per 
à mal. — Le Tcheôu souleva le vo 
et vit en effet une femme extrêmem 
belle. J'ai vu cette personne, se dit 
Après l'avoir envisagée attentiveme 
il reconnut, devinez qui?.. la rer 
de Pâo-ting-fou. — Ah! gredine! s'é 
t-il, c'est à ma sollicitation que tu 
d'avoir pu occuper ce temple, et tu 


Tu as outrepassé le délai de trois : 
que le Maître céleste l’a accordé. 0 
ge donc, et vite un peu! — 1] avai 
peine achevé sa tirade, que la sta 
s'écroula et se brisa en morceaux. 


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— 114, 115. — 219 


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Le bonze fut désolé; mais qu'y faire? — 
Le Tcheôu lui donna de quoi faire faire 
une statue de Koän-yinn dans le style 
ordinaire. Désormais les grâces reçues 
à ce temple ne furent plus qu'ordinaires 
aussi. 


Voyez Introduction XVII et XX. 
415 


Le Lettré Tchäng-wangling de 
Ts'ién-t'ang près de Haäng-tcheou 
(Tchée-kiang), avait la fièvre. Durant 
un accès plus grave, un de ses anciens 
condisciples, un certain Kôu, mort 
depuis longtemps, lui apparut et lui 
dit: Vous êles arrivé au terme des an- 
nées, que le destin vous avait primitli- 
vement concédées. Mais, à cause de la 
fille dont vous avez sauvé la vie, votre 
vie à vous sera prolongée (petite fille 
sauvée de la noyade, infanlicide). Je suis 
venu tout exprès pour vous en donner 
la nouvelle, — Quoique le Kôu fût son 
ami, le Tchäng le voyant fort mal vêlu, 
et de plus maigre et hâve, crut devoir 
lui offrir un pourboire, ‘pour sa 
peine. 一 Le Kôu refusa. J'ai fait mon 
devoir, dit-il. Je suis actuellement le 
génie de ce lieu. Sans doute, la place 
est mauvaise, et je souffre cruellement 
de misère. Mais je suis fermement ré- 
solu à ne pas exploiter mes administrés. 
Quoique j'aie faim presque tous les 
jours, je n'accepte pas votre argent. 一 
Le Tchäng (qui avait probablement 
des principes moins rigides) éclala de 
rire. Le lendemain il fit faire .une 


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一 115, 116. 一 


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(SR ) RUMEURS 


RESUME ANESROMÉSDNERSUISES SEA MER 
KO + a ane | Sa | RATS AE | À 


abondante offrande au pagodin 4 
génie du lieu. Celni-ci lui apparut 
nouveau, pour le remercier. Vous m'a 
vez mis en élat, dit-il, de pouvoir 让 
tendre jusqu’au terme des permutatios 
périodiques. J'espère qu'alors j'aur 
un poste meilleur. Un bon repas perme 
à un homme de vivre durant trois jours 
à un koëi durant un an. Encore us 
fois merci. 一 Conxnent un pur, com 
toi, n’a-t-il pas encore été promu géré 
d'une ville? demanda le Tchang. —-4 
* n'ai pas de quoi graisser la patte a 
Supérieurs, dit le Kôu. Je n’avancer 
donc que lentement, à l'ancienné 
lors des permutalions et promolit 
périodiques, 

Vayez Iotroduction HIT. 一 Les offrandes fixes d 
ments aux morts, sont rares, mais censées suffsas 
l'appétit des koëi étant moinire que celui des vivas 


Cette croyance est clairement exprimée dans le texte 
dessus. 


116 


Quand il était jeune encore, 
grand-juge Li-uhoung, originaire 
T'oùng-tcheou ( Tchèu-li), docteur 
la promotion de 1766, aimait beauco 
consulter le pinceau (spiritisme,: 
méro 51 note). — Un jour le pincé 
écrivit: Honore-moi, et je t’aiderai. 
Le Li se prosterna, puis fit des libatic 
et des offrandes. A parlir de ce jour, 
pinceau le renseigna exactement 
tout ce qu'il lui importait de save 
Cela servit beaucoup à l’avancem 
du Li, qui paya son chênn de ret 
eu l'ronorant de son miux. Le châ 


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— 110, 117. 一 221 


lui rédigeait même ses pièces. — Un 
jour un connaisseur fit, sur lune de 
ces pièces qu'il croyait être du Li, 
l'observation qu'elle était écrite dans 
le style de Ts’ién-hi, célébre académi- 
cien sous la dynastie Ming. 一 Seriez- 
vous Ts'ién-hi? demanda le Li à son 
chénn. — Oui, répondit celui-ci. 一 
Désormais le Li, et ses amis pour les- 
quels il évoquait aussi son chênn, ap- 
pelérent celui-ci Maître Ts’iên. Mais 
jamais le pinceau ne signa aucune con- 
suitation de ce nom. Quand le chénn 
parlait de lui-même, ïl s'appelait 
« habitant des sombres régions». — Il 
accompagna le Li dans tous les lieux 
où celui-ci fut en charge. — Un jour 
que le Li était sorti, son fils insulta le 
chenn. Celui-ci écrivit aussitôt un bil- 
let d'adieu. Le Li ne put plus jamais 
l'évoquer. 

Voyez Introduction XVI, 一 Texte de la fin du dix- 
builième siècle, 


117 


Li-fansie et son ami Tcheôu-mou- 
menn, jeunes Letlrés, aimaient à évo- 
quer les chénn au moyen du plateau. 
Un jour un chénn écrivit sur le plateau: 
appelez-moi « Grue solitaire ». Cela me 
distrairait de causer avec vous, J’ai rang 
de génie de lieu. Je répondrai à toutes 
les questions que vous me poserez sur 
des sujets ordinaires. Quant aux sujets 
de conséquence, ne m'interrogez pas. 一 
De ce jour, les deux amis consultèrent 
leur chénn sur toutes les affaires cou- 
rantes de Häng-tcheou et des environs, 


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pluie, beau temps, épidémies, etc. Le 
pinceau répondait à tout avec précision. 
Toutes les dates qu'il indiqua se trou- 
vérent exactes. Toutes les prescriptions 
qu'il formula furent saiutaires. Quand 
on lui demandait une chose à laquellé 
il ne voulait pas répondre, le pinceau 
restait immobile. Le chênn était d'une 
complaisance inlassable, On n'avait qu'à 
écrire les mots Maître Grue solitaire, 
à brûler le papier, pour qu'il manif 
tt immédiatement sa présence. — (el 
dura un an entier. Alors le désir | 
voir leur chénn, tourmenta les deu 
amis, Îls lui demandérent une ent 
vue. Le chénn refusa d'abord. lis mit 
rérent leur demande, tant et si bi 
que le chênn finit par écrire: Eb bieë 
soil! demain, après midi, sur la colliq 
Kôu-chan, à la tour des grues. — L& 
deux amis furent exacts au rendez-vous 
Le chénn les fit attendre. Ils commet: 
çaient à s'impatienter, quand un tout 
billon accompagné d’un sifflement pas 
sa. Un instant après, un homme d'un 
haute stature, à longue barbe, porta 
le costume des mandarins de la dynaà 
tie Ming, parut au sommet de la tou 
IL fit le geste de se pendre avec uX 
longue écharpe, puis disparut. mo 
puis lors les deux amis ne ‘purent fé 
évoquer la Grue solitaire. I! est prob 
ble qu'ils avaient eu affaire à l'âäue d'u 
mandarin, suicidé à la chute de | 
dynastie Ming. C'est dommage qu'il 
n'aient pas pensé à lui demander So 
vrai nom. 

Voyez Introduction XVI. 


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Où-tchouping de  Yäng-tcheou 
(Kiäng-sou) concourait pour le degré 
de licencié, à Nankin, à l'automne de 
l'an 1747. 11 consulta le plateau, sur ses 


. Chances de succès. Le pinceau écrivit 


su pou tch an koung. Le Où traduisit : 
Avec dignité il entre dans le palais lu- 
naire. Ce texte lui paraissant d’excellent 
augure, il se tiot pour assuré de son 
succès. Or quand les noms des candi- 
dats reçus eurent été affichés, il constata 
que le sien manquait. Le premier de la 
promolion était Su-pou-tch'an koung, 
Monsieur Su-pou-tch'an. 


Sur les farces que se permet le plateau, voyez 
numéro ‘2 nole. 


119 


À Yang-tcheou (Kiäng-son) un cer- 
tain Tch'énn élevait des chevaux et des 
mules. Il avait cinquante ans passés, 
quaud i tomba malade. Un jeune 
homme monté sur un cheval entra chez 
lui, lui donna sur la nuque une tape 
qui l'étourdit, le tira sur son cheval, et 
partit en toute hâte en l’emportant. Le 
Tch'énn fit tous ses efforts pour crier 
au secours, mais en vain. Hors de la 
ville, le jeune homme le jeta à bas de 
son cheval, et lui dit: Cours derrière 
moi. Puis il lui donna un coup sur 
les jambes, et prit les devants. Prises 
d’un mouvement irrésistible, les jam- 
bes du Tch'énn l’emportérent, malgré 
sa répugnance et sa méfiance. Il volait 


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plutôt qu'il ne marchait, et sans grand 
faligue. Quand ses souliers étaient usés 
il en trouvait une paire au bord da 
chemin. Il lui semblait aussi qu'il pre 
nait des aliments au passage sur | 
marchés. Son guide .-renfermé dans lg 
mulisme le plus absolu, le laissait faire, 
pourvu qu’il marchât. — Quaod ce 
course eut duré trois jours et tro 
nuils, une stéle élevée au bord de! 
route, et dont il lut quelques mots e 
passant, lui apprit qu'il était au Chà 
si, à Hién-yang. — Arrive! lui cria s0% 
conducteur; m'as-tu assez ennuyé 对 
ta lenteur depuis trois jours?! 一 上 
entrérent dans la ville. Le jeune homn 
alla droit à une maison, y entra, re 
sortit aussitôt, saisit le Tch'êénn à br 
le corps, et le porta dans une chambr 
Une femme étendue sur un lit se to 
dait de douleur. Ayant plié le Tch'ènk 
en arc, de manière à joindre sa têlee 
ses pieds, le jeune homme le jeta ve 
celle femme. Il sembla au Tch'énn qui 
perdait connaissance, 
dans un cachot étroit, obscur et infect 
Enfin un rayon de lumière filtra jusqu: 
lui. Il fit effort, et se sentit dégagé. 
Aussitôt il entendit un concert de 人 | 
citations proférées par des voix incof 
nues. C'est un beau garçon, disaie4 
elles. — Il voulut parler, mais ne pt 
tirer de sa bouche qu'un faible vagisse 
ment. 1 entr'ouvrit les yeux, et vit dt 
ses bras et ses jambes élaient tout pe 
lits. Serais-je mort et réincarné? : 
demanda-t-il; et il ouvrit les yeux tou 
grands, pour regarder autour de lui. 
Ce pelit a un mauvais regard, dit alorg 
‘une vicille. C'est peut-être un enfan 


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— 119. — 225 


de malheur. S'il regarde encore une 
fois comme cela, il faudra le tuer. — 
L’ex-Tch'énn se le tint pour dit, et 
n'ouvrit plus les yeux. Il exhala, en 
vagissements inarticulés, le chagrin qui 
remplissait son cœur. On le porta, on 
l'allaita, et le reste. Ce régime abrutis- 
sant fit son œuvre. Peu à peu ses sou- 
venirs perdirent de leur vivacité, et il 
se résigna, mais sans arriver à oublier 
tout à fait. — Son nouveau pére était 
marchand de soieries, qu'il allait ache- 
ter au Kiäng-sou. Un jour il donna à sa 
femme un coupon de soie, en lui disant 
qu'il avait une grande valeur. La 
femme le serra dans la malle des objets 
précieux, au chevet de son lit. L'enfant, 
âgé alors de six ans, le dénicha. Prends 
garde de le gâter, lui dit la mére; ton 
père a dit que cela coûte cher. — (Ça, 
dit l’enfant, c'est du tissu de P'du-yuan, 
dernière qualité. — La femme dit la 
chose à son mari. C'était vrai. — Très 
surpris, le mari questionna l'enfant, 
qui raconta toute son histoire. Je suis 
venu ici, de tel endroit, dit-il. Voici 
les noms de mes parents. J'ai laissé un 
fils qui doit avoir maintenant vingt et 
quelques années. Quand vous retour- 
nerez au Kiäng-nan, il vous sera facile 
de vérifier mes paroles. — L'année sui- 
vante le marchand de soie trouva en 
effet à Yäng-tcheou le fils indiqué, qui 
revint avec lui à Hién-yang pour voir 
son père. Ce fut un curieux spectacle 
de voir en présence le fils barbu et son 
père bébé. Mais, pas de doute possible. 
L'eufant indiqua à son ancien fils, les 
débiteurs qui lui devaient encore, un 
placement de trois cents taëls fait jadis 


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一 119, 120. — 


à longue échéance, etc. Quand ils du. 
rent se quitter, tous deux pleurèrent 
Le fils recouvra toutes les sommes in: 
diquées. — Dix ans plus tard, redeven 
un homme fait dans sa nouvelle famili 
l'ex-Tch'énn fit un voyage au ia 
nan, pour le commerce de son nouves 
pére. Il visita son ancien domicile. Sal 
fils était mort, laissant un petit garçon 
La veuve du Tch'enn vivait encor 
dans la pauvreté, chargée de ce petit 
fils. Le Tch'enn dit de bonnes parok 
à son ancienne épouse, et lui donn 
trois cents taëls. Il fit aussi des libation 
devant la tombe où reposait son ancia 
corps. 


Réincarnation, sans jugement ni purgatoire. —U 
jeune cavalier, un satellite infernal. 一 Souliers et à 
ments, ceux qu’on prépare pour les morts. 一 Réino® 
nation dans le fœtus à terme, au moment de l'accoucbe 
ment, pas avant. Comparez numéro 6. — Enfants 4 
malheur, âmes réincarnées pour exercer ane vengeance. - 
Mémoire conservée, parce que l'âme ne passa pas pra 
enfers, où la mémoire est détruite, avant la sortie, par 
bouillon spécial, que l'âme doit avaler de gré ou de fur 
Voyez Morale et Usages, seconde édition, page 351. 


120 


Un soir, un certain Kôéu demand 
l'hospitalité pour la nuit, dans u 
vieille pagode du faubourg occid 
de Tch'ang-tcheou (Kiäng-sou). - 
Soit, lui dit le bonze, si vous vouk 
bien garder la pagode, car je devn 
sortir cette nuit, avec mes disciple 
pour la mise en bière d’un défunt. - 
Bien volontiers, dit le Kôéu. 一 Quan 
le bouze fut sorti avec ses disciples, | 
Kôu ferma la porte à l’intérieur, “ 


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la lampe, et se coucha pour dormir. 


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miouit, quelqu'un frappa violemment à 
la porte, demandant à grands cris 
qu'on lui ouvrit — Qui êtes-vous? 
demanda le Kôu. — Je suis ton ami 
Chënn-tinglan, répondit le visiteur noc- 
turne. — Le Kôu eut peur, car son ami 
Chënn-tinglan était mort dix ans aupa- 
ravant. — Ne crains rien, dit la voix. 
Je viens te confier quelque chose. Si je 
te voulais du mal, j'entrerais sans que 
tu m'ouvres, étant un koëi. Je t'ai prié 
d'ouvrir, pour ne pas t'effrayer par mon 
entrée soudaine. — Le Kôu ouvrit donc 
la porte. Quelqu'un entra, fit quelques 
pas, et tomba dans le vestibule. 一 
Epouvanté, le Kôu allait chercher une 
lampe. Attends un instant, lui dit l’in- 
dividu étendu à terre. Je ne suis pas 
ton ami Chénn-tinglan. Je me suis fait 
passer pour lui, pour te décider à m'ou- 
vrir. Je suis le défunt qu'on met en 
bière celte nuit. J’ai été empoisonné 
par mon épouse adultère. Je suis venu 
pour te confier le soin de me venger. 一 
Je ne suis pas mandarin, dit le Kôu; 
comment te vengerais-je? — Avertis 
seulement le mandarin de venir ins- 
pecter mon cadavre. Les traces du 
crime sont visibles. — Et où est ton 
cadavre? demanda le Kôu. — Ici, dit 
la voix. Cherche la lampe maintenant. 
Dés que tu m'éclaireras, je perdrai 
l'usage de la parole. Mais, aussi. bien, 
je n'ai plus rien à te dire; tu sais 
tout. — À ce moment, on frappa de 
nouveau à la porte. Le bonze et ses 
disciples rentraient, très émus de ce 
qui venait de leur arriver. Tandis qu'ils 
récitaient les prières de la mise en 
bière, le cadavre était soudain devenu 


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invisible. 一 Il est venu ici, leur dit 
Kôu. — On chercha de la lumière. 
corps était étendu sur le pavé du ves 
tibule, saignant par toutes les ouvef 
tures naturelles. — Le lendemain k 
bonze et le Kôu déférérent l'affaire al 
mandarin. 


_Koëi vengeur, voyez Introduction VII. 一 Les bosM 
chantent des prières spéciales à toutes les cérémosi 
pour les morts. — A noter que ce koëi connaît le 
un étranger, et son ami Chënn mort depuis longtemps. - 
Les koëi ne peuvent pas forcer les portes fermées ; ils # 
peuvent même pas enfoncer le papier des fenêtres, . 


_papier n'a ni fente ni trou. 一 La lumière rend les 

supérieures séparées invisibles, et paralyse les âmesi 
*  férieures attachées au corps. Dans le cas présent, il 
rait s'agir de l’âme inférieure. Comparez numéro 9. 
Le sang coule par tous les orifices de ceux qui sont 
par le poison ; cliché stéréotypé. 


1421 


À quarante stades à l’est de la vil 
de Hoëi-ki-hien (Tchée-kiang), dat 
un village nommé Tch'äng-lu, les 乓 
une excellente famille, avaient un 
étudiant de 18 ans, bien fait de sa 
sonne. Un jour ce jeune homme d 
parut. Il revint trois jours après, 
raconta ce qui suit: J’étudiais dans 
bibliothèque, quand une belle da 
descendue d’en haut m'invita à la : 
vre. Elle me couduisit dans un 
palais, où je fus reçu par une au 
dame non moins belle que la premié 
Je leur demandai leur nom de fami 
Elles rirent et me dirent: N'en dema 
de pas davantage. Reste ici. Nous ser 
heureux ensemble... Je restai don 
fort bien traité par elles. Mais, à! 
longue, je pensai aux miens. Elles 5 
apercurent, et me ramenerent,60 


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229 


disant au revoir. — Depuis lors, le 
jeune homme resta rêveur. Rien ne put 
plus le satisfaire. Mets, literie, il disait 
de tout: Cela ne vaut pas ce que m'ont 
donné les fées. — 11 disparut de nou- 
veau durant plusieurs jours, revint 
encore, et ainsi de suite. — Comme il 
dépérissait à vue d'œil, ses parents 
recoururent aux bonzes et aux tao- 
cheu. Ceux-ci n'y purent rien. Les 
absences du jeune homme devinrent de 
plus en plus longues. 一 Un jour son 
frère cadet s'étant mis à sa recherche, 
trouva sa ceinture à l'entrée d’une ca- 
verne, près de la pagode Pâi-t'a. On 
pénétra dans la grotte avec des torches. 
Le jeune homme gisait nu dans ja 
boue, privé de connaissance. On le porta 
à la maison, on le traita. Il finit par 
revenir à lui, mais ce fut pour se 
plaindre amërement de ce qu'on l'avait 
arraché des douces pelleteries dans 
lesquelles il était si bien. — Ses parents 
comprirent alors qu'il était la victime 
d’une obsession maligne. lls l’enchaf- 
nérent, se relevèérent pour le garder à 
vue, lui collèrent sur le corps toute 
sorte de charmes. — Une nuit que 
plusieurs personnes le gardaient, on 
entendit soudain comme un tintoin. 
Une lueur phosphorescente fit plusieurs 
fois le tour de la chambre. Les chaînes 
qui liaient le jeune homme furent bri- 
sées, et il disparut, les portes et les 
fenêtres restant fermées. — Dés le ma- 
tin, on le chercha dans la grotte de la 
pagode Pâi-t'a, mais sans succès. Îl ne 
revint pas, et l'on ne sut jamais ce qu'il 
était devèénu. — Le bruit se répandit 
que des yäo-koai habitaient dans la 


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grotte, et les curieux affluërent, pou 


voir. Le sous-préfet Li s'inquiéta de c 
mouvement. ll vint en personne, ins 
pecta la caverne, et en fit murer l'en 
trée. 

Voyez Introduction VI. 


122 


À Häng-tcheou (Tchée-kiang}), ut 
certain Mà-koanlan, faisait une offrar 
de à la porte de sa maison, quatre foi: 
par an. Je sais bien que, au temps ja: 
dis, la porte était comptée et honorét 
parmi les Penates; mais il y a long- 
temps que cet usage s’est complétement 
perdu. Je demandai donc à Monsieur 
Mà, pourquoi lui seul s'y conformañ 
encore. À cause du fait suivant, arrivé 
chez nous, me répondit-il. — Nous 
avions un esclave, nommé Tch'énn, qui 
sortait parfois en cachette le soir pour 
s'enivrer. Une nuit j'entendis du bruit 
devant la porte. Je regardai, et vis 
l'esclave ivre étendu par terre. Je le fis 
ramasser. 一 Îl dit: En rentrant de 
mon escapade, je trouvai à la porte un 
homme et une femme. Tous deux 
étaient décapités, et tenaient leur tête à 
la main. Je suis ta belle-sœur, me dit 
la femme. Quand ton frère, mon mari, 
m'a surprise en adultère et m’a tuée, 
pourquoi has-tu aidé? Lui avait le droë 
de me faire mourir, mais toi tu nb 
l'avais pas. Or, comme il s'attendrissait, 
c'est toi qui l'as excité; comme fl 
faiblissait, c'est toi qui m'as égorgée. 
Voici du temps, que nous te guettons, 
mon amant et moi, pour nous venger. 


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一 122, 193. 一 | 23? 


Les génies tutélaires de la porte nous 
ont toujours empêchés d'entrer. Cette 
fois nous t'avons pris dehors, et nous 
te tenons enfin!.. Ce disant, elle me 
cracha au visage, tandis que son amant 
me donnait un coup de tête. Je tombai. 
Ils disparurent quand ils vous enten- 
dirent venir à mon secours. J'ai vrai- 
ment commis cette faute dans ma 
jeunesse. — Porté sur son lit, le 
Tch'énn expira presque aussitôt. 一 
Depuis lors, me dit Monsieur Mà, je 
fais régulièrement des offrandes aux 
génies protecteurs de ma porte, qui 
gardent si bien ma maison contre les 
koëi malfaisants. 

L'auteur qui parle dans ce récit, écrivait à la fin du 
dix-huitième siècle. — Voyez Introduetion VII. 一 Culte 
des Pénates, voyez TP page 74. — Depuis la dynastie 
T'dng, on honore, comme génies tutélaires des portes, 


deux officiers de l'empereur T’di-{soung, Utch'eu- 
koung et Ts'inn-k'ioung. 


123 


Eu 1556, Monsieur Sû-ichenn de 
Hôu-tcheou-fou ( Tchée-kiang), faisait 
ses ablutions, au soir d’une très chaude 
journée. La lune ne donnait qu'une 
faible lumière. 11 lui sembla qu'un 
souffle entrait par la fenêtre, accom- 
pagné d'une vapeur légère. En même 
temps un plumeau déposé sur une 
crédence, se mit à tourner sar lui- 
même. Monsieur Sû frappa sur le bord 
de son lit, et enjoignit au plumeau de 
rester tranquille. Aussitôt sa serviette 
de bain et sa tasse à thé s’envolérent 
par la fenêtre, et un bruil sec lui ap- 
prit que la tasse s'était brisée contre 


D-ELSNÉSSNEUHES AIT ES INSRRNRES 


232 . 一 123. 一 


le tronc du grand peuplier planté devant 
- Ja maison. Effrayé, Monsieur Sû appela 
ses gens, ot sortit avec eux. Une ombre 
noire enveloppait le toit de la maisom 
Quaud elle se fut dissipée, Monsie 
Sa rentra dans sa chambre et s'assit d 
nouveau sur le bord de son lit. Aussitô 
le plumeau recommença à tourner St 
lui-même. 一 Impatienté, Monsieyr S 
le saisit. Il sentitfun contact comme à 
cheveux mouillés, froids comme glac 
et horriblement infects. En un instan 
son bras fut eugourdi, mais il ne làch 
pas prise. 一 Alors une voix sortit d ui 
jarre, parlant sur le ton strident d’& 
perroquet, pleurant comme un pe 
enfant. Je m'appelle Où-tchoung, di 
elle. Je viens du lac Hoûng-tchai-ho 
d'où le génie de la foudre m'a chass 
Lâchez-moi, s’il vous plait. 一 Monsiex 
Sa avait entendu dire que la peste r 
gnait alors à l'endroit indiqué. Ne st 
rais-tu pas par hasard un koei propag 
teur de la peste? demanda-t-il au pl 
meau qu'il tenait toujours. 一 Ou 
répondit la voix. — Alors, dit Monsie 
Sùû, je ne te lâcherai pas. Tu ferais à 
mal aux gens. — Je vous donnerai ut 
formule contre la peste, dit le koëi. 
Dicte-la, dit Monsieur Sû. — Le ke 
dicta, et Monsieur Sa l'écrivit. — Me 
lâchez pas, dirent alors les gens de 
__ maison. Enfermons-le dans cette jarre. 
Monsieur Sû mit donc le plumeau da 
la jarre, qu'il scella et fit jeter dans 
lac T'âi-hou. — Quant à la formule, 
préfet de Sôu-tcheou, Monsieur Tchà 
wennchan, qui entendit raconter cel 
histoire, la demanda et l’essaya. 
efficacité se trouva être merveilleus 


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233 


Tous les pestiférés qui en firent usage, 
furent guéris. 
Voyez Introduction XIX. Cas d’influx pernicieux 综 
oi. 


124 


Tch'êénn-ts'itong élant sous-préfet 
de Châng-yuan (Kiäng-sou), raconta 
ce qui suit: Dans ma jeunesse, je sé- 
journai avec mon ami Tchäng, à T'äi- 
p'ing-fou (Nän-hoei), dans les dépen- 
dances du temple de Koän-ti. Mou ami 
Tchäng fut atteint d'une grave malaria. 
Nous habilions la même chambre. — 
Un jour que je faisais la sieste, je vis 
un petit bonhomme au visage pâle, 
vêtu de bleu, qui regardait par la fené- 
tre mon ami couché sur san lit. Bien- 
tôt celui-ci fut pris d’un accès ‘de fie- 
vre intense. Alors le petit bonhomme 
se retira, — Une autre fois mon ami 
m'appela à son secours. Des flegmes 
l'étouffaient. Devant son lit, je vis le 
même petil bonhomme, qui dansait de 


joie. — Je compris alors que c'était un 


koëi propagateur de la malaria, et l'em- 
poignai. Un froid glacial paralysa ma 
main. NH m'échappa avec un bruisse- 
ment, gagna le vestibule et disparut. — 
Mon ami guérit. Ma main resta noire, 
comme enfumée, durant plusieurs 
jours. 
Autre cas de soéi pernicicux. Voyez le numéro 
précédeni. 


425 


Mon .élève Séuma-siang était 


30 


234 — 195. 一 


précepteur dans une famille Linn de M 
choei ( Kiäng-sou). Durant les chale 
de l’élé, il s'installa avec ses élèves da 
une villa. Le lieu avait la réputali 
d'étrehanté.— La première nuit, Sëu 
siang s'élait étendu sur son lit, Jaiss 
sa bougie allumée. Vers minuit, il 
tendit au dehors comme des sifflemen 
La flamme de sa bougie baissa. S 
dain la porte de sa chambre fut s 
levée hors de ses gonds, et un 
koëi entra, suivi par un vieillard * 
de rouge, à la démarche allière. 
vieillard s'assit à la table, dans le fi 
teuil du Lettré, et se mit à parcou 
ses composilions en prose et en 
étendues sur la table. De temps 
temps il approuvait par un signe 
tête. Quand il eut achexé sa leclurt, 
se leva, prit par la main le petitk 
et s’'approcha du lit. Séuma-siang S 
sil sur son séant. Le vieillard et lui 
regardèrent: — A ce moment un 
chanta. AussKôl la taille des deux k 
diminua d'un pied, et la flamme de 
bougie s'éleva un peu. Un second 
chanta, puis un troisième, puis un 4 
trième. Les koei diminuaient, et 
lumière croissait graduellement. 
petit koëi disparut le premier, com 
englouti par la Lerre. Enfin le cha: 
du vieillard disparut de même dans 
sol. 一 Le lendemain Sëuma-siang 
terrogea les habitants du lieu. Ce 
villa, lui dirent-ils, occupe l'empla 
ment d'un cimelière de la dyna 
Ming. Un censeur et son jeune fils 
étaient enterrés. 一 Séuma-siang 3" 
tit le chef de la famille Linn. Celui 
ordonna des fouilles. On découvrit À 


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— 195, 126. — 233 


cercucils, peints en rouge et intacts. 
Après leur avoir fait un discours 
et des offrandes propitiatoires, on les 
exhuma, et on les enterra ailleurs. De- 
puis lors, plus d'apparilions. 

Voyez Introduction XI. 


126 


A Tch'äng-tcheou (Kiäng-sou), 
dans la maison du censeur Tsiàng- 
youngnan, le cuisinier Li-koei puisait 
de l’eau chaude dans la chaudiere, 
quand soudain il s'affaissa sans con- 
naissance. — Le censeur fit appeler 
une sorciére. Cel homme, dit-elle, a 
offensé un des officiers du Génie de la 
ville, tandis qu'il rôdait dehors, la nüit. 
Offrez des excuses, des mets. et du 
papier-monnaie, au koëi à tête noie 
dans la rangée de gauche du temple, 
et le malade guérira. 一 Le censeur 
ordonna de faire ainsi. Li-koei guétit, 
Ïl raconta ce qui suit: Comme je pui- 
sais de l’eau chaude, je fus appréhendé 
par deux satellites, qui me conduisi- 
rent au temple du Génie de la ville. En 
route ils me dirent, que c'était parce: 
que j'avais offensé l’un de ses officiers. 
]is me liérent à un arbre devant le 
temple, et me dirent d'attendre. Je-ne 
sais pas combien cela dura de temps. 
Enfin je les entendis qui disaient entre 
eux: l'offrande est faite, lâchons-le. Ils 
m'ôtérent mes liens et me jetérent à 
l'eau. Le froid de l'eau me réveilla. 一 
Elle est bonne, celle-là, dil le censeur 
en éclatant de rire. On dira encore que 


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— 126, 197. — 


seuls les satellites terrestres se perme 
tent des extorsions arbitraires. Croi 
bien que le Génie de la ville n'a ri 
su de ton cas: Ce sont ses gens q 
l'ont pris, puis relâché, quand il 
eurent obtenu ce qu'ils enr 
Croie désormais qui voudra, que | 
fonctionnaires infernaux sont plus put 
que les terrestres! 


Voyez Introduction JI. 一 Arrêter avec un f 
mandat, exlorquer une somme, puis relâcher la victi 
le tout à l’insu du mandarin, c'est un truc ordinaire 
satellites chinois, quand la faim les a réduits aux abois 


(DEALRÉ) HDEY 


STEMMÈSES NEÉSNÉÉENÉES 


427 | 
| | 


Un certain Keûe de Nankin, bural 
volontiers. Dès qu'il avait une point 
il devenait insolent. — Un jour 
ts ing-ming (fête des tombes, 5 avril 
il avait bu avec quelques amis à l'a 
berge U-hoa-t'ai. La bande avinée re 
contra un cercueil brisé, dans leq 
on entrevoyait une jupe rouge. Voi 
une occasion de faire l’insolent, dire 
les amis au Keüe; mais bien sûr qu 
tu n'oseras pas. — Vous allez voir, d 
le Keûüe. 一 S'étant approché du cet 
cueil, il le tapota en disant: Eh! koä 
koai, viens boire. — La bande éd 
de rire. — Quand elle se fut dissou 
comme le Keüe rentrait chez lui, il 
tendit derrière lui un sifflement. Il 
retourna, et vit une ombre noire q 
lui dil: le koäi-koai vient boire. 
Viens! dit le Keûe crânement.… et 
entra dans un débit de vin, s'atta 
sur la terrasse, demanda un pot de vi 
et deux coupes, L'ombre le suivit 8 


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S'attabla aussi. Le Keûe lui versa à 
boire, et se mit à causer avec elle. Les 
autres buveurs qui ne voyaient pas le 
spectre, crurent que le Keûe était de- 
venu fou. — Cependant ce jeu ne pou- 
vait pas durer indéfiniment. Le Keûe 
ôta d’abord son bonnet, qu'il déposa 
sur la table. Puis il dit au spectre: ne 
bougez pas; un besoin m'oblige à sor- 
tir; je reviens à l'instant. — 11 sortit et 
s'enfuit. — Le garçon du débit, qui ne 
voyait pas le spéctre, trouva que le 
bonnet laissé sur la table était de bonne 
prise. Il s’en coiffa. La nuit suivante 
on l'entendit gémir, et-le matin on le - 
trouva étranglé. — On sut l’équipée du 
Keûe. — Le maître du débit de vin rit 
beaucoup et dit: Est-il bête, ce koäi- 
koaïi, qui reconnaît les bonnets, et qui 
se trompe de personnes. 


Voyez Introduction VII et VII. — Le koëi étrangla 
le garçon, au lieu du Kete. 


128. 


Le magicien Hounanais Tchäng- 
k'ichenn avait la réputation de pouvoir 
disposer des âmes peur ses maléfices. 
Le lettré Où de Kiäng-ling (Hôu-pei), 
se permit d’en douter, et insulta de 
plus le magicien. S’attendant à ce que 


_ celui-ci essaierait de se venger, la nuit 


suivante le Où s’arma du livre des Mu- 


- tations, et veilla, lampe allumée. Bien 


lui en prit. Soudain il entendit,-autour 
du toit, le bruit d’un tourbillon de 
vent. Un cuirassier armé d’une lance 
entra par la porte, et chercha à le 


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. mari et .de.mes deux fils, sont colléæ 


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percer de son arme. Le Où l'abatlit d'un 
coup de son livre. Quand il se baiss 
pour l'examiner, il ne vit à terre qu'un 
bonhomme découpé dans une feuilk 
de papier. Il le serra entre les feuillets 
de son livre. — Bientôt arrivérent deux 
pelits koëèi à face noire armés & 
haches. Le Où les abatlil de deux coups 
de son livre. C'étaient aussi des figuri- 
nes en papier, qu’il serra comme ls 
première. — Au milieu de la nuit, us 
femme frappa à la porte, en pleurah 
et en se lamentant. Je suis la femme 
du magicien Tchäng, dit-elle. Mo 
mari et mes deux fils se sont mis ea 
campagne conire vous. Vous les are 
faits prisonniers tous les trois. Je vous 
prie de vouloir bien leur rendre la là 
berté. — Je n'ai pris, ni ton mari, & 
tes fils, dit le Où. J'ai pris trois figu- 
rines en papier. 一 Les âmes de mo 


à ces figurines, dit la femme. Vous les 
avez prises. Si elfes ne reviennent paf 
avant le jour qui approche, leurs corf 
restés à la maison ne pourront plu 
revivre. De grâce, rendez-leur la liber- 
té. — Magiciens maudits, dit le Où, 
n'est-il pas juste que ce que vous avé 
fait à tant d’autres, vous arrive à vot 
tour?! Non je ne les lacherai pas tous 
Par pilié pour toi, je vais te rendre vf 
de tes fils. N'en demande pas davan 
tage!.. et il remit à la femme un de 
deux petits koëi serrés dans son livre. — 
Le lendemain il fit prendre des rer 
seignements au domicile de Tchäng- 
k'ichenn. On lui rapporta que le magi- 
cien, et son fils aîné, étaient morts 
tous deux la nuit précédente. La veuve 


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一 198, 129. 一 239 


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restait seule, avec son plus jeune fils. 
Voyez Introduction XVII et XVII. 


129 


Tchâo-ts'ingyao de Hâng-tcheou 
(Tchée-kiang) était un joueur d'échecs 
émérile. Ce jeu exerçait sur lui une 
fascination irrésistible. Dès qu’il enten- 
dait le son de la pose des figures et des 
pions, il ny avait pas à dire, il fallait 
qu'il allât voir. Un jour qu'il passait à 
la pagode Eüll-cheng-nan, il vit un 
tâo-cheu qui jouait avec un hôte. Selon 
son habitude, il alla voir. Mais il trouva 
le jeu du täâo-cheu si mauvais, et sa 
jactance si insupportable, qu'il s'en 
alla bientôt avec mépris. — Le soir de 
ce jour, comme il venait de se coucher, 
deux feux follets volligerent autour de 
son lit. Puis un koei à la face noire et 
aux dents en scie, entr'ouvrit les ri- 
deaux, et fit mine de l'attaquer avec un 
sabre. Mais le Tchao l’apostropha si 


* violemment, qu'il se dissipa. 一 La nuit 


suivante, il entendit dans son traversin 
une faible voix qui murmujait: Que je 
joue mal aux échecs, que j'aime à me 
vanter, cela te regarde-t-il ? Fallait-il 
me faire jaffront que tu m'as fail?.…. 
Puis, devenant caverneuse, la voix dit: 
Tu ne crains pas les armes; nous allons 
voir si tu pourras résister à mes incan- 
talions. — Le Tchäo comprit qu'il avait 
affaire à l'âme du tâo-cheu venue 
pour se venger, et prit son courage à 
deux mains. 一 La voix commença à 
déclamer: Esprits du ciel, esprits de 


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la terre, je vous confie ma vengeance, 
enfoncez-lui . une aiguille sous le 
cœur. — Un frisson involontaire par- 
courut d'abord les membres du Tchäo, 
mais il se ressaisit vite, calma son 
cœur, se boucha les oreilles et se mit 
à dormir. 一 Mêmes menaces stériles, 
chaque nuit, durant un mois entier. — 
Enfin le tâo-cheu apparut, se prosterna 
devant le Tchäo, et lui dit en pleurant: 
Je vous ai persécuté, par ressentimer 
et aussi dans l'espoir de vous soutir 
quelque argent. Je n'ai pas réussi 
vous intimider. Or, quand les incant:- 
tions d’un magicien n’aboutissent 
elles se retournent contre lui. Je sui 
mort hier. Maintenant mon âme vient 
mettre à votre service. Elle réparera 
mal que je vous ai causé. — Le Tchä 
ne répondit rien d’abord. Il envoya 
la pagode Eûll-cheng-nan. Le tâo-ch 
gisait la gorge coupée. — Depuis lo 
le Tchao sut toujours, au moins u 
jour d'avance, tout ce qui arriverai 
L'âme du tao-cheu lui servait der 
porter. 


Voyez Introduction XITT et XVII. — Les maléfios 
sont impuissants, contre les hommes très honnêtes, # 
aussi contre les hommes très intrépides. L’influx mais 
pénètre, à proportion de l'émotion, de la peur. 


130 


Le lettré Tsiàng, qui allait à Heù 
nan-fou, s’arrêla pour passer la nuit 
Koùng-hien. Dans l'auberge où il étai 
descendu, il y avait, à l’ouest, un à 
partement fort propre, qui lui pl 
beaucoup. — Avez-vous du courag* 


— 130. — 241 


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lui demanda l'aubergiste. Cel apparte- 
ment n'est pas toujours paisible la 
nuit. — Je n'ai pas peur, dit le 
Tsiang. — 11 veilla pourtant un certain 
temps, lampe allumée. Soudain il enten- 
dit, sous Ja table, comme un grouil- 
lement.. Une escouade de petils satelli- 
tes, hauts de trois pouces, tout de noir 
habillés, étaient sortis de terre. A la 
vue du Tsiàng, ils se consultérent en 
chuchotant, puis se relirèrent. 一 
Bientôt nouveau bruit. C'était un man- 
darin de la même taille, avec tout son 
train, étendards, chevaux et chars. Il 
s'assit, et commença à invectiver contre 
le Tsiäng, avec des gestes menaçants. 
Sa voix n'avait pas plus de force que 
le bourdonnement d'une guëpe. Enfin, 
comme le Tsiäng ne s'émouvait pas, il 
se mit fout à fait en colère, frappa la 
terre, et ordonna à ses petils satellites 
d'empoigner cet intrus. — Réunissant 
leurs forces, les pygmées arrachè- 
rent au Tsiang ses bottes, puis ses bas; 
puis ils ne purent plus rien lui faire. — 
Furieux, le petit mandarin s’approcha 
en personne. — Passant à l'offensive, 
le.Tsiäng le cueillit délicatement, et le 
déposa sur la table. Le pygmée perdit 
aussilôt la parole et le mouvement. Le 
Tsiäng l'ayant examiné, constata que 
c'était un de ces petits magots, à base 
hémisphérique lestée de plomb, qui se 


. redressent toujours quand on les a 


couchés. — Cependant tous les pygmées 
du cortège, humblement prosternés, 
suppliaient le Tsiang de leur rendre 


leur maître. — Je vous le rendrai, dit 
celui-ci, quand vous m’aurez payé une 
bonne rançon. — lis disparurent. On 


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一 130, 131. — 


FÉÉSERDNRESS NERS SÉRENISE 


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entendit comme des bourdonnem 
dans les murs. Puis ils revinrent, 
tant à deux une épingle à cheveux, 
trois une broche, etc. Bientôt le sol 
jonché de bijoux. — Alors le Ts 这 
prit le magot et le leur rendit. Celui 
recouvra aussitôt la parole et le m 
vement. Il battit en retraite, en 
ordre, avec tout son cortêge. Le r 
de la nuit se passa sans incident. 一 
matin, l’aubergiste remplit l'au 
de ses cris. Tous ses bijoux avaient 
paru durant la ouit, clamait-il. 一 
Tsiang comprit alors d’où les pyg 


avaient tiré la rançon de leur chef. 
À 
{ 


Les histoires de pygmées, gnomes, kobolïds, n 
pas rares. La nature de ces êtres n’est jamais expliq 


Hors la porte méridionale de 
ville de Tän-yang (Kiäng-sou), 
certain LU cultivait une plantation 
féviers, dont les gousses lui rap 
{aient chaque année une bonne so 
Aussi gardait-il son jardin jouretn 
avec l’aide de ses fils, une fois que 
gousses approchaient de leur matu 
Une nuit qu'il montait la garde, assis 
une pierre, par un beau clair de ! 
il vit soudain sortir de terre, au mi 
de ses arbres, un être aux cheveux 
désordre. Effrayé, il appela ses fils, 
alla voir avec eux. Une femme vêtue 
rouge se dressa devant eux. Le vie 
s’évanouit; ses fils s'enfuirent so 
La femme les poursuivit jusqu’à 
porte de leur maison. Là elle s'arrëk 


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— 131, 132. 一 DT 


un pied à l'extérieur, un pied à l’inté- 
rieur. Aux cris de terreur des fils, tout 
le monde était accouru ; mais l'haleine 
glaciale du spectre, tint les mieux 
armés à distance. La femme entra, se 
glissa sous un lit, et disparut. Alors 
les- fils allèrent ramasser leur père, 
qu'ils ranimérent'avec de l’infusion de 
gingembre. Désormais ni le père ni les 
fils n’osérent plus garder leur jardin.’ 
Un voleur en profita pour s'y introduire 
la nuit. Le lendemain on le ramassa à 
demi mort de peur. Il raconta avoir vu 
dans le jardin un homme sans tête. 
Alors on creusa la terre au lieu des 
deux apparitions. On découvrit d'abord 
un cercueil rouge, contenant le corps 
d'une femme vêtue comme celle qui 
avait apparu la nuit. Puis on découvrit 
un cercueil noir, contenant le corps 
d’un homme décapité. Les deux corps 
étaient parfaitement conservés. On les 
brüla, et tout rentra dans l’ordre. 


Vampires. Voyez Introduction IX. — Probablement 
les acteurs et victimes d’un drame conjugal. 


132 


En l'an 765, un certain Wang vivait 
à Yäng-tcheou (Kiäng-sou), au nord 
de la pagode Hiäo-kan-seu. Durant les 
chaleurs de l'été, le Wang s'étant eni- 
vré, gisait sur sa couche, un bras pen- 
dant. Craignant qu'il ne prit froid, sa 
femme voulut relever ce bras. A ce 
moment, une grande main sortit du sol, . 
saisit le bras du Wâng, et le tira enterre. 
Sa femme et ses servantes tirérent tou- 
tes en sens inverse. Malgré leurseffonts, 


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le Wing enfonçait de plus en plus dat 
la terre entr'ouverte. Alors toute 


famille se mit à creuser en toute hâte 
À deux loises de profondeur, ils tro 
vérent un squelette entier, qui parais 
salt vieux de plusieurs siècles. 
Voyez Introduction IX. | 
| 
| 


133 


L'épouse du sous-préfet de Sinn- 
(Séu-tch'oan) venait de mourir. U 
trés belle femme se présenta chez | 
Le sous-préfet s’amouracha d'elle, 4 
la garda. Cela dura plusieurs mois. 
Un beau jour elle lui dit adieu d 
sanglotant. — Pourquoi cela? demands 
t-il. — Parce que, dit-elle, mon.m 
revient; il va m'emmener loin di 
conservez ceci en mémoire de moi... 
elle donna au sous-préfet un gobe 
en argent. — Le sous-préfet lui don 
dix piéces de soie. — Elle partit. 
sous-préfet ne fit plus que penser 
elle. Le gobelet ne le quittait pas. 
qu'il fût, il le déposait sur la table d 
vant lui. — Cependant le commanda 
des troupes du district ayant 
changé, vint à Sinn-fan pour pren 
congé du sous-préfet, et pour enlever 
cercueil de sa femme qui y était mo 
Le sous-préfet lui fit fête. 一 ‘Les ye 
de l'officier se fixérent sur le gobelet. 
Pourquoi cet objet vous intéresse-t 
tant? demanda le sous-préfet. — 
gobelet, dit le commandant, je l'ai d 
posé dans le cercueil de ma feue fem 
me; je me demande comment il es 


一 133, 134. 一 


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venu ici. — Assez ému, le sous-préfet 
raconta Son aventure, déerivit la per- 
sonne, et finit par l'échange du gobelet 
contre dix pièces de soie. — Le com- 
mandant rentra chez lui furieux. 11 
ouvrit le cercueil de sa femme. Son 
corps intact tenait dans ses bras dix 
pièces de soie. Séance tenante le com- 
mandant fit brûler le cercueil avec son 
contenu. 


Voyez Introduction IX et XII. 
134 


Un sectateur du Lotus Blanc, dont 
j'ai oublié le nom, était trés renommé 
pour son pouvoir magique. — Un jour 
il remplit un bassin d'eau, le couvrit, 
et le confia à son disciple en lui disant: 
Je vais m’absenter; veille bien sur ce 
bassin jusqu'à mon retour. 一 L'absence 
du maitre se prolongeant, le disciple 
piqué de curiosité découvrit le bassin. 
Sur l’eau flottait un frele petit esquif, 
qu'il faillit faire chavirer en le touchant 
du doigt. — Soudain son maitre rentra 
fort en colère et lui dit: Tu as failli me 
faire périr. Je naviguais en haute mer. 
Tu as presque fait chavirer le bateau 
qui me portait — Un autre jour, le 
soir, il alluma une grande bougie, qu'il 
confia à son disciple en lui disant: 
Prends garde que le vent ne l’éteigne 
avant mon retour. — Vers minuit, ac- 
cablé de lassitude, le disciple s’endor- 
mit. Quand il se réveilla, la bougie 
était éteinte. — Le maître rentra trés . 
courroucé. Tu m'as fait faire plus de 


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— 134, 135. — 


dix stades dans une obscurité complète 
dit-il. — Un jour le disciple s’étan 
permis des familiarilés avec la concu: 
bine du maître, celui-ci lui ordonn: 
d'aller nourrir les porcs. Dès qu’il fu 
entré dans la porcherie, le disciple de 
vint lui-même un porc. Le maître fi 
aussitôt appeler un boucher, auquel i 
vendit le pore. Le boucher le tua, 
dépeça, et vendit la viande, sans qu 
personne s’aperçût de rien. | 


Voyez Introduction XVIH. 


A Î-choei (Chän-tong) un certain 
Ma vivait avec sa femme née Wang, 
Les deux époux s’aimaient tendrement. 
Le Mà mourut jeune. Les parents dé 
la jeune veuve, la pressèrent de se re: 
marier. Même sa belle-mère, la voyant 
encore si jeune, luï dit: Votre résolu: 
tion de garder la viduité, est tré: 
louable, il est vrai. Mais songez que 
n'ayant pas de fils, vous resterez un 
Bien d’autres, qui 
avaient commencé par des propos trè: 
nobles, ont fini par des actes fort hon- 
teux. Mieux vaudrait vous remarier, el 
suivre la voie commune. — La jeune 
veuve jura qu'elle ne se remarierail 
pas. — On finit par la laisser tranquil- 
le. — Alors elle fit modeler en argile, 
uve image de feu son mari, qu'elle 
plaça dans sa chambre. A chaque repas. 
elle servit cette image, comme elle 
servait jadis son mari, de son vivant. — 
Un soir, comme elle allait se mettre au 


jour sans appui. 


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— 135, 一 24] 


lit, elle vit soudain l’image d'argile 
bâiller, s’élirer, descendre de son socle, 
et devenir en tout pareille à son défunt 
mari. — Epouvantée, la jeune femme 
allait appe'er sa belle-mère. Le koëi 
Parrkta et lui dit: Tais-toi ! Je l'aime 
tant! La vie aux enfers est si triste! 
C'est pour une faute commise par mon 
père, que je suis mort sans postérité. 
Ta fidélité conjugale a touché le juge 
des enfers. 11 m'a renvoyé, pour te don- 
ner un fils — La jeune veuve pleura 
de joie. — Ils s’aimèrent comme jadis. 
Le mari partait au chant du coq, pour 
revenir la nuit suivante. — Au bout 
d’un mois, la jeune femme se trouva 
enceinte. Ma mission est terminée, dit 
alors le mari en pleurant. 1 faut nous 
séparer, et cette fois pour toujours. 一 
Avec le temps, la grossesse de la jeune 
veuve devenant apparente, elle dut ra- 
conter son histoire à sa belle-mère. 
Celle-ci n'y crut pas trop. Cependant, 
elle avait si bien gardé sa bru! Enfin, 
elle resta dans le doute. — Au terme 
de sa grossesse, la veuve accoucha d’un 
fils. Les villageois rirent. Un ancien 
qui avait des griefs contre les Mà, ac- 
cusa la veuve d’inconduite. Le man- 
darin la cita. — Aucun témoin n'ayant 
pu affirmer rien de précis, le mandarin 
dit: Je vais trancher cette question 
d'après les règles. Les koëi ne pro- 
jettent aucune ombre, leurs enfants ne 
projettent qu'une pénombre; qu'on 
expose l'enfant au soleil!.. Le corps de 
l'enfant n'’intercepta pas la lumière, 
pas plus que n'aurait fait une fumée 
légère. — Faisons une autre expérien- 
ce, dit le mandarin. Les images des 


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— 135, 136. — 


pu 
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. parents boivent le sang de leurs enfants 
les autres images le repoussent. Qu'ol 

. pique le doigt de l'enfant pour le fair 
saigner! Qu'on frotte de son san 
l'image d'argile, et une autre! La 
satelliles exécutérent cet ordre. L'imag 
d'argile bul le sang, l’autre ne l'absord 
pas. — Allez en paix, dit le juge àk 
veuve. — En grandissänt, le fils & 
koei devint de lout point tellemei 
semblable au feu Ma, que les plus ml 
lintenlionnés durent renoncer à leur 
soupçons. 


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Voyez Introduction XIT. 一 Les mandarins se s 
vent encore de procédés de ce genre.Ïls sont génerals 
ment tirés du traité de médecine légale 洗 %£ {4 S 
guan-Lou, écrit en 1247, devenu usuel dans les préloist 
vers le quinzième siècle. 


ISRHAE>DAMNÈSS 


136 


Au nord de la ville de Linn-i-hi 
(Chän-tong), devant ja fombe d' 
Monsieur Ho, se trouve une tortues 
pierre, qui ne porte plus de stèle. ER 
en porlait une jadis, au temps 
royaume hun des Chêu de Tchäo (fi 
carte XV, quatrième siécle). Les tort 
aiment l’eau. Chaque nuit, la tortue 
pierre, portant sa stèle, allait prent 
son bain dans la rivière voisine. Aus 
avait-elle toujours, le matin, le & 
couvert d'algues. Une fois, un pass 
l'effraya. Elle jeta sa stèle et s'enfu 
La stèle fut brisée. 

A Lidu-linn-ts'ounn, village ( 
Tch'ang-p'ing-tcheou (Tchéu-li), 
puit un cheval foulait et broutait le 
céréales des paysans. Ne réussissas 
pas à le prendre, ils montèreut la gard 


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— 136, 137. — 249 


avec leurs arcs. Une nuit, le cheval 
reçut une flèche. Il s'échappa. La trace 
de son sang conduisit les paysans à un 
cheval de pierre, érigé devant la tombe 
d'un noble personnage. Ce cheval était 
blessé au flanc. On sut ainsi que c'était 
bien lui l’auteur des déprédations noc- 
turnes. | | 
Près de la porte seplentrionale de 
la ville de Kiä-houo-hien (Hôu-nan), 
s'élève un pont, jadis appelé le pont 
des enfants, parce qu'il était orné den- 
fants en pierre. Ce pont est fort ancien. 
A force de vieillir, les enfants de pierre 
devinrent transcendants. Ils couraient 
les rues la nuit, frappaient aux portes, 
gambadaient sur le marché. Cela finit 
par ennuyer les paisibles bourgeois. 
Une nuit, quelques braves montlèrent la 
garde en armes. Ils virent les enfants 
de pierre descendre de leurs niches, 
se jetérent sur eux, et leur abattirent 
la tête à coups de sabre. Depuis lors 
les apparitions noclurnes cessérent, et 
Ja paix fut rétablie. 
Voyez Introduction XIX, 


137 


Un certain Séng-tingpai de Nan- 
yang (Heüe-nan), jeune mais brave, 
dut un jour faire une marche de nuit. 
Il rencontra un revenant. Qui es-tu? 
lui demanda-t-il. — Je suis un koëi, 
dit le revenant; et toi, qui es-lu? — 
Moi aussi, je suis un koëi, dit le 
Séng. — Où vas-tu ? demanda le reve- 
nant. — Au marché de Wän, dit le 


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Séng. 一 EL moi aussi, dit le revenang 
faisons roule ensemble. 一 Quand 
eurent chemiué un cerlain temps, À 
revenant dit: À marcher ainsi, nc 
nous faliguons tous les deux. Si no 
nous portions l’un l’autre, à tour 4 
rôle? — Accepté, fit le Song. — Le 
venant le prit sur ses épaules. Oh! 
il, comme tu es lourd! Tu n'es past 
koëi. — Je suis koëèi depuis peu 
temps, repartit le Séng; je ne suisf 
encore parfaitement déféqué; vo 
pourquoi je suis encore lourd. — Qua 
Ce fut au tour du revenant d’être po 
le Séng constata que de fait il ne pes 
rien. Tout en le portant, il lui dem: 
da: Toi qui as de l'expérience, dis-1fi 
s’il te plait, à moi qui ne fais que 4 
buter, ce que je devrai craindre dés 
mais dans mon nouvel état? — Les k 
ne craiguent qu'une chose, dit le re 
nant, à savoir les crachats des viva 
. qui les paralysent. — On arriva 
bord de l’eau. Passe le premier, dit 
Séng. — Le koëi passa, sans qu'on ( 
tendit le moindre bruit. Quand le S4 
passa à son tour, l'eau clapota. — Qu‘ 
cela? dit le revenant. Non tu n'es 
un koëi! 一 Je suis mort il y a peu 
jours, dit le Séng, je ne suis pas 4 
core ethenise; de là ce clapotis. 一 
arrivèrent au marché de Wän, le 
portant le revenant. Soudain le 
étreignit le koëi si violemment, q! 
Jui 0ta la parole et le mouvement. Pd 
d’un coup d'épaule, il le jeta à terre. 
Le koei avait pris la forme d’un m 
ton. Le S6ng cracha sur lui, ce qui 
paralysa sous cette forme. Vite le St 
chercha un acquéreur, auquel il ven 


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”一 137, 138. 一 251 


son koëi pour 1500 pièces de mon- 
naie. — Les contemporains rirent tout 
de même un peu, et le dicton suivant 
devint courant: Pour qui veut des koëi, 
c'est chez Sông-tingpai, à 1500: pièce. 
Voyez Introduction VII et IX. 一 Quand les païens 
veulent écarter une âme, ils erachent Ainsi les assistants 


d’une exécutivn capitale, crachent vers le supplicié, pour 
empêcher son âme de s'attacher à eux. 


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138 


Un bachelier Liéu du Où-kfang 
(Kiäng-sou), était précepteur dans la 
famille Tsiang de Yaän-hoao. Il revint 
chez lui, pour la fête des tombes 
(5 avril). Son congé étant expiré, il dit 
à sa femme: Je retournerai à Yuân- 
Aouo demaën. J'ai un ami à visiter, sur 
le chemin. Prépare-moi à déjeuner de 、 
très bonne heure. — Le lendemain, la 
femme se leva avant le jour, lava le 
riz, cueillit des légumes, et fit cuire le 
tout. — Leur maison était située entre 
une colline et l’eau, en-dehors du vil- 
lage. — Comme le soleil se levait, la 
femme appela Soa mari. Il ne répondit 
pas. Elle entr'ouvrit les rideaux, et vit 
le corps de son mari gisant sur la cou- 
ehe décapité. La tête manquait. Pas 
une goutte de sang n'avait coulé. 一 
Epouvaatée, la femme appela les voi- 
sins. — C’est sur elle qué se portérent 
tous les seupçoens. 一 Son mari, disait- 
on, l’aura surprise en adultère. Son 
amant lui aura coupé la tête. — Bref, 
le mandarin averti, vint examiner le 
cadavre, arreta la femme, l'interrogea, 
la tortura. Comme elle n’avouait pas, il 


252 一 138, 139. 一 


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l'incarcéra, en atlendant. — Il y aval 
des mois que la malheureuse languis 
sait en prison, quand un villageoë 
étant allé couper du bois sur la colline 
remarqua, dans une tombe en ruin 
un cercueil bien conservé qui lui pa 
entr'ouvert. Soupçonnant que des ma 
faiteurs avaient pillé cette sépulture, 
avertit le village. Les villageois vinre 
en nombre. Le cercueil fut ouvert. H 
reur! } contenait un vampire, au vi 
vermeil, au corps couvert de longspoi 
blancs. Les deux bras du monst 
étreignaient une tête, qu'on reconn 
être celle du bachelier Liôu. — Vite 
avertit le mandaiin, qui arriva avec 
suite. On eut beau tirer, le vampire 
lâcha pas la tête. Qu'on lui coupe | 
bras! ordonna le mandarin. — On 
alors du sang frais couler en abondan 
du corps du vampire, tandis que lat 
du bachelier sucée, n'en contenait pl 
une goutte. — Finalement le mandar 
fit brûler le vampire. Puis il acquil 
la pauvre veuve. 


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Voyez Introduction IX. 一 Tele enlevée après le 
ver de la femme. 一 Les poils blancs des vampires, 
probablement le mycéliom d’un champignon, ou 
moisissure, les cadavres chinois enveloppés dans 
habits el du coton, séchant plutôt qu'ils ne pourrissst 


159 


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Un étranger trés fort et sans peu 
séjournait au Hôu-koang dans une vieil 
pagode solitaire. Une nuit qu'il se pro 
menait dehors par un beau clair à 
lune, il vit entrer dans un massif d'af 
bres, un homme coiffé d’un bonnet | 


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la mode des T'ang. Comme il voltigeait 
plutôt qu'il ne marchait, l'étranger se 
douta que c'était un koëi. Il le suivit 
de loin, et le vit disparaître dans une 
tombe ancienne, située en plein bois. 
Pas de doute; l'être mystérieux était 
un vampire. — Or l'étranger avait en- 
tendu dire, que le plus mauvais tour 
qu'on puisse jouer à un vampire, c’est 
de lui dérober le couvercle de son cer- 
cueil. Tout le monde raconte cela, se 
dit-il; voilà le moment d'en faire jex- 
périence. — La nuit suivante, il se mit 
en embuscade dans le bois. Un peu 
avant minuit, le vampire sortit de la 
tombe. L’étranger le suivit. — Le vam- 
pire se rendit à un grand bâtiment à 
étage. D'une. fenêtre, une femme vêtue 
de rouge lui jeta une corde blanche. 
Le vampire grimpa à l'étage, et se mit 


à bavarder avec la femme. — C'est le -. 


moment, se dit l'étranger. — Vite, il 
courut à la tombe, en'eva le couvercle 
du cercueil, et le mit en lieu sûr. Puis 
il se cacha dans un fourré, pour voir 
ce qui arriverait. — Vers le matin, Île 
vampire revint. Quand il eut constaté 
la disparilion du couvercle, il manifesta 
un grand effroi, furela aux alentours, 
puis courut à la grande maison, et de- 
manda asile à grands cris. La femme 
parut à la fenêtre, mais ce fut pour 
faire des gestes de refus. Le vampire 
sautait et hurlait de désespoir. Soudain 
les coqs chantèrent. Il tomba comme 
foudroyé. La femme s'affaissa aussi à 
sa fenêtre. — Au matin, des passants 
trouvèrent le corps d’un homme vêtu à 
l'antique, gisant devant le temple des 
mânes de la famille Tcheôu. A l'étage 


— 139, 140. — 


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de ce temple, était remisé le cercue 
non encore enseveli d’une femme 
cetle famille. Le cercueil était ouve 
et la femme vêtue de rouge et ceint 
d'un lien blanc, gisait sur le pla 
cher. 一 L'étranger raconta ce qu’ 
avait vu la nuit. — On brûla les de 
vampires sur le même bûcher. 


Voyez Ilatroduction IX et XII. 一 Le couvercle 
cercueil étant enlevé, le corps du vampire, atteint 
les intempéries de l'air, se décompose. 


140 


Le temple K'äi-chan-seu, dans | 
village Tchoùnn-ts'ai-li, fut primiliv 
ment la propriété d'un certain Wäi 
ying, bourgeois de la capitale (La 
yang, Heüe-nan). Cet homme éta 
mort jeune, sa veuve, née Leäng, n'at 
tendit pas la fin du deuil pour épou 
un certain Hiäng-tzeutsi, originaire d 
Heüe-nei. Bien plus, elle installa so 
nouveau mari, dans la maison de l’a 
cien. — Le défunt apprit ces actes 
sa veuve. I] revint en plein jour, à ch 
val, avec une escorte, et cria devant 
porte, à son ancienne femme: « C’ 
aiasè que ta m'as oublié! » — Le nou 
veau mari banda sen arc et lui décoc 
une flèche. — Atteint en pleine poi 
trine, le cavalier tomba de sa montu 
Tout son cortège tomba avec lui. L’ex 
mari était une statuette en bois de 
cher, le cheval et le cortège étaient d 
simulacres tressés en paille et jonc. 
Éffrayée, la femme fit don de cette p 
priété aux bonzes, qui y érigèrent le 
temple K’äi-chan-seu. 

Texte du sixième siècle. — Figurines des cortègss 
funèbres. Voyez TP page 9; et Morale et L'sages, 


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41. 一 255 


seconde édition, page 533. C'est l'âme du mari, qui revint 
dans sa statuette. 


141 


Le chancelier Teéu-poui étant 
avancé en âge, obtint sa retraile, et 
- revint à T'ai-yuan (Chän-si) son pays 
natal. Il se logea, au nord de la ville, 
Sur un-terrain dépendant du Yang-k'iu- 
hien. — Un être mystérieux hantait ce 
pays. Il apparaissait surtout dans les 
épais brouillards qui suivaient les gros- 
ses pluies. Beaucoup de gens l'avaient 
rencontré, plusieurs étaient morts de 
peur. On finit par promettre une récom- 
pense de cinq mille pièces de monnaie, 
à quiconque en débarrasserait le pays. 
Personne ne voulant se risquer, Teéu- 
poui qui était fort et braye, s'offrit. 一 
IH sortit le soir, à la recherche du 
spectre, et le rencontra au moment où 
celui-ci sortait de son repaire. Il lui 
décocha aussitôt une flèche, qui le tou- 
cha. Le spectre prit la fuite. Teéu- 
poui lui donna la chasse, et lui tira 
encore deux flèches. Le spectre se jeta 
dans un précipice. 一 Teôu-poui revint, 
chantant vicloire. On but à sa santé 
pour cinq mille sapëques de vin. 一 Le 
lendemain, on chercha dans le préci- 
pice. On trouva un Fäng-siang-cheu 
percé de trois flèches. Les apparitions 
cessérent. | 

Voyez Introduction XIX. 一 1 s’agit d’un méi, vieil 
objet devenu transcendant. 一 “#$ #f 氏 Fäng-siang- 
cheu ou 天 路 种 K'äi-lou-chenn, image en brin- 
dilles et papier, portée en tète de toutes les processions 
funèbres. C’est un chénn, chargé d'ouvrir la voie, c'est 
à-dire d’écarter du chemin tous les influx néfastes. La 
coutume, générale dès la dynastie Hén, parait remonter 
aux Tcheou. Voyez TP page 85. 


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一 149, 143. 一 
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142 142 


Sous les premiers Séng (5° siècle) 
un étudiant était allé au loin pour trol 
ver un maître. Une nuit que ses p: 
rents veillaient auprès du feu, le jeur 
homme leur apparut soudain et le 
dit: Je ne suis plus en vie. C'est m 

âme que vous voyez et qui vous ar 
Tombé malade au commencement de ( 
mois, je suis mort aujourd’hui, à tell 
heure. Un certain Jénn-tzeutch'eng d 
.Lâng-ye (Chän-tong}), a pris soin 1 
mon cadavre. Demain 计 le mettra 6 
bière. Je viens vous chercher pour | 
cérémonie. — Il y a mille stades di 
à Lâng-ye, dirent les parents; comnrer 
pourrons-nous arriver à temps? — U 
char vous attend à la porte, dit l'âme 
Venez! Vous arriverez à temps. — Le 
parents montèrent dans le char, ets’ 
assoupirent. Au chant du coq, ils 
trouvèrent à Läng-ye. Quand ils exa 
miuerent le char qui les avait trans 
portés si loin avec une telle rapidité 
ils constatèrent que c'était un de ce 
chars en papier attelés d'un cheval d 
bois, que l'on offre aux mourants pou 
le grand voyage. Ils trouvèrent Jénn 
tzeutch'eng, et.pleurérent leur fils 
sa mise en bière. Tous les renseigne 
ments que l’âme leur avait dounés, 4 
trouvèrent, vérification faite, scrupu 
leusement exacts. 


Voyez Introduction XI. — Pour le char de l'âme 
voyez Morale et Usages, seconde édition, page 495. 


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_— 148, 144. 一 257 


cerlain Sôu-nants'ounn était à l'agonie. 
Soudain il demanda à ceux qui l’assis- 
taient: Li-kingie et Wèi-tchaofang 
sont-ils venus? — Personne ne com- 
prenant rien à celte demande, pn lui 
donna une réponse évasive. — Au bout 
d'un certain temps, le moribond de- 
manda encore: Sont-ils venus? — Non, 
lui dit-on. — Appelez-les vite, dit-il; 
puis il tomba dans le coma. — Voyant 
que la mort était imminente, on courut 
au marché acheter un palanquin en 
papier pour l’âme. Quand les familiers 
l'examinérent, ils virent des noms 
écrits sur le dos des deux porteurs. 
L'un s'appelait Li-kingie, et l’autre 
Wéi-tchaofang. lls comprirent alors le 
sens des questions du moribond. Dès 
qu'ils eurent mis le feu au palanquin, 
Sôu-nants'ounn expira. — (Ce n'est 
pas l’usage d'écrire des noms sur les 
figurines funèbres. L'auteur de celles-ci 
l'avait fait, par plaisanterie sans doute. 
Et Sôu-nants'ounn avail eu révélation 
des noms de ceux qui devaient empor- 
ter son âme. N'est-ce pas singulier? 


Voyez je numéro précédent. — Chars, dans le nord ; 
palanquins, dans le midi de la Chine; pour les âmes, 
comme pour les vivants. 


14% 


Dans le district Oü-tch'eng-hien du 
Hôu-tcheou-fou (Tchée-kiang), il y 
avait jadis un temple, dédié au « Prince 
courageux et valeureux». Voici à quel- 
le occasion il avait été bâti. Au moment 
où les provinces secouërent le joug de 
la dynastie mongole Yuan (avènement 


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一 144. 一 


des Ming, fin du 14° siècle), dans 0 
pays-là un jeune homme leva une ban 
de de parlisans, et altaqua le général 
Tchäng-cheutch'eng. Il fut battu € 
tué, Ses amis le pleurèrent, et lui éle- 
vérent un temple, sous le vocable du 
« Prince courageux et valeureux». 一 
En l'an 1777, un bourgeois de Où: 
tch'eng-hien nominé Tch'êénn, étan 
allé brûler des parfums à ce temple, et 
revint obsédé, au point qu’il finit pa 
se pendre. Son frère aîné Tch'éna: 
tchengtchoung, prit fort mal la chose 
On n'élève de temples qu'aux ché 
bienfaisants, dit-il; les koèi malfai 
n'ont pas le droit d'en avoir. — Com 
c'était un homme intrépide, il alla at 
temple en question, et fit parler le des 
servant. 用 n’y a pas que votre frère, 
lui dit celui-ci. Les deux premier 
hommes qui ont brûlé des parfam 
dans ce temple cette année, sesont pes: 
dus tous les deux. — Furieux, Tch'èns 
tchengtchoung alla quérir ses ouvriers 
Hs vinrent en nombre, armés de pioches 
el eurent tôt fait de démolir la stat 
du Prince courageux et valeureux. - 
Quand le peuple le sut, beaucow 
eurent peur. On avertit même le man 
darin, de ce que certains qualifaies 
d’attentat. Tch'énn-tchengtchoung cité 
déclara le motif qui l'avait fait agir 
Il ajouta que le Prince courageu 
et valeureux n'étant mentionné, ni dax 
l'histoire nalionalce, ni dans les annal 
locales, c'était un. chenn ou un kk 
interlope, n'ayant pas droit à un te 
ple. Metlez à la place de celle que ‘d 
abattue, une statue de Koän-ti, qu 
sera une source de bénédictions pour k 


一 144. 一 | 259 


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peuple. Je la paierai volontiers. — Le 
mandarin Joua hautement Tch'énn- 
tchengtchoung, et décida qu'il serait 
fait comme il venait de dire. — Deux 
mois plus tard, une fille nubile de la 
famille Soünn, fut soudain possédée par 
un esprit malin. Je suis le Prince cou- 
rageux et valeureux, criait-elle. Un 
méchant ayant brisé ma statue, m'a 
réduit à errer. Servez-moi du vin et 
des mets! — Les accès de cette fille se 
succédant, son père alla trouver le 
Tch'ênn. Laissez-moi faire, dit celui- 
ci. — Après s'être armé d'une branche 
de pêcher, il alla droit chez les Soann, 
et entra en criant du haut de sa tête: 
C'est moi qui ai démoli ta statue! C'est 
moi qui t'ai jeté dehors! C'est à moi 
qu'il te faut t'adresser. Laisse cette 
fille en paix. Mendiant! Pique-assictte! 
Avec des manières. pareilles, tu veux 
qu'on t'appelle Prince courageux et 
valeureux. Rougis si tu peux, et déguer- 
pis au plus vite! — Le voilà encore, le 
méchant, gémit celui qui possédait la 
fille. Je m'en vais! Je m'en vais! — 
Craignant un relour offensif, le Soûnn 
pria le Tch'énn de loger chez lui. Tant 
qu'il était dans la maïson, la fille se 
portait bien. Chaque fois qu'il s’absen- 
tait, elle était reprise de ses accés. 
Eufin Tch'énn-tchengtchoung conseilla 
à son père, de la marier le plus tôt 
possible à un jeune homme de l'endroit. 
Quand elle fut mariée, les accès cessè- 
rent. 

Preta famélique. 一 Le bois de pêcher chasse les 
koëi. Voyez TP pages 83 et 84. 一 Le mariage guérit les 
hystériques. 


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A Pékin, un garde impérial pass 
ses loisirs à courir le lièvre. Un jd 
son cheval s’emballa. Un vieillard tira 
de l’eau d'un puits. Dans sa course f 
le, le cheval le heurta, et le précipi 
dans le puits. Quand le garde fut ar 中 
à maîtriser sa bête, il s’enfuit en tou 
hâte. 一 La nuit suivante, le vieille 
lui apparut, et lui dit, avec accomp 
gnement d'injures: Je sais bien qi 
c'est ton cheval qui m’a poussé da 
le puits. Mais toi, tu n’as rien fait pa 
m'en retirer... Et ce disant, il se mit 
briser la vaisselle, et à lacérer le papi 
des fenêtres. — Toute la famille : 


ternée lui fit des excuses et lui 0 
des libations. — Cela ne suffit pas, 
le koëi. J'exige que vous m'érig 
une tablette, porlant mon nom, qt 
voici. Chaque jour vous m'offrirez à 
pieds de cochon. De plus, vous 4 
ferez les mêmes offrandes réguliéf 
qu'à vos ancêtres. À ces conditions, 
me liendrai tranquille. — Il fallut 
passer par là. Cela dura plusieurs 
nées. — Depuis le jour de laccid 
le garde avait évité de repasser prés 
malencontreux puits. Un jour qu'ilé 
de service, le cortège impérial pa 
par là. Il essaya de se faire dispen 
mais fut rebuffé, et de plus moq 
Quas-tu à craindre, lui dirent ses 
marades, en plein jour, avec tant 
compagnons ? — Force lui fut donc 
s'exécuter. Quelle ne fut pas son é 
vante! Le vieillard tirait de l'eau. 
qu'il vit le garde, il se jeta sur lui, 


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— 145, 146. — 261 


criant: Je te liens, enfin! Être sans 

" entrailles! Après m'avoir jeté dans le 
puits, Lu n'as rien fait pour me retirer! 
Attrape ceci!.. et les coups de pleuvoir 
sur le garde, aussi dru que les inju- 
res. — Mais, balbutia celui-ci, ne vous 
ai-je pas fait des offrandes chaque jour, 
depuis plusieurs années? Pourquoi 
revenez-vous sur la parole donnée? — 
Des offrandes, cria le vieillard. Veux- 
tu dire que je suis un koëi? Sans doute 
ce n’est pas ta faute que je sois encore 
en vie. Mais après ton départ, un pas- 
sant plus humain que toi, m'a retiré 
du puits. Est-ce pour m'insulter, que 
tu te donnes [air de me prendre pour 
un koëi? 一 Alors j'ai été mystifié, dit 
le garde; veuillez venir chez moi. — Il 
le conduisit à son domicile, et lui dit: 
Voyez votre tablette! — Ma tablette, 
dit le vieillard ; mais ce n’est pas ainsi 
que je m'appelle! 一 Le vieillard com- 
prit alors qu'un koëi rôdeur, spectateur 
de la tragédie du puits, l'avait exploitée 
à son profit, et s'était fait nourrir par 
le garde durant plusieurs années. 
Furieux, il brisa la tablette et renversa 
les offrandes. — Un éclat de rire rail- 
leur retentit dans l'air. Le koëi intrus 
était parti. 


Les koëï exploitent les occasions qu’ils rencontrent, 
ou qu'on leur suggère. De là la crainte générale de 
certains conseils ou souhaits ; par exemple, à un cocher: 
ne versez pas !.. à un maçon qui monte à une échelle : 
ne lombez pas!.. Ces paroles sont néfastes. Car, si un 
koëi rôdeur les entend, elles lui donneront l’idée de faire 
verser le cocher, de faire tomber le maçon. Il n'y aurait 
peut-être pas pensé, de lui-même. 


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Son cercueil déposé dans la gra 


Son séant. Il avait le visage noir, 


La ceinture qui liait les anneaux :4 


Tchäng et un Li, liés d'amitié, faisait 
ensemble le commerce à Canton. 
Tchäng ayant dû revenir, le Li lui re 
une lellre pour sa famille, que 
Tchäng remit fidélement. Il apprit « 
le père du Li venait de mourir, et 


Salle. Il lui offrit donc les lamentatit 
et les offrandes d'usage. Très touch 
Madame Li, la mère de son ami, le 
mercia, lui offrit à souper, et un f 
pour la nuit, car il se faisait tard. 
La largeur d'une cour, séparait 
chambre qui lui fut assignée, du ct 
cueil. Vers la seconde veille de la nt 
le Tchäng ayant entendu un léger bn 
regarda par une fente du papier de 
fenêtre. II vit un singulier manège, 4 
l’inquiéta passablement. La veu 
tenant un bâlon d’encens allumé, se 
pandait en supplications devant le ce 
cueil de son mari. Puis, étant ver 
doucement jusqu’à la porte du Tchäs 
elle détacha sa ceinture, la passa da 
les anneaux extérieurs, lia forteme 
les deux battants, puis se retira. — 
Tchäng n'osa pas se mettre au | 
Comme il regardait de nouveau par 
fenêtre, il vit le cercueil s’ous 
L'homme qu'il contenait, se dressa 


yeux caves et flamboyants, l'air hide: 
et féroce. Après avoir humé l'air, 
sortit du cercueil, et courut droit à 
porte du Tchäng, poussant des siff 
ments, et soufflant une haleine glacia 


rompit. Le Tchäng eut beau appuy 
de toutes ses forces contre la port 
celle- oi céda, et le vampire se précipi 


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daus la chambre. Le Tchäng se réfugia 
derrière une armoire, qu'il poussa 
quand le vampire l'attaqua. L'armoire 
S’abatlit sur le vampire. Le Tchang 
Sevanouit, 一 Cependant la veuve et 
ses domestiques ayant entendu le fracas 
de cette lutte, accoururent avec des 
lanternes. Quand le Tehäng eut été 
ranimé avec de la tisane de gingembre, 
la veuve lui dit: C'est mon mari, qui 
vient de vous effrayer de la sorte, De son 
vivant, c'élait un mauvais drôle. Depuis 
qu'il est mort, il fait le sabbat. La nuit 
dernière, il m'est apparu et m'a dit: 
Un certain Tchäng va apporter une 
lettre. 11 porte de l'argent. Je le vole- 
rai. La moitié sera pour moi, l'autre 
pour toi... Je pris cela pour un vain 
rêve. Mais quand vous eüûtes de fait 
apporté la leltre de mon fils, je br0lai 
de l’encens devant je cercueil de mon 
mari, et le suppliai de se désister de 
son méchant projet. Je liai aussi votre 
porle, pour qu'il ne pût pas l'ouvrir. Je 
ne pensais pas que la force de cet être 
féroce fût si grande. Un peu plus, il 
vous arrivait malheur. — Ces explica- 
tions données, la veuve et ses gens tiré- 
rent le vampire de dessous l'armoire, et 
le reportèrent dans le cercueil. — Vous 
ne pouvez pas conserver ce corps, dit 
le Tchäng à la veuve; c'est un fléau 
public. — Vous avez raison, dit la 
veuve. Mais, comme c'est le corps de 
mon mari, je n'ai pas pu jusqu'ici me 
résoudre à le détruire. Je vois bien 
maintenant qu'il faut en venir là. 一 
Le Tchäng invila des bonzes de renom, 
qui firent Ja cérémonie du passage de 
l'âme, puis incinérérent le corps. 


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Depuis lors, la veuve vécut tranquilk 
Voyez Introduction IX, 


147 


Au Fôu-kien, le cimetière de | 
grande famille Li de Nän-hi, situé 引 
une hauteur, déversait sur les Liui 
flux faste puissant. Un magicien tai 
nommé Ki, résolut de s'approprier 
influx. Il avait une fille malade à 
Ua jour il lui dit: Je suis ton pére 

_ maître. D'ailleurs tu ne guériras jamaë 
Je vais prendre une partie de ton corg 
pour le bien de ma famille. Tes 4 
dériveront vers nous le bonheur d 
Li... Cela dit, sans attendre sa répous 
il lui coupa un doigt, l'enferma d 
une corne de bélier creuse, et l'ent 
secrétement dans le cimetière des Li. 
À partir de ce jour, chaque fois qu 
Li gradué mourait, un Ki conqué 
les grades. Chaque fois que les y 
des Li avaient donné tant de grain 
moins, les terres des Ki en dounéra 
autant en plus. Cela fit parler, ma 
personne ne découvrit le mystére. « 
Une année, vers la fête des tomh 
(5 avril), les villageois portant en pr 
cession la stalue du génie du lieu, la 
cortège passa, bannières déployé 
près du cimeliére des Li. Soudain 
porteurs de l’image, cloués au sol,1 
purent plus avancer. Un jeune homm 
subilement possédé, cria «au tempk 
au temple! ».. La foule le suivit. Il 
ta sur le piédestal vide, et déelama: 
suis le Génie du lieu. Un charme 
enterré dans le cimetière des Li. Pren 


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一 147, 138. 一 265 


des pioches. Prenez des coïdes. Main- 
tenant « au cimetière! au cimetière! ».. 
La foule le suivit encore. 一 Creusez, 
dit-il. et l'on découvrit une corne de 
bélier creuse, contenant un petil ser- 
pent. Sur la corne étaient gravés les 
ooms de tous les membres du clan 
Ki. — Allez saisir le chef de ce clan, 
cria le jeune homme, et amenez-le 
lié. — Puis il cria: Qu'on le livre au 
mandarin! 一 Averti de toute l'affaire, 
le mandarin examina et convainquit le 
magicien, qui subit la peine capitale. 
La prospérité des Li redevint intense. 
Ils se moutrèrent reconnaissants envers 
le Génie du lieu. 
Voyez Introduction XV. 


148 


Deux marchands de T'oùng-tch'eng 
(Nän-hoei), un Tchäng et un Sù, liés 
d'amilié, étaient allés trafiquer dans la 
province du Kiäng-si. A Koàng-sina, 
le Sû mourut dans la chambre haute 
d'une auberge. Le Tchäng s'enquit d'un 
marchand de cercueils, afin de pouvoir 
meltre le corps de son ami en bière. 
On lui en indiqua un. Il marchanda un 
cercueil, que le patron lui fit deux 
mille pièces de monnaie. Le Tchäng 
croyait le marché  conelu, quand un 
vieillard, assis près du comptoir, lui 
dit: C'est deux mille pour le patron, 
et deux mille pour moi. — Trop che, 
dil le Tchäng; et il retourna à l’au- 
berge. La nuit, le cadavre du Sû se 
releva, et Île battit si fort, qu'il dut 
s'enfuir, — {| retourna au magasin. le 


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148. — 


lendemain, et offrit trois mille pièd 
Le vieillard était encore là. Le patn 
ne répondant pas, le vieillard dit{ 
Tchäng: On m'appelle le Tigre d 
monts. Eh bien, foi de Tigre des mon 
ou tu paieras quatre mille pièces, da 
mille au patron et deux mille à moi, 
tu n'auras pas de cercueil. — Trop ch 
dit le Tchâäng.…. N'osant pas retdi 
ner à l'auberge, de peur d’être enta 
battu par le cadavre du Sû, il alla en 
tristement dans la campagne. — % 
dain un personnage à l’air affable, ba 
be longue et robe bleue, lui appart 
lui demanda: C'est vous qui narri 
pas à acheter un cercueil ? — C'est mt 
dit le Tchäng. — C'est le Tigre d 
monts qui en est la cause? 一 Oni,( 
le Tchäng. — Vous avez été battu 

le cadavre de votre ami? — Oui, ail 
Tchäng. — L'incoanu tira un objet 
sa manche. Prenez ceci, dit-il; c{ 
la cravache avec laquelle Où-tsea 
fustigea le cadavre du roi Ping | 
Tch'èu. Retournez à l'auberge. Si 
cadavre vous attaque encore, ne 4 
nagez pas votre poignet. Je vous Pl 
mets que vous aurez le cercueil, el 4 
tout finira bien. — Le Tchäng otéil. 
était à peine rentré à l'auberge, que 
cadavre l’attaqua. Le Tchäng tou 
sur lui à grands coups de cravache. 
cadavre s’affaissa et ne bougea plus. 
Le lendemain matin, il alla faire 
nouvelle tentative au magasin. Le | 
tron le reçut avec joie. Prenez le 

cueil pour deux mille pièces de 中 
naie, lui dit-il; nous sommes dé 
rassés du Tigre des monts; quel 3 
lagement pour le pays! Cet hou 


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一 148, 149. 一 267 


nommé Hoûng, était un magicien. II 
entrait dans les cadavres des morts, 
pour extorquer de l'argent aux vivants. 
Il taxait et rançonnait tout le monde, 
et malheur à qui ne le satisfaisait pas. 
Chaque fois que quelqu'un mourait, il 
venait chez moi attendre ceux qui vien- 
draient acheter le cercueil, et exigeait 
d'eux pour lui autant que moi je de- 
mandais pour la vente. Si on ne le 
satisfaisait pas, on était sûr d'avoir à 
la maison des histoires de revenants, 
Eafin il est mort subitement la nuit 
dernière, on na sait pas de quel mal. — 
Allons le voir, dit le Tchäng. — On dé- 
couvrit le corps du magicien. Il était 
sillonné de coups de cravache. 一 Le 
Tchäng raconta l'apparition qu'il avait 
eue. Quand il eut décrit le personnage: 
C'est notre Génie du lieu, dirent les 
villageois. 

Pour l'aneedote de Où-fzeusu, voyez TH page 
338. — C'est le magicien qui, entré dans le cadavre du 
Sé, battait le Tchang, pour arriver à lui faire payer 
la taxe. Il fut tué par la cravache du Génie du lieu. — 
Ce Génie est l'ennemi de tous les gredins, qui déshoao- 
rent son territoire, et troublent ses habitants. 


149 


Sous Ja dyvastie Hän, un certain 
Leäng-wenn du pays de Ts'i (Chän- 
tong), était fervent taoïste. Il avait 
installé dans sa maison un petit temple, 
dans lequel il priait les ch6enn et leur 
faisait des offrandes. Le sanctuaire de 
ce temple, était fermé par un voile 
noir. 一 Leâng-wenn pratiquait ces 
dévotions depuis dix et quelques an- 
nées, quand un jour, durant un 


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268 一 149, 150. 一 


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sacrifice, il entendit une voix, sortant dt 
derriére le voile, lui dire: Appe le -na 
Seigneur des hautes montagnes. 一 

dévotion du Leang s’accrut notable 
ment, cela se conçoit. Son chônn man: 
geait et buvait beaucoup, mais il dox 
nait de bonnes consultations sur le 
maladies. Quand le Leâng l’eut sert 
durant plusieurs années, le chénn 上 
permit de pénétrer derrière le voile 
dans le sanctuaire. Le Leang conversai 
avec lui, mais sans le voir. — Un jou 
que le chénn avait bu copieusement 
de Leang lui dit: Je voudrais bien vou 
voir. — Non, répondit le chênn; ma 
je le permets de me toucher. — L 
Leang ayant avancé la main, touch 
une barbe, longue et soyeuse. 11 l'en 
roula doucement autour de sa mais 
puis soudain, donna un coup sec. LU 
chénn poussa un bélement 1 Lo 


Les assistants groupés dans le temp 
aidèrent le Leäng à le tirer hors 
sanctuaire. Capturé, le chénn derit 
visible. C'était un vieux bouc, échapp 
du bercail de Monsieur Yuän-lou, sej 
ou huit ans auparavant. On le tua. 
temple du Leang ne rendit plus d'or 
cles. 


Voyez Introduction XX. 


450 


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Sous les Tsinn (3°-4° siècles), 
Où-hing (Tchée-kiang) vivait un hon 
me qui avait deux fils. Un jour que « 
enfants travaillaient aux champs, À 
virent accourir leur père, lequel, sf 


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— 150. — | 269 


rime ni raison, les gronda et les battit. 
Jls le dirent à leur mère. Celle-ci fit 
des reproches à son mari. Extrêmement 
étonné, le père dit à ses fils: C’est un 
koëèi qui aura pris ma figure. S'il re- 
commence, tuez-le. — Le lendemain, 
les fils allérent aux champs armés, et 
s'attardérent plus qu'à Fordinaire. Ne 
les voyant pas revenir, le père inquiet 
alla à leur rencontre. — Voilà le koëi qui 
revient, dit l’ainé des fils au cadet. 一 
Ils tuèrent leur père, et lenfouirent sur 
place. — Cependant le koëi qui avait 
assisté ‘invisible à la tragédie, revélit 
la forme du père, courut à la maison, 
et dit à la mère: Les enfants reviennent; 
ils ont tué le koëi. — Quand les deux 
fils furent rentrés, toute la famille se 
réjouit. — Quelques années plus tard, 
un maître ès sciences occultes passa 
par là. Il dit aux deux fils: Vous êtes 
d'une famille de malheur. — Les fils 
rapportèrent cette parole au chef de 
famille. Celui-ci entra dans une grande 
fureur. — Les fils sortirent et dirent 
au maître: Partez vile, pour qu'il ne 
vous arrive pas de mal. — Au lieu de 
s'enfuir, le maître entra hardiment 
dans la maison, en maudissant du haut 
de Sa tête. — Soudain le chef de fa- 
mille se transforma en un vieux renard, 
qui se cacha sous un lit. On le délogea 
et on le tua. — Les fils apprirent alors 
qu'ils avaient jadis tué leur vrai père. 
ls exhumèrent ses ossements, et les 
ensevelirent conformément aux rits. La 
famille prit le deuil. Peu après, le fils 
aîné qui avait porté le coup mortel, se 
suicida. Le cadet mourut de chagrinet , 
de colère. - 


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Mélange de renard, koëi et kodi. Voyez numéro 31 
note. 


151 


Un certain Hoäng-chenn, de Mi- 
ts’ounn dans le Kiü-young-hien, tra- 
vaillait aux champs. Une dame venant 
de l’est, passa par un sentier qui tra- 
versait ses lerres, puis revint en sens 
inverse. Même manège les jours sui- 
vants. Le Hoang commença par trouver 
la chose singulière, puis il conçut des 
soupçons, enfin il se décida à inter- 
peller l’inconnue. Où allez-vous ainsi?! 
lui demanda-t-il. — La dame sourit, et 
passa sans répondre. — Le Hoang fu- 
rieux porla un coup de sa faux à la 
pelite suivante qui marchait derrière la! 
dame. 一 La suivante tomba. - La dame 
disparut. — Le Hoâng se baissa pour 
examiner sa viclime. Il ramassa une 
queue de renard. — Les gens du pays 
prévenus, battirent les environs, el dé- 
couvrirent un terrier. L’ayant mis à 
jour, ils prirent une renarde sans 
queue. 

Voyez Introductio® XX. | 


152 


Au Näân-tong-hien (Kiäng-sou), 
une villageoise étant proche de son ter- 
me, avait prié la sage-femme du lieu, 
de passer la nuit chez elle. Son mar 
s'était absenté pour la circonstance, 
comme la coutume l'exige. Le lende- 
main, quand.il vint demander des nou- 
velles, sa femme lui présenta un beat 


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— 152. — 


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garçon. Voulant s'acquitter aussitôt 
d'un vœu qu'il avait fait pour l'obtenir, 
l'heureux pere chercha l'argent qu'il 
avait serré dans le traversin conjugal. 
L'argent avait disparu. — Il y avait 
quatre petits lingots, dit l'homme 
surpris. — Ce n'est bien sûr pas moi 
qui l'ai pris, dit la femme. Personne 
n'ést entré ici, que la sage-femme qui 
a passé avec moi la nuit dernière. — Le 
mari alla trouver la sage-femme, et lui 
dit poliment: Si vous pouviez retrouver 
mon argent, je vous en donnerais la 
moitié, et emploierais l’autre à m'ac- 
quitter de mon voeu. — Voulez-vous 
dire que je suis une voleuse? dit la 
sage-femme en fureur. Pour votre inso- 
lence, votre enfant ne vivra pas. Que 
le tonnerre m'écrase, si j'ai vu l'argent 
dont vous parlez. 一 L'homme rentra 
chez lui l'oreille basse. Le troisième 
jour, il dut prier la sage-femme de ve- 
air laver son enfant. Elle refasa, mais 
envoya sa fille. La nuit suivante, l'en- 
fant mourut dans un accès de convul- 
sions. — Nous avons peut-être mal jugé 
la sage-femme, se dirent le père et la 
mère, en pleurant; voilà que sa malé- 
diction s’est accomplie. — L'homme 
acheta une boîte en bois, et fit enterrer 
son enfant dans un terrain vague. — Peu 
après, un orage terrible éclata. Un coup 
de tonnerre épouvantable, fit trembler 
tout le village, qui se remplit d'une 
forte odeur de soufre. — Quand l'orage 
fut passé, des'gens tout effarés appelè- 
rent notre homme, en lui disant: Venez 
voir ce qui est arrivé près de la tombe 
de votre enfant. — L'homme y alla. 一 
Deux personnes étaient là agenouillées, 


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一 152, 153. 一 


foudroyées et carbonisées.' Chacun 
_ tenait à la main deux lingotsd’argent. 
tombe et la boîte étaient ouvertes, 
l'enfant vagissait. De sou nombril son 
tait le bout d’une longue épingle, qu'oi 
retira aussitôt. — Le génie de la fou! 
dre avait fait justice. Les deux femme 
foudroyées, étaient, l'une la sage 
‘ femme, l’autre sa fille. Sur l’ordre à 
sa mére, cette fille avait enfoncé l’épin 
gle dans le nombril de l'enfant, tandi 
qu'elle le lavait. Le Ciel rendit au pére, 
et son enfant, et son argent. 一 Le fail 
est arrivé au Sixième mois de lan 179% 


Voyez Introduction IV. 一 Les cadavres des pets 
enfants, ne sont pas mis dans un cercueil, ni enterrés 
dans le cimetière. On les met dans une boite, et on 
enterre au bard du cimetière, ou au bout d'un champ, ot 
dans un lieu vague quelconque. 


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153 


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Un certain Tch'énn-ik'oei de Häng 
tcheou (Tchée-kiang), habile magi- 
cien, opérait par le moyen de divers 
esprits. — Un jour qu'un ami nommé 
Soûnn passait la nuit dans sa maison, 
vers minuit, un vieillard sortit de des- 
sous son lit, se proslerna, et Jui dit: 
Veuillez prier maître Tch’êénn votre ani, 
de me rendre ma tête. — Très effraÿé 
le Soûnn se leva et alluma sa lampe 
Le vieillard avait disparu. Il hr 
sous lo lit, et découvrit un crâne. È 
comprit alors que les esprits qui ser- 
vaient le Tch'ênn, étaient des âmes 
(inférieures) extraites par lui d'osse- 
ments dérobés dans des tombes vio- 
lées. — Le lendemain le Soann fitau 
Tch'ênn une sérieuse réprimande 


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一 153, 153. 一 973 


Celui-ci voulut d’abord nier; mais, 
quand le Soünn lui eut montré le crâne, 
il avoua. Tous deux le reportèrent alors 
au tombeau, d'où le Tch'énn l'avait 
soustrait. 一 Cela ne sauva pas le 
Tch'ênn de la vengeance de ses victi- 
mes. Peu de temps après, il fat battu 
cruellement par une bande de koëi. 
Les coups qu'ils lui donnèrent, lui fi- 
rent autant de plaies charbonneuses. Il 
mourut misérablement. 
| Voyez Introduction XVIII. 


154 


À Pékin, quand les bébés pleurent 
durant la nuit, on dit qu'ils sont tour- 
mentés par des lutins, que le peuple 
appelle «étoiles filantes ». 11 yavait dans 
la ville un sorcier, qui savait exterminer 
ces lutins, au moyen d’un arc en bois 
de mürier, et de flèches en bois de .pé- 
cher. — Or, dans la maison d’un asses- 
seur, vivait une vieille femme, qui avait 
été concubine de son arrière-grand-père. 
Elle avait plus de 90 ans. La vieille 
tante, comme on l’appelait, passait les 
journées assise sur un lit en briques 
chauffé, sans jamais parler ni sourire. Un 
vieux chat ne la quittait pas. 一 L'asses- 
seur avait un petit enfant, qui ne savait 
pas encore marcher. Cet enfant pleu- 
rait toute la nuit durant. L’assesseur 
fit inviter le sorcier, à venir exterminer 
« l’étoile filante » qui le tourmentait. 
Celui-ci prit posilion dans la chambre 
de l'enfant, prés de la fenétre, son arc 
à la main, et une fléche munie d’un fil 


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de soie toute prête. La lune était t 
brillante. Vers minuit, l'ombre d'u 
femme, tenant une lance, et chevau 
chant à travers les airs, se projeta st 
le papier de la fenêtre. La voici, mn 
mura le sorcier; et il décocha sa fléch 
à travers le papier. On entendit un 
missement, et le fil se déroula rapide 
ment. On le suivit, jusqu'à la cham 
de la vieille tante, dans laquelle 0 
pénétra avec des lanternes. Elle ten 
encore son chat entre les jambes, 
avait l'épaule percée d'une flèche. 
lance, qu'elle avait laissé tomber, 
trouva être une gaule en bambou. 
L'assesseur ordonna d'assommer 
chat, et d'enfermer la vieille. On 
laissa mourir de faim. — Depuis lo 
l'enfant dormit paisiblement, et 
pleura plus la nuit. 
Comparez numéro 102. 


155 


Lorsque ‘Monsieur Tsiang, qui 
depuis préfet de Ying-tcheou-fou (Ni 
hoei), était encore maudarin de N 
tcheou (Tchôu-li), il vit là un hom 
qui mouvait continuellement ses 
‘ gnets, comme s’il agilait des sonnetl 
Il lui demanda d'où lui venait ce 
L'homme lui raconta l'histoire suiv 
Le. — Je suis originaire du petit vill 
de X, adossé à la montagne. Jadis, ch 
que nuit, un vampire établi dans u 
caverne voisine, volait jusqu'à m 
village, en quête d'enfants à dévorer. 
Les villageois avaient beau se gard 


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一 155, 一 275 


le monstre arrivait toujours à faire 
quelque prise. — Un jour nous appri- 
mes qu'il y avait en ville un tâo-cheu 
très habile, Tout le monde se cotisa. 
On achela des présents, et des députés 
invilèrent le tâo-cheu à venir délivrer 
le village. 11 accepta, choisit un jour 
faste, vint, dressa un autel, puis dit: 
Par moa art, je puis tendre des filets 
célestes et des filets terrestres, qui: 
empécheront le vampire de fuir; mais 
c'est à vous de le déloger et de le tuer. 
Avant tout, il me faut un homme sans 
peur, pour le rôle principal. — Comme 
tous hésitaient, je m'offris. 一 Prends 
deux sonnettes, me dit le tâo-cheu. 
Tandis que les autres formeront une 
enceinte au dehors, toi tu te tiendras 
blotti près de l'ouverture de la caverne, 
épiant la sortie du monstre. Dès qu'il 
sera sorti, tu entreras dans la caverne, 
et {u commenceras à sonner. Le son 
des instruments en cuivre, enlève leur 
force aux spectres. Il ne pourra pas 
rentrer, et nous le tuerons dehors. 
Mais, pas un arrêl dans La sonnerie, ou 
tu seras immédialement saisi par le 
monstre. — Nous disposâmes tout à la 
chute du jour. Le tâo-cheu prit posi- 
tion devant son autel. Les villageois 
formérent le cercle. Le vampire sortit, 
et voulut prendre son vol. Derrière lui, 
je me précipitai dans la caverne, et 
sonnai à lour de poignets. Arrêlé par 
les filets du tâo-cheu, cerné par les vil- 
lageoïis, le vampire se retourna vers moi. 
Eperdu, je sonuais sonnais, à perdre 
haleine. Îl me dévorait de ses yeux ful- 
gurants, mais ne put pas me saisir. 
Nous le continmes ainsi, sans oser 


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— 155, 156. — 


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l'attaquer corps à corps, jusqu'a 
premières lueurs de l’aube. Alors 
tomba mort. Nous le brûlâmes aussi 
Le tic que vous me voyez, m'est r 
de la sonnerie ininterrompue, que jj 
dû exécuter durant toute cette terribl 
nuit. . 


Voyez Introduction IX. — Bronze et pétards, chu 
sent ou paralysent les fantômes. . | 


4156 


Un certain Li-kiou de Sü-tched 
(Nan-hoei), colporteur de toile, ps 
sant un jour à Hoùo-chan, trouva t 
tes les auberges bondées. Force lui 
de se réfugier, pour la nuit, dans ua 
pagode. — 11 dormait profondémes 
quand Wiéi-t'ouo le Protecteur lui 
parut en songe, l'éveilla en lui frap 
sur le dos, et lui dit: Vite, vite, 
grand malheur te menace, réfugi 
derrière moi. — Notre homme, 
ahuri, se demandait ce qu’il ya 
quand un cercueil déposé là, craqua 
s’ouvril. Il en sortit un vampire, 
couvert de poils blancs, les yeux cat 
et élincelants, qui bondit sur le 
Celui-ci eut tout juste le temps de 
réfugier derrière la statue du Pr 
teur. Les bras du vampire étreigni 
la statue, tandis que ses dents s 
fonçaient dans sa massue. — Aux 
d'épouvante poussés par le Li, 
bonzes accoururent avec. des lantern 
Le vampire rentra dans son cerc 
qui se referma. — Le Li raconta ce 
venait d'arriver. Le lendemain les bd 
zes avertirent le mandarin, qui ! 


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brüler le cercueil. Les dents da vampire 
avaient brisé la massue du Protecteur 
en trois morceaux. Le Li reconnaissant, 
fit faire au Protecteur une statue neuve 
dorée. 

Voyez numéro 51 note. 


157 


Käo-mingking de Tzêéu-tch'oan 
(Chän-tong), arrière-petit-fils de feu 


. l'assesseur Käo-nientong, m'a lui-même 


raconté l’histoire suivante. A partir du 
jour de son mariage, il commença à 
souffrir de vertiges, de suffocations et 
de syncopes. Il entendait sans cesse 
une voix d'enfant qui baibutiait lëi-lei. 
Enfin il vit l'enfant, un petit être d'un 
pied de haut, qui gambadait sur son 
lit, se sauvait et disparaissait toujours 
au même endroit quand il se voyait 
observé. — Cependant Käo-mingking 
dépérissait à vue d'œil, et ses accès 
devenaient de plus en plus graves. 
Convaincus qu'il s'agissait d’une obses- 
sion magique, ses parents invitérent 
un magicien, dont les charmes furent 
impuissants. Alors ils mirent un sabre 
sous l’oreiller du malade, et dissimulé- 
rent un grand bassin plein d’eau, à 
l'endroit où l'enfant disparaissait d’or- 
dinaire. — Un jour que Käo-mingking 
faisait la sieste après midi, l'enfant 
parut. Le Käo braudit son sabre. Le 
lutin fuyant en toute hâte, tomba dans 
le bassin et fut pris — (C'était une 
figurine en bois, vêtue de rouge, avec 
une ficelle rouge serrée autour du cou, 
comme pour léi-lei l'étrangler. On 


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brûla cette figurine, et le Kao recouvra 
la santé. — Le jour de cette exécution, 
un menuisier mourut subitement dans 
le village. C'était lui qui avait aménagé 
la chambre nuptiale de Käo-mingking. 
Les Käo l'avaient indisposé, en ne lui 
payant pas ce qu’il demandait. Il s'était 
vengé en cachant dans la chambre 
nuptiale une figurine magique, qui 
devait étrangler lentement le fils de la 
famille. Son charme déjoué se retourna 
contre lui. 


Le narrateur de cette histoire, éerivait daus les 
dernières années du dix-huitième siècle. — Envoûte- | 
ment. Voyez Introduction XVIII. 一 Les charmes déjoués, : 
se retournent toujours contre leur auteur. Comparez ; 
numéro 12). 


158 


Wäng-pi, originaire de Ts'innd 
teheou-fou (Kän-sou }, exérçait la mé- 
decine à Yén-nan-fou (Chàn-si). Un 
jour il se rencontra avee le sorcier 
Wäng-wanli. Les propos du sorcier lui 
ayant déplu, Wang-pi lui dit des ioju- 
res. — La nuit suivante, Wâng-pi veil- 
lant encore, entendit des pleurs dans 
sa cour. li regarda par la fenêtre. Quoi- 
que la cour fût brillamment éclairée 
par la lune, il ne vit personne. Durant 
plusieurs jours de suite, il entendit 
ces pleurs, entremélés d'appels à la 
justice. Pensant avoir affaire à quel- 
qu'une de ces âmes vengeresses qui 
assiègent la porte des médecins, âmes 
de clients expédiés par eux dans l’autre 
monde, Wâng-pi dit de sa plus grosse 
voix: Je n'ai empoisonné personne, | 


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— 158. — 279 


que je sache. Que me veux-tu? — Vous 
êtes le plus honnête homme que je 
connaisse, dit le koëi. Veuillez inviter 
dix de vos amis. Je ferai ma déposition 
devant ce jury. — Piqué de curiosité, 
Wang-pi réunit une dizaine d'amis. 
Devant eux, le koëi parla de la sorte: 
Je suis la fille d'un certain Tcheôu de 
la Rivière Noire au Fông-tcheou. Mon 
pére s'appelle Tcheôu-houok'ing. Ma 
mére est née Tchäng. Je naquis alors 
que la lune était dans le signe këéng, 
aussi fus-je appelée Ue-si (lune à 
l’ouest). J'avais 16 ans, quand ma mére 
tomba malade. Mon père invita, pour 
la guérir, le sorcier Wâng-wanli. Cet 
homme me vit — Le cent cinquiême 
jour après la mort de ma mère, jour 
ping-tch'enn du neuvième mois de l’an 
1337, mon père dormant ivre dans la 
maison, et mon frère étant sorti pour 
couper du bois, je me promenais seule 
dans la cour, quand Wâng-wanli parut 
soudain et récita sur moi une formule. 
Je tombai sans connaissance. 11 m’em- 
porta sur son dos dans un bosquet de 
saules, me coupa les cheveux, en ft un 
paquet qu'il ficela avec des fils de cou- 
leur, et acquit ainsi sur moi (sur mon 
âme) un empire absolu. Il y a quelques 
jours, vous avez eu une dispute avec 
cet homme. 1 m'a aussitôt envoyée ici 
pour vous nuire. Voyant quel honnête 
homme vous êtes, je n'ai pas pu m'y 
résoudre, mais vous prie au contraire 
de me procurer ma liberté, promettant 
de vous servir comme votre fille. — En 
disant cela, elle pleurait. Tous les 
auditeurs furent aussi très émus. Ils 
rédigèrent une pièce, qu'ils signèrent 


一 158. 一 


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tous, et Ia firent parvenir secrèteme 
au mandarin. Celui-ci arrêta inopin 
ment le magicien. La torture n'ay 
pas pu lui arracher d’aveux, l’âme 
Ue-si donna le conseil de fouiller 
bagages. On découvrit toute sorte 
formules et de sceaux magiques, 
longues aiguilles, des clous, tout 
qui sert aux envoûtements, enfin 
paquets de cheveux. — Alors, 
apitoyer le mandarin et sauver sa 
si possible, Wang-wanli avoua, 
raconta ce qui suil:.. Je suis de 
ling. Voyageant pour apprendre 
sciences occultes, je passai à 
yuan. Là je rencontrai le magicien Li 
alchimiste famé, qui m'apprit à exl 
les âmes. J'avais vu, parmi ses bibe 
un paquet de cheveux, ficelé avec 
fils de couleur. Je lui demandai ceq 
c'était. Ceci, me dit-il, est le cha 
_ par lequel je possède l'âme de 
yennou de Hiën-ning, extraite par 
en 1330. Si vous. voulez, je vous la 
derai pour 75 ligatures. — J’acceptai. 
Le Liôu dansa la danse de U le 6ri 
et brûla un billet portant ordre à 
. yennou de venir. — Me voici, dit 
sitôt une voix, dans les airs; 
voulez-vous que je fasse? 一 Je v 
dit le Liôu, que désormais tu sui 
et serves ce Monsieur Wäng, qui 
traitera bien. — Plus tard, passa 
Fâng-tcheou, j'achetai de même 
magicien Koäng, l'âme du ga 
Kèng-want'oung. — Enfin je m'em 
rai moi-même de l’âme de Tch 
uesi. — J'avais fait vœu de ne ja 
manger ni bœuf ni chien. Derni 
ment, cédant à la gourmandise, | 


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mang6 un cœur de bœuf rôti C'est 
pour celte faule, sans doute, que me 
voilà pris — Cependant, pour être 
plus sûr, le préfet de Yên-nan-fou se 
fit envoyer Tcheôu-houok'ing, par son 
collègue de Füng-tcheou. Il le plaça 
au milieu d’un groupe nombreux, puis 
appela Ue-si. Celle-ci reconnut aussitôt 
son pére, lui parla, et se fit reconnaîlre 
de lui. — Plus de doute! Le préfet 
incarcéra Wäng-wanli, et le laissa 
mourir de faim. — Cependant Wâng-pi 
rentré chez lui, se reposait de ses dé- 
marches en buvant, quand il entendit 


‘de nouveaux pleurs. On s'est occüpé 


de Tcheôu-uesi, et on n'a rien fait pour 
nous, disaient les âmes de Li-yen nou 
et de Kèng-want'oung. — Wäng-pi dut 
encore une fois s'adresser au préfet, 
qui appela aussi leurs parents, les con- 
fronta avec eux, et établit leur iden- 
lité. 一 Cetle fois Wäng-pi se crut 
débarrassé. Tout au contraire. Les trois 
âmes se logérent chez lui. — Les génies 
de la porte ne gardent donc pas la 
mienne! s'écria Wâng-pi vexé..… Vous 
n'avez pas affiché leurs images, mais 
du papier de couleur seulement, di- 
rent Jes trois âmes; nous sommes 
entrées librement. — Me laisserez- vous 
tranquille, si je vous brûle du papier- 
monnaie, demanda Wang-pi.. Nous 
n'avons qu'en faire, dirent les âmes. — . 
Pour quand puis-je espérer votre dis- 
solution ? demanda Wang-pi... À l'heure 
du destin, dirent les âmes. — Quand 
Wang-pi buvait, Kèng-want'oung qui 
avait une jolie voix, chantait. Wang-pi 
lui ayant une fois versé une bonne 
rasade, il devint ivre el tint les p'opos 
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— 158, 159. — 


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les plus drôles. 一 Une autre fois, u 
invité de Wäng-pi lui versa une coup 
de vinaigre. Quelle drogue piquante 
cria Kèng-want'oung. Et pour se ven: 
ger, il découvrit aussitôt divers ee 
honteux de celui qui l'avait ainsi jou 
L'invité dut sorlir tout confus. — LU 
autre fois, Tcheôu-uesi s'étant disputé 
avec les fils de Wâäng-pi, ceux-ci do 
nerent des coups dans la direction 
ils la. supposaient. On voit bien qu 
vous ne savez pas ce que c’est qu'un 
âme, dit Ue-si en éclatant de rire. La 
âmes sont intangibles. — Ce grab 
dura un mois environ, puis la 
revint peu à peu dans la maison 
‘Wäâng-pi. 


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Voyez Introduction XVIII. 一 Les magiciens a 
pagaent leurs incantations, de gestes et de sauts. 


159 


Sôu-p'ei originaire dé Où-ko 
(Chàn-si), était sous-préfet de Tch'i 
k'ieu durant la période T'iën-pao (' 
756). 11 avait donné sa fille en mari 
à un certain Li. Ce Li donna sa far 
à une concubine. La concubine che 
à se défaire de l'épouse en titre. 
s’'aboucha avec un sorcier. Celui 
enfouit un charme dans la fosse a 
immondices des Li, et enferma d 
un mur de leur maison sept pou 
de diverses: couleurs, qu'il avait a 
mées. L'effet de ces pratiques der 
être lent. — Cependant la concubi 
mourut de maladie, emportant : 
secret dans la tombe. — Avec le ten 


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— 159. 一 293 


des choses singulières commencèrent 
à se passer dans la maison. Des femmes 
de diverses couleurs apparaissaient. 
Madame Li dépérit et finit par tomber. 
gravement malade. — Monsieur Li invita 
divers magiciens famés, qui.n'arrivérent 
pas à découvrir là cause de ce hante- 
ment. — Eu. désespoir de cause, Mon- 
sieur Li recourut à la force. Il aposta 
des gens intrépides, qui arrivèrent à 
se saisir d'une de ces femmes. Elle 
était faite comme une femme véritable, 
et se débatlit avec force. Erfin ils l’a- 
battirent à coups de sabre, dans une 
mare de sang, puis la brülèrent. — Le 
sabbat redoubla dans la maison hantée. 
Les autres fantômes parurent vêtus de 
deuil, et pleurèrent leur compagne. 一 
Cependant, à force de les pourchasser, 
en six mois les Li prirent encore cinq 
fantômes, qu'ils brûlèrent comme le 
premier. Un septième poursuivi, dispa- 
rut dans Ja fosse aux immondices. 一 
Monsieur Li ordonna de creuser cette 
fosse jusqu’au fond. — On découvrit 
un charme en bois de pêcher, et l'écrit 
suivant: Moi concubine de monsieur 
Li, pour faire périr la fille des Sou, 
j'ai fait faire et. animer sept poupées. 
Elles sont dans une niche du mur, à 
l'est, là où il y a une marque. Avant 
neuf ans, elles auront fait leur œuvre. 一 
Monsieur Li ordenna immédiatement 
de décrépir le mur de l'est. On décou- 
vrit la septième poupée, qui fut brûlée 
comme les six précédentes. — Aussilôt 
les apparitions cessèrent, et Madame 
Li recouvra la santé. 


Voyez Introduction XVHI, et TH page 562 seq. 


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rasol, dit le satellite. — Montre Wai 


160 


À Hoëi-tcheou-fou (Nän-hoei), | 
Docteur Tai-youk'i ayant bu copieus 
ment avec des amis, sortit de la vill 
au clair de la lune, pour prendre l'ait 
Comme il revenait, il rencontra, pr 
du pont Loùng-k'iao, un homme ‘a 
d'habits bleus et portant un paras 
qui venait de l’ouest. Quand il vit Mon 
sieur Tai, cet homme parut hésiter. 
Docteur soupçonnant que c'était ul 
voleur, le prit au collet et lui demand 
qui il était. — Je suis un satellite ce 
de plusieurs arrestations, répon 
l'homme. — Un satellite, à cette heurt 
en ce lieu! Tu ntens, dit le Docteut 
D'ailleurs a-t-on jamais vu un satellil 
venir de la campagne, pour arrëlé 
quelqu'un dans la ville? Le prétoi 
n'est-il pas en ville, et non à la ca 
pagne ? 一 L'inconnu se prosterna 
vant le Docteur, et dit: Je suis 
satellite infernal. Je viens saisir 
âmes. — Montre ton mandat, fit le D 
teur. 一 Le satellite exhiba un mar 
bien en règle, portant plusieurs no 
Le troisième sur la liste, était un 
sin du Docteur. — Celui-ci lacha 
satellite. Cependant, voulant s'assu 
de la vérité de cette histoire, et d 
rant sauver son cousin si possible, 
s'assit près du pont, et attendit le 
tour du satellite. — Vers la quatriè 
veille, celui-ci revint. — Les as-tut 
pris? demanda le Docteur. — Oui, to 
répondit le satellite. — Où sont-i 
demanda le Docteur. — Dans mon 


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dit le Docteur. 一 Le satellite, entr'ou- 
vrant son parasol, lui montra cinq mou- 
ches vertes, attachées chacune par un 
fil. Les pauvrettes bourdonnaient de 
leur mieux. — Le Docteur se saisit du 
parasul, et lächa les captives. — Trés 
mécontent, le satellite reprit le chemin 
de la ville. — Le Docteur attendit jus- 
qu'au jour, mais ne le vit pas revenir. 
ll alla alofs prendre des nouvelles de 
son cousin. On lui dit: Vers minuit il 
a été pris d’un mal soudain. On le . 
croyait mort, quand il est revenu à lui. 
Au petit jour, il est mort pour de bon. 


Voyez Introduction XI. — Déférence des officiers 
du monde inférieur, pour les lettrés, les gradnés, les 
fonctionnaires. Voyez Introduction V. 


461 


À Nankin, l'enfant d'une famille 
Liôu, un garçon âgé de sept ans, fut 
atteint d’une inflammation accompa- 
gnée d'enflure. On essaya de divers 
remèdes, qui ne produisirent aucun 
effet. Alors la mère de l’enfant s’adressa 
à sa voisine, la femme d’un certain Jao, 
qui était au service des juges infernaux. 
Quand cette femme avait reçu:une mis- 
sion, elle quittait le lit conjugal, se re- 
tirait dans un cabinet, cessait de man- 
ger et de boire, et demeurait gisante 
dans un état cataleptique, jusqu'au re- 
tour de son âme. 一 Donc, là mère de 
l'enfant malade, lui dit: A votre pro- 
chaine descente aux enfers, veuillez 
prendre des informations sur le sort de 
mon garçon. — Trois jours plus tard, 


286- — 161. 一 


la Jao dit à la Liu: Ne vous charind 
pas. Dans son existence précédente 
votre garçon aimait manger des g 
nouilles. Il en a tué une quantité co 
Sidérable. Leurs âmes se vengent su 
lui maintenant. Cependant, com 
aprés tout le Ciel autorise les hom 

à manger les grenouilles, et que | 
âmes animales sont gouvernées par 
chênn des huit régions, pourvu qa 
vous priiez le général Liôu-mong, vo 
garçon guérira. — La mère fit ainsi, 
l'enfant guérit aussilôt. — Une autn 
fois, la Jao resta en catalepsie duranl 
deux jours et deux nuits. Quand el 
revint à elle, elle était exténuée et 
verte de sueur. Ç'a été chaud, dit-el 
à sa belle-sœur. J'ai dû prendre l'à 
de la vieille X. S’est-elle débattue, ce 
virago! Enfin je suis arrivée à la lier. 
Où est-elle maintenant? demanda 
belle-sœur. — Je l'ai attachée à l'a 
bre, dans la cour, en attendant q 
j'aie repris quelques forces. — La bell 
sœur alla voir. Une mouche verte éta 
attachée à l'arbre par un cheveu. El 
la prit, et l’enferma dans sa boite 
couture. Quand elle retourna voir jaJa 
celle-ci retomhbée en catalepsie, hurl 
piteusement. Dès qu’elle fut revenue 
elle: Quel mauvais tour tu m'as joué, 
dit-elle à sa belle-sœur. Je n’ai pas FA 
livrer l'âme. J'ai reçu trente coups 
rotin sur les cuisses. Si je ne la livré 
pas dans le délai fixé, j'en recevrai da- 
vantage. Rends-moi la mouche vert, 
vite! — La belle-sœur ayant constaté 
que ses cuisses étaient bleuies par une 
récente baslonnade, rendit la mouche. 
La Jao l’avala, et tomba aussitôt ea 


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catalepsie, puis revint à elle, comme à 
l'ordinaire. Maïs, depuis lors, jamais 
on ne put plus tirer d'elle aucun ren- 
seignement sur ce qu'elle voyait et fai- 
sait aux enfers. 


”Yoyez Introduction XI. — Comparez numéro 71. 一 
Ames animales, voyez TP page 74. 一 Liéu-mong, un 
génie local. 


162 

À Häng-tcheou (Tchée-kiang) le 
bachelier T'äng-cheuk'ounn âgé d’une 
trentaine d'années, était précepteur . 
dans la famille Fân. Un soir d'hiver, 
tous les élèves étant rentrés chez eux, 
le bachelier étudiait dans son école bien 
close et bien chaude. Soudain un hom- 
me décapité entra par la fenêtre. Un 
second le suivit, puis un troisième. 
Enfin sept décapités, la tête suspendue 
à la ceinture, entourérent le bachelier 
paralysé par la terreur. Prenant leurs 
têtes, ils firent ruisseler sur lui le sang 
qui en découlait. Un froid mortel le 
pénétra. Enfin le petit domestique de 
l'école étant entré pour apporter au 
maître son vase de nuit, les sept koëi 
disparurent., Le bachelier tomba par 
terre, sans connaissance. Le pelit do- 
mestique appela au secours. Monsieur 
Fân accourut. On mit tout le reste de 
la auit, à ranimer le maitre avec de la 
tisane de gingembre. Au jour, il de- 
manda qu'on le portât à son domicilè. 
Monsieur Fan fit vénir uo palanquin. 一 
Il fallait passer devant le temple du 
Génie de la ville. Soudain le Tang cria: 
Arrêtez! Arrêtez! Reportez-moi à mon 


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5 école, — Les porteurs le rapportérent. 
yR Les sept décapilés m'attendaient dev 
MY Je temple, dit-il. Je n'ai pas pu p 
ser. — ]l s’alita donc dans son ec 
Une fièvre ardente le saisit. Monsie 
Fân fit venir sa femme. On le drog 
le mieux possible. Il perdit conn: 
sance durant trois jours entiers, 
revint à lui, appela sa femme, et | 
dit: C'en est fait de moi. Je vais mt 
rir. Je reviens des enfers par fav 
spéciale, pour te dire adieu. L'au 
jour, quatre satellites infernaux m'a 
saisi et entraîné. 
poussière jaune m'aveugla. Je comp 
que je descendais aux enfers. — Qu' 
je fait? leur demandai-je. — Rega 
ton visage, me dirent-ils. —.Comm 
un homme peut-il regarder son visag 
demandai-je. — Ils me passérent un | 
tit miroir. — J’y vis mon existence ps 
sée. Sous la dynastie Ming, je m'ap 
Jais Où-ts'iang, et étais sous-préfet | 
Leôu-hien (Kjäng-sou). Un jour se 
brigands me furent livrés. Leur pr 
devait aboutir à une condamnati 
capitale. Ils avaient enfoui, .dans 
endroit connu d'eux seuls, quarañ 
mille taëls, fruit de leurs brigaudag 
Ils dirent à mon secrétaire, un cer 
Hù: Si le sous-préfet naus sauve la t 
il y aura vingt mille taëls pour lui, 
vingt mille pour vous. — Mou secréta 
me fit leur proposition. Impossible 
les sauver, répondis-jé. :— Baht dit m 
secrétaire; tâchons d'avoir l'arge 
vous leur couperez la tête ensuite. À 
ne sera pas leur faire tort. Donnez-m 
carte blanche. — Je le laissai faire. 
Nous eumes l'argent, el les brigat 


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furent décapités. — C'est eux qui m’ap- 
parurent l'autre jour. Aux enfers, j'ai 
été confronté avec eux. Ils mirent leurs 
têtes sur leur cou, et m'’accusèrent, 
puis les suspendirent de nouveau à la 
ceinture. Je me prosternai devant eux, 
leur promettant de payer des bonzes, 
de leur brûler du papier-monaaie. Tout 
fut en vain. Ils secouëérent leurs têtes 
avec leurs mains, en signe de refus. 
Puis ils voulurent me mordre. — Arré- 
tez, leur cria le juge infernal. Après 
tout, vous deviez être décapités. Le 
Où a eu tort de prendre votre argent. 
Mais il y a un complice à citer d'abord, 
le Hù. 一 Les koëi mirent leurs Lêtes 
sur leurs cous. Celui-là, dirent-ils, nous 
l'avons dévoré depuis longtemps. Au 
tour du Où maintenant. — Pourquoi 
avez-vous attendu jusqu'ici, pour vous 
venger de celui-ci? demanda le juge. — 
Pour diverses raisons, dirent les koëi. 
D'abord, après avoir été sous-préfet, le 
Où fut réincarné comme fille, et épousa 
un mandarin de premier rang et me- 
rite, nommé Séng; nous ne pümes pas 
pous venger sur lui alors, à cause de 
son mari. Puis il renaquit homme dans 
la famille T'äng. Or les mérites des an- 
cêtres de cette famille l'ayant fait pré- 
destiner à devenir bachelier, nous ne 
pumes rien contre lui jusqu’à sa pro- 
motion. Il a été promu cette année. 
Notre heure est venue maintenant. Nous 
ne la laisserons pas échapper. Faites 
votre devoir! Rendez-nous justice! Li- 
vrez-nous cet homme! — Cela dit, ifs 
suspendirent leurs têtes à leurs cein- 
tures. — Le juge infernal se frotta lon- 
guement le front. Finalement il me dit: 


= 
di 


2, 163. 一 


me 
er] 
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Ils ont raison. Tout ce que je puis faid 
pour toi, c'est de te laisser prend 
congé de ta femme. — Adieu don 
Cen est fait de moi. 一 Cela dit, T'à 
cheuk’ounn perdit l'usage de la paro 
et entra en agonie. Sa femme brüla vi 
du papier-monnaie en quantité, 
priant et suppliant. Rien n'y fit. T'ä 
cheuk'ounn expira, sans avoir dit 4 
mot de plus. 


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Voyez Iutroduction VI. — Comparez numéro8, | 


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4163 


À T'âi-tcheou-fou (Tchée-ki 
vivait une femme Tchôu, dont lei 
faisait de longues absences pour ca 
de commerce. Un soir qu’elle & 
dans sa chambre, la lampe allu 
elle vit apparaître soudain un & 
étrange. Îl était vêtu d'une robe ro 
lâche, avait un visage hideux et 
mieds nus. Avec des gestes indéce 
il dil à la femme: Je te veux 
épouse... Elle fit effort pour le rep 
ser, et s'évanouit. — De ce jouar, 
fut obsédée, et dépérit à vue d' 
Une bouffée de vent annonçait la ve 
du yao-koai. Puis il apparaissait, 
femme seule pouvant le voir. — 
mari de la sœur aînée de cette fem 
un certain Yuân, était doué d'un 
rage et d'une force peu ordinaires. 
marchand Tchôüu élant absent, et 上 
session de sa femme durant toujo 
ses parents la confièrent à ce Yui 
Elle alla loger chez lui secrètement. 
rant assez longtemps, elle fut tranqui 


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291 


Mais un jour le yäo-koai arriva. Ah! 
c'est ici que tu es cachée, dit-il. 
J'ai pourtant fini par te retrouver. J'ai 
eu du mal à passer le pont. Le chênn 


du pont m’a arrêté et baltu. Mais enfin, 


m'élant caché dans une charge de fu- 
mier, j'ai passé inaperçu, et me voici. 
Crois bien que, te cachasses-tu dans un 
sarcophage en pierre, je te retrou- 
verai. — La femme avertit le Yuân. 
Celui-ci prit un sabre, et en donna des 
coups dass la direction que lui indi- 
quair la femme. Le yäo-koai évilait la 
plupart des coups. Cependant, une fois, 
la femme battit des mains. Il a reçu 
un coup sur le front, dit-elle. — Elle 
fut délivrée pour plusieurs jours, puis 
lincube revint, un bandeau autour du 
front, et ses obsessions recommencé- 
rent. Le Yuan lui tira des coups de 
fusil. Un coup l’atteignit .au bras. 一 
La femme fut de nouveau délivrée pour 
quelques jours, puis l’incube revint le 
bras en écharpe. Cette fois il battit 
cruellement la femme, et la menaça de 
la tuer, — Exaspérés, le père de la 
femme, et son beau-frère le Yuân, ré- 
digérent un placet au Génie de la ville, 
et allèrent le brûler dans son temple. 一 
Cette. nuit, la femme fut citée par deux 
satellites infernaux. Tout en la condui- 
sant au temple du Génie de la ville, 
ces deux individus tâchérent de lui 
extorquer quelque argent, comme font 
leurs congénères de ce monde. Nous 
ferons en sorte, dirent-ils, que ton 
affaire finisse bien. Mais lu nous devras 
deux mille taëls de papier-mounaie. Et 
ne dis pas que c'est trop cher. Dans 
les enfers, cela ne nous fera que vingt 


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— 103. — 


taëls d'argent, au titre de 97 pour cent 
Et puis, nous aurons des frais à faire. 
La femme répétait toutes ces parole 
comme en rêve. Son père et le Yui 
brûlérent le papier-monnaie demandé 
Au petit jour, la femme revint à elle. 
L'affaire est réglée, dit-elle. Le Gén 
de la ville a appréhendé le yäo-koai 
C'est l'âme d'un certain Mà, jadis po 
teur de palanquins dans le quartie 
Est. Le Génie lui a fait donner qu: 
rante coups avec le grand bambou 
puis l’a mis à la cangue. — La femm 
parut délivrée, et ses parents étaien 
dans la joie, quand soudain, le tr 
sième jour, elle fut possédée. Une voi 
de femme, sortant de son gosier, dit 
Je suis l'épouse du porteur de palar 
quins Mà. Pourquoi avez-vous acc 
mon mari? Je viens le venger. Pot 
commencer, je vais t’arracher le 
yeux. — À ce moment, la Tchôu rec 
en pleine figure un coup de griffe, q 
l'aveugla presque. 一 Son père alla vi 
porter plainte au Génie de la vike. 
La nuit suivante, la Tchôu fut de no 
veau citée. Le Génie tenait le bilk 
brûlé par son père. Deux koëi, : 
homme et une femme, étaient à genou 
devant lui. — Misérables! tonna 
Génie, vous êtes une digne paire! Qu 
commence par les couper en deux p 
le milieu du corps! — Les bourrea 
préparèrent le grand couperet. Un in 
tant après, les deux koëi étaient ca 
pés en deux. Le sang ne coula pas, le 
entrailles ne s'échappèrent pas; seule 
ment une fumée noirâtre s’exhala de 
tronçons, qui se dissipèrent. — Que faut 
il faire de leurs âmes? demandère 


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— 163, 164. — 298 


les bourreaux. Faut-il les reléguer 
dans la région des tsién. — Non, dit 
le Génie. Ces êtres-là nuiraient même 
aux koëi. Eteignez l'âme de l’homme, 
et reléguez celle de la femme dans la 
région des yakchas! 一 Alors deux 
bourreaux à longue barbe, se mirent à 
éventer l’âme du mari, avec de grands 
éventails, et la dissipèrent comme une 
fumée légère. Puis ils lièrent l'âme de 
la femme, et l’expédiérent dans la ré- 

” gion des yakchas, pour y être appliquée 
aux travaux forcés. — Madame Tchôu 
se réveilla guérie. Elle ne fut plus, ni 
obsédée, ni possédée. Elle retourna 
dans la maison de son mari, et eut, 
avec le temps, deux garçons et une 

- fille. 一 Cette histoire s'étant ébruitée, 
un certain Tcheôu-seu dit: Je com- 
preuds maietenant un phénomène, que 
je n'avais pas pu m'expliquer. Ur jour, 
en passant le pont avec une charge de 
fumier, je sentis soudain cette charge 
devenir beaucoup plus lourde. C'est le 
Mà qui s'était caché dedans. 


Les koëi n’ont ni sang ni entrailles. 一 BN Totén, 
l'âme d’üne âme, exclue de la métempsycose. À 3 #6 
AA RE ZA 5 #6 DA OL M 2. 
Autant les koëi sont redoutés des hommes, autant les 
tsién sont redoutés des koëi. 一 Extiuction de l’âme, 
comparez numéro 5. 一 Yakchas, voyez TP pages 365 
et 380. — Incohérences, voyez Préface. Le numéro 137 
affirme que les koëi ne pèsent rien. Ici, un koëèt alourdit 
sensiblement une charge. 


164 


Quoique jeune encore, Li-tzeuu 
était un habile médecin, célèbre pour 
la perspicacité de ses diagnosties. — 


294 一 16%, 165. 一 


de 
ær) 
CR 


Le préfet de U-tcheou (Heae-nan) 
nommé Hü-young, séjournant à Li. 
yang, son frère cadet fut atteint an 


sorte de cardialgie, dont il souffr 
durant plus de dix ans, et qui Je réduisi 
à l'extrémité. — Une nuit, le maladé 
entendit un koëi caché derrière le pa. 
ravent, dire au koëi établi dans soi 
ventre: Dépéche-toi de tuer ton hom 
me. Autrement, c'est toi qui sera 
exterminé. Car Li-tzeuu va passer p 
ici, avec une drogue nouvelle. — J 
n’ai pas peur de lui, répondit l'autre. 
Averti de ce dialogue nocturne, le pré 
fet Hù-young fit inviter Li-tzeuu 
venir traiter son frère. Au moment 0 
le médecin entrait dans la maison, l 
malade entendit comme des gémiss 
ments sorlir de son ventre. — Des q 
Li-tzeuu eut vu le patient, il lui di 
Vous souffrez, non d’une maladie, mai 
d'une possession. Prenez ceci!., e 
tirant de sa valise une pilule rouge, 
la lui donna. — Dès que le mala 
heut avalée, on entendit, dans « 
entrailles, comme un grondement à 
tonnerre, suivi d'une débâcle torren 
tueuse. Le malade fut guéri du coup. 
La pilule de Li-tzeuu est devenue cla 
sique. C'est la Pilule des huit venins. 


CFÉUNERS ) RIT eh > 


D HSE D LEE DES SRE DRE DR No Su EH 


Beaucoup de maladies sont attribuées à des ka 
logés dans le corps, et cela depuis la plus haute ant 
quilé. 一 La graine de Croton liglium forme la base 
la Pilule des huit venins. 


165 


Il ny a pas bien longtemps, u 
marchand qui voyageait, rencontra u 


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DÉS SENS ER NI | FSHENTÉSNE 


— 165. — 295 


inconnu, lequel fit route avec lui du- 
rant plusieurs jours. 一 Soudain Pin- 
connu dit au marchand: Je suis un 
koëi. Nous allons passer près de ma 
tombe. Jai un service à vous deman- 
der. Puis-je compter sur vous? — Si 
la chose est en mon pouvoir, dit le 
marchand, pourquoi pas? — Alors le 
koëi dit: On a enseveli avec mon corps 
quantité d'objets. Leurs disputes ne 
me laissent de repos, ni le jour, ni la 
nuit. Tenez-vous devant ma tombe, et 
criez «Ordre impérial de décapiter 
toute cette racaille d'or et d'argent!» 
C'est tout ce que je vous demande. — 
Pas difficile, dit le marchand. — Bien- 
tôt le marchand et son compagnon ar- 
rivérent à une tombe monumentale. 
. C'est ici, dit le koëi ; et il pénétra dans 
la tombe. — Le marchand cria d’une 
voix formidable «Ordre impérial de 
décapiter toute cette racaille d'or et 
d'argent!» — Aussitôt il entendit, dans 
la tombe, le bruit sourd que rend le 
glaive du bourreau aux grandes exécu- 
tions. Cela dura assez longtemps. Puis 
le koëi reparut et lui dit: Merci! Prenez 
ceci. Vous pourrez vivre tranquille le 
reste de vos jours. — Ce disant, le koëi 
remit au marchand une brassée d hom- 
mes et de chevaux en or et en argent 
massif. Toutes ces figurines étaient dé- 
capitées. — Quand le marchand fut ar- 
rivé à Tch'äng-nan (Chàn-si), il voulut 
réaliser la valeur du métal. Un détecti- 
ve avertit le sous-préfet, qu'on offrait 
en vente des objets antiques, qui ne 
pouvaient provenir que d’une sépulture 
violée. Le marchand arrêté raconta son 
histoire. Le préfet averti fit ouvrir la 


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— 165, 166. 一 


tombe. On y trouva des centaine 
d'hommes et de chevaux, en orete 
argent, tous décapités. 


Ce texte est tiré d'un recueil du dixième siècle. 
C’est l'opinion commune, que les objets ensevelis d 
les tombes, s'animent, servent aux morts, et parfais le 
contrarient. — Par ordre impérial, les figurines se lai 
sèrent décapiter. Sans cela, elles auraient résisté 
Extension de l'autorité terrestre sur les êtres infernau 
Voyez Introduction V. 


. 466 


Dans le territoire d'où sortit jadi 
la dyaastie Ts'inn (vallée de la Wéi 
Chân-si, Kän-sou), il faut creuser par 
fois jusqu'à cinq toises de profondeu 
pour atteindre à la nappe d’eau sout 
raine. Dans cette argile si sèche, le 
cadavres ne se décomposent pas. Auss 
est-ce l'usage, dans le Féng-siang-f 
(Chân-si) et plus à l’ouest, de les fai 
pourrir d'abord à l’air libre, jusqu’äc 
qu'il ne reste que des ossements bilan 
chis, qu'on ensevelit ensuite. Car 
cadavre non décomposé, enfermé dan 
la terre, est un danger public. Ils 
couvre de poils blancs ou noirs, et de 
vient ua vampire blanc ou noir, qi 
rôde et va jusqu'à s’introduire dans le 
habitations. — Jadis, à Féng-siang-fo 
les voisins du préfet Liôu, une famill 
Soünn, ayant fait creuser un canal, «& 
découvrit une porte en pierre. Quan 
on leut ouverte, on trouva accès, f 
une allée, dans une salle souterraine 
L'allée élait garnie de deux files 4 
coqs et de chiens en faïence. Au milie 
de la salle se trouvaient deux sarcopha 
ges. Tout le long des murs, des hon 
mes et des femmes, en grand costume 


CÉRR) SOÉNÉEREZSRAMNER-R 


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(TRÈS) DÉRÉOROSÉNRHIIEN ES ME NN 
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一 166. 一 297 


élaient cloués debout à la paroi. Ceux 
qui ensevelirent jadis vivants, dans 
celte tombe princière, ces pauvres ser- 
viteurs et servantes, craignirent sans 
doute qu'ils ne prissent, dans leur 
agonie, des poses peu séantes. Ils les 
clouërent donc au mur, droits et rai- 
des. A l'ouverture du caveau, les corps 
faraissaient entiers. Dès que l'air vif 
del extérieur y eut pénétré, ils tombé- 
rent en poussière. — Sous la dynastie 
actuelle, à: Süng-kiang-fou (Kiäng- 
sou), au moment où sa mére allait 
mellre au monde le fuatar général 
Tchähg-young, son père vit apparaitre 
un homme encuirassé qui lui dit «Je 
suis le général Hiäheou de la dynastie 
Hän» et disparut. Un insiant après, 
l'enfant qui devint Tchäng-young nais- 
sait. Il était évidemment une réiñcarna- 
tion de l'ancien général Hiäheou. 一 
Mais, ce qui est plus curieux, quand 
Tchäng-young fut mort et qu'on voulut 
l'ensevelir dans un terrain acheté à cette 
fin, les fossoyeurs qui creusaient la 
fosse, découvrirent un antique sarco- 
phage, lequel portait en grosses lettres 
l'inscriplion suivante «Général Hiä- 
heou-tounn».  N'est-il pas singulier 
que cet homme ait été enseveli deux 
fois, dans deux de ses réincarnations, 
à deux mjile ans de distance, au même 
endroit? - 
Voyez TH page 238, et la Table, article Sacrifices 
humains et Suttie. 一 {1 s’agit de la dynastie Hädn de 
Chôu,troisième siècle, période des Trois Ruyaumes. 一 


A travers les vicissiludes de la mélempsycose, c'est 
l'âme, toujours la même, qui fait l'individu. 


38 


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20. 


__ 167, 168. 一 


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A 70 stades au nord de Ping-tchet 
(Tchënn-ting, Tchéu-li), se trouve un 
tombe fort ancienne. Vers l'an 67 
chaque jour, au soir, une armée ( 
koëi, enseignes déployées, s'avan(il 
pour l'attaquer. Alors une autre armé 
de koëi sortait de ja tombe pour la 
fendre. La bataille engagée continua 
jusque vers le matin, puis les deu 
armées disparaissaient. Cela durait de 
puis un mois, quand un soir un py 
attardé vit une seconde armée de cars 
liers koai accourir au secours de l'armé 
assiégeante. Comme il cherchait à {uif 
il fut pris par quelques cavaliers ( 
mené au grand chef. Ne crains Ti 
lui dit celui-ci. Je viens, avec 下 
reîtres, des steppes du Tarim. Uni 
mes petits chefs a enlevé une de 0 
concubines. Monsieur Tchäng enlt 
ici lui a donné asile. Je vais livrer l 
taille pour le prendre. Toi tu n'a rié 
à craindre. 

Voyez Introduction XH. | 
| 


168 


(RES) SLSEH HR INEHAME D ÉEK 


MUSÉES | SORMÉMENEISLAMNNS-B+DEKE | à 
HRNUMS | BAM EN miam | ES | 汉 


Sous la dynastie Soëi (comment 
ment du septième siécle), le gén 
commandant l'armée du nord Ch 
wansoei, demeurait à Toh'ang-1 
(Chàn-si) dans le quartier Ti 
Jadis la maison qu'il habitait € 
notoirement hantée. Plusieurs 4 
habitants étaient morts, viclimés 
koëi malins, disait-on. Chèu-wansi 


HASENRONESRNHRE SN HIENSENENANMESR 


ae SE où D RES at © it dt M Bu PR g 2S Sen 2 A SON GR NF KT 
FNESSSRDENENSUUMNASERNE | dE+tesh 


— 168, 169. — : 299 


16 


Le) 


avait qualifié ces propos de balivernes, 
et avait acheté la maison. — Une nuit 
un homme en grand costume lui ap- 
parut. — Qui êtes-vous, demanda Chèu- 
wansoei. — Je suis, dit le koëi, le gè- 
néral FPan-k'oai, du commencement 
des Han (TH page 308). La fosse d'ai- 
sance de votre maison touche presque 
à 加 on cercueil. Cette odeur m'est 
insupportable. Veuillez déplacer cette 
fosse, et je vous prouverai ma recon- 
naissance. — Je le ferai, dit Chèu- 


tant de personnes dans cette maison ?. 
H n'y avait pas lieu. — Je n'ai tué 
personne, dit Fân-k'oai. ils sont tous 
morts de peur. — Chèu-wansoei fit 
faire des fouilles, découvrit le cercueil 
de Fan-k'oai l'exhuma, et l'ensevelit 
dans un lieu plus décent. — La nuit 
suivante, Pän-Æoai vint le remercier. 
Je vous secourrai dans vos combats, lui 
dit-il. — En effet, quand Chèu-wansoei 
fut devenu commandant en chef des 
troupes des Soëi, chaque fois qu'il Hvra 
bataille, il sentit que des koëi combat- 
taient dans les rangs de son armée. 
Aussi fut-iH loujours facilement et bril- 
lamment vaiaqueur: 

Voyez Introduction XII. 


169 


Dans te faubourg oriental de Chao- 
hing-fou (Tchée-kiang), vivait un cer- 
tain Tchäng. Sa femme étant tombée 
malade, il alla inviter un médecin. 
Comme il passait à l'endroit dit Niào- 
menn-chan, il rencontra un vicillard à 


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”au vieillard. 一 Je ne suis pas un ho 


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œUMODUNSNERÉSRENDIOURG EL E NAN 


— 169. — 


barbe blanche, qui ft route avec lui 
La nuit approchaît. Le Tchäng remar 
qua que les pieds du vieillard ne p 
saient pas sur le. sol, mais l’effleuraien 
seulement. 11 constata aussi que so 
corps ne projetait aucune ombre 
H se douta qu'il avait affaire à u 
koèi. — Qui êtes-vous? demanda-t-i 


me, répondit celui-ci; je suis un koëi 
Mais n'ayez pas peur! C'est pour vo 
demander un service, non pour vo 
faire du mal, que je. vous ai accosté 
Mon corps est enseveli à l’ouest d 
Niào-menn-chan, sur un rocher, à 
bord de l’eau. Des carriers qui exploi 
tent ce rocher, ont fait si bien, qu 
incessamment, mon cercueil tombera 
la mer. Je vous prie de vouloir bie 
me faire exhumer, et ensevelir ailleu 
Si vous me le promettez, moi je va 
vous sauver la vie. Vous allez pas 
par le pont Sinn-k'iao. Cinq koëi 
noyés attendent là un remplaçant. 
vous procurerai libre passage. — Pr 
mis, dit le Tchäng. — Alors le 
tira un paquet de pâtisseries, do 
l'enveloppe portait l'adresse d’un ce 
.tain Tchôu pâtissier. Demandez là q 
je suis, dit le koèi. — On arrivait 
pont Sinn-k'iao. Le Tchäng vit ci 
ombres qui barraient le pont. Le k 
arracha une branche d'arbre, prit! 
devants, et fustigea les cinq omb 
qui se jetérent à l’eau en sifflant. 
Tchäng passa le pont sans accide 
Quand il fut arrivé à la porte du m 
decin qu'il cherchait, le koëi prit con 
de lui et disparut. — Le lendemain, 
Tchäng se rendit chez le patissi 


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— 169, 170. — : 301 


Tchôu, et lui raconta son histoire. Fort 
surpris, celui-ci lui dit: C’est: mon 
parent . Moûo-ts'uantchang, que vous 
avez rencontré. Mais pourquoi s'est-il 
adressé à vous, et non à moi? Sans 
doute qu'il aura été député, par l'esprit 
qui régit le deslin, pour vous sauver 
des mains de ces cinq noyés. A vous 
donc de lui rendre le service demandé. 
Donnant donnant! — Le Tchäng cher- 
cha et trouva la tombe indiquée. Elle 
n'était plus qu'à un pied de l'eau. H 
exhuma le cercueil, et l’ensevelit dans 
un terrain propice. 、 , 
Voyez Introduction XI, VII, V. 


4170 


Tchôu-siaoming de  Ling-yang 
(Chän-tong) était brave, mais intel- 
lectuellement peu doué, aussi D'arri- 
vait-il à rien, malgré ses efforts. — 
Une nuit qu'il buvait avec ses camara- 
des, ceux-ci lui dirent: On te dit intré- 
pide. Nous allons voir si c'est vrai. Va 
chercher, dañs le temple des dix rois 
des enfers, le juge qui siège sous ja 
véranda de gauche. Si tu l’apportes ici, 
nous te paierons un diner. — Or le 
temple des dix rois des enfers à Ling- 
yang, était garni de statues en bois, 
peintes, superbes. On les aurait crues 
vivantes. En particulier, le juge au vi- 
sage vert et à la barbe écarlate, avait 
un aspect effräyant. On prétendait aussi 
qu'on entendait la nuit, dans le temple, 
les cris qui accompagnent les juge- 
ments et les tortures. L'endroit était 


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redouté et évité. Aussi les amis € 
Tchôüu-siaoming lui avaienl-ils propos 
d'aller chercher le juge, dans Ia pe 
suasion qu'il n’oserait pas. — A let 
stupéfaction, il y alla aussitôt. 一 Bie 
tôt on l'entendit crier devant la porta 
Ouvrez! J’amène le vénérable barbu. 
Tous se leverent effrayés. 一 Un inasla 
aprés, le Tchôu fit son entrée, la stat 
du juge sur les épaules. Il la debai 
sur une crédence, puis lui versa du 
et but à sa santé. — Ses camarac 
étaient mal à leur aise. Emporte-le, | 
dirent-ils. — Alors Tchôu-siaomi 
répandit par terre, en libation, le * 
qu'il avait versé au juge, et dit à 
statue : Je ne suis qu’un rustre sa 
manières. Excusez-moi si je vous 
manqué. Chaque fois que vous viend 
boire chez moi, vous serez le bie 
venu. — Cela dit, il rechargea la statt 
sur ses épaules, la remporta au tempk 
et la replaça dans sa niche. 一 Le le 
demain, ses camarades s’élant cotisé 
lui payerent un diner. Quand il 名 
rentré chez lui, la nuit, il continu: 
boire. La chambre était éclairée 上 
une bougie. Soudain quelqu'un sc 
leva la portière et entra. C'était 

juge. 一 Tchôu-siaoming se dit: M 
dernière heure est arrivée. Puis il d 
manda au juge: Vous aurais-je f 
quelque offense digne de mort? 

Mais du tout, dit le juge, en riant. Vo 
m'avez invité. Me voici. Je viens e 
ami. — Très content, le Tchôu le 
asseoir, rinça les gobelets,et se mit 6 
devoir de faire chauffer le vin. -一 上 
la chaleur qu'il fait, dit le juge, lt 
vons-le plutôt froid. — Le Tchôu all 


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averlir sa femme de préparer quelques 
mets. Quand elle sut quelle espèce 
d'hôte il traitait, elle fut fort effrayée et 
voulut le retenir. Le Tchôu se moqua 
d'elle, servit lui-même le juge, et tui 
fit les honneurs. — Comment vous ap- 
pelez-vous? demanda-t-il. 一 Je m'ap- 
pelais Lôu, dit le juge; je ne vous dirai 
pas mon nom. — Puis on causa littéra- 
ture. Le Tchôu constata que le juge 
Lôu était très savant. Comme il mani- 
festait sa surprise: Ne vous étonnez. 
pas, lui dit le juge. Aux enfers, c'est 
comme sur la terre. On y lit et on y 
étudie. — Le juge buvait sec. Le Tchôu 
fut ivre avant lui, et s’assoupit. Quand 
il se réveilla, la chandelle se mourait, 
le vin était bu, le visiteur avait dis- 
paru. — Depuis lors il revint régulière- 
ment, de deux ou trois nuits l’une, 
L'intimité allant croissant, le Tchôu lui 
soumit ses compositions. Le juge y 
trouva beaucoup à redire, et les lui 
corrigea, comme les maitres corrigent 
celles de leurs élèves. — Une nuit qu'il 
s'était de nouveau assoupi, pris de vin, 
il se réveilla soudain, par suite d’un 
certain mal d’entrailles. Quand il eut 
ouvert les yeux, il vit le juge qui, assis 
sur le bord de son lit, replaçait les 
viscères dans son ventre entr'ouvert. 一 
Pourquoi m'avez-vous ainsi éventré-? 
demanda le Tchôu; n'étions-nous pas 
amis. — J'ai changé ton ancien cœur, 
contre un cœur meilleur, dit le juge; 
ne bouge pas; je t’'expliquerai la chose 
tantôt... et il acheva de lui replacer les 
entrailles, rapprocha les lèvres de l’in- 
cision, et Ja banda. Pas une goutte de 
sang sur le lit. Le Tchôu ne ressentait 


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au ventre qu'un certain engourdi 
ment. Sur un guéridon, il vit un 

morceau de chair, — C'est ton an 
cœur, [ui dit le juge. Ton peu d'inté 
ligence tenait à ce que les valvales 
ce cœur étaiént peu perméables. Je 
choisi aux enfers, entre mille, un ca 
excellent. La substitution est fai 
Bonsoir ! — Quand le juge fut parti, 
Tchôu examina son ventre. 1H ne .res 
plus, de l’incision, qu'un filet rouge. 
De ce jour, Tchôu-siaoming fut un 
tré remarquable. Il soumit au juge 
nouvelles composilions, que celui 
goûta fort. Malheureusement, dit-il 
Tchôu, le destin ne t'alloue que Re: 
de licencié; maïs celui-là, tu l’obti 
dras cette année; présente-toi ba 
ment. 一 Tchôu-siaoming se présenk 
et fut reçu, à la grande surprise des 
amis. 11 eur raconta son histoire. Ceul 
ci voulurent aussi recevoir les leçoi 
du juge. Mais quand iis eurent va 
barbe rouge et ses yeux flamboya 
ils s'esquivérent. 一 Une nuit le Tc 
dit au juge: Vous qui savez rempl 
un cœur, ne pourriez-vous pas rem 
cer une tête? — Expliquez-vous, dit 
juge. — Sauf sa tête, ma femme 
assez bien, dit le Tchôu. — J'y pe 
rai, dit le juge. — Une nuit, ilf 
à la porte à minuit: Le Tchôu ay 
ouvert et allumé la bougie, vit que 
juge apportait un objet rond dans 
toile.. — Qu'est-ce? demanda-t-il. 
Le juge découvrit une fort belle tête 
femme fraîchement coupée. Cela f 
Paffaire, dit-il; allons voir Madame. 
Le Tchôu l'éclairant, le juge alla à 
chambre à coucher, poussa la p 


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qui s'ouvril quoiqu'elle fûl-verrouillée, 
et s’'approcha du lit Madame Tchôu 
dormait, couchée sur le côté, la tête 
appuyée sur un traversin. — Parfait, 
dit le juge au mari, veuillez fixer sa 
tête... Et, avec un couteau qu'il tira de 
sa botte, le juge trancha le cou de Mi:- 
dame, comme on tranche le pédoncule 
d’une pastèque, Puis vite il lui mit la 
tèle qu'il avail apportée, à la place de la 
sienne. L'adhérence fut instantanée. 
Ensevelissez la tête coupée, dans un 
endroit déceul, dit le juge au Tchôu; 
el il s’en alla. 一 Cependant Madanic 
Tchôu s'étant révei'lée, se sentit le cou 
comme eugourdi, et le visage couvert 
comme de croûles. Elle appela sa sér- 
vante, qui apporta de la lumière. Ma- 
dame avait le visage harbouillé de sang, 
et un filet rouge autour du cou. De 
plus, quand on lui eut présenté un mi- 
roir, elle ne reconuul pas sa tôle. Elle 
fit appeler son mari, qui lui expliqua 
le mystère. — Disons maintenant où 
le juge s'était procuré cette belle tête. 
Le censeur Où avail une fille fort bien 
faite. Deux fois fiancée, ses deux fiau- 
cés étaient morts avant le mariage. 
Devenue difficile à marier, elle était 
encore dans la maison paleruelle à l’âge 
de 19 ans. Le premier de l’an, étant 
allée au temple des dix rois des enfers 
où il y avait foule, elle donna dans 
l'œil à quelques garnements, qui s'in- 
troduisirent dans sa chambre, par esca- 
lade, durant la nuit. Comme elle résis- 
tait, ils la décapilérent. Quand les Où, 
réveillés par le bruit, eurent constaté 
l'assassinat, ce fut chez eux, durant 
toute la nuit, un beau vacarme. Le 


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matin venu, quand ils voulurent md 
tre le cadavre en bière, la tête ava 
disparu. On pensa qu'un chien l'ava 
emportée. Les servantes furent EE 


pour leur négligence. Monsieur 
avertit le mandarin. En fin de com 
la tête ne fut pas retrouvée, et 
assassins ne furent pas découverts. 
Cependant l’histoire du changement d 
tête de Madame Tchôu s'étant ébruitét 
Monsieur Où conçut des ee 


envoya une matrone aux informali 

Celle-ci lui ayant rapporté que le vis 

de Madame Tchôu était bien celui 

sa feue fille, Monsieur Où denonca | 
Tchôu au mandarin. Le Tchôu racog 
son histoire. Examinées séparémen 
toules les personnes de sa maison fret 
une déposition identique. Cependant | 
mandarin restait perplexe, et on1 
prévoyait pas trop comment cette affa 
finirait. — Le juge étant venu le vi 
Ja nuit, le Tchôu le pria de le ta 
d'affaire. — Très volontiers, dit Le j 
j'enverrai l'âme de la fille parler | 


père. — De fait, sa fille assassinée 
parut en songe à Monsieur Où, el 
dit: J'ai élé tuée par Yäng-tanien ! 
Sôu-hi. Le licencié Tchôu-siaoming € 
absolument innocent. Le juge Léx 
remplacé la tête de sa femme par 
mienne. Ainsi du moins quelque c 
de votre enfant a survécu. Gardez-v6 
de chercher noise au Tchôu. Vous 
vriez plutôt lui êlre reconnaissants. 
Eclairé par ce songe, le censeur 
avertit le mandarin. Yaäang-tanien 
pris au gile, jugé, condamné et 
cuté. Puis le censeur Où adopta 
dame Tchôu, le corps suivant la IA 


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170. — 807 : 
Il considéra Tchôu-siaoming comme 
son gendre. Enfin il enterra l’ancienne 
tête de Madame Tchôu, avec le corps 
de sa fille. Toute cette affaire peu ba- 
nale, se trouva ainsi lirée au clair et 
mise au point. 一 Tchôu-siaoming n'ar- 
riva jamais à se fairé recevoir docteur. 
Son intimité avec le juge Lôa dura 
trente ans encore. Une nuit, celui-ci 
lui dit: Vous ne vivrez pas toujours. — 
Vous voulez dire; dit le Tchôu, que je 
vais mourir. Quand? s'il vous plaît. 一 
Dans cinq jours, dit le juge. — Sans 
délai possible? demanda le Tchôu. — 
Sans délai, dit le juge, car c’est l'arrêt 
du Ciel. D'ailleurs, ne vous chagrinez 
pas. Elre vivant, être mort, c'est tout 
un. Bien fous sont ceux qui tiennent à 
la vie, et qui craignent la mort. — 
Tchôu-siaoming acheta donc lui-même 
son cercueil, ses habits funébres, et le 
reste. Il expira au jour marqué. — La 
nuit suivante, comme sa veuve pleurait 
prés de la bière, elle le vit entrer, 
comme à l'ordinaire. N'aie pas peur, 
lui dit-il. Je suis mort, il est vrai. Mais, 
être mort, être vivant, c’est tout un. Je 
viens vous revoir, vous mes chéris, ma 
femme et mon fils. — Si tu peux ainsi 
revenir en âme, dil sa femme en pleu- 
rant, ne pourrais-tu pas revivre? 一 
Non, dit-il; car j'ai vécu les années 
que je Ciel m'avait accordées. 一 Que 
fais-tu, aux enfers? demanda la fem- 
me. — À la recommandation du juge 
Lôu, dit-il, j'ai reçu une place d'’offi- 
cier. Je n’ai rien à souffrir. Le juge est 
venu avec moi. Prépare-nous à manger 
et à boire. — La femme servit et se 
retira. Elle entendit les voix de son 


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mari et du juge, causer et rire com 
jadis. Aprés minuit, le silence se fit. 
Depuis lors, Tchôu-siaoming revint 
peu près tous les trois jours. 11 parl 
avec sa femme des affaires domestique 
et caressait. son fils Tchôu-wei, q 
n'avait que cinq ans. Quand cet enfz 
eut commencé à étudier, vers l’âge 
sept ans, son pêre lui donna des leçon 
durant ses visites nocturnes. Qua 
Tchôu-wei fut reçu bachelier, à là 
de quinze ans, il ignorait encore q 
son père fûül mort. — Alors les visit 
de Tchôu-siaoming devinrent moi 
fréquentes. Enfin, une nuit, il dit # 
femme et à son fils: 11 nous faut na 
quitter. Je vais partir. Le Sublime Sok 
verain m'a nommé préfet (infernal) 
T'âi-hoa. C'est loin, et j'aurai beauce 
à faire. Je ne pourrai plus revenir.s 
Et comme sa femme et son fils se désd 
laient, il ajouta: Aucune union ne du 
Vous avez de quoi vivre, et mon fils 
de l’âge. Ne pleurez pas! À quoi bon! 
Puis il dit à Tchôu-wei: Continue à ét 
dier avec zèle, comme je tai appris 
le faire, et dans dix ans nous nousi 
verrons. — Cela dit, Tchôüu-siaomik 
sortit, et ne revint plus. 一 Dix # 
plus tard, à l’âge de 25 ans, Tchüu-" 
devenu docteur, ‘fut envoyé en missi 
au Chän-si. Comme il passait prés ( 
Hoâ-yinn, il vit venir un char, qui 
lui fit pas place. Etonné, il regarda, 
vit dans le char son père Tchôu-si 
ming. Vite il fit ranger sa voiture, ® 
pied à terre, et s'agenouilla au ora 
chemin. 一 Son père Sinclina et lui 

«Je suis content de Loi », puis passa. + 
Comme Tehôu-wei restait toujow 


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agenouillé, son pére détacha le poi- 
gnard qui pendait à sa ceinture, et le lui 
envoya par son valet, avec ces paroles 


«€ Porte-le; il te portera bonheur ». 一 


Ce fut tout. Le char qui portait Tchôu- 
siaoming, partit à fond de train. 一 
Tchôu-wei examina le souvenir que 
son père venait de lui faire remettre. 
C'était une arme du plus beau travail. 
Sur la lame étaient gravés ces mots: À . 
la bravoure il faut joindre la circons- 
peclion, et au savoir la vertu. — Tchôu- 
wei mit si bien en pratique ces sages 
maximes, qu'il devint, avec le temps, 
maréchal, et acquit 1 la réputation d'of- 
ficier parfait. 

Voyez Introduction XIV et VI. 一 kientité des con- 
traires en général, de la vie et de la mort en particulier, 
Taoïsme pur, voyez TP pages 172, 174, 175, 176. 一 


Tout particulier est tenu de faire place à un fonclion- 
naire. Le fils doit se ranger devant son père. 


171 


Au temps des Ming, durant la pé- 
riode Suän-tei (1426-1435), à la cour 
la mode élait aux combats de grillons, 
C'était une folie, une rage. Ordre au 
peuple de fournir ces bestioles. — Elles 
son relativement rares dans les provin- 
ces de l'Ouest. Cependant le sous-préfet 
de Hoä-yinn (Chan-si) se garda bien 
de ne pas se faire bien venir. 1l envoya 
à la cour un grillon, qui battit tous les 
autres. Ce fut un malheur pour son 
peuple, car il reçut aussitôt ordre 
d’avoir à én envoyer d’autres pareils, . 
11 mit en campagne ses satellites, qui 
exigérent des grillons des chefs de 


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village. Ceux-ci pressurérent les vi 
geois. Quiconque ne fournissait pas à 
grillons extraordinaires, était rançof 
ou fustigé. Sous prétexte de grille 
ce fut une curée. — Un maitre d'éc 
nommé Tch'éng, qui avait des ennem 
fut spécialement vexé par les satelli 
et Gil par être absolument ruiné. QG 
est fait, dit-il à sa femme; ilne 
reste qu'à me suicider. — Ne fais gl 
cela, dit la femme. Cherche! Tu t 
veras peut-être ce qu'ils demandent. 
Le Tch'éng se mit en campagne.lle 
du malin au soir, avec son vase d'a 
et sa cage en gaze, retournant to 
les pierres et sondant tous les trou 
prit en tout deux ou trois grillons, @ 
furent jugés .trop faibles. Quand 

terme qui lui avait été fixé fut expi 
il reçut cent coups de rotin, qui 
mirent dans l'impossibilité de contint 
la chasse. Tu vois bien, dit-il à sa fe 
me, qu'il ne me reste plus qu'à 
suicider. — Attends! dit la femme. 
En ce temps-là, une sorcière bos 
passa par Hoà-yinn. La femme 
Tch'éng prit l'argent qui restait, ach 
des présents, et alla consulter 14 sor@ 
re. Il y avait foule à sa porte, car € 
était trés famée. Elle était assise d 
une chambre obscure. En guise 
porte, une claire-voie en bambou. Ê 
vant la claire-voie, un vase à parfut 
La personne qui désirait la solution td 
doute, entrait, mettait des parfü 
sur la braise du vase, se proster 
devant, et formulait mentalement 4 
demande. Pas un mot ne devait él 
prononcé. Au bout d'un temps plusa 
moins long, un papier était jeté pari 


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claire-voie. C'était la solution, merveil- 
leusement exacte. — Madame Tch'éng 
consulta à son. tour, en la manière 
susdite. Le papier qui lui fut jeté, 
n'était pas un écrit, mais un dessin. 
Un tertre, des pierres, des herbes fol- 
les, en haut un moucheron, en bas un 
grillon. — Madame Tch'éng n'y comprit 
rien. — Elle porta le papier à son 
mari. — Celui-ci le considéra, et dit: 
Ceci, c'est le terrain vague derrière la 
pagode de l'Est. Cela signifie que je 
trouverai là le grillon idéal cherché. 一 
S'étant levé comme il put, le Tch'6ng 
se trafna à la pagode, avec son vase à 
eau et Sa cage en gaze. C'était bien le 
lieu dessiné par la sorcière. Comme il 
cherchait dans les hautes herbes, il 
remarqua un moucheron, qui descen- 
dait vers le sol. Il le suivit du regard. 
Le moucheron se posa sur une feuille. 
Sous la feuille, le Tch'éng vit un gril- 
lon énorme. Il voulut le saisir. L’insecte 
gagna un trou. Le Tch'éng essaya 
d'abord de le déloger avec une paille, 
Eofin il dut recourir au moyen extré- 
me, de verser dans le trou l’eau qu'il 
avait apportée. Le grillon dut sortir et 
fut pris. C'était une bestiole superbe. 
Le Tch'éng la mit dans sa cage, et 
rentra chez lui triomphant. En atten- 
dant le terme fixé pour la livraison, il 
la logea dans un bassin en faïence, et 
la nourrit avec grand soin. — Or le 
Tch'éng avait un fils âgé de neuf ans. 
L'enfant voulut voir à son aise le beau 
grillon. Profitant d'une absence de son 
père, il découvrit le bassin. Le grillon . 
bondit dehors. L'enfant le pousuivit et 
le ressaisit, mais si violemment, que 


— 171. — 


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l'insécte Fut mis en pièces. L'entad 
averlit sa mére. Atterrée, celle-ci ti 
dit: Que va faire ton pére, quand 
rentrera? Epouvanté, l'enfant 50 
sans rien dire. — Le Tch'éng 
rentré, sa femme lui dit la fâcheu 
nouvelle. Îl chercha longtemps son fi 
et finit par le trouver noyé dans 
puits. — Le père et la mère depostre 
le petit cadavre dans une paillote, 
se regardèrent désespérés, sans dif 
un mot. — Le soir, comme on se di 
posait à enterrer l'enfant, on const 
qu'il respirait encore. Les malheureg 
pareuts eurent un moment de jo 
Leurs soins ranimérent l’enfant; ms 
hélas, il était idiot. 一 Navré, le paur 
père considérait alternativement st 
enfant dément et son bassia vide. St 
dain le chant d’un grillon se fil ente 
dre. Le père sursauta. Un grillon ét 
assis dans le bassin. Le Tch'éng 
saisit, et remarqua qu'il n'avait qu 
pas de poids. Il l'examina, et const 
que ce n'était pas celui que son # 
avait laissé fuir. Enfin c'était un £g 
lon. Bestait à constater le degré de 
combativilé. — Un garçon du villag 
dressait alors un grillon réputé extra 
dinaire. Le Tch'éng alla le trouveras 
le sien, et lui proposa de faire bat 
ensemble les deux insectes. Sûr de 
victoire de soa élève, le garçon acce! 
volontiers. Quelle ne fut pas sa surpri 
de voir, les deux grillons ayant été nr 
en champ clos, celui du Tch'éng 
jeter sur le sien et le saisir à la nuqt 
en chantant sa victoire, Le garçon dé 
vile intervenir, pour sauver son inset 
À ce moment un coq qui passait, se j | 


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sur je grillon du Tch'éng. L'insecte 
bondit, et lui happa la crête. C'était 
un grillon hors pair. — Triomphant, 
le Tch'éng le porta au sous-préfet de 
Hoä-yinn, qui le fit combatire aussi, 
contre des grillons et contre un coq. 
L'épreuve fut décisive. Le grillon n'a- 
vait pas son pareil. — Le sous-préfet 
l'envoya à son supérieur, lequel le fit 
porter à la cour, dans une cage en 
or. — Là, le grillon démolit conscien- 
cieusement tous les grillons criquets et 
mantes, envoyés par toutes les provin- 
ces. De plus, il dansait, quand on jouait 
de la cithare. L'empereur en devint 
fou. 11 demanda et redemanda si on 
avait bien récompensé ceux qui lui 


“avaient procuré cet être rare. Les man- 


darins eurent de l'avancement. Le 
Tch'éng dispensé d'impôts, de corvées, 
et du reste, devint un gros richard. — 
Cependant, quand le froid fut venu, le 
grillon trépassa. Ce jour-là, à Hoâ-yinn, 
l'enfant dément du Tch'éng, recouvra 
subitement et entièrement la raison. 
Comme je suis fatigué! dit-il. J'ai été 
grillon. Comme j'ai du me battre! C'est 
fini, heureusement. 

Voyez Introduction XI, X, IX. — L'enfant désespéré 
ayant tenté de se noyer, son âme inférieure conserva son 


corps; son âme supérieure, devenue grillon, répara le 
tort fait à son père. 


172 


Le batelier Tcheôu, originaire de 
P'ing-wang, passant sous un pont à 
Hôu-tcheou-fou (Tchée-kiang), heurta 
iovolontairement, du bout de sa gaffe, 


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— 172. — 


malin, à son réveil, sa sœur raconla( 


.-sements à l’eau. Le Génie lui dit: 4i 


une jarre pleine d’ôssements humaia 
déposée là. La jarre tomba à l'eau. 
Quand le batelier fut revenu chez ; 
sa sœur cadette fut soudainement pos 
sédée par un esprit. Je suis, cria-t-ellé 
le devin Sa de Hôu-tcheou-fou. D 
mon vivant, j'ai été honoré par toute 
les notabilités, jusqu’au vice-roi de 
province. Et voilà qu’un vulgaire bala 
lier a jeté mes ossements à l'eau. Cek 
pe se passera pas ainsi! 一 Or, aupard 
vant, la sœur du Tcheôu était une boa 
ue fille absolument illettrée. A parl 
de ce jour, elle se trouva subitemed 
lettrée de marque et devineresse dise 
te: Elle débitait couramment les boni 
ments usuels des devins, mais ses pré 
diclions ne se réalisaient pas plus sot 
vent que les leurs. 一 Ennuyé de cell 
possession, le Tcheôu déposa plainl 
dans les formes ordinaires, au temp 
du Génie de la ville. — Le lendemä 


qui suit: Deux satellites, qui tenai 
un koëi, m'ont appelée et condui 
au temple du Génie de la ville. Lil 
koëi se plaignit qu'on eût jelé ses 


frère ta offensé, est-ce là une rai 
de persécuter la sœur? Je vois qu 
comme tant d’autres, tu as peur à 
forts, et aimes à vexer les faibles. 1 
prétends à étre honoré, pour avoir ë 
dis-tu, un bon deviou. Si tu arai5 
vraiment un bon devin, tu aurais pré 
pour tes os, une sépulture plus sûf 
En résumé, tu veux en imposer al 
gens après ta mort, comme lu leuré 
as imposé de ton vivant. Qu'on À 
donne vingt coups de rotin, et qui 


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le reconduise enchainé à Hôu-tcheou- 
fou! — À parlir de ce moment, la sœur 
du Tcheôu se retrouva illettrée comme 
devant, et absolument ignare ea fait 
de divination. -: : 


Voyez Introduction IX. — Dans les villes populeu- 
ses, les vieilles tablettes funèbres des familles éteintes, 
les ossements recueillis dans les sépultures rninées, sont 
placés dans des édicules construits ad hoc dans des 
lieux écartés, souvent sous les punts. Les ossements sont 
enfermés dans des grandes jarres couvertes. 


A Sôu-tcheou (Kiäng-sou), un cer- 
taia Loûo, jeune homme de vingt et 
quelques années, vit en songe, la nuit 
du premier jour de l'an, son aïeul dé- 
fant, qui luf dit: Tu mourras cette 
année, tel jour du dixième mois. Impos- 
sible d'éviter la. chose. Dispose tes 
affaires! — A son réveil, le jeune hom- 
me raconta son rêve. Toute la famille 
se lamenta. — Quand le jour dit fut 
arrivé, ses parents gardérent le jeune 
homme. Rien n'’arriva jusqu’à la nuit, 
et ils commencçaient à se rassurer, A la 
deuxième veille, un besoin pressant 
ebligea le jeune homme à sortir. Il ne 
rentra pas. — Ses. parents inquiels le 
cherchérent, et le trouvèrent étendu 
mort, au pied d'un nmrur, dans la cour. 
Cependant, comme k région du cœur 
restait liède, ils n’ensevelirent pas son 
cadavre, mais le déposérent sur un 
lit. — La deuxième nuit, le jeune 
homme revint à la vie. Jadis, raconta- 
t-il, j'ai abusé d'une servante de ma 
femme. Celle-ci-le sut, et la fit mourir. 
L'âme de la défunte a porté plainte 


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一 173, 174. 一 


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contre moi, au tiibunal du Génie del 
ville. L'affaire devait venir tel jour 
la dixième lune. J’ai élé cité à com 
raître. Mais mon accusatrice ayant 
réclamée par un des juges du Chän- 
pour une affaire arrivée durant une 
ses existences précédentes, mon ju 
ment a été différé jusqu'à nou 
citation. En attendant, le juge m'ar 
voyé dans le monde des vivants. Reto 
provisoire seulement. Je n'échap 
pas! — As-tu appris autre chose? 
manda le père du jeune homme. 
Oui, dit le ressuscité. Inquiet sur 
que deviendrait mon père privé de ma 
appui, je demandai au satellite chars 
de me garder, ce qui lui arriverait. 
me répondit: Il lui viendra ta fou. - 
Ta fou, s’écriérent tous les mem 
de la famille, c'est 天福 un gra 
bonheur... Et tous de féliciter le pé 
de famille, de ee que, malgré la 
de son fils, il jouirait d’une heure 
vieillesse. — Or, un mois plus tard, 
père mourut hydropique. On com 
alors que ta fou, c'était X Îf 
gros ventre. — Trois ans plus tard, 
fils Loûo mourut subitement, et défi 
tivement cette fois. 


Voyez Introduction VII. — Nombreuses sont 
histoires de méprises ou de mystificalions dues aux À 
Voyez numéro 12 note. 


174 


Yäng-hioung était le fils d’un co# 
mandant. Son père étant mort, l’enfaf 
encore jeune fut recueilli par le colo 
Tcheôu, son oncle maternel, en gar 
son à Heûe-tcheou (Kän-sou), quih 


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一 174, 一 


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prit en grande affection, à cause de sa 
vive intelligence. Le Tcheôu avait une 
fille, à peu près du même âge. Une 
gouvernante, sa parente, était chargée 
des enfants, et s'acquittait conscien- 
cieusement de leur surveillance. — 
Bevenu jeune homme, une nuit d'été 
qu'il étouffait dans sa chambre, Yâng- 
hioung sortit respirer l'air dans la cour. 
Soudain Mademoiselle Tcheôu vint le 
joindre. Les deux jeunes gens s'aimé- 
rent. Depuis lors ils se virent toutes les 
nuits. — La gouvernante ayant entendu 
parler et :rire la nuit dans la chambre 
de Yäng-hioung, l'épia, et découvrit le 
pot aux roses. Elle avertit le colonel. 
Celui-ci s’en prit à sa femme. Impos- 
sible, répondit celle-ci; notre fille 
couche avec moi toutes les nuits. — Le 
Tcheôu n’y comprit rien. Sous un pré- 
texte quelconque, il fit fustiger Yang- 
hioung et le chassa. — Après avoir 
erré sans ressources aucunes, celui-ci 
finit par échouer dans une vieille pago- 
de à Län-tcheou-fou. Un jour un char 
s'arrêta devant son refuge. C'était son 
amante, avec de riches bagages. Je 
suis venue avec mon oncle Tcheôou-ou, 
dit-elle; vivons heureux ensemble. — 
Or Tcheôu-ou était le frère cadet du 
colonel TcheGu. Il venait d'arriver à 
Län-tcheou-fou, comme commandant 
de place. Yâäng-hioung alla le voir. Le 
commandant lui rendit sa visite. Yang- 
hioung lui présenta sa femme. Le com- 
mandant fut ahuri. — Ma nièce est à 
Heûe-tcheou, dit-il. J'en viens. Si elle 
avait dû venir ici, son père me l'aurait 
dit. Yang-hioung fut stupéfait. — Peu 
de jours après, le commandant Tcheôu 


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一 174, 175. 一 


_ épousées absolument pareilles. Heureu- 


étant retourné à Heüûe-tcheou po 

régler des affaires, apprit la nouvelle 
son frère le colonel. Ma fille n’est p 

sortie de la maison, dit celui-ci : et 

alla avertir sa femme. — Celle-cil 

dit: Ce double, c'est une renarde, qu 
a pris l'apparence de notre fille, et q 

va faire croire et dire que celle-ci cou 
la pretantaine. Il n’y a qu’un moyea 
de sauver la réputation de notre famil- 
le. Fais venir Yâng-hioung, et fais-lui 
épouser notre fille. — Le colonel et le 
commandant s'étant consultés, trouvé- 
rent que le conseil était bon. Le colonel 
appela aussitôt Yang-hioung, et le ma- 
riage fut conclu illico. — Quand l'é- 
poux se retira dans la chambre nuptis- 
le, il se trouva en présence de deu 


sement que l’une des deux le tira 
d'embarras. C'est l’autre qui est votre 
femme, lui dit-elle; moi je suis une 
renarde. Jadis comme votre aïeul lé 
général Yang chassait, je fus percée 
d'une flèche et prise. Le bon général 
me pansa, puis me rendit la liberté. Je 
lui ai payé, en-votre personne, la dette 
de ma reconnaissance. Sachant que 
vous aimiez Mademoïselle Tcheôu, sans 
grand espoir de l'obtenir, je me suis 
entremise de la manière que vou 
savez, pour vous la procurer. C'étai 
votre destin à tous les deux. Mon rik 
est terminé. Adieu! 
Voyez Introduction XI et XX. 


475 


À Yäng-tcheou (Kiäng-sou) la cour- 
tisane Ying-kiao se décida à changi 


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de vie à l'âge de 24 ans. Un certain : 
Tchai lui offrit de l’épouser. Son offre 
ayant été acceplée, on convint du 
jour. — Cependant un certain Tch6u, 
étudiant de l'école supérieure, qui ai- 
mait la courtisane, lui offrit dix taëls 
et lui demanda un rendez-vous. Yinn- 
kiao accepta l'argent, et promit pour 
tel jour. Quand le jour fut venu, l'étu- 
diant apprit que la prostituée venait de 
monter dans le palanquin des épousées. 
Jen fut pour ses dix taëls. — Un an 
après, Yinn-kiao Lomba malade.et mou- 
rut. Cette nuit-là, l'étudiant vit en 
songe l'ex-courtisane. Elle vint à lui, 
vêlue d'une robe noire, et lui dit: Je 
suis venue payer ma dette. — Le len- 
demain malin, l'éludiant apprit qu'il 
venait de naîlre, dans l’étable, un joli 
veau noir, Il alla le voir. Le veau lui 
fit toute sorte de caresses, comme à une 
vieille et chère counaissance. II le ven- 
dit dix taëls juste. 一 Constlatez la jus- 
tice inexorable des juges infernaux, 
même en une matière aussi honteuse. 


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Voyez Introduction IX. 


176 


En lan 1746, durant l'été, à Kiäng- 
yinn (Kiäng-sou), la famille d’un cer- 
tain Sû-kia, fut fort tourmentée par 
un spectre noir, qui parcourait la mai- 
son en sifflant et mettant le feu partout. 
Même les voisins étaient cffrayés par 
ses apparitions. Ils demanderent se- 
cours au sous-préfet, qui était alors 
Liôu-hantchang, un lettré de marque, 


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originaire du Koäng-si. Celui-ci fil 
pour eux les prières et offraudes u 
elles en pareil cas, mais sans obte 
de résultat. Alors il fit rédiger par 
secrétaires une belle supplique au 
nie de la ville. Après s'être préparé 
l'abstinence et un bain, le sous-préfé 
se rendit en pompe, le soir, au tem 
du Génie, brüûla lui-même sa suppliq 
sur un plateau devant l'autel, puis s 
retira pour ja nuit dans un apparte- 
ment du temple, attendant les révéla- 
tions que le Génie lui ferait durant son 
sommeit. II n’eut aucune vision, mais, 
au matin, on l'avertit que Îles cendres, 
dans le plateau, avaient formé des let 
tres. C'étaient les deux caractères Tch'ès 
(Hôu-pei Hôu-nan), et T'ae (un non 
de famille). Après avoir réfléchi, 
sous-préfet demanda à brûle-pourpoint 
à son client Sù-kia: N’aurais-tu pas fait 
tort à un certain T'âo de ce pays-là? — 
Sû-kia blémit, et raconta ce qui suit. 一 
Dans ma jeunesse, pour rechercher ua 
parent, je fis un voyage à Où-tch'ang- 
fou (Hôu-pei). Etant tombé malade en 
chemin, mes compagnons de routs 
m'abandonnèérent, et j'allais périr misé- 
rablement, quand un mendiant nommé 
T'âo s'apitoya sur mon sort. Il me 
soigna, partagea avec moi le produl 
de ses quêtes et les contributions 由 
ses amis, me sauva ja vie, et “hs 


m'aida à regagner mes foyers. — Je 

mariai, vécus assez pauvrement, eus ui 
fils, et oubliai le mendiant. — Un jour, 
soudain, il arriva chez moi, avec un 
sac très grand et fort lourd. Depuis ke 
jour où je vous ai sauvé la vie, me dil- 
il, voici viogt ans écoulés. Durant 0w 


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一 176, 177. 一 321 


temps, j'ai brigandé dans les bois et 
sur les eaux. Ce sac contient mon bu- 
tin. On me traque. Je vous prie de sau- 
ver ma personne et mon bien. — Assez 
embarrassé je consultai mon fils. — Ce- 
lui-ci hésita, de peur de se compro- 
meltre. — Nous cachâmes le sac, et 
pensions à faire évader l'homme, quand 
soudain des gendarmes firent irruption 
dans ma maison, le saisirent et l'en- 
trainérent. Mon fils et moi, nous nous 
regardions l’un l’autre consternés, 
quand ma belle-fille se mit à battre 
des mains et à jubiler. Je savais bien, 
dit-elle, que vous deux nigauds, ne 
livreriez jamais ce hienfuiteur. Aussi 
ai-je averti les gendarmes. Comme cela, 
pous ne serons pas compromis, et son 
bulin nous reste. — Je comprends 
maintenant, conclut Sû-kia. Le spectre, 
c'est le mendiant Tao qui se venge. 一 
Tu as raison, je pense, dit le sous-pré- 
fet, et je crois que ton cas est sans re- 
mède. Le brigand devait mourir. Mais 
tu as fait ta forlune avec le fruil de ses 
rapines. 下 va te faire rendre gorge. 一 
La suite prouva que le sous-préfet avait 
bien jugé. Le fils de Sû-kia et sa belle- 
fille moururent. Des incendies succes- 
sifs réduisirent le vieillard à la misère. 
Alors les apparitions du spectre cessè- 
rent. Le mendiant Tao était vengé. Le 
bien mal acquis n'avait pas profité. 
Voyez Introduction VIF, 


477 
Au docteur Wäng-k'iming, origi- 


naire de Oû-yuan-hien (Nän-hoei), 
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一 177. — 


docteur élait brave. 


‘éteignit la lampe, le docteur sentit ses 


pour effrayer les autres. Et saisissan 


arriva, le premier jour du quatrième 
mois de l’an 1774, l’histoire que voici. 一 
Etouffé par un cauchemar, durant sol 
sommeil, il s'éveilla, et vit un grand 
diable debout devant son lit. 一 


Il bondit sur ses 
pieds, etempoigna le diable, qui essay3 
de fuir, mais se heurta contre un mur, 
ce qui permit au docteur de l'étreindre 
à la ceinture. Un tourbillon de ven 


mains se glacer, mais il ne lâcha pas 
prise. — À ses cris, les gens de la mai- 
son accoururent. Les tuiles tombaien 
du toit ébranlé, et pleuvaient dans] 
cour. Tous eurent peur. Le docteul 
seul riait et dit: Soyez tranquilles! Jé 
le tiens. Apportez de la lumière! 一 
Alors la taille du grand diable se mit 
diminuer rapidement. En peu CDS 
ce ne fut plus qu'un petit enfant. 

Quand les domestiques revinrent ave 
des torches et des lanternes, ils cons 
tatérent que leur maître étreignait un 
poupée de filasse, qui avait été mise a 
rebut comme avariée. — Faisons ul 
exemple de ce koëi, dit le docteur 


une torche d’une main, .il mit le feu 
la poupée qu'il tenait de l’autre. - 
Elle grésilla, comme fait la viande dag 
la poûle. Le sang et la graisse coulères 
à flots, tandis qu’une odeur insuppof 
tablement infecte remplissait la mal 
son. Le procès-verbal de l'événemel 
fut dressé par Wâng-fongt'ing, qui & 
avait élé témoin. 


Voyez Introduction NIX. —- Vieil objet devenu aÀ 


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— 178. — 323 


178 


Eu-1750, raconte Monsieur Yuan de 
Ts'ién-t'ang (Tchée-kiang), ancien 
mandarin, comme je séjournais à Sôu- 
tcheou (Kiäng-sou) dans la famille 
d’un certain Kiäng-ufong, son fils, le 
bachelier Kiäng-paotch'enn, alla à Nan- 
kin concourir pour la licence. Le con- 
cours terminé, avant la proclamation 
des reçus, le jeune homme tomba ma- 
lade et dut revenir à Sôu-tcheou. Son 
père invita les meilleurs médecins, qui 
déclarèrent tous qu'ils ny comprenaient 
rien. Sachant que jelais lié avec le 
célèbre Süe-ip'iao, Kiang-ufong me 
pria de l'inviler, ce que je fis. 一 Tan- 
dis que nous attendions sa venue, le 
malade se mit à parler. Voici Kôu-yao- 
nien, dit-il... Puis, parlant à un être 
invisible, il ajouta: Veuillez vous as- 
seoir. — Kôu-yaonien dit: Je suis venu 
vous apporter la nouvelle, que vous 
êtes reçu licencié avec le numéro 38. 
Je vous promets aussi que vous guérirez 
de cette maladie. Faites-moi servir de 
la viande et du vin, et je m'en retour- 


_nerai. — Or Kôu-yaonien était un bour- 


geois de Sôu-tcheou, lequel, ayant 
excité une émeute et poussé le peuple 
à battre le mandarin, sous prétexte 
qu'on vendait le grain trop cher, fut 
pris et décapité. — Aussi Kiäng-ufong 
fut-il très effrayé, quand il entendit à 
quel visiteur son fils avait affaire. Il 
entra vite dans la chambre de son fils, 
salua l'invisible, et lui dit: Si vous sor- 
tez de suite, je vous ferai donner ce 
que vous désirez. — Je ne puis pas 


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— 178, 179. — 


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sortir, dit Kôu-yaonien. Le mandarf 
Yuân de Ts'iên-t'ang est dans l’anti 
chambre. Le médecin Sûüe-ip'iae ent 
dans la maison en ce moment. J' 
peur de ces deux hommes. 一 Kiän 
ufong sortit, et me pria de faire pla 
au koëi. Süe-ip'iao étant entré, je lt 
dis ce dont il s'agissait. Il éclata 
rire. — Faire place, dit-il; allons done 
Puisqu'il a peur de nous deux, now 
allons le mettre dehors. Entrons! - 
Nous entrâmes. Süe-ip'iao tâta le pou 
du malade. Moi je donnai des coup 
* de balai, dans tous les sens, tout au 
tour du lit. — Une seule potion suf 
pour guérir Kiäng-paotch'enn. Bient 
la nouvelle arriva, que le bachelie 
élait reçu licencié, avec le numéro 38 

Voyez Introduction VI et XIII. 一 Koëi faméliqe 
qui use de sa connaissance transcendante, pour se fais 
faire des offrandes. :一 Les koëi craignent et évitent 


hommes de vertu, les hommes de talent. — Ils redoutest 
aussi les balais. 


179 


Un certain fe-laot'ouo errait par k 
Chän-tong. Personne ne savait d'ou 
élait originaire. C'était un sage. I all: 
tête et pieds nus, vêtu hiver coma 
été d'une simple robe de toile, et po 
tant sous son bras une natte en bar 
bou parfaitement propre. — Un jou 
qu'il élait descendu dans une auberg 
pour la nuit, le tapage fait par les hôte 
l'incommodant, il demanda à l'aube 
giste s’il n'avait pas quelque recoin sol 
taire à lui prêter. — 11 y en a un, 
l'aubergiste, mais il est hanté. — P 


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— 179, — , 325 


importe, dit te-laot'ouo, 一 Tauber- 
giste lui indiqua une cbhambrelte. Il la 
balaya lui-même, étendit sa natte sur 
le sol, et s'endormit paisiblement, — A 
minuit, le bruit de la porte qui s'ou- 
vrait, le réveilla. Une femme entra, la 
corde au cou, les yeux sortant des orbi- 
tes, et la langue pendante. Derrière 
elle, un homme décapité, portant deux 
Lèles dans ses mains. Puis un homme 
tout noir, au visage méconnaissable. 
Enfin un autre, jaune et bouffi, au ven- 
tre gonflé comme une calebasse. — 
Quand ils furent entrés, les quatre koti 
Sarreterent: Un homme vivant ici! di- 
rent-ils. Saisissons-le! 一 Un pouvoir 
invisible les empêcha d'approcher 
même de la nalle de fe-laot'ouo. Alors 
ils se concertèrent. — Rien à faire, dit 
Le koëi jaune. Nous n'avons de pouvoir, 
que sur ceux qui ont peur de nous. 
Quand la terreur a fait enfuir leur âme. 
supérieure, nous pouvons agir sur leur 
corps. Celui-ci n’a pas peur. Son âme 
est dans son corps. Donc rien à faire! 一 
Alors fe-laot'ouo se mit sur son séant, - 
et se montrant lui-même du doigt, il 
‘ demanda: Comment osez-vous entrer 
ici, alors que moi j'y suis? Qui êles- 
vous? — Les koëi s'étant mis respec- 
tueusement à genoux, la femme dit. 
L'homme sans tête est un assassin, qui 
a été décapité. Le noir est mort brûlé. 
Le jaune s'est noyé. Moi je me suis 
pendue dans cette chambre. — Me 
croirez-vous, leur demanda fe-laot'ouo, 
si je vous donne un boa conseil? — 
Oui, dirent les koëi. — Alors, dit te- 
laot'ouo, tâchez de mériter votre réin- 
carnation, en cessant de faire le Sabbat 


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一 179, 180. 一 


ici. — Les koëi le saluërent, et Se 
allérent. — Au matin, fe-laot'ouo ra 
conta à l’aubergiste la scène de la nui 
Bepuis lors la chambrette ne fut 
hantée. 

Voyez Introduction VII et XIII. 


1830 


Un certain te de Pékin, était là 
d'amitié avec un Wäng demeurant 
Î-tcheou (au sud-ouest de Pékin). 
Wang devant fêter le soixantième anvi 
versaire de sa naissance le sept del 
septième lune, le te se mit en rout 
monté sur un âne, pour aller lui offri 
ses vœux. 一 Il avait dépassé Fang 
chan. Le jour baissait, et un orag 
montait. Soudain un homme de hau 
taille, monté sur un cheval, le rejoign 
et lui demanda: Où allez-vous? 一 】 
te le lui ayant dit, le cavalier pa 
fort satisfait. Moi aussi, dit-il, je vai 
visiter le Wang. C’est mon cousin pa 
alliance. Faisons donc route ensem: 
ble. — Votre monture est plus rapide 
dit le fe; passez devant. 一 Le géan 
s'obstina à marcher derrière. 一 Bient 
ses allures inquiétérent le fe. Serait- 
un brigand? se demanda-t-il. = 


retourna fréquemment la tête, po 

observer ce compagnon suspect. À 

lueur des éclairs, il lui sembla voi 
que le géant chevauchaït, par CaOmeD 
la tête en bas et les pieds en l’air, qu' 
tirait une longue langue rouge, et sonf 
flait une vapeur noire qui pouvant 


la lueur des éclairs. — Epouvanté, 


ie piqua son âne, et arriva enfin cb 
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一 180. 一 : 32] 


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le Wâng, avec son étrange compa- 
gnon. — Le Wang les reçut tous les 
deux parfaitement bien. Il remercia le 
Îe, et traita le géant de cousin. — Le 
vin aidant, le le se rassura quelque 
peu, et se dit que, en chemin, il avait 
peut-être eu la berlue. Cependant il 
demanda au Wäng qui était ce géant. 一 
C'est mon cousin Tchäng, fondeur 
d'argent à Pékin, rue des cordiers, dit 
le Wâng; il est venu pour ma fête. — 
La nuit, on logea le géant et le te dans 
la même chambre. Ce dernier obtint, 
Sous un prétexte quelconque, qu'un do- 
mestique de la maison leur fût adjoint. 
Quand ils se couchérent, il mit le do- 
mestique entre deux, et s’abstint de 
dormir. — Bien lui en prit. Vers minuit, 
le géant s'assit sur sa couche, tira sa 
langue qui ruisselait de salive, étendit 
ses bras, saisit le domestique endormi, 
et se mit à le dévorer à belles dents, 
jetant par terre, un à un, ses os rongés 
et brisés. — Plus mort que vif, le Îe 
qui était très dévot à Koän-ti, s'écria: 
A moi ! vainqueur des démons. 一 Aus- 
sitôt, avec un bruit de cloches et de 
tambours, Koän-ti descendit d'en 
haut, tenant à la main son grand sabre. 
À sa vue, le yao-koai anthropophage 
se changea en un papillon, qui voltigea 
par la chambre, évitant les coups de sabre 
de Koän-ti. Enfin un coup de tonnerre 
formidable retentit. Koän-ti et le yao- 
koai disparurent. Le fe tomba évanoui 
sur le sol. — Le lendemain malin, la 
chambre restant fermée, alors qu'il 
faisait déjà grand jour, le Wang en 
enfonça la porte. Il trouva le fe évanoui. 
A terre, dans une mare de sang, les os 


— 180, 181. — 


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du domestique. Du géant, pas trace. - 
On courut à l'écurie. Son cheval y ét 
encore. 一 On. envoya en toute hâte! 
Pékin, demander des nouvelles d 
cousin Tchäng, fondeur d'argent, 


des cordiers. Il n'avait pas quitté Péki 
ni même songé à faire le voyage 
Î{-tcheou. 


Voyez Introduction VIITet Il. — Le yäo-koai axd 
pris la forme du cousin Tchäng. 


| 
181 | 


Un jour d'été qu'il faisait tn 
chaud, le bachelier K'iôu de Ni 
tch'ang-fou (Kiäng-si) ne trouva il 
de mieux, pour avoir frais, que de 4 
coucher, en coslume plus que lége 
dans le temple du Génie du lieu. Rei 
tré chez lui ensuite, il tomba graveme 
malade. — Pensant que le Génie da lie 
offensé par son indécence, le punissa 
ainsi, Madame K'iôu alla lui offrir 
vin et des mets, des parfums et 
papier-monnaie, avec les plus humbk 
excuses. — Le bachelier K'iôu guët 
aussitôt. 一 Sa femme l’adjura d'’alk 
remercier le Génie du lieu. — Ah! 
exemple! dit le bachelier furieux. Co 
ment, c’est lui qui m'arendu malade 
Nous allons voir. Et, de sa plus 
écriture, il rédigea une pièce, dans 
quelle il accusait le Génie du lieu, ch 
gé de protéger ses administrés, de 1 
nuire au contraire, pour se faire of 
de la viande et du vin. jl brûla Jui-mé 
cette pièce soignée, devant la stat 
du Génie de la ville. — Dix jours 
passérent sans réponse. Encore pl 


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一 181. 一 329 


furieux, le K’iôu rédigea une nouvelle 
rièce, dans laquelle il urgeait sa pre- 
miere requête, et accusait le Génie de 
la ville d’être de connivence avec son 
subordonné le Génie du lieu, qui lui 
servait apparemment sa part du profit. 
Il brula encore lui-même cette piece 
devant la statue du Génie de la ville. — 
La nuit suivante, le bachelier vit en 
rêve, dans le temple du Génie de la 
ville, une planche semblable à celle 
sur laquelle on affiche, dans les pré- 
toires, les prononcés du mandarin. Un 
papier fixé sur la planche, portait ces 
mots, pointés au vermillon... «Le Génie 
du lieu coupable d’avoir extorqué à ses 
administrés de la viande et du vin par 
des moyens illicites, sera ignominieu- 
sement cassé. Le K’iôu s’élant conduit 
insolemment envers les Génies, recevra 
trente coups de rotin sur le derrière, 
par les soins du sous-préfet de Sinn- 
kien-hien (sous-préfecture administrant 
la moitié de la ville préfectorale de 
Nân-tch'ang-fou).» — Le K'iôua s'étant 
réveillé, et ayant réfléchi sur son rêve, 
se dit: Ceci n’est qu'un vain songe. Car 
enfin, je suis de grande famille, et ba- 
chelier. Aucun mandarin ne peut me 
faire donner la bastonnade. Et puis, je 
relève du Nän-tch'ang-hien (sous- 
préfecture administrant l'autre moitié 
de Nân-tch'ang-fou). Laissons venir. 一 
Peu de jours après, durant un grand 
orage, la foudre détruisit le temple du 
Génie du lieu. Alors le K'iôu commença 
tout de même à craiadre pour le bas 
de son dos. Mais enfin, on ne fustige pas 
les Lettrés, l'usage l'interdit absolu- 
ment. Néanmoins, pour plus de sûreté, le 
49 


330 | — 181. — 


bachelier s'enferma dans sa maison. : 
Un mois plus tard, ses craintes s'é 
pouissaient, quand il entendit soud 
la ville retentir de cris et d’'impréd 
tions. La foule courait au temple, 4 
le gouverneur du Kiäng-si venait d'êti 
frappé d'un coup de hache en pld 
front, par un assassin, au moment q 
il offrait des parfums. Le préfet et 1 
deux sous-préfets s'empressaient. : 
Hors de lui de surprise, le bachelk 
K'iôu avait aussi couru au temple, a 
négligé d'intérieur, chemise et pant 
lon. Son air hagard frappa le sou 
préfet de Sinn-kien-hien, qui le |! 
saisir par ses satellites, et lui demand 
qui il était. Un étranglement sub 
<mpêcha le K'iôu d'’articuler un se 
mot. Il fit des gestes, pour exprim 
uil portait habiluellement une longa 
robe sur le corps, et un bouton sur! 
- tête, qu’il était Lettré en un mot. Ma 
qui pouvait comprendre cette pantom 
me? Un instant après, à plat en pleis 
rue, le K'iôu recevait du rotin sur | 
bas du dos, à la manière des simp 
mortels. Au trentième coup, la parol 
Mi revint. Je suis le petit-fils du mioï 
tre de l’agriculture K'iôu, cria-t-il. - 
Excusez-moi, dit le sous-préfet de Si 
kien-hien, je ne pouvais pas savoir. 
Les autorités donnèrentensuite au ba 
lier, par manière d'emplâtre, la place 
Chef des Lettrés du Fông-tch'eng-hi 
Mais, n'empêche, tout Leltré qu'il ét 
le Génie de la préfecture lui avait f 
bel et bien donner la bastonnade, par 
sous-préfet de Sinn-kien-hien. 


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Voyez Introduction II et V. 一 On ne frappe k 
Lettrés que sur les mains, Ceux qui sout condanues 


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一 182. 一 331 


être décapités, ont droit à une natte, pour recevoir leur 
tête. 


182 


Dans le village de Siào-koan-ying 
au nord-est de la ville de Yén-tch'eng 
(Kiäng-sou), vivait un certain Soûnn- 
tzoutch'eng. Sa femme était née Sie. 
Les deux époux avaient un fils, né 
dans la nuit du nouvel an, et qu'ils 
avaient, pour cette raison, appelé Nién- 
tzeu (le fils de l'an). 一 Nièn-tzeu avait 
dix-huit ans. Un jour qu'il portait au 
marché, pour les vendre, une charge 
de poulets, un tourbillon de vent jen- 
veloppa, et enleva ses volatiles, qui 
disparurent dans les afrs. Saisi de ter- 
reur, Niôén-tzeu relourna à la maison, 
s’alita, et fut bientôt gravement mala- 
de. — Or sa mère enceinte, attendait 
alors sa délivrance. Quand le moment 
fut venu, son père ayant évacué la 
maison selon l'usage, le malade resla 
seul dans sa chambre. — 11 lui sembla 
alors, dans son délire, que Île vent 
Pemportaïit vers une porte rouge. Quand 
 l’eut passée, il se sentit choir d’une 
hauteur ,vertigineuse. Il ne ressentait 
aucune douleur, maïs avait l’impres- 
sion que sen corps se ratatinait de plus 
en plus. — Enfin il cessa de tomber. 
Impossible d'ouvrir ses paupières gon- 

_ flées. Impossible de mouvoir sa langue 
lïée. — Bientôt il entendit les voix de 
son pére et de sa mère. — C'est un gar- 
çon,dit Soûnn-tzeutch'eng; je vais voir 
comment va Nièn-tzeu. 一 Un instant 
aprés il revint, et dit: Hélas! Nién-tzeu 
est mort. 一 Afers la mère se mft à se 


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一 182, 183. 一 


lamenter, et dit: Me voilà bien, avec ce 
morceau de viande (le nouveau-né) en 
plus, et mon grand garçon en moins! 
Tout est à recommencer! — Alors 
Nién-tzeu comprit qu'il était mort, et 
réincarné dans l'enfant mis au jour 
par sa mère. Craignant que, dans sa 
douleur, sa mère ne le tuât, il fit un 
suprême effort, Sa langue se délia, et 
il vagit: Nién-tzeu n'est pas mort! 
C'est moi Nién-tzeu! 一 Quand elle 
entendit parler le nouveau-né, la mére 
fut si épouvantée, qu'elle eut un accès 
d’éclampsie qui l’emporta. 一 Le pére 
nourrit l'enfant avec de la bouillie. Sa 
croissance fut phénoménalement rapi- 
de. À trois moisil fit ses dénts. A cinq 
mois il marcha. Il a actuellement seize 
ans. C’est Monsieur Yên, le sous-préfet 
de Yôn-tch'eng, qui m'a communiqué 
ce fait. | 


Texte de la fin du dix-huilième siècle. — Le peuple: 
croit que les tourbillons de vent sont produits par des 
koëi qui passent. — Réincarnation au moment de l'ac-. 
couchement, sans descente préalable aux enfers, avec 
conservation de la mémoire. L'enfant non encore né, 
n'est informé que par une âme inférieure. — Mort sans 
doweur, insensible, imperceptible. Porte rouge, rivière 
rouge, la naissance, avec l'hémorrhagie qui laccompa-, 
gae. Chute en ce bas monde, dans l’abime des misères 
de la vie. 


183 


A T'oùng-tcheou (Tchéu-li) vivait 
un certain Wäng-kiucheu, devin habi- 
le. — Or le préfet de Hoëéi-tch'ang 
(Kän-sou), Monsieur Tchéng, avait une 
petite fillé chérie, laquelle végétait de- 
puis sa naissance, sans se développer. 
Son âme n’a pas la force de la faire 


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vivre, disait-on. — Monsieur Tchéng 
consulta Wang-kiucheu sur la maladie 
de sa fille. — Elle n’est pas malade, 
dit le devin. Elle n’a pas d'âme. 一 
Comment? fit Monsieur Tchéng. — Elle 
n’a qu’une âme inférieure, dit le devin. 
Son âme supérieure n'est pas encore 
arrivée. Mais elle arrivera. C'est l’âme 
du sous-préfet actuel de X, qui, de par 
le destin, sera réincarnée dans le corps 
de votre fille. Il devait mourir au temps 
où votre fille est née. Vu ses vertus, le 
destin lui a accordé une prolongation 
d'existence, mais a oublié de retarder 
d'autant la naïssance de votre fille. 
Votre fille est donc née incomplète. 
Elle sera subitement complétée, le jour 
où le sous-préfet X, âgé maintenant de 
plus de 90 ans, mourra. — Monsieur 
Tchéng envoya aussitôt un émissaire à 
X, pour vérifier l’âge du sous-préfet, et 
les autres assertions du devin. Elles se 
trouvérent toutes parfaitement exac- 
tes. — Un mois plus tard, Mademoisel- 
le Tchéng se réveilla comme d’un rêve, 
et se trouva subitement en parfaite 
santé, avec le plein usage de ses facul- 
tés. — Son père renvoya à X le même 
émissaire. HL apprit que le sous-préfet 
était mort, sans avoir été malade, au 
moment précis où sa fille s'était trouvée 
guérie. 


Texte du neuvième siècle, extrêmement important 
et parfaitement clair. — Comparez, numéro 182, la 
règle. Ceci est l'exception. 


184 


Un certain Hiäng-tsing, originaire 


一 184, 185. 一 


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de Heüe-nei (Heüe-nan), avait une 
petite fille, qui mourut âgée de peu: 
d'années. Au début de sa maladie, l'en: 
fant jouant avec un couteau, sa mère 
voulant le lui enlever, avait été blessée 
à la main. — Un an après la mort de 
cette fille, la femme de Hiäng-tsing en 
eut une autre. Quand la petite eut at- 
teint l’âge de quatre ans, elle demanda! 
à sa mére : Où est mon couteau ? — Quel 
couteau ? fit la mère. — Celui avec le- 
quel je vous ai blessée à la main, dit 
l'enfant. 一 La femme stupéfaite rap- 
porta ces paroles à son mari. — Ce 
couteau existe-t-il encore? demanda 
celui-ci. — Oui, dit la femme; je l'ai 
conservé en souvenir de ma fille dé- 
funte. — Le père mélangea ce couteau 
avec plusieurs autres couteaux pareils, 
qu'il présenta ensuite à sa fille. Sans 
la moindre hésitation, l'enfant saisit 
le sien. 


Réincarnation, avec conservation de la mémoire, 
dans le sein de la même mère. 


485 


Sous l'empereur Sôu-tsoung des 
T'ang (756-762), un certain Tchéng-tai 
était préfet de Yänn-tcheou (Tchéns- 
kiang, Kiäng-sou). Le frère aîné du 
préfet, Tchéng-k’an, avait eu de a 
femme née Tchäng plusieurs enfants, 
qui étaient tous morts successivement. 
Une fille seule survivait. Elle s’appelait! 
Ts'äi-niang. C'était une charmante de- 
moiselle, âgée de seize ans. — La nuit 
du sept de la seplième lune, mei- 


niang vit en songe la Tisseuse (déesse 


一 185. 一 335 


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de la Lyre, patronne des travaux fémi- 
nins). — Que désirez-vous? lui de- 
manda la déesse. — Que je devienne bro- 
deuse habile, répondit Ts'ài-niang. 一 
La déesse lui donna une aiguille en or, 
piquée dans une feuille de papier. Pre- 
nez ceci, lui dit-elle, et mettez-le à 
votre ceinture. Si vous pouvez vous 
taire durant trois jours, vous devien- 
drez une brodeuse sans pair. Si vous 
parlez, vous serez changée en garçon. — 
Dés le second jour, Ts'äi-niang parla, 
et montra le don de la Tisseuse à sa 
mére. Celle-ci ne vit qu’un papier percé 
de deux trous d’aiguille. L'’aiguille en 
or avait disparu. — Peu de temps après, 
Ts'ai-niang tomba malade, et sa mère 
se trouva enceinte. — J'ai perdu déjà 
cinq enfants, se dit celte femme, et le 
sixième, ma fille, va mourir; à quoi 
bon en avoir d’autres, qui auront le 
même sort?.. et elle envoya chez le 
pharmacien, acheter une potion abor- 
tive. — Elle allait l’avaler, quand, du 
coin où elle agonisait, Ts’ài-niang cria 
« Cruelle! » — Qu'as-tlu ? lui demanda 
sa mère. — J'ai, dit-elle, que, après 
avoir quitté ce corps, je dois renaître 
dans le garçon que vous portez. Or 
vous alliez le détruire. Voilà pourquoi 
j'ai crié. — Madame Tchéng ne prit pas 
sa potion. Ts’ài-niang mourut, et un 
garçon prit sa place au foyer. — Ma- 
dame Tchéng mit de côté les objets quo 
sa défunte fille avait aimés. Dès que 
quelqu'un y touchait, le nouveau-né 
criait de colère. Il vagissait piteuse- 
ment, quand sa mère pleurait Ts'ai- 
niang. Sachant qu'il était leur fille réin- 
carnée, les époux Tchéng l’appelèrent 


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— 185, 186. — 
le Terme. Le Terme vécut, et de 


vint, avec le temps, censeur impérial. 
Comparez les numéros 182 et 188. 


186 


Lors de l'examen pour.le doctor: 
en 1751, le licencié Lodo-tchern 
de Kiën-li-hien (King-tcheou-fou, ak 
Hôu-pei) se trouvant à Pékin, un cer. 
tain Li, de P'ôu-tch'eng-hien pe 
vint le trouver, et lui dit: Vous ser 
reçu, mais p’aurez pas de charge. - 
Veuillez me dire pourquoi, fit le liceu 
cié. — Après la proclamation des reçus 
dit le Li. — Quand les noms eurent ét 
proclamés, le Loûo constata que, dl 
fait, il était reçu docteur, mais qu'au: 
cune charge ne lui était assignée. | 
alla donc trouver le Li, et lui demanii 
derechef pourquoi. — J'ai eu en songe 
lui dit celui-ci, une révélation à voit 
endroit. Le destin vous veut à P'ôu- 
tch'eng-hien. Je suis venu à Pékin tou! 
exprès pour vous le faire savoir. — LA 
docteur Loûüo retourna chez lui. Per: 
sant qu'il serait nommé au prochait 
changement du titulaire de P’éo- 
tch'eng-hien, il prit des renseignement 
sur ce sous-préfet. Ayant appris que, 
normalement, il devait encore rester 
en charge plusieurs années, il ouvri 
une école, en attendant. Il disait, à qui 
voulait l'entendre, que ce ne serait pa 
pour longtemps, la sous-préfecture de 
P'ôu-tch'eng-hien lui étant assurée.—De 
fait, ce ne fut pas pour longtemps. La 
troisième année, le docteur mourut 
subitement dans son école. — Un at 


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— 186. — 937 


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plus tard, le quinze de la huitième 
lune, comme les personnes de sa famille 
se livraient à des évocations spirites, 
soudain le pinceau s’agita vivement, et 
écrivit en grands caractéres: Je suis 
Loûo-tcheufang, revenu pour vous re- 
voir. — Ses parents se montrant dé- 
fiants, l'esprit écrivit: Ne doutez pas. 


: C'est bien moi. En voici une honne 


preuve: Il vous manque le titre de pro- 
priété de votre terre de Loüo-cheu-wan. 
Vous éles en procès avec les voisins 
pour cette terre. J'examinais ce litre de 
propriété, le jour où je mourus. Ouvrez 
mon exemplaire du Li-ki, à telle page. 
Le titre est là. — Quelqu'un courut 
vite à la bibliothèque. Le titre fut trou- 
vé, dans je livre indiqué, à la page 
dite. — Alors toute la famille agenouil- 
lée, pleura son cher mort. Le pinceau 
écrivit quelques phrases de condulé- 
ance, puis continua: Sur une commu- 
pication qui m'avait été faite, je m'at- 
tendais à devenir mandarin du P'ôv- 
tch'eng-hien. J'avais oublié de deman- 
der si je serais mandarin terrestre ou 
infernal. Aussitôt mort, je fus nommé 
Génie de la ville de P’ôu-tch'eng-hien. 
La prophétie est réalisée. Nous l'avions 
mal comprise... Si je ne suis pas venu 
vous voir plus tôt, c'est que les man- 
darins infernaux ont encore plus à faire 
que les terrestres. Ils n’ont pas un quart 
d'heure de repos. Ils ne chôment que 
le quinze de la huitième lune, un seul 
jour par an. Cette nuit-ci, la lune bril- 
lant et aucun vent ne soufflant, j'ai pu 
profiter de mon congé pour venir vous 
voir. Je reviendrai peut-être, à pareil 
jour. Durant mes visites, gardez-vous 


43 


— 186, 187. — 


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187 = de secouer les arbres et les buiss 
ù qui ornent la cour, car ils servent d'a 

泡 au cortège de koëi qui m'accompag 
DSS Les koëi sont si légers, que tout ve 
LD les emporte. Pour pouvoir s'arrêter 


rester en place, il faut qu’ils se fixe 
à un objet résistant. En bon mandari 
je dois avoir souci et soin de nm 
monde. — La conversation dura lo 
temps encore, puis le pinceau écris 
quelques phrases d'adieu, et ce fut fin 


Texte de la fin du dix-huitième siècle. 一 Fall 
importants sur la manière dont le peuple se figure à 
koi. — Le Li est un de ces êtres mystérieux, doués 4 
seconile vue, formant trait d'union entre Îles deux 
des, qui jouent un si grand rôle dans les lég 
tavistes. 


187. 


À Cauton, les deux étudiants Tc 
et Li s'élaient logés dans une mais 
solitaire, au lieu dit Fan-u-chan. 
quiuze de la huitième lune, les pare 
du Tchäo leur envoyérent les provisi 
nécessaires, pour passer joyeusem 
celte fête populaire. Vers minuit 
deux jeunes gens buvaient et riai 
encore, quand quelqu'un frappa à | 
porte. Ils ouvrirent. C'était un jeu 

: homme qui leur dit: Moi aussi jes 
étudiant. je demeure à dix stades di 
J'ai entendu parler de vous. Je : 
venu pour faire votre connaissance, 
me réjouir en votre compagnie. 一 
Tchâo et le Li le firent asseoir. 
para littérature, histoire, enfin Taoïs 
et Bouddhisme. 一 Or le Tchàäo, p 
Confucianiste, haïssail ces derniers : 
jets, landis que le Li, nature peusik 
eu raffolaitl. — Qui a vu Bouduh 


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— 187. — 339 


interrompit le Tchao. — Voulez-vous le 
voir? demanda l'inconnu. Rien de plus 
facile. — Quel bonheur! fit le Li. — 
L'inconnu monta sur une table, défit sa 
longue ceinture, passa l'un des bouts 
par-dessus une poutre, et fit de l’autre 
un rond (nœud coulant). Pendant ce 
temps, un parfum énervant, narcotique, 
se répandait dans l'appartement. — 
Regardez dans ce rond, dit l'inconnu, 
et vous verrez. — Le Li regarda, et fut 
émerveillé de voir Koän-yinn, le Pro- 
tecteur, et toute sorte de splendeurs, 
Le Tchao regarda aussi, et ne vit que 
des êtres hideux, au visage cyanosé, à 
la langue pendante. — Vous verriez 
mieux, dit l'inconnu, si vous passiez la 
tête dans le rond. — Le Li avança aus- 
sitôt la tête. — Arrête! cria le Tchao ; 
et-il appela au secours. — Les domes- 
tiques accourus dépendirent le Li qui 
étranglait déjà. L'inconnu avait dis- 
paru. — Averlis que ce quartier était 
hanté, les parents des deux étudiants 
les rappelèrent à la maison. — Mais il 
était écrit que le Li finirait par être 
victime de son tempérament mélancoli- 
que. 11 devint coup sur coup licencié, 
docteur, et sous-préfet de Lôu-kiang. 
Ayant eu des désagréments à subir dans 
cette charge, il se pendit. Cette fois il 
ne se trouva personne, pour l'empêcher 
d’aller voir Bouddha. | 
Pour la fête du 45 de la huitième lune, voyez Mo- 
rale et Usages, deuxième édition, page 385. 一 L'in- 
connu, âme d’un suicidé, enterré à dix stades de là, en 
- quête d’un remplaçant. — Les légendaires chinois obser- 
vent souvent, et finement, qu’une prédisposition psychi- 
que morbide fait les sujets capables de suggestion, d’hal- 
lucination, de médiummité, etc. S'ils n’ont pas de mots 


pour dire mélaucolie, neurasthénie, hystérie, manie, ces 
élats ne leur sont pas inconnus. 一 Comparez numéro 45. 


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— 188. — 
188 


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En l'an 1744, alors que moi 随 
Soêi-yuan j'étais mandarin de Ché 
yang (Kiäng-sou), un Lettré nom 
Où y était précepteur dans la famil 
Hoûng. Ce Où, bachelier, était de Hcä 
nan-fou. Sa femme et son fils l'avai 
suivi à Chôu-yang. Le précepteur lo 
geait dans la famille Hong, dort à 
élait le commensal. Sa femme et son fil 
habilaient seuls dans une maison iso 
lée. — Un matin, on trouva la femm 
du bachelier égorgée ‘avec le cout 
qui lui servait à éplucher et hacher 
légumes. — Quand j'examipai judiciai 
rement le cadavre, je constatai que | 
trois entailles faites à la gorge, allai 
de gauche à droite. Un esclave d 
Hoûng étant gaucher, je ommenck 
par arrêter cet homme. Il accusa un dd 
élèves du bachelier d'avoir assassiné 4 
femme qui résistait à ses instances 
J'arrêtai le jeune homme, mais me co 
vainquis bientôt que l’esclave ne l'aval 
accusé, que pour se venger d'avoir é 

‘ fouelté par lui. L'affaire en était là 
quand je fus transféré à Nankin. 
Mon successeur, le sous-préfet vs 
t'inghoei, fit tout ce qu'il put po 
noircir et faire condamner l'esclave. 
Le grand-juge déclara les preuves nos 
convaincantes. Au bout de douze en 
nées, l'enquête n’était pas plus avancé 
que le premier jour. — Au sixième mob 
de l'an 1756, j'appris qu'on avait s 
enfin qui était le meurtrier. Voici com- 
ment. — Un membre de la famille 
Hoûng, bachelier militaire, mort l’annét 


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一 188, 189. 一 341 


précédente de maladie, et dont fe 
cercueil était encore déposé dans sa 
maison, avait apparu à sa veuve, une 
nuit d'été, et lui avait dit: C'est moi 
qui, telle année, tel mois, tei jour, ai 
assassiné ja femme du bachelier Où, 
qui refusait de se prêter à mes désirs. 
Ma victime a porté plainte contre moi 
au Ciel. Demain à midi, le Génie de la 
foudre passera par ici, pour frapper 
mon cercueil. Fais-le vite mettre en 
lieu sûr. — La veuve fit ce qu'elle put, 
pour sauver Îles restes de son coupable 
mari. Mais le temps qui lui était donné 
se trouva trop court. A l’heure dite, le 
feu du ciel consuma le cercueil avec 
les ossements. Tout fut réduit en cen- 
dres. 一 létail notable, dans la cham- 
bre où cette exécution eut lieu, aucun 
autre objet ne fut brûlé. 


Voyez Introduction HI et IV. 


189 


Le comptable Li-niensien de Chéu- 
menn-hien (Tchée-kiang) chargé de 
faire rentrer des redevances, était allé 
à la campagne. A la chute du jour, 
étant près dua village, . il chercha une 
auberge pour y passer la nuit. Il n’y en 
avait pas. Ayant vu de la lumière dans 
une paillote, il approcha. Dans la pail- 
lote, un homme gémissait sur son lit. — 
Puis-je passer la nuit ici? demanda 
Li-niensien. — Tout mon monde vient 
de moutir du typhus, dit l’homme. 
Moi-même je suis malade. Installez- 
vous, si le cœur vous en dit. — Brisé 


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— 189. — 


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de faligue, Li-niensien en prit son 
parti. — Ne pourriez-vous pas me pro- 
curer du vin? demanda-t-il à l’homme. 
Voici deux-cents pièces de monnaie. 
Le reste sera pour vous. — L'homme 
fit effort, se leva, et sortit. — En atten- 
dant son retour, Li-niensien s'étendit 
sur une des bottes de riz coupé qui 
jonchaïent la cour. Un souffle froid et 
un léger bruit éveillérent son attention. 
Il ballit son briquet. A la faible lueur 
produite, il entrevit une femine éche- 
velée, au facies cadavérique,. droite et 
raide, qui planait au-dessus des amas 
de paille. Effrayé, il continua à battre 
son briquet. A chaque étincelle, l’appa- 
rition Jui apparut plus distincte. C'est 
un vampire, se dit-il. 一 Terrifié, il battit 
en retraite vers la porte. Le vampire fit 
autant de pas en avant, que lui fit de 
pas en arrière, — Il s'élança dehors. 
Le vampire le poursuivit. — Arrivé au 
débit de vin du village, Li-niensien se 
précipita dans la salle, el tomba éva- 
noui en jetant un grand cri. Le vam- 
pire s’affaissa aussi sur le sol. 一 Le 
marchand de vin ayant ranimé Li-nien- 
sien, lui fil raconter son histoire. — 
On ramassa d'abord le vampire. C'était: 
la femme de l'homme à qui Li-nien- 
sien avait demandé asile. Morte du 
typhus depuis peu, elle n'était pas en- 
core ensevelie. — On chercha ensuite 
son mari. ] fut trouvé mort au bord du 
chemin, à cinquante pas du débit de 
vin, qu'il n'avait pas pu atleindre. Il te- 
nait encore dans sa main les deux- cents 
pièces de monnaie. 


Voyez Introduction IX. 


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190 


Maitre Soùnn-hiefei originaire de 
Hôu-tcheou-fou (Tchée-kiang), tenait 
une école à Yânn-nan-fou. Le quinze 
du huitième mois, au soir, il permit à 
ses élèves de boîre au clair de la lune. 
Soudain on entendit sur la table un 
bruit pareil à celui que produit la 
chute d'une grosse.nierre. Les élèves se 
regardaient l’un l’autre, quand un être 
étrange montra sa tête à la porte. Son 
visage noir et parcheminé ressemblait 
à celui d'un singe. Une barbe verte 
pendait à son menton. 1} était coiffé 
d’un chapeau de cérémonie à houppe 
rouge. IJ entra en sautant et bondis- 
Sant. Quand il vit que les écoliers 
buvaient, il rit d’un rire sec, pareil au 
crépitement d'un bambou mis au feu. 一 
C'est un koai de montagne (siäo), se 
dirent les élèves, dont aucun n'osa 
bouger. — Après avoir. musé par la 
maison, l’être mystérieux alla à la cui- 
sine, où le cuisinier, qui avait célébré 
la fèle par de copieuses libations, 
dormait ivre sur son lit. — Du dehors, 
les élèves crièrent pour le réveiller et 
le mettre en garde. Sautant de son lit, 
le cuisinier prit un gourdin, et se mit 
à battre le koäi, qui s’efforçait de le 
saisir. Ensuite il l'étreignit à Ja cein- 
ture, et les deux lutteurs roulérent sur 
le sol. — Les élèves accoururent, armés 
de couteaux et de bâtons. Le koâi se 
trouva être à l’épreuve des instruments 
tranchants. Mais, sous les coups de 
bâton, il se ratatina peu à peu, et finit 
par se changer en une boule de chair. 


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一 190, 191. 一 


Les élèves la ficelérent à une colonne, 
dans l'intention de la jeter à l’eau, dès 
que le jour aurait paru. — Maïs, au 
moment où les coqs chantérent, on 
entendit de nouveau sur la table, le 
même coup qui avait annoncé la venue 
du koäi. La boule de chair avait dis- 
paru. — Comme trophée, il ne resta 
aux vainqueurs, que le chapeau à 
houppe rouge. Quand ils l’examinérent, 
ils constatérent que c'était le chapeau 
de l'élève Tchôu. — Or, depuis assez 
longtemps, des chapeaux de cérémonie 
disparaissaient de l’éçale, sans qu'on 
sût pourquoi ni comment. On comprit 
alors que c'était ce koäi qui les avait 
volés. Il paraît qu'il avait un goût spé- 
cial pour celte sorte d'objet. 
Voyez Introduction VI. 


191 


Le batelier Ma-nantchenn de T'âng- 
si-tchenn (Tchée-kiang}) faisait une 
nuit son service de passagers ordinaire, 
quand une vieille femme, accompagnée 
d'une jeune fille, le héla de la rive. 
Les passagers qu'il conduisait, voulu- 
rent le dissuader d'accoster. — N'est-ce 
pas une bonne œuvre, leur demanda- 
t-il, de tirer d'embarras une femme et 
une fille surprises par la nuit? — Il 
accosta, et les fit monter sur sa bar- 
que. — A l’aube, la barque arriva à sa 
destination. Alors la vieille tira d'un 
sac une poignée de féves jaunes, les 
enveloppa dans un carré de toile, et 
les donna au batelier, en disant : Voici, 
pour notre passage. Quand vous voudrez 


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nous rendre visite, posez vos pieds sur 
ce carré de toile. Nous nous appelons 
Pâi, et habitons à la Porte céleste oc- 
cidentale. — Cela dit, les deux voya- 
geuses disparurent. — Le batelier qui 
avait commencé par fourrer le nouet 
de fèves dans sa manche, se dit alors : 
J'ai eu affaire à deux sorcières... et il 
jeta le nouet. — Rentré chez lui, com- 
me il changeail de vêtements, quelques 
fèves restées dans sa manche, tombè- 
rent à terre. C'étaient des pépites 
d'or. — Vite, le batelier courut à l’en- 
droit où il avait jeté le nouet. Les fèves 
avaient disparu, mais il retrouva je 
carré de toile. Essayons! dil-il; et il 
mit ses deux pieds dessus. — Aussitôt 
il se sentit enlevé dans les airs, et trans- 
porté vers l'occident. Villes et villa- 
ges défilaient sous ses pieds, dans la 
profondeur lointaine. Bientôt il entrevit 
des palais pourpre et rose. Son véhicule 
le déposa au seuil. Des enfants qui 
gardaient la porte l'annoncèrent. La 
vicille vint le recevoir. — Vous deviez 
venir, lui dit-elle ; c’est votre destin; 
ma fille vous est promise. — Qui suis- 
je pour prétendre à un pareil parti? fit 
le batelier. — Il n'y a pas de partis, 
dit la vieille. C'est le destin seul qui 
règle les unions. Vous fûles liés l’un à 
l’autre, quand tu la reçus sur ta bar- 
que. Inutile de parler davantage. 一 Un 
instant aprés, au son des flûtes, lui et 
elle buvaient la coupe matrimoniale. — 
Quand la lune de miel fut écoulée, quoi- 
qu'il eût tout ce qu'on peut désirer, 
Mà-nantchenn désira faire une visile 
à sa famille terrestre. Il en parla à sa 
femme. Monte sur le carré de toile, 


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dit-elle. 一 En-peu d'instants, le bat 
lier fut transporté à la porte dei 
maison. Depuis lors il fit ja navetl 
entre la Porte céleste occidentale 
son domicile terrestre Ting-chos 
k'iao. — Or les parents du bateli 
conçurent Ja crainte qu'un jourile 
revint pas. lls brûlèrent le carré t 
toile. C'en fut fait. Mà-nantchens dl! 
rester sur la terre, et reprendre sa gi 
fe. — Les sages consultés sur cl 
aventure, opinérent que la vieille 4| 
avail dit s'appeler Pai (blanc }), deti 
étre la déesse du halo. 


Bon échantillon de Taoïsme fantastique. Quant À 
constellations et les météores s’en mêlent, cela 和 PS 
toutes les bornes. Comparez numéro 185, la Tisseui. 


192 


A Pékio, l’annaliste Hioüng-per 
t.iou logeait à côté du mandat 
Tchoäng-piensiou. Jijs se voyaient In 
que tous les soirs, une fois chez lu 
une fois chez l’autre. — Le douze 
huitième mois, le Tchoäng avait re 
le Hioûng, et tous deux buvaient € 
semble, quand on appela le Tcho 
pour une affaire urgente. Resté st 
le Hioûng continua à boire, en alt 
dant son retour. — Il venait de se‘ 
ser une coupe de vin, quand il ha! 
disparailre. 11 s'en versa une seconl 
Cette fois, une main bleue sortie 
dessous la table, s’'empara de la couf 
Effrayé, le Hioùng se leva. Alors ! 
grand diable, bleu des pieds à la ttl 
sorlil de dessous la table. Le Hioü 
appela au secours. Deux domesliqu 


— 192. — . 347 


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accourus avec des lanternes ne virent 
rien. Le diable bleu avait disparu. — 
Peu après, le Tchoäng étant rentré, se 
moqua des visions du Hioùng. Je parie, 
lui dit-il, que vous n'oseriez pas passer 
la nuil ici — Pourquoi pas? dit le 
Hioûng, qui fil aussitôt quérir la literie 
nécessaire, et son sabre, une arme 
excellente, qui ayant appartenu jadis 
au maréchal tartare Nién-keng-yao, 
avait bu le sang de nombreux ennemis, 
dans une campagne au Koukou-nor. 
Bonne nuit, lui le Tchoäng, en se reli- 
rant. 一 Le vent d'automne soufflait, 
la lune ne donnait qu’une pâle lumière, 
une lampe brûlait derrière le rideau 
vert qui abritait sa couche, dans la 
rue les veilleurs annoncaient la troisié- 
me veille. S'attendant à quelque visite 
nocturne, le Hioûng ne dormait pas. 一 
Tout à coup, une coupe vide tomba 
sur la table, puis une seconde. Voilà 
qu'il rend la vaisselle, se dit le 
Hioûng. — Un instant après, une jambe 
bleue entra par la fenêtre de l’est, sui- 
vie d’un bras, d’un œil, d'une oreille, 
d'une demi-bouche et d’un demi-nez. 
En même temps une autre jambe bleue, 
suivie d’un bras, d'un œæil, d'une oreil- 


le, d’une demi-bouche et d'un demi- 


nez, entrait par la fenelre de l’ouest. 
Les deux moiliés se réunirent au milieu 
de l'appartement. Le diable bleu regar- 
da avec colère vers le lit du Hioùng. 
Un coup de vent glacial souleva le 
rideau, 一 Brandissant son sabre, le 
Hioûng se jela sur le diable, et lui 
porta un grand coup sur le bras. Le 
diable sauta par la fenêtre. Le Hioûng 
se précipita à sa poursuite. Il allait 


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— 199, 193. — 


l'atteindre, quand le diable dispara 
derrière un cerisier. Le Hioûng rentr: 
et se coucha. — Le lendemain, quand 
le Tchoäng vint prendre des nouvelles 
de son hôte, il fut fort effrayé de voir 
une trace de sang dans le jardin. Le 
Hioûng sain et sauf lui raconta son 
aventure. Le Tchoäng fit aussitôt abat- 
tre et couper en morceaux le cerisier. 
Tous les éclats du bois de cet arbre, 
sentaient encore le vin. 


Voyez Introduction XIX. Arbre méi. Thème favori, 
rappelant les légendes des nagas indiens. 


193 


Le Lettré Tcheôu-k'ik'ounn de 
Hâng-tcheou (Tchée-kiang), dirigeait 
l'école officielle de Loüng-ts'uan-hien 
(Kiäng-si). — Chaque nuit, sans cause 
connue, le tambour suspendu à la porte 
de l’école, résonnait de lui-même. 
Trouvant ce phénomène étrange, le 
maître aposta un veilleur. Celui-ci vit 
un grand gaillard, qui lui parut haut 
d'une toise, battre le tambour. — Or le 
portier de l’école, un certain U-loung, 
n'avait pas froid aux yeux. Il monta la 
garde, avec son arc et ses flèches. 
Quand le grand gaillard reparut, il lui 
tira un trait, qui ne rata pas. Le blessé 
prit la fuite et disparul. — Peu de 
temps après, un ouragan ayant déraciné 
un grand saule qui se dressait devant 
l'école, le maître ordonna de le débi- 
ter. 一 O surprise! on constata que te 
tronc de l'arbre était percé d’une flé- 
che. On comprit alors qui avait jadis 
battu le tambour de l’école. La fatalilé 


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349 


qui, depuis longtemps, faisait couler 
aux examens tous les candidats du 
Loûng-ts'uan-hien, cessa aussi à dater 
de ce jour. Au premier examen qui 
suivit, un candidat nommé Tch'énn fut 
reçu. 

Un jour le vice-roi Yinn du Chàn-si, 
reçut du sous-préfet de Hoâ-yinn-hien 
le dépêche suivante: Un vieux sophora 
qui se dressait devant mon prétoire, 
interceptant trop la lumière, je donnai 
ordre de l’abaitre. Le personnel du 
tribunal me pria de n'en rien faire, 
l'arbre étant chênn, disaient-ils. Je 
maintins mon ordre, et fis même dé- 
terrer les racines du sophora. Celles-ci 
se terminaient en prolongements char- 
nus, 


lesquels embrassaient une image de femme; j'ai 
supprimé le texte obscène. 


Furieux, je fis jeter cette chair aux 
chiens, 

et brülai l’image. 

La nuit suivante, je tombai malade. 
Je perds la vue; mes oreilles bourdon- 
nent; je touche à ma fin. Veuillez donc. 
envoyer au plus tôt un délégué, qui 
prenne charge des sceaux de la sous- 
préfecture. — Que répondrons-nous à 
celte dépêche? demanda le vice-roi Yinn 
à ses conseillers. Le sous-préfet est-il 
malade ou toqué ? — A ce moment un 
courrier annonça qu'il était mort. 

Arbres méi. Voyez numéro 492 note. 


194 


L'inspecteur des études Fäng-pao 
avait un valet nommé Hôu-k'iou, âgé 


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de trente et quelques années, qui le 
suivait dans ses tournées. Une fois que 
l'inspecteur séjournait au Où-ying-tien, 
son valet fut logé dans la salle de bain 
de l'établissement. — Au milieu de h 
nuit, deux petits nègres tirérent le va 
let de son lit, et le transportérent dans 
la cour, qui lui parut comme éclairée. 
Il voulut prendre la fuile. Arrivé à l'ex- 
trémité orientale de la cour, il se trouva 
en présence d’un chênn vêtu de rouge 
el coiffé de noir, qui, d'un coup de son 
pied botté, l'envoya à l'extrémité occi- 
dentale. Là il fut reçu par la botte d'un 
second chénn tout pareil, qui le ren- 
voya au premier. Et ainsi de suite. Jus- 
qu’au chant du coq, le malheureus 
servit de ballon, dans une partie de 
football. Enfin les deux chônn disparu- 
rent. Hôu-k'iou resta gisant dans la 
cour. — Au jour, quand on le ramassa, 
on constata qu'il avait tout le corps 
couvert de bleus, meurtri et enflé. H 
lui fallut plusieurs mois pour se re- 
mettre. ° 

1 s'agit de deux kodi, appelés chénn dans ce texte. 


195 


En 1745, le marchand de toile. 
Tch'éng de Tchénn-kiang (Kiäng-sou), 
qui revenait de Siang-chan, passa, alors 
qu'il faisait déjà nuit, par une lande 
pleine de tombeaux. Soudain un pelit 
koëi sorlit des hautes herbes, et saisit 
un pan de sa robe. Bientôt un autre 
petit koëi survint, et saisit l'autre pan. 
Le premier le tira à droite, vers ce qui 
lui parut être un mur, dont la crèl 


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élait garnie de fantômes, qui lui jeté- 
rent de fa boue. Le second le tira alors 
à gauche, vers un autre mur, également 
garni de spectres, qui lui jetérent du 
sable. Et ainsi de suite. Plus les deux 
koëi le tiraillaient, plus les mystérieux 
spectateurs sifflaient de juie. Epuisé, le 
Tch'éng finit par tomber dans la boue, 
et pensa qu'il allait mourir. — Tout à 
coup les koei le lächèrent. Le Tch'6ng 
les enteudit chuchoter : Attention! Voici 
maître Lèng qui passe. — Un instant 
après, le Tch'éng vit apparaître un per- 
sonnage de haute taille, à la démarche 
digne, qui s'éventait en fredonnant. 一 
ici? demanda-t-il au 
Tch'ông. 一 Celui-ci lui ayant raconté 
son aventüre, maître Lèng dit en riant: 
Tu as servi de jouct à de malins lutins. 
Je vais te tirer d'affaire. Marche der- 
rière moi. Personne n'osera te faire de 
mal. — Le Tch'éng se leva et le suivit, 
l'espace de plusieurs stades. Mailre 
Lèngs’éventait et fredonnait toujours. 一 
L’aube blanchissait. Maître Lèng se re- 
tourna vers le Tch'éng, et lui dit: Tu 
n'es plus loin de chez toi. Séparons- 
nous ici. — Le Tch'éng le remercia 
avec effusion, et lui demanda son nom 
et son domicile. — Je suis, dil le grand 
personnage, maître Lèng-ts'ioukiang, 
du carrefour, près de la porte orien- 
tale. — Rentré chez lui, le Tch'éng 
dut prendre un bain et faire laver tous 
ses vêtements, tant les koëi l’avaient 
souillé de boue noirâtre. il alla ensuite 
à la porte orientale, pour remercier son 
bienfaiteur. — On lui indiqua la mai- 
son d'une famille Lèng, mais personne 
ne connaissait Lèng-ts'ioukiang. Enfin 


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— 195, 196. — 


quelqu'un se souvint, que ce non étal 
écrit sur une ancienne tablelte, d 
temple de famille des Lèng. C'était 
tablette d’un bachelier, de la promolios 
de 1644, mort depuis plus dua demi 
siècle. 

Koëi distingués, et koët vulgaires ; comme il y a de 
vivants Æ 子 kiänn-ise distingués, et 小 À sir 
jJenn vulgaires. 


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196 


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Le docteur Kôu-santien de iu: 
tcheou (Kiäng-sou ) avait un faible pri 
uoncé pour la chair de tortue. Aussi l& 
pêcheurs lui offraient-fls toutes les bel: 
les tortues qu'ils prenaient. Il venail 
encore d'en acheter une grosse. — 
nuit suivante, un homme portant un 
cuirasse dorée, apparut à la belle-menl 
du docteur, une dame Li, et lui dil 
Je suis le troisième fils du dieu dt 
fleuve. Votre gendre m'a fait prison 
nier. Si vous me sauvez la vie, je vo 
témoignerai ma reconnaissance. — LU 
lendemain matin, Madame Li envofl 
un messager à son gendre. Cet hom® 
arriva trop tard. Le cuisinier venait K 
dépecer ja grosse tortue. Cette ann 
là, sans cause connue, le feu prit (| 
le docteur, et détruisit sa bibliothéqu 
Peu de jours avant l'incendie, le chi 
de la maison, se dressant sur ses pall 
de derrière, avait offert à son mail 
avec ses palles de devant, deux 
d'eau. Les figures des ancêtres aval 
apparu comme peintes sur un mur. 
Mauvais présage, dirent les devios © 
sullés; présage de feu; car le ji 


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— 196, 197. — 353 


l'emporte sur le yinn. — Leur inter: 
prétation se vérifia. 

Chien ydng, eau yinn. Morts yinn reparaissant 
sous leur forme de ydng vivants. 


197 


Tchäo-t'ientsiao a raconté lui-même 
l'histoire suivante, qui lui arriva quatul 
il élait sous-préfet de Kiü-young. 一 
Etant sorli de la ville pour faire l’en- 
quête légale dans un cas d'assassinat, 
il dut passer la nuit dans une vieille 
pagode de village. Durant son sommeil, 
une matrone lui apparut, couverte de 
poussiére et mal peignée. Vous eles le 
mandarin de ce district, lui dit-elle. Je 
viens me plaindre à vous de Wän-lan 
qui m'étouffe. Sauvez-moi, s'il vous 
plaît. — Le sous-préfet s’éveilla en sur- 
saut. A la lueur de sa veilleuse, il en- 
trevit la visiteuse qui sortait. 11 sauta 
de son lit, mais ne put pas la joindre. 
Elle avait disparu. — Le lendemain 
malin, en examinant les lieux, il dé- 
couvrit, à côté de la pagode, un édi- 
cule dédié à la déesse Koän-yinn. Les 
abords en étaient bloqués par une mai- 
son neuye. Or, dans Ja statue de l'édi- 
cule, le sous-préfet reconnut sa visi- 
teuse de la nuil. — 11 fit aussitôt appe- 
ler le bonze. — Y a-t-il dans ce village, 
lui demanda-t-il, un homme nommé 
Waän-lan? — Oui, dit le bonze; c’est le 
propriétaire de la maison neuve, devant 
l'édicule de Koän-yinn. — Le sous- 
préfet fit appeler Wân-lan. 一 Ta mai- 
son, lui demanda-t-il, l’a-t-elle été lé- 
guée par les ancëtres? — Non, dit 


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一 197, 198: — 


Wän-lan, je hai bâlie celte année, s 
le parvis du temple de la déesse Koa 
yion, que le bonze m'a vendu po 
vingt taëls. 一 Tchäo-t'ientsiao compri 
Sans rien dire de son rêve, il tira vin 
taëls, les donna à Wän-lan, et lui in: 
tima l'ordre de tout remettre dans l'éta 
d'autrefois. Puis il donna quelque cho 
au bonze, pour faire réparer et orne 
l’édicule. 一 "Or Tchâo-t'ientsiao, ig 
de plus de quarante ans, était sans em 
fants, et avait perdu l'espérance d'et 
avoir. Quelques mois plus tard, sa fem- 
me se trouva enceinte. La nuit de « 
délivrance, la déesse Koän-yinn la 
apparut, et lui offrit un beau garca 
qu'elle avait apporté. Madame Tchä 
accoucha d’un enfant mâle. 

Voyez TP pages 467, et #74 à #16. 


198 - 


Le Grand Cérémoniaire Tchäng-lilt 
était dévol taoïste. 1! ne négligeait pd 
non plus ses affaires, Quand il se relif 
à Nankin, il avait mis de côté quelqt 
chose comme un million six cent mik 
taëls. — Alors le commandant Lang K 
fit faire la connaissance d'un t40-ch« 
alchimiste famé, qu'on disait posséd 
Ja vräie formule de la drogue d’imma 
talilé. 1! avait plus de neuf siècles d’à 
savait convertir les noyaux d'abricol 
pépites d'argent, et le reste. 11 décla 
à Tchäng-lihao, que, pour produire 
drogue d'immortalité, il lui fallait 4 
million de taëls d'argent. 一 La pet 
de la mort aidant, le Tehäng se résul 


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— 198. — 305 


à la coûteuse expérience. I] garda l’abs- 
tinence, fit déterminer par un géoman- 
cien l'emplacement du fourneau, etc. 一 
Le tiao-cheu commença par enfourner 
cent charges de bouille, et cinquante 
mille taëls d'argent. Le Tchäng surveil- 
lait lui-même le fourneau durant ja 
journée, et le faisait surveiller: par ses 
gens durant Ja nuit. Entretenu jour et 
auit, durant trois mois, un feu d'enfer 
fondit successivement huit cent mille 
taëls d'argent, sans qu'on vit trace de 
la fameuse drogue. — Le Tchäng s'in- 
quiéla. — Je vous ai dit, dès le com- 
mencement, répéla le tâo-cheu, qu'un 
million de taëls devront être sublimés. 
Alors la drogue sera produite. Quand 
vous l’aurez avalée, vous ne souffrirez 
plus des besoins du corps, ui des in- 
tempéries des saisons; vous traverserez 
l'espace au gré de vos désirs; vous serez 
exempt de la mort. 1l manque encore 
deux cent mille taëls. — Le Tchäng 
livra la somme, mais fit garder le tâo- 
cheu à vue. Un surveillant l'accompa- 
guait, même quand il allait aux cabi- 
nets. — Quand le million fut au com- 
plet, le tâo-cheu étant sorti, suivi de 
son surveillant, disparut soudain et ne 
reparut plus. — Le Tchäng courut au 
fourneau, et constata que l'argent était 
entièrement détruit. I ouvrit le paquet 
des hardes du täâo-cheu, et y trouva 
une lettre ainsi conçue: Voleur, tu 
tetais approprié iniquement un million 
de taëls. Je te Îles ai fait restituer. Ils 
sont effacés sur ta feuille de compte 
aux enfers. Je t'ai rendu un grand ser- 
vice, et compte que tu m'en sauras gré. 
Voyez Introduction XVII et XVII. 


RENNRÉEDOMNRODNHMNESHEE | ARNESAT| 


356 — 199, 200. — 


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199 


Le vice-président tartare Kie avait 
un parent éloigné, homme extrêmement 
intrépide, lequel trouvait qu'on parle 
trop des koëi et des thénn, et ne per- 
dait aucune occasion de se moquer du 
faste et du néfaste. — Une fois qu'il 
traversait le Chän-tong, un aubergiste 
l'avertil qu’uh de ses appartements était 
hanté, pouf le mettre en gaïde. Le ré- 
sultat fut que notre homme se logea 
tout exprès dans cette chambre. — Vers 
minuit, les tuiles commencèrent à pleu- 
voir. Puur me faire peur, efia-t-il, il 
faudrait que céla tombât de plus haut. 
Aussitôt une meule de moulin tomba à 
côté de lui. Pour me faire peur, cria-t- 
il, il faudrait briser cette table, Aussitôt 
une grosse pierre tombant sur-la table, 
en fracassa la moitié. Chien de koëi, 
cria-t-fl, je n’aurai peur, que quand tu 
m'auras cassé la tête. Et s'étant levé, il, 
se découvrit, et se tint debout immo- 
bile. — Rien né bougea plus, et l’appar- 
tement fut désormais paisible. Vaincu, 
par tant de hardiesse, le koäi avait 
déménagé. | 


La péur donne aux koëë et aux knd£ prise sur les 
hommes ; l’intrépidité les décohcerte. Nous avons vu, nu- 
méro 479, l’explicalion de ce phénomène. 


(TÉNÈSX) HE 


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200 


Durant la période Yoùng-tcheng, 
une grande famille tartare de Pékin 
maria son fils à une fille de fdmille as- 
sortie. La mariée fut apportée d'une 


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maison sise hors la porte Chä-heue- 
menn. Comme son palanquin passait 
près d’une tombe ancienne, un tourbil- 
lon de vent l’enveloppa, accompagné 
d'ane poussière si intense, que les por- 
teurs et les gens de l'escorte furent 
tous aveuglés. Enfin le palanquin arriva 
à la maison du marié. — Quand on 
l'ouvrit, à surprise! il en descendit deux 
mariées absolument pareilles, qui en- 
trérent côte à côte. Le père et la mère 
du marié se regardèrent. Mais ce n’était 
le moment, ni d'interroger, ni de 
discuter. On adora le ciel et la terre, 
on fil des offrandes aux ancêtres, el le 
mariage se trouva coaclu. Assis entre 
ses deux femmes, le marié se dit, qu'au 
fond, deux, c'était mieux qu'une. — 
Enfin les époux furent conduits dans 
la chambre nupliale, les parents et les 
domestiques se retirèrent, et le silence 
se fit dans la maison. 一 Soudain des 
cris de détresse sortirent de la chambre 
pupliale. On accourat. Le marié gisait 
à terre, une des mariées gisait sur le 
lit, les deux yeux crevés, et le sang 
coulant sur les joues. L'autre mariée 
avait disparu. — Quand on eut apporté 
des flambeaux, on vit, perché sur une 
poutre, un gros oiseau gris et noir, au 
bec effilé, aux serres acérées. Tandis 
que les domestiques cherchaient des 
arcs et des lances pour l'attaquer, 
il prit son vol et disparut par la porte. 一 
Nous venions de nous coucher, dit le 
marié, quand celle de gauche me donna 
sur les yeux un coup de sa manche, 
qui m'aveugla. — Un instant après, dit 
la mariée, un gros oiseau se jeta sur 
moi, et me creva les yeux à coups de 


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bec. — Triste noce, qui commença pa 
la cécité, pour les deux époux. 


Kodi méchant, faisant du mal pour son plaisir. — 
Le palanquin d’une mariée, ne doil jamais passer pr 
d’une tombe, près d’une caverne, près d'un puits, Pa 
de tout ce qui peut servir de repaire à des koëi ou à 
kodi. S’il faut passer en vue, un voile doit être tend 
entre Je palanquin et le point néfaste. 


_ 201 


Le Lettré Kiäng-ya de Ts'ing- 
tcheou (Nän-hoei) enseignait es 
élèves, dont le plus âgé avait trei 
ans au plus, et le plus jeune huit æ 
à peine. Un jour, avant la fin de K 
classe, soudain Île maître saisit 4 
gourdin, et cassa la tête à ses cim 
élèves; puis il brisa la sienne conë 
le mur, et tomba baigné dans son san 
Quand les parents apprirent la tri 
nouvelle, ils accoururent éplorés. Ra 
venu à lui, le maître raconta sud 


suit : Je me reposais après midi, qu 
soudain je vis entrer par la fenêtre 
ou sept koëi. Ils avaient des visag 
bleus, des cheveux rouges, et des 
tements barivlés. Ils se jetèrent 
mes élèves, comme pour les dévore 
Je saisis un gourdin, et volai à 
secours. Je frappai sur les koei de | 
tes mes forces. Quand ils eurent en 
disparu, je constatai que j'avais ass 
mé mes cinq élèves. Ma douleur 
telle, que je me cassai la tête contre 
mur. — Le mandarin prévenu, 
inspecter les cinq cadavres. Il ref 
d'abord de croire à l’histoire des kot 


* Mais les parents des élèves déposé 


tous, que le maitre Kiäng-ya était 


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excellent homme, qu'il n'avait d'inimi- 
tié contre personne, qu'il traitait ‘très 
bien leurs enfants, qu’on ne l'avait 
jamais vu ni exalté ni fou. Ils conclu- 
rent que ce drame ne pouvait être que 
le solde d'une dette de sang contractée 
au cours dexistences antérieures. Ils 
prièrent le mandarin de faire panser 
le maitre, et de remettre toule procé- 
dure jusqu'après Sa guérison. — Ce 
fait arriva au cinquième mois de l’an 
1756. Le sous-préfet de Ts'ing-yang le 
porta à la connaissance du vice-roi 
Yinn. Le maitre Kiäng-ya étant mort 
en prison quinze jours plus tard, des 
suites de sa blessure, on n'en apprit 
jamais plus long. 


Manie hallucinatoire avec impulsions homicides. — 
C'est par les dettes préexistantes, que s'expliquent toutes 
les fatalilés. | : 


202 


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L'histoire suivante est arrivée en 
1741, à Joëèi-tch'eng-hien (Chän-si). Il 
y avait là un temple, dédié aux trois 
héros Koän-u, Tchäng-fei et Liôu-pei. 
Toute l’année, il était fermé à clef, 
parce que, disait-on, il s’y passait des 
choses extraordinaires. On n’ouvrait la 
porte, qu'une fois au printemps, et une 
fois en automne, pour les sacrifices. 
Même le bonze chargé du temple, 
n'aurait pas osé y passer la nuit, — Un 
soir un homme du Ghàn-si passa par 
là, avec un troupeau de près de mille 
moutons. Il demanda qu'on lui permit 
de passer la nuit dans le temple. — Il 
est. dangereusement hanté, lui disent 


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一 202. 一 


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les gens. — Je n'ai pas peur, dit le 
marchand. — On lui donna la clef, 一 
Il abrita ses moutons sous les vérandas. 
puis se coucha dans le temple, un peu 
inquiet tout de même, aussi garda-t-il 
son graud fouet, et laïissa-t-il sa chan- 
delle allumée. Vers minuit, il entendil 
du bruit, sous le socle des statues. 
Soudain un grand gaillard, haut de 
huit pieds, parut sortir de terre à cel 
endroit. Ses yeux noirs caves lançaient 
des éclairs. Son corps élait couvert, 
non d'habits, mais d'une sorte de toison 


_ verdätre. Il regarda d'abord le mar- 


chaud d'un air féroce, puis souffla vers 
lui, puis chercha à le saisir avec ses 
griffes acérées. — Le marchand le 
cingla à grauds coups de fouet. — Le 
monstre parut ne rien senlir, et coupa 
la lanière d'un coup de dent. 一 Epou- 
vanté, le marchand se précipita dehors, 
et grimpa au plus haut d'un grand 


- arbre, qui se dressait dans la cour. Le 


monstre lui dardait des regards ter- 
ribles, mais il ne put pas grimper à 
l'arbre. — Au pelil jour, des gens pas 
sérent. Le monstre disparut. Le mar- 
chand, plus mort que vif, descendit el 
raconta son histoire. — On examina le 
socle des statues. Certains crurent re- 
marquer qu'une vapeur noirâtre s'é- 
chappait des joinLures des pierres. 一 
Le sous-préfet de Joëèi-tch'eng-hien 
averti, ordonna de démolir le socle. 
On creusa ensuite l'emplacement. À 
uue toise de profondeur, on trouva ul 
cercueil, contenant un grand corps 
mouifié. Les vêtements avaient disparu, 
et la momie étail couverte d'une couche 
de moisissure verte simulant une 


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toison. C'était bien le vampire qui avait 
attaqué le marchand durant la nuit. — 
Le mandarin ordonna d'élever un 
bûcher et de le brüler sur place, La 
momie siffla, le sang coula, et les os 
craquérent. — Depuis lors il n’arriva 
plus rien d'extraordinaire dans le tem- 
ple des trois héros. 


Héros de la période des Trois Royaumes, voyez TH 
pages 970 et 975. 


203 .- 


Dans le Où-si-hien (Kiang-sou), au 
village Tchäng-t'ang-k'iao, Un certain 
Hoâ-hiek'uan plus curieux que pru- 
dent, s’adonnait.-assidûment à l’évoca- 
tion des esprits, avec quelques amis de 
son espèce. Un jour l'esprit descendu 
sur je plateau, se donna pour Wang- 
tchoangchan, dacteur sous. la dynastie 
Ming. Le 了 oa et ses amis l'honorérent 
comme tel, et lui posérent des ques- 
Lions conformes à som état, Ils remar- 
quérent que le docteur s’'exprimait dif- 
ficilement, et faisait mal les vers. Sa 
complaisance les frappa aussi. On n'avait 
qu'à l'appeler, pour qu'il vint aus- 
sitôt. — Un jour, au beau milieu d’une 
conversation, il écrivit: Veuillez m'ex- 
cuser. Je m'en vais. Ts'ién-joulinn m'a 
invité à dîner. puis le plateau resta 
muet. — Or Ts'ién-joulinn était uu 
homine du même village, dont la mai- 
son était distante de trois stades envi- 
ron de celle du Hoâ. Piqué de curiosité, 
le Hoa s'informa de ce qu'il y avait 
eu ce jour-là chez le Ts'ién. I apprit 


-du on avait fait des invocations et des 


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_ Ja ville? 一 Ces génies, dit Li-paini 


. faites à domicile. Les offre qui ve 


offrandes aux chénn, pour un malade. 
Le lendemain, quand Wâng-tchour 
chan fut redescendu sur le plateau, 
Hoa lui demanda: Vous avez diné | 
chez Ts'ién-joulinn? — Oui, dit | 
prit, et j'ai été fort bien traité. — M 
dit le Hoa le Ts'ién n’a invité que 
chénn de l'espèce des génies locat 
comment un esprit aussi distingué 
vous, s'est-il mis à table avec de paré 
convives? 一 Acculé, l'esprit dit: 
ne suis pas le docteur Wäng-tchor 
chan. Je suis le Chantonais Li-paini 
jadis marchand de coton, mort ici dés 
une de mes tournées, durant la péri 
K'äng-hi. Mon âme n'ayant pas été , 
conduite au pays, je loge, depuis le 
dans le pagodin du pont d de ce vill 
Nous sommes là treize âmes aband 
nées. N’étant coupables d’aucun cri 
nous ne sommes pas liées, ni confiné 
Quand quelqu'un dans le village 
des offrandes, c'est nous qui les dég 
tons. 一 Mais, demanda le Ho, 
ment pouvez-vous vous approprier 
qui est offert aux Génies du lieu où 


ne vont pas à domicile. js consomn 
ce qu'on leur offre dans leurs temp 
Ce qui est offert à domicile, nous 
vient à nous koëi abandonnés. — E 
Souverain du ciel permet cela ? dem 
da le Hoâ. — Le Souverain du ciel, 
Li-painien, ignore les offrandes pris 


Ce qui est offert, revient aux k 
Pourvu que nous n'extorquions 
par force, le Souverain du ciel: 
laisse faire. Vous avez pu const 
que, si j'ai bu le thé et le vin que 


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— 203, 204. — 363 


m'avez offert, je ne vous ai jamais dé- 
robé ni thé ni vin. — Mais pourquoi 
vous êtes-vous fait passer pour Wäng- 
tchoungchan? demanda le Hoa, 一 
Quand vous fltes vos évocations, dit 
Li-painien, le petit génie protecteur 
de votre maison ne pouvant pas s'adres- 
ser plus haut, nous invita nous, les 
treize âmes du pont. Les douze autres 
étant absolument illettrées, n’osérent 
pas venir. Moï, sachant écrire quelques 
lettres, je me risquai. Pour me faire 
bien venir, je m'appelai Wing- 
tchoungchan, nom que j'avais vu au 
bas de nombreuses inscriptions con- 
servées dans les maisons de ce village. 一 
Puisque vous n'êtes ni lié’ni confiné, 
pourquoi ne retournez-vous pas dans 
votre pays? demanda le Hoâ. — Parce 
que je n'ai pas de quoi payer le péage 
aux chenn des ponts, des bacs et des 
barrières, dit Li-painien. — Si je vous 
brûlais cent sapèques de: papier-mon- 
naie, cela suffrait-il? demanda le 
Hoa. — Merci mile fois, dit Li-painien. 
Il en faudrait encore autant pour le 
chénn du pont, dont j'ai été l'hôte si 
longtemps, afin que nous nous quittions 
bons amis. — Le Hoä brûla le papier- 
monnaie demandé, et co9gedia Li- 
painien. Instruit par celte mystifica- 
tion, il renonça aussi au spiritisme. 
Texte intéressant, et qui se passe de commentaire. 


204 


A Hoëi-tcheou-fou ( Nän-hoei), les 
logements du sous-préfet et du capi- 
taine de place étaient accolés l'un à 


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364 一 904. — 


l'autre. Entre deux se trouvait le te 时 
pie du.Génie du lieu, dont le mur 
fond fermait la cour du capitaine, t# 
dis que la façade donnait dans la co 
du sous-préfet. Au printemps del 
1775, .le mur de fond s'écroula, et 
temple se trouva en communicatk 
avec le logis du capitaine. La nüit s@ 
vante, une vieille femme de service 
capitaine, tomba soudain comme frag 
pée d’apoplexie. Quand elle fut rever 
à elle, on constata qu'elle était bless 
au pied gauche, et qu'elle parlait 
dialecte du nord. 一 J'ai faim, cria-t- 
elle; donnez-moi à manger. 一 On: 
servit — Elle mangea juste le doul 
de ce qu'elle mangeait à l'ordinaire. 
Puis elle dit: Je suis Ha-cheu (n 
tartare ) concubine du précédent s0% 
. préfet. La femme en tilre m'ayant m 
traitée, je me pendis à un pêcher. À 
moment de la mort, je souhaïitai devet 
un koëi très méchant, pour pouvoir 
venger. Hélas, quand je fus mor 
. j'appris du Génie ‘du lieu, que j'av 
mérité mon infortune par més. Id 
passés. ] me défendit toute vengea 
dans le prétoire, et me confina da 
son temple, où j'ai terriblement souffle 
de la faim. Aujourd'hui le mur, 
s'écroulant, m'a blessée au pied, m 
j'ai pu sortir de ma prison par derrië 
Je suis entrée dans ton corps p 
manger. Si tu me nourris, je ne 
ferai aucun mal. — Depuis lors, 
vieille dormit le jour, et mangea dou 
ration chaque nuit. Elle n'eut auca 
autre mal. Souvent elle révéla aux ges 
des secrets qu'elle ne pouvait pas savot 
naturellement. — Or le capitaine 


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-一 904. — -- 365 


place avait perdu jadis une fille qu'il 
aimait beaucoup. Il lui avait fait faire 
une tablette, qu'il portait avec lui, de 
garnison en garnison. À Hoëi-tcheon- 
fou, il l’avait placée dans un temple, 
où on lui faisait des offrandes aux 
temps accoutumés. La vieille ignorait 
cela. — Voyant qu'elle révélait des 
secrets, depuis qu'elle était possédée, 
le capitaine lui demanda des nouvelles 
de sa fille. 一 Donnez-moi le temps de 
m'informer, répondit l'âme qui possé- 
dait la vieille. — Le lendemain, elle 
dit au capitaine: Votre fille est logée 
dans tel temple. Elle y est très bien, et 
a tout ce qu'il lui faut. Elle n'a aucun 
désir de revenir à la vie, et est trés 
contente de son sort. Elle vous fait seu- 
lement savoir, que les habits que vous 
lui avez envoyés ce printemps, sont 
trop petits et étroits pour sa taille. — 
Le capitaine ayant fait une enquête, 
-_ apprit que les habits en papier envoyés. 
à sa fille ayant été mouillés par une 
averse soudaine, la personne chargée 
de les porter, les avait remplacés par 
des habits en papier achetés au bazar, 
à l'aventure. — Cependant on rebâlit 
le mur écroulé. L'âme dit: Je vais être 
de nouveau renfermée dans ma prison, 
pour de longues années peut-être. Ayez 
la charité de me brûler quelquefois du 
papier-monnaie, qui me permettra d’a- 
cheter à mon ge0lier quelques petites 
faveurs. — On lui en brûla de suite. 一 
L'âme remercia et dit : Je sais jouer de 
la guitare et chanter; donnez-moi une . 
guitare, et je vous chanterai un com- 
pliment d'adieu. 一 Elle joua, chanta, 
puis se tut. 一 Alors la vieille reprit 


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soudain sa mine et son accent d'autre. 
fois. Désormais elle dormit la nuit, a 
ne mangea plus, le jour, qu’une ratiot 
ordinaire. L'âme l'avait quittée. 


Ce texte du dix-huilième siècle est instructif. | 


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| 
205 | 


Derrière la pagode Têi-cheng-nat, 
au bord du lac Si-hou, près de Häng- 
tcheou (Tchée-kiang), sont toujours 
remisés des cercueils pleins par milliers, 
en attendant que les familles les ense- 
velissent. Passant une villégiature das 
cette pagode, je demandai au bons: 
N’arrive-t-il jamais rien ici, où les. koë 
ne doivent pas manquer ? — Jamais, mé 
dit-il, car tous ces koëi sont riches; ils 
restent parfaitement tranquilles. — 
Comment, dis-je. Ces morts étaient tous 
de pauvres gens. S'ils avaient été riches, 
leurs familles ne différeraient pas aind 
leurs funérailles. Ce qu’on dépose ici, 
c’est la lie de Häng-tcheou.— C'étaient 
jadis de pauvres vivants, reprit le borz, 
d'accord; mais maintenant ce sont des 
koëi riches. Ils ont du vin, de la vian- 
de, du papier-monnaie, des habits, 


fait de continuelles et abondantes tf- 
frandes. Aussi, malgré leur grand nom- 
bre, pas la moindre manifestation. Etat 
soûls et repus, ils sont sans malice. Xe 
savez-Vous pas, vous qui êtes mandarin, 
que quiconque vole ou assassine, le fait 
parce qu'il a faim ou froid? Les koë 
qui apparaissent aux malades ou qü 
font de mauvais coups, sont-ce dx 


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一 905, 206. 一 367 
koëi bien habillés et bien nourris? Non! 
Ce sont des malheureux, aux cheveux 
épars, nus et émaciés. Ils exigent, parce 
qu'on ne leur a pas donné. — Je pensai 
en moi-même que ce bonze parlait d’or. 
Et de fait, durant un mois que je pas- 
sai à la pagode, ni moi, ni mon person- 
nel, ni mes enfants, personne n'enten- 
dit même un sifflement. 


Tous les koëï sifleat, quand ils vont et viennent. 一 
Ce texte est clair et explicite. 


de Ce SEE SSH E] 


206 


Dans sa jeunesse, an certain Kià- 
cheufang, de la province du Heüe-nan, 
paraissait comme hébété, un peu idiot. 
Ses parents étaient morts. Son frère 
aîné, un lettré, le fit travailler aux 
champs. — L'idée fixe de Kià-cheu- 
fang, était d’aller au'ciél. Il y pensait 
sans cesse. Un jour un täâo-cheu qui 
passait, lui dit: J’ai appris que tu dé- 
sires aller au ciel. Ferme les yeux. 
Prends mon bras. N’aie pas peur. — Le 
jeune homme se sentit enlevé dans l’es- 
pace. Le vent sifflait, et un bruit de 
vagues qui déferlent retentissait à ses 
oreilles. — Après quelques instants, il 
reprit pied. Ouvre les yeux maintenant, 
dit le tâo-cheu. Le jeune homme vit un 
paysage féerique, des palais et des 
maisons. — J'ai affaire ici pour quel- 
que temps; prends ceci pour te soule- 
pir, dit le tâo-cheu, en lai tendant uve 
coupe de vin. 一 Kià-cheufang se mit 
eu devoir de la boire. Il en avait bu la 
moitié, quand le tâo-cheu lui dit: Com- 
me tu ne dois pas rester ici, rends-moi 


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le reste. Divertis-toi en m’attendant. 
L'absence du tao-chea ne parut pe 
longue à Kià-cheufang. Quand il "4 
revenu : Redescendons sur Ia terre, di 
il. Ferme les yeux et prends m 
bras..— Kià-cheufang entendit les nx 
mes sifflements et mugissements qi 
l'aller. Au bout de quelques instants 
reprit pied près deson village. — Qu: 
il parut devant son frère, celui-B 
poussa un cri d’effroi. Es-tu un bom 
ou un koëi? demanda-t-il. — Pour 
serais-je un ko8iy dit Kià-chenfang 
Ne suis-je pas allé aux champs ce ma 
tin? Un tao-cheu m'a mené au ci 
pour quelques instants. Me voici de th 
tour. — Ce matin ? quelques instant 
s'exclama le frère ainé. Voilà des : 
nées que tu as disparu, et qu’on 
croyait mort. 

Effet d'une petite dose de la drogue d’immortalité. 


(HORS ) HE NI mn Es x 


207 


L'histoire suivante a été raconté 
par le bachelier émérite Keüe-wer 
linn, lettré distingué. L'épouse en tit 
de son père étant morte à King-tchet 
fou (Hôu-pei), son père la rempli: 
par la dame Li, sa femme Secondair 
Trois jours aprés que cette femme 8 
été déclarée épouse en titre, elle es 
mina le contenu des coffres de l'épou 
défunte Tcheôu, dont elle avait hérif 
Elle y trouva une robe rouge, ornée 
neuf fleurs de lotus brodées. Ce vé 
inent lui ayant plu, elle le mit. Apré 
le diner, prise d’un. transport su 


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369 


elle se souffleta comme font les femmes 
exaspérées, et cria: Je suis Madame 
Tcheôu, l'épouse défunte. Cette robe 
rouge faisait partie de la corbeille ap- 
portée de ma famille lors de mon ma- 
riage. Je l'aimais tant, que je ne l'ai 
jamais mise,. pour ne pas l’abfmer. Et 
voilà que toi, à peine arrivée, tu me 
l'as prise. Je vais tarracher l'âme. 一 
Toute la famille se mit à genoux, ct 

demanda grâce pour la jeune femme. 
Puisque vous êtes morte, dirent-ils à 
l'âme de la Tcheôu, à quoi vous servira 
cet habit si voyant? — Rendez-le-moi, 
en le brûlant à l'instant, commanda 
l'âme. Ne savez-vous pas combien j'é- 
tais jalouse? Ai-je jamais donné aucune 
de mes nippes à celte concubine? Brû- 
lez-moi cet habit à l'instait même, ou 
je ne m'en irai pas. — Il fallut en pas- 
ser par là. La robe rouge fut brûlée. — 
Je la tiens, .cria l'âme triompbante; 
merci ; je m'en vais. — Aussitôt la dame 
Li délivrée, se retrouva dans son état 
habituel. 一 Mais le lendemain, dés le 
malin, elle bâifla et se retrouva possé- 
dée. Qu'on appelle Monsieur, dit-elle. — 
Son ancien mari étant accouru, elle lui 
prit la main et dit: Voire nouvelle 
épouse est trop enfant. Elle ne peut pas 
gouverner convenablement la maison. 
Je viendrai désormais tous les malins, 
et je gouverñerai en elle. 一 Depuis 
lors, chaque matin jusque vers- midi, 
Ja dame Li fut possédée. L'âme de l'an- 
cienne maitresse demandait compte par 
sa bouche de toutes les dépenses, ali- 
ments et chauffage. Elle tançait les ser- 
viteurs et les servantes, etc. Cela dura 
plus de six mois, A la fin tout le monde 


47 


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" moi trois mille pièces de papier-mon- 


— 907. — 


dans la famille s'était habitué 4 Cèt ét 

de choses étrange. — Un jour l'âme di 

à son mari: Je veux partir d'ici. En 
passant et repassant, vous ébranlez el 
heurtez mon cercueil. Cela me fait mi 
aux os. Dépéchez-vous de m'ensevelir, 
pour que mon âme ait la paix. 一 Je 
n'ai pas encore trouvé de terrain con- 
venable, dit le mari. — Ton. voisin de 
l'ouest, le marchand de pétards, en a 


. un qui me conviendrait beaucoup, dit 


l'âme. Il est situé dans une vallée. J 
l'ai visité. 11 y a des cyprès et des bam - 
bous. Le site est tout à fait à mon goût. 
Le Marchand te demandera soixant 

taëls, mais il vendra pour trente-six. 
Dépêche-toi de faire l'achat. 一 Infor- 
mations prises, tout ce que le koëi 
avait dit, se troûva parfaitement exact, 
Le Keûe acheta le terrain. — A quand 
les funérailles? demanda l'âme. 一 
Donnez-moi le temps d'avertir tous nos 
parents, dit le Keûe. Et puis, remarquez 
bienqu'il manquera quelque chose à 70 
funérailles. Je n'ai pas encore de fil 

que je puisse vous imputer. Alors qui 
conduira votre deuil? — C'est vrai, dil 
le koëi. Altendons encore. Votre nou- 
velle. femme est enceinte, mats son en- 
fant n'a pas encore de sexe. Donuez- 


naie. Grâce à cette somme, j'obtiendrai 
que ‘ce soit un fils, que vous m'attri: 
buerez. 一 Le-Keùe paya. 一 En tempt 
voulu, la dame Li accoucha d’un fils, 
qui fut depuis le bachelier Keûe-wenn- 
linn. — Trois jours après, l'âme s’em- 
para encore de la nouvelle accouchée. — 
Vous êtes vraiment dépourvue de cœur, 
lui dit la vieille dame Tch'énn, mêré 


一 907. 一 - 37! 


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de son ancien mari, — Pas du tout, dit 
l'âme. C'est moi qui vous ai procuré 
cet enfant, qui-doit m'être attribué, et 
qui me fera les offrandes rituelles. Je 
tiens donc beaucoup à sa conservation. 
Or sa mère étant fort jeune, dort d'un 
sommeil de plomb. Je crains qu'elle 
n'étouffe l'enfant, si elle le garde dans 
son lif. Je vous prie, belle-mère, de ne 
le lui donner, que quand il devra téter. 
Le reste du temps, et surtout la nuit, 
gardez-le vous-même s'il vous plait. 
Ainsi serai-je tranquille. — La belle- 
mére le lui ayant promis, elle se re- 
tira. — Un mois après, on fit les funé- 
railles.. Le nouveau-né dut revêlir l'ha- 
bit de grand deuil en chanvre grossier. 
Monsieur Keûe trouvant cela trop dur 
pour ‘un nourrisson délicat, cherchait 
des accommodements avec les rits. 一 
L'âme accourut, fort en colère. Pas 
d'accommodements, dit-elle, avec ac- 
compagnement d'injures. J'ai été l'é- 
pouse en litre, Jé veux que .tout se 
passe-comme les rits le prescrivent. 一 
Il fallut en passer par là. 一 Quand le 
jour fut venu, l'âme s'empara une der- 
nière fois de la dame Li. Adieu, dit-elle 
en pleurant. Mon cadavre ét mon âme 
inférieure vont reposer en paix. Je ne 
reviendrai donc jamais plus. — De fait, 
après les funérailles, le koei ne reparut 
jamais. 一 Jadis, quand elle était encore 
fille, cette demoiselle Tcheüu avait con- 
clu un pacte, à la vie, à la mort, avec 
deux amies d'enfance. Ces deux per- 
sonnes moururent très jeunes. Made- 
moiselle Tcheôu épousa Monsieur Keüûe. 
Une nuit, ses deux amies lui apparu- 
. rent, dans la ruelle de son lit. Elle le 


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— 907, 208. — 


dit à Son mari. Celui-ci prit son sab 

et fit des passes dans la direction indi 
quée. Tu les as blessées, dit Madame 
Mieux eût valu les prier. Elles vont 9 
venger sur moi. 一 Elle mourat de fa 
peu aprés, sans enfants, à l'age 出 
vingt-trois ans. 


L'épouse en titre première, est enterrée à côté ds 
l'époux. Si elle n'a pas eu de fils, un garçon de l'éposst 
qui lui a succédé, ou d’une concubine, ou un adopté, Id 
est attribué. Vivant, il lui fera les offrandes, comme is 
vraie mère. Mort, il sera enseveli à ses pieds. 


208 


Au Tchée-kiang le policier M# 
kisien, attaché au département des sx: 
lines, avait amassé une somme d'argent 
I] acheta une petite charge pour soi 
fils Mà-hoantchang. Celui-ci n'eu 
bientôt plus besoin d'être aidé. Trë 
habile, il devint bientôt très riche. - 
Sur le tard, Mà-kisien épousa une jeunt 
concubine, qu'il aima beaucoüp. Il ré 
solut de lui laisser son héritage, al 
lieu de le transmettre à son file. Il l'& 
vertit de sa résolution, en ces er 
Si tu me sers fidèlement jusqu'au bo 
de mes années, je te léguerai m 
bien. — Six ans plus tard, Mà-kisi 
étant tombé malade, appela son fils & 
lui dit: Cette femme m'a servi avec 
plus grand dévouement. Mon désir g 
que tu lui donnes le bien que je laisse: 
rai à ma mort. Tu n’en as pas besoin. - 
À peine Mä-kisien eut-il expiré, qu 
son fils conçut le mauvais dessein d 
spolier la concubine. Le mari de sl 

tante, monsieur Oû, alors préfet kh 
Ts'uâpn-tcheou, était un homme capalk 


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873 


‘de tout. Mà-hoantchang alla le trouver 
et lui dit: Figurez-vous le tour que 
mon père m'a joué. ]1 a laissé une for- 
tune assez considérable. Or il m'a de- 
mandé de la donner tout entière à sa 
concubine. Je suis frustré. — Sois 
tranquille, dit le préfet Où, nous arran- 
gerons cela. Je te prêterai main forte. 一 
Quand le septième jour fut venu, la 
nuit du retour de l’âme, Mà-hoantchang 
fit veiller le cercueil par la concubine. 
Lui-même et sa femme pénétrérent 
alors dans la chambre de son père, et 
enlevérent toutes les caisses et malles, 
avec leur contenu. Enfin Mà-hoan- 
tchang ferma la porte avec un cadenas 
solide. — Après la veillée, quand la con- 
cubine voulut rentrer dans sa chambre, 
elle trouva la porte cadenassée. Au 
même. moment le préfet Où se présenta 
à elles et lui dit d’un ton élevé et bru- 
tal: Vous êtes trop jeune pour rester 
veuve. Retournez de suite dans votre 
famille.On vous cherchera un bon parti. 
Je vais demander à Mäà-boantchang de 
vous donner une somme convenable. — 
Cela dit, il appela Mà-hoantchang de 
sa grosse voix : Donnez cinquante taëls 
à cette personne, dit-il; ce sera plus 
que suffisant. 一 Mä-hoantchang paya 
immédiatement cette somme, qu'il avait 
préparée d'avance, puis dit- à la con- 
cubine : Monsieur Où a raison. Vous 
ne pouvez pas rester ici. On a déjà fait 
vos paquets, et le palanqüin est: prêt. 
Veuillez partir à l'instant, sans vous 
inquiéter du reste. — Craignant les vio- 
lences du préfet Où, la concubine ainsi 
expulsée partit sans mot dire. — Vous 
_ m'avez rendu là un fameux service, 


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ses parents, la concubine refusa de : 
laisser remarier. Son petit pécule fu 
bientôt dépensé. Quand le douze dei 
septième lune fut venu, elle achet 
l'encens et les autres objets nécessaire 
pour l'offrande (du quinze, jour de 
morts), puis se rendit chez les Mà 
pour se lamenter avec eux. Elle fi 
reçue par la femme de Mà-hoantchan, 
aussi mal que possible. N'as-tu pa 
honte. de revenir, après avoir ét 
expulsée.? lui demanda cette grossié 
persoané. — On ne permit pas à la con 
cubine d'entrer dans la maison. El 
fut logée dans un cabinet attenant: 
vestibule, et avertie qu’elle aurait 
déguerpir aussitôt les offrandes faite: 
La malheureuse se lamenta dura 
tonte la-auit, jusque vers le matin. 
Le lendemain, quand les Mà voulure 
”la chasser, ils-trouvérent son cada 

suspendu à une poutre. Ma-hoantch: 
fit vite acheter un cercueil, y dépe 
la morte, et la renvoya.à ses parenë 
“qui n’osèrent pas se plaindre, par pe 
du terrible préfet Où. — Persuadé qu 
n'aurait plus désormais que des = 
heurs dans cette maison, Ma-hoa 
tchang la vendit à un sieur Tchäng, 
alla se loger ailleurs. — Or uneé nt 
le Tchäng vit la suicidée et l’entent 
pleurer. 11 avait out parler des affai 
domestiques des Mà, et était indis 
de leur ignoble conduite. (Com 
nant à quel koëi il avait affaire, il 
dit doucement : J'ai acheté cette mais 
assez cher, sans intention de vous fail 
tort. Je connais vos ennemis, 
hoantchang et le préfet Où. Pourq® 


..— 208. 一 875 


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EU RENVERNNENN SAS DHÉSDLNNÈNHE 
MIRÉNEDESSEAX | 


m'ennuyer, moi? C'est à eux qu'il faut 
vous en prendre. Si vous voulez, la 
nait prochaine avant minuit, je vous 
conduirai à leur nouveau domicile. — 
La pendue sourit d'aise, et disparut. 一 
Quand la nuit fut venue, le Tchäng 
brûla de l’encens, disposa une tablette, 
pria l’âme de s'y fixer, puis la prit 
et s'en fut chez les. Mà. Arrivé à leur 
porte, il dit tout bas à la tablette: At- 
tendez que je frappe à la porte ; vous 
entrerez quand elle sera ouverte.” 一 
Le Tchäng ayant frappé, le . portiér 
sortit. Votre maitre est-il rentré ? lui 
demanda le Tchäng... Pas éncore, dit 
le portier, je l’attends. 一 Bonne occa- 
sion, dit le Tchäng à la tablette: 
entrez! 一 Croyant que'le Tchâng se 
parlait à lui-même, le portier le prit 
pour un toqué, et referma la porte. — 
Rentré chez Jui, le Tohang ne dormit 
pas de toute la nuit. Le lendemain, de 
grand mation, il alla aux informations. 
Le portier des Mà se tenait devant sa 
porte ouverte. — Vous eles bien ma+ 
tinal, lui dit le Tchäng. — 11 y a de 
quoi, fit le portier. Notre mattre est 
rentré à minuit. Un instant après, il se 
trouvait mal. Maintenant il est à toute 
extrémité. — Le Tehäng retourna aux 
informations, le même jour après midi. 
Mà-hoantchang était mort. Peu de 
jours après, le préfet Où mourut de 
même subitement. De plus les deux 
familles Mà et Où, furent complètement 
ruinées. . . 


Voyez Introduction VIT; Morale et Usages, deuxième 
édition, page 383 ; et le numéro 10 du présent volume, 


316 


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-一 209. 一 


209 


Wäng-yencheng, le frère cadet de 
Wäag-hienchenn préfet de Où-tch'ang- 
fou (Hôu-pei), était mort durant les 
chaleurs de l'été. — L'année d’après 
1763, en automne, le mandarin Wang- 
hi, an cousin du défunt, tomba grave- 
ment tnalade. Il délirait depuis plu- 
sieurs jours. Un médecin consukté pres- 
crivit un, tonique. La mère du malade 
préparait la décoction, sûr la table, 
prés de son lit, quand. Wäng-hi dit 
d'une voix étrange: J'ai été la victime 
d’un imbécile de médecin. Je ne souf- 
frirai pas qu'il en arrive autant à mon 
cousin Hi... Et, d'un coup de main, il 
jeta à terre la tasse contenant la dé- 
coction. — Qui êtes-vous ? demanda la 


- mère effrayée. 一 Je suis Yéncheng, 


mort l'an dernier. Se peut-il que vous 
ne reçonnaissiez pas ma Voix? — 
Qu'étes-vous devenu? lui demanda la 
mère. — À cause de la droiture de mon 
caractère, et parce que ma vie a été 
tranchée avant le temps, j'ai été placé 
au prétoire du Génie de la ville de 
Tch'äng-tcheou (rang de préfet). Celui- 
ci m'a chargé de porter une dépêche 
importante au Génie de cette province 
(rang de vice-roi). J'ai profité de l’oc- 
casion pour venir vous voir, et suis 
arrivé juste à temps pour sauver mon 
cousin Hi des mains de son médicastre. 
Maintenant il faut que j'aille remettre 
ma dépêche au prétoire provincial. Je 
reviendrai ensuite. 一 Un instant après, 
Hi s'endorinit paisiblement. Le lende- 
main malin, on conslata qu'il n'avait 


一 209. 一 


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351 


aucune souvernance de ce qui s'était 
passé la veille. — Vers le soir, Yéncheng 
parla de nouveau par sa bouche. J'ai 
soif, dit-il; donnez-moi à boire. Puis, 


Quand il eut bu‘ Appelez mon frère, le 


Huitième. 一 Or le Huitième, était le 
seul frère de Yéncheng né de la même 
mére que lui, pour lequel il avait eu, 
par suile, ane affection spéciale, de 
son vivant. — Quand le Huitième fut 
venu, Yéncheng lui fit des caresses, 
comme jadis, puis il lui dit: Prends 
garde, dans tes jeux, de ne pas mettre 
ta vie en danger. L'autre jour, quand 
tu faisais naviguer des petits bateaux 
Sur le bassin devant le temple de nos 
ancêtres, tu as failli être écrasé par la 
chute d’une colonne. Tu devais être 
tué. C’est moi qui ai poussé la colonna, 
pendant qu'elle tombait, et l'ai fait 
heureusement dévier. Tu allais payer 
l'offense faite par notre père, à un vieux 
mort enseveli sous cette colonne. Notre 
père fit niveler sa tombe, dresser. une 
colonne dessus, et creuser le bassin à 
côté. Oppressé par la colonne, mouillé 
par les infiltrations du bassin, le mort 
résolut de se venger. Je l'ai empêché 
de réussir pour celle fois, mais butez- 
vous de l'exhumer et de l'enterrer ail- 
leurs. — Puis Yénchéng demanda qu'on 


, appelât ses trois sœurs. — Quand elles 


furent venues, il dit: Première et 
Deuxième, vous serez heureuses sur la 


"terre; mais toi, Troisième, le destin ne 


te veut pas de bien. Cela étant, mieux 

vaut que je bemmene, et te conduise à 

potre mère. Autrement tu auras trop à 

souffrir de diverses marâtres. — Cela 

dit, Yéncheng rit, salua, et prit congé 
48 


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en disant: Au revoir! au revoir! 一 也 
iustant après, Hi reprit ses sens, 
parla avec sa voix ordinaire. Peu t 
jours aprés, il était guéri. Avant s 
mois, la Troisième mourut. 一 En 176 
durant l'hiver, avant le nouvel-a8 
Yôncheng apparut en songe à son co 
sin Hi. Je suis heureux de vous voire 
bonne santé, lui dit-il. Pour moi, 
vais avoir de l'avancement. Il ne % 
sera plus aussi facile que jadis de ves 
vous voir. Adieu donc! 一 Hi se réveil 
tout triste. 


Voyez Introduction M, hiérarchie des mandarisé 
infernaux. 一 Dans cette histoire, "pas de métempsyc 
mais le monde double, et le destin ; du Taoïsme pur. 


210 


A Lù-seu-tch'ang, village dists 
de cent stades environ de la sos 
préfecture de T'oùng-tcheou (Kiisg 
sou), vivaient l'étudiant Kiäng-ilins 
sa jeune femme née P'éng. Mariés 
ans avant que l'étudiant coiffât le L 
net viril, les deux enfants s’aimaie 
d'amour tendre. — Une nuit, ils rt 
rent tous deux, que lui serait reçu | 
chelier tel jour, et qu'elle mourrait 
jour-là. Quand le temps des exame 
fut venu, l'étudiant. ne voulut pas 
présenter, de peur de perdre sa fem: 
Présentez-vous, lui dit celle-ci. Li 
portant est que vous obteniez un gra 
Peu importe que moi je meure. D'a 
leurs bien des rêves ne se réalis 
pas. — Elle dit cela, pour décider & 
mari. Celui-ci se présenta à cont 
cœur. La liste des reçus, dont il ét 


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319 


fut affichée le jour qui lui avait été 
révélé en rêve. Le lendemain il rece- 
vait, à la préfecture Yâng-tcheou-fou, 
la nouvelle que sa femme venait de 
mourir subitement. Il ne put rentrer 
chez lui, qu'après les formalités de la 
réception officielle des bacheliers, le 
quatorzième jour après la mort de sa 
femme. Or le peuple de la sous-préfec- 
ture de T'oûng-tcheou, croit que la 
nuit qui termine la deuxième période 
de sept jours, est celle où l’âme revient 
(comparez page 33, ailleurs la septième 
puit). Kiäng-ilina veilla donc près du 
cercueil, dans l'espoir de revoir sa 
femme. Vers minuit, il entendit on 
léger bruissement dans un coin de 
l'appartement. Sa femme apparut, et 
souffla la lampe qui brûlait devant le 
cercueil. Ilinp ne bougea pas, de peur 
de l'effrayer. Elle approcha du lit, 
entr’ouvrit les rideaux, et demanda: 
Es-tu revenu? Il l’embrassa en pleu- 
rant. Quand les deux époux se furent 
raconté ce qui leur était arrivé - depuis 
leur séparation, ils se mirent au lit, 
comme jadis. 一 Est-H vrai, demanda 
Ilinn, que les morts sont cités par un 
satellite infernal, puis gardés jusqu'au 
retour, et enfin emmenés par lui? — 
Cela est vrai des âmes coupables, dit 
sa femme: celles-là sont tenues capti- 
ves. Comme j ai été trouvée sans faute, 
et les juges infernaux ayant constaté 
que le temps de notre union a élé 
écourté, j'ai reçu la permission de re- 
venir seule. — Pour celte nuit seule- 
ment? demanda Ilinn. — Non, dit sa 
femme ; chaque nuit, jusqu'à solution de 
notre lien. De plus, je te suis repromise, 


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pour une seconde existence. — 
ce moment, un coup de vent ébra 
la fenêtre. Tiens-moi! tiens-moi! 
la femme effrayée. Les koëi sont 
légers,que le moindre souffle lesempo 
au loin, irrésisliblement. 一 Au cha 
du coq elle prit congé, puis revint c 
que nuit. Elle vaquait à sa toilette, 
faisait divers travaux pour son m 
comme de son vivant. — Cela du 
deux mois. Enfin, une nuit, elle dit 
gémissant : Maintenant notre union 

à bout. Dans dix-sept ans, je te se 
de nouveau rendue. — Elle partit, 
ne revint plus. — Le bachelier Kiä 
étant un beau jeune homme, il 
manqua pas d’entremetteurs pour | 
proposer les meilleurs partis. 1] refu 
obstinément toutes les offres, bis 
résolu à n'épouser que sa Tepron 二 
Je me remarierai, disait-il, quand vo 
m'aurez retrouvé mon ancienne femme 
Enfin tous les entremetteurs y reno 
cérent. — La dix-septième année 
puis son veuvage, une jonque revenaf 
du Chän-tong aborda à Lù-seu-tch'asg 
Elle portait un ménage chantonaïis, pim 
mère et fille. Le père était un bon maïs 
pauvre lettré. Son frère l'avait aidé& 
élever sa fille, puis avait voulu la mari 
à un bon parti. La fille avait ref 
obstinément, déclarant qu'elle étai 
deslinée à un certain Kiäng-ilinn d 
Kiäng-sou. Ses parents s'élaient don 
embarqués avec elle, pour chercher t 
futur. — Averti, Kiäng-ilion demand 
au père une entrevue avec sa fille, dant 
laquelle il reconnut aussitôt son anciet- 
ne épouse. Elle était renée dix-sep 
ans auparavant, deux mois, jour po# 


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— 210, 211. — 881: 


jour, après sa précédente mort, le jour 
où elle avait pris définitivement congé 
de son mari. Kiäng-ilinn l’épousa au 
plus tôt, comme bien on pense, et ils 
furent très heureux ensemble. Dix-sept 
ans plus tard, lui et elle tombérent 
malades, et moururent presque en 
même temps. 


Destin, métempsycose, incohérences; voyez latro- 
duction VI et VII. 


211 


Un certain Tchôu de Häng-tcheou 
(Tchée-kiang) vivait du pillage des sé- 
pultures. Avec six ou sept compagnons, 
il sortait par les nuits très noires. Les 
tombes étaient ouvertes à la pioche. — 
Comme elle ramassait plus d’os que d'or 
et d'argent, la bande recourut aux évo- 
cations spirites, pour se faire indiquer 
les bons endroits. Un joùr le génie Yäo- 
wang descendit sur leur autel et écri- 
vit: Si vous continuez ce métier, pire 
que celui des brigands, vous aurez tous 
la tête coupée. — Trés effrayés, nos 
pillards restèrent tranquilles durant 
plus d'un an. Enfin, n'ayant plus de 
quoi vivre, ils recommencèrent à con- 
sulter les esprits. — Un esprit des- 
cendu sur leur plateau, se donna pour 
le chêna du lac Si-hou. Près de la stupa 
Pao-chou-t'a, écrivit-il, vous trouverez 
un puits en pierres de taille. 1 donne 
accès au tombeau d'un grand person- 
nage. La tombe contient un grand tré- 
sor. — La nuit suivante, le Tchôu et 
ses compagnons reprirent leurs pioches. 
D'abord ils ne trouvèrent pas le puits. 


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1, 219. 一 


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Alors une voix se fit entendre, qui | 
dit: Sous les saules, à l’ouest de la 
gode. — A l'endroit indiqué, ils tr 
vérent de fait l’orifice d’un puits co 
blé, qu'ils se mirent à déblayer. 
quatre pieds de profondeur envi 
is découvrirent une dalle énorme. 
la débarrassérent, mais leurs forces 
unies ne suffirent pas pour la souk 
ver. — Ils se souvinrent alors qu'& 
bonze de la bonzerie Tsfng-seu po 
dait une formule, au moyen de laqu 
il pouvait soulever les poids les 
lourds. Ils le prièrent de venir les ak 
der, et lui promirent sa part du buli 
Le bonze, qui était un gredin, a 
ta. 一 1l récita sa formule, une centai 
de fois de suite, devant la dalle. So 
dain la tombe s’entr'ouvrit. Il en S0 
un bras noir, long d'une toise, qui sai 
le bonze et le tira dans le tombeau. 
le vampire le déchira en lambeau 
qu'il dévora, ne rejetant que les 
rongés. 一 Le Tchôu et ses compagn 
n'attendirent pas leur tour. Ils s’enfu 
rent dans toutes Les directions. 一 
lendemain, la tombe était refermée. Un 
bonze de la pagode Tsing-seu manquait. 
Comme il ne revenait pas, le mandarin 
fut averti de sa disparition. On sut qu 
le Tchôu l'avait invité. Celui-ci fut 六 
rêté. Sa maison fut pillée par les satel- 
lites. H se pendit en prison, pour échap- 
per au glaive. 


Malfaiteurs envoyés à leur perle par les ché 
Voyez numéro 89. 


212 


On raconte qu'un préfet de Nas 


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2, 218. 一 363 


yang-fou (Heñe-nan) sous la dynastie 
Miag, étant mort en charge, son âme 
pe s'en aperçut pas. Elle resta dans je 
prétoire, et continua à monter au tri- 
bunal préfectoral chaque nuit, en grand 
costume, à l'heure où le préfet défunt 
avait accoutumé de siéger jadis. — Du- 
rant la période Yoùng-tcheng ( 1723- 
1785) de la dynastie Ts'ing, un Mon- 
sieur K'iâo fut fait préfet de Nän-yang- 
fou. Les employés du prétoire le mirent 
au courant. Est-il obstiné, ce vieux, 
dit-il en riant. C’est un. peu fort, tout 
de même, qu'il n'arrive pas à se per- 
suader qu'il n’est plus. Je vais le lui 
démontrer. — La nuit suivante, avant 
l'heure ordinaire de Fapparition, Île 
préfet K'iâo monta au tribunal préfec- 
toral, en grand costume de la dynastie 
nouvelle, et s’assit sur son siège. 一 A 
l'heure ordinaire, l’ancien préfet parut, 
en grand costume de la dynastie dé- 
chue. Comme il approchaît du siège, il 
s’aperçut qu'il était occupé. Il s'arrêta, 
hésita, poussa un profond soupir et 
disparut. On ne le revit jamais plus. 
Voyez Introduction VI st XII. 


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213 


Durant: la période K'äng-hi (1662- 
1722), un certain Yang-k'ioungfang de 
Kiû-joung-hien (Kiäng-sou), concou- 
rait pour la licence à Nankin. 11 avait 
composé, et pas trop bien réussi. Aussi 
était-il assez inquiet, et craignait-il un 
échec. — La nuit suivante, il réva qu'il 
entrait dans le temple du Génie de la 


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一 913, 214. 一 


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- l'apprendre par cœur. 一 Le lendemai 


littérature. Le Génie était assis sur 
trône. Autour de lui, nombre de pet 
fourneaux brûlaient. — Qu'est ceci 
demanda le Yâng à un assistant. — 
refond certaines compositions du co 
cours, dit celui-ci en souriant, sel 
les desseins du Sublime Souverain. 
Le Yang constata que sa composili 
était du nombre des refondues. El 
était toute changée. Les lettres bri 
laient comme de l'or. 1l s'empressa 


à son réveil, il apprit que, durant 
nuit, le feu avait pris au bâtiment o 
les compositions du concours étaie 
déposées, en attendant leur correction 
Vingt-sept compositions, dont celle d 
Yâng, avaient été consumées. — 
directeur de l'examen ordonna que 
vingt-sept candidats fussent aussit 
remis en cellule, pour refaire leur com 
position sur le même thème. Inutile d 
dire que le Yang écrivit la composili 
qu'il avait apprise par cœur en song 
Il sortit premier de la promotion. 
décret du Sublime Souverain, son des 
tin, étail accompli. 

Voyez Introduction V. — Des textes nombreux afr- 
ment, que le succès ou l'insuccès aux examens littéraires, 


dépendent moins du talent que du deslin, d’une prédesii- 
nation basée sur les mérites ou démérites antérieurs. 


214 


: Au Kiäng-si, le pauvre lettré 
qui tenait une école ailleurs, rentrai 
chez lui après une longue absence, 
dans un bateau omnibus. Il vit, a8 
bord du canal, une femme qui pleurai 


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— 214. 一 


385 


amérement. Qu'avez-vou<? lui demanda- 
t-il. — Mon mari m'a vendue, dit-elle, 
pour avoir de quoi payer ses impôts. 
Je ne puis me résoudre à me séparer 
de lui, et de mon petit enfant, qui 
mourra cerlainement, si on le sèvre 
maintenant. — Emu de compassion, le 
Chôu demanda: Combien votre mari 
doit-il? — Treize taëls, dit la fem- 
me. 一 Alors le Chôüu proposa aux 
autres passagers de se cotiser, à 
raison de un taël par têle. — Tous re- 
fusérent. 一 Or son traitement, que le 
Chôu rapporlait, se montait juste à 
treize taëls. II les donna à la pauvre 
désespérée. — Quand il arriva chez lui, 
il dit à sa femme: Voici deux jours que 
je n'ai mangé; prépare-moi vite quel- 
ques aliments. — Il n'y a rien à la. 
maison, dit la femme. — Emprunte, dit 
le lettré. — J'ai déjà tant emprunté, dit 
la femme, que personne ne veut plus 
me prêter. 一 Alors apprêle-moi des 
herbes, dit le lettré. — La femme cueil- 
lit et apprela des laiterons. Quand il 
eut soupé de ce légume amer, le lettré 
se coucha. 一 La nuit, il entendit dans 
la cour une xoix qui disait: Celui qui 
s'est nourri aujourd'hui de lailerons, 
aura, l’année prochaine, un fils qui sera 
reçu premier d'une promotion de doc- 
teurs. — Un an après, la femme du 
lettré donua le jour à celui qui devint 
Chôu-fenn, premier docteur de la pro- 
motion de -l'an 1487, puis ministre 
d'état. — Une bonne œuvre importante 
produit plus de fruit, que nombre de 
petites bonnes actions. 


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Dans le T'âi-tcheou-fou (Tec 
kiang}), le lettré Ying, encore sim 
particulier, vivait retiré dans les mo 
tagnes. Une nuitil entendit desk 
qui parlaient entre eux. L'un dit: U 
telle, dont le mari absent pour 
négoce ne rentre pas, est perséculée 
ses beaux-parents, qui la poussent à 
remarier ailleurs. Elle n’y tiendra pa 
Avant longtemps elle se pendra, et de: 
viendra ma remplaçante. — Le 了 这 
écrivit aussitôt une lettre, au nom à 
mari absent, et y joignit la somme & 
quatre taëls. — Quand le père du mar 
chand eut reçu cet envoi, il remarqe 
que l'écriture n'était pas celle de 
fils. Bah! se dit-il, si la lettre est 
trefaite, l'argent est du bon argent. 
Il cessa de penser que son fils 
mort, et ne poussa plus sa bru à 
remarier. — Peu de temps après, 
marchand revint, et les deux é 
sauvés par cette bonne œuvre discrék 
vécurent heureux ensemble. — Avec | 
temps, Maître Ying devint  présidef 
d’un des six grands ministères. 


216 


Heûe-teng était un excellent méde 
cin. Un pauvre homme nommé Soüns 
mien élant tombé malade, le fit prk 
de vouloir bien le traiter. Heüe-tes 
lui fit plusieurs visites. Cette maladi 
déclara-t-il, tient à un épuisement & 


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一 216, 917. — 387 
forces vitales. Pour guérir, il vous 
faudra prendre divers toniques. — Or, 
comme beaucoup de médecins chinois, 
Heûe-teng élait aussi marchand de 
drogues. — La femme du malade 
n'ayant pas de quoi payer les visites, 
et encore moins les toniques, conduisit 
le médecin dans une chambre écartée. 
Je suis pauvre, lui dit-elle; je ne puis 
vous donner que ma personne; sauvez 
mon mari, s'il vous plait; je suis à 

. votre disposition. — Je n'ai jamais 
commis aucune action déshonnète, lui 
répondit Heûe-teng froidement. Soyez 
plus fidèle à votre mari. Pour moi, je 
ferai gralis ce que je pourrai pour ie 
sauver. — Quand il fut rentré chez lui, 
Heûe-teng envoya les toniques néces- 
saires. Soûnn-mien guérit. — Une nuit, 
un chénn apparut en songe à Heûüe- 
teng, et lui dit: Tout le bien que tu as 
fait par l'exercice de ton art, est moin- 
dre que le mérite que tu as acquis en 
n'abusant pas de cette femme. Aussi, 
par décret du Sublime Souverain, un 
titre, et cinquante mille ligatures, te 
sont accordées. — Peu de temps après, 
le fils de l'empereur étant tombé ma- 
lade, et aucun médecin n'ayant pu le . 
guérir, Heûe-teng fut invité à lui don- 
ner ses soins, et le guérit du premier 
coup. L'empereur lui accorda aussilôt 
un titre, et la somme promise dans son 
rêve. — Le Ciel est informé des choses 
les plus secrètes. Rien ne lui échappe. 


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Le célèbre médecin Tcheôu-uetch'oang 


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— 917, 218. — 

| 
avait un serviteur nommé Téi. Cet hom- 
me tomba malade. Le médecin lui ayant 
tâlé le pouls, constata qu'il mourrait 
bientôt. Il lui donna donc une petite 
somme, et le renvoya à ses parents. — 
Comme ïil passait à Yâng-tcheou 
(Kiäng-sou), Téi rencontra un homme 
désolé. 一 Qu’avez-vous? lui demanda- 
t-il. — Je dois de l'argent aa fisc, dit 
le malheureux. 1 ne me reste qu’à ven- 
dre ma femme, ou à me noyer avec 
elle. 一 Emo de compassion, Ti donna 
tout son pétule. Puis il se rendit chez 
ses parents. Au lieu de moarir, il gaé- | 
rit. — Il retourna donc ehez son maître 
le docteur Tcheôu. — Est-ce bien toi? 
lui demanda celui-ci, très étonné. — 
C'est bien moi, dit Têi. — Le médecin 
lui tâta le pouls. Ta constitution est 
entiérement changée, lui dit-il. Tu vi- 
vras très vieux. C’est étonnant. — Le 
Téi lui raconta sou histoire. — Ah! 
dit le médecin, ta vertu a touché le 
Ciel, qui a changé tes viscères. Cela ne 
se diagnostique pas. 


218 


À Hoëi-tcheou (Nan-hoei) un cer- 
tain Wäng-tcheujenn était encore sans | 
enfants à l’âge de trente ans. Un devin 
lui annonça que, au dixième mois de 
cette année, il courrait un grand dan- 
ger. Le devin était trés célébre. Aussi 
le Wang se rendit-il à Sôu-tcheou, 
pour liquider ses affaires. 一 Durant , 
son voyage, il vit unè femme se jeter À 
l'eau. jl dépensa dix taëls, pour décider | 


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un pêcheur à la repécher. Il demanda 
ensuite à la femnie: Pour quel motif 
avez-vous agi ainsi? 一 Mon mari cul- 
tive ane terre louée, dit-elle. Nous 
avions élevé un porc, pour payer notre 
redevance. Je l'ai vendu hier. On m'a 
payé en faux argent. Mon mari m'a 
battue. Voilà pourquoi je me suis jetée 
à l’eau. — Le Wâng lui remit ce qu’il 
fallait pour payer la redevance. Ea 
femme porta la somme à son mari. 
Celui-ci concut des soupçons. La femme 
le conduisit à lFauberge où le Wang 
était descendu. Îl était déjà couché et 
endormi. La femme frappa à la porte 
et cria : Celle que vous avez sauvée vient 
vous remercier. — Vous êtes jeune, 
cria le Wang de l’intérieur ; je suis seul 
dans cette chambre et il fait nuit, je 
ne puis pas vous recevoir. — Mon mari 
est venu avec moi, dit la femme. 一 Le 
Wang se leva, et alla ouvrir la porte. 
A ce moment un mur s'écroula, et 
broya le lit qu’il venait de quitter. Le 
Wäng avait échappé au danger prédit. 
C'est ainsi que le Ciel protège les braves 
gens. — Quand il fut rentré à Hoëi- 
tcheou, il alla trouver son devin. Vous 
êtes un tout autre homme, lui dit celui- 
ci. Le malheur est conjuré, et toute 
sorte de bonheurs vous attendent. 一 
Wäng-tcheujenn eut successivement 
trois fils, dont deux furent gradués. IL 
vécut jusqu’à un âge très avancé. | 


219 


Un jour de printemps, comme Lu- 
k'i se promencit dans la banlieue, 让 


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rencontra un de ses anciens anis, mot 
depuis longtemps, qui lui montra un 
mandat et lui dit: Je suis employé au 
tribunal du Génie du mont T'âi-chas. 
Je suis en tournée, chargé de citer 74 
hommes. Vous êtes du nombre. Comme 
vous fûtes mon ami, je ne veux pas 
vous brusquer. Je vous prendrai 四 
retour, dans un mois environ. Dispose 
vos affaires en attendant... Cela dit, le 
koëi disparut. 一 Lù-k'i appela son fils 
et lui dit: Je mourrai bientôt. Termine 
pour moi trois bonnes œuvres, que je 
n'aurai peut-être pas le temps de finir. 
Un tel est à enterrer. Une telle est à 
marier. Tel chemin public est à réparer. 
Voici l'argent. Occupe-toi de ces trois 
choses au plus tôt. — Puis Lù-k'i pré 
para son cercueil, et altendit son heure, 
Cette heure ne vint pas. 一 Duranth 
derniére nuit de l’année, le “at 

vi 


infernal lui apparut en songe, et 

dit: J'ai reçu contre-ordre. Pour troi 
bonnes œuvres que vous avez (aile, 
vingt années de vie vous sont accordées 
en plus. 一 Lù-k'i mourut vingt ass 
après. 


220 


Dans les sutras bouddhiques, il ÿ 
plusieurs descriptions fameuses 出 
l'enfer tt de ses supplices. Parlons 
seulement de son entrée, à Füông-tos- 
hien, au Séu-tch'oan. Un de mes amis, 
qui a souvent passé par ce pays, mi 
raconté qu’il y a là dix tribunaux sut- 
cessifs. Dans le dixième, adossé 3 


RNÉSNRDINEDSENESRSSORRÉS HAE SIN 
HS NNSNS SRE NES ENRRSBD ES EX SN 
ENS | SSI | AE OMR a TS MSP AU EL SE oil KE CE 
EHRÉERSREH ES an NO E NS SE oi 2 MN SE 
EH | RRRUÉMDÉES SUD EURO MNAENIES | 


HD NSREN HER ARS HS HI | MATÉÈXEFÉIES I 
RX | ÉDD-BESARSNIBMANS ENHISÉEH SE 


一 920. — - | 391 


montagne, s'ouvre une caverne, fermée 
par une forte porte. La nuit, à l'entrée 
de cette caverne, on entend le bruit 
des jugements et des supplices infer- 
naux. 

Durant la période Wan-li des Ming 
(1573-1619), un gouverneur du Séu- . 
tch'oan nommé Koüo, voulut en avoir 
le cœur net. Il ouvrit la porte close, 
visita la grotte avec des lanternes, et 
découvrit un puits vertical, d'où sortait 
un vent glacial. Ayant fait faire un 
plateau en bois solide muni d'une sus- 
pension, il s’assit dessus, et se fit des- 
cendre dans le puits. A vingt toises de 
profondeur, il toucha le fond. Là 
s'ouvrait une allée latérale. Muni d'une 
lanterne, le gouverneur s'y engagea, 
fit un stade environ, et se trouva dans 
un monde lumineux nouveau, avec ses 
villes et ses palais. Etant entré dans 
un grand prétoire, le gouverneur salua 
Koän-ti, qui donna ordre de le prome- 
per par les divers tribunaux. Au cin- 
quième, le juge le fit asseoir, lui offrit 
du thé, et causa longuement avec lui 
des affaires des deux mondes. Püis 
il le fit reconduire au puits, et le gou- 
verneur remonta sur la terre dans son 
plateau. Le souvenir de son expédition, 
fut consigné dans les archives locales. 

Un ancien réglement de la sous- 
préfecture de Fông-tou, veut que je 


SÉRIE OMIS NE SR ER NE NE 


— 


ts peuple fournisse chaque mois dix bot- 

tes de verges servant à la fustigation. 
fi La veille du premier de la lune, on 
EN dépose ces verges neuves devant la 
JAN fameuse porte, et l’on enlève les verges 
Z$ usées rendues par les koëi. C’est là un 
LS usage ancien, noloire. Que ceux qui 


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ont de la difficulté'à croire l'enfer et4 

métempsycose, aillent voir à Fong-tou- 

hien. Iis reviendront persuadés. 
Comparez numéro 14. 


221 


À Pékin, des revenants apparais 
saient la nuit, dans les jardins de l’hô- 
tel des Kià. L'inquiétude des habitast 
de l'hôtel finit par devenir telle, quel 
maitre de la maison, Monsienr ki: 
chee, dut se résoudre à prier les 
cheu d'exorciser sa maison. Le.Supé 
rieur des tâo-cheu ayant déterminé ut 
jour faste, fit dresser un autel dans 

. Salle de réception de Ja famille, 
suspendit aux murs les images dæ 
Trois Purs, des vingt-huit constelt 
tions, des trente-six cieux, des quai 
maréchaux. célestes, etc. 11 dispo 
ensuite une batterie de tambours et & 
cloches, avec quantité de lanterne 
d'encensoirs et de drapeaux. Quarank 
neuf tâo-cheu furent convoqués pou 
la cérémonie. Après un jour consadt 
à la purification et à l'abstirence, tr 
cérémoniaires firent les encensemen 
et les aspersions préparatoires, puis & 
grand tambour commença à roule 
Les t40o-cheu revêtirent leurs vêtement 
riluels, bonnet orné de l’image de 
sept astres, robe décorée des neuf à 
lais célestes et des huit diagrammé 
divinatoires, souliers permettant ( 
courir sur les nuées, etc. Après avai 
salué les images et invoqué les génie 
ils chantèrent le grand exorcisn 


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durant une journée entière. Ensuile 
fut affiché avec solennilé le ban du 
Supérieur contre les esprits malins, et 
son invocation à tous les bons génies. 一 
À ce moment, tous les habitants de 
l'hôtel, poussés par la curiosité, vinrent 
pour voir comment on prendrait les 
yäo-koai. — D'abord les plus jeunes 
parmi les tâo-cheu,. saisissant les dra- 
peaux, occupèrent les cinq points ear- 
dinaux. Trois cérémoniaires se range- 
rent près du Supérieur. L'un brandis- 
sait l'épée magique, l'autre la verge en 
branches de pêcher, le troisième jétait 
l'eau lustrale, tandis que le Supérieur 
marmottait les formules de l'exorcisme. 
Guidés par le maître de la maison, ces 
quatre officiants parcoururent tous les 
appartements, cabinets et recoins, chas- 
sant les yäo-koai dans la cour, où les 
porte-drapeaux, d'abord groupés, se 
défilaient en ligne, pour les cerner. 
L'épée magique tournoyait, la verge 
foueltait l'espace, le cercle se rétrécis- 
sait. Apportez la bouteille, commanda 
le Supérieur. Après avoir fait le geste 
d'y introduire quelque chose, il la 
boucha, la scella, et ordonna aux tao- 
cheu de la porter au caveau, sous la 
tour de leur couvent. Puis il dit à Kià- 
chee: C'est fini. Ils sont pris. Désormais 
vous serez tranquille. 一 Kià-chee se 
prosterna, remercia et pava. 一 Cepen- 
dant, parmi les spectateurs, les jeunes 
étaient plulôt portés à rire. On n’a rien 
vu, en somme, disaient-ils. Après une 
pareille mise en scène, ce dénouement 
est par trop insignifiant. Ont-ils vrai- 
meut pris les yäo-koai ? — Taisez-vous, 
gamins, dit Kià-tchenn. Les yäo-koai 
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sont des influx malins. Ils ne devi 
nent visibles, que quand ils sec 
densent. Dans leur état aérien, ils 
invisibles. C'est dans cet état, q 
ont été pris et mis en bouteille. 一 上 
uns crurent cette explication, les aut 
non. En tout cas, les apparitions 
sérent. Effet de la magie ou de lim 
gination, je ne sais. 

Voyez TP. pages 83 et 84. Introduction XVII. 


222 


Après le grand salut à l’empereur 
les grands officiers se divisérent A 
groupes. T'âi-tsoung les parcourul 
regard. Parmi les civils, il remarqu 
Pâng-huanling, Tôu-joumei, Sû-ches 
tsi, Hà-kingtsoung, Wâng-koei. Par 
les militaires, Käo-cheulien, Tois 
tcheuhien, Yinn-k'aichan, Tch'êsg 
yaokinn, Liôu-houngki, Hôu-kin 
Ts'inn-choupao. Maisil ne put pas dé 
vrir le ministre: Wéi-tcheng. 一 Al 
l'empereur appela auprès de lui 5ë 
cheutsi, et lui dit: Cette nuit j'ai fa 
un rêve étrange. Un personnagé s'd 
prosterné devant moi. Je suis, m'a- 
dit, le dragon de la rivière King. T 
offensé le Ciel, qui a donné ordre 
ministre Wéi-tcheng de me décapit 
Je vous prie de vouloir bien me sau 
la vie. Je lui af promis la vie sa 
Or Wéi-tcheng n'est pas ici. 一 Fai 
le appeler, dit Sù-cheutsi, et gardez 
au palais aujourd'hui. Cela bempec 
de tuer ce dragon.’ — Bien, dit 了 
tsoung ; et il fit donner ordre aux cd 


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des équipages, d'amener au palais le 
ministre Wei-tcheng. 一 Or,.la nuit 
précédente, tandis que le ministre 
Wéi-tcheng examinait les constella- 
tions et leur brûülait de l'encens, un 
envoyé céleste monté sur une grue, 
était descendu vers lui, et lui avait 
remis un décret du. Pur Empereur (Por 
Auguste). Le décret ordonnait à Wéi- 
tcheng, de décapiter le jour suivant, 
au troisième quart de l'heure où (à peu 
prés midi}, le dragon de la rivière 
King. Wéi-tcheng s'était prosterné, 
avait fait ses ablutions, gardé l’abs- 
tinence, excité son courage et dé- 
gourdi son poignet, en attendant l'heure 
indiquée. C'est pour cette raison qu'il 
ne s'était pas rendu à l’audience impé- 
riale. Mais quand le char envoyé par 
l'empereur pour le prendre fut arrivé, 
H ne lui fut pas possible de se dérober. 
Il revêtit au plus vite son costume offi- 
ciel, et se laissa eonduire au palais. 一 
Quand il se fut prosterné devant l’em- 
pereur en s'excusant, sa Majesté lui 
dit: Vous n’avez commis aucune faute. 
Pais l’empereur congédia tous ses off- 
ciers, retint Wéi-tcheny, et l’'emmena 
dans ses appartements particullers, 
sous prétexte de conférer avec luÿ des 
affaires de l'élat. La conférence ter- 
.minée, l’empereur dit aux femmes de 
disposer l'échiquier, etinvita Wéi-tcherig 
à lui servir de partenaire. — Or midi 
approchait. Au troisième quart de 
l'heure où, au milieu d’une partie, 
Wéi-tcheng s’affaissa soudain. — Il 
s'endort, se dit T'âi-tsoung. Pauvre 
ministre, le poids des affaires l’accable. 
Laissons-le faire un somme. — Au bout 


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d'un certain temps, Wéi-tcheng revint 
à lui, et se confondit en excuses. — 
Soyez tranquille, dit l'empereur; re- 
commençons la partie. — Ils allaient 
commencer à poser, quaod on entendit 
des cris au dehors. Puis Ts'inn-choupao 
et Sû-maokoung étant entrés, déposè- 
rent devant l’empereur une tête de 
dragon fraîchement coupée. — Qu'est 
ceci? demanda T'âi-tsoung. — C'est, 
dirent les officiers, la tête d’un dragôn, 
qui-vient de tomber des nuages, devant 
la galerie des mille pas. — Qu'est-ce 
que cela signifie ? demanda l’empereur 
à Wêéi-tcheng. 一 Sire, dit celui-ci en 
se prosternant, c'est moi qui viens de 
la couper, durant mon abseuce. — 
Mais, dit T'âi-tsoung, durant cette 
absence, je ne vous ai pas quitté des 
yeux. Vous n'avez bougé ni le pied ni 
Ja main. Vous n'aviez aucune arme. 一 
Vous n'avez vu que mon corps, dit 
Wéi-tcheng. Mon âme est partie. Une 
troupe de gardes célestes lui a présenté 
un dragon enchainé. Après notification 
de sa sentence, et de lordre du Ciel 
m'enjoignant de l’exécuter, d’un coup 
de glaive à double tranchant, je lui 
abattis Ja tête, qui tomba des nuages 
sur la terre, — L'empereur éprouva un 
sentiment de salisfaction, en constatant 
combien son ministre était capable. 
D'un autre côté, il éprouva un senti- 
ment de regret, parce qu'il avait promis 
au dragon la vie sauve. Enfin il donna 
ordre de suspendre la tête au pilori du 
marché, donna une récompense à Wéi- 
tcheng, et renvoya tout le monde. 一 
Quand le soir fut venu, il se sentit tout 
mélancolique. La nuit, il dormit mal. 


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‘Vers minuit, le dragon décapité lui ap- 


parut, tenant sa tête sanglante. Rends- 
moi la vie! criait-il. Tu m'avais promis 
de me la conserver. Viens, que nous 
éclaircissions cette affaire, par devant 
le juge des enfers. Ce disant, il étrei- 
gnait T'ai-tsoung, muet de frayeur et 
baigné d’une sueur froide. 一 L’empe- 
reur s’éveilla soudain en criant: Il ya 
des koëi ici! il y a des koëi ici!.. Puis 
il tomba dans le délire. — Les femmes 
et les eunuques étaient dans la conster | 
nation. — Au petit jour, comme d'| 
coutume, tous les grands officiers ar- 
rivérent. Ils attendirent longtemps. 
Enfin on leur annonça que, l'empereur 
étant malade, l'audience était remise à 
un autre jour. En même temps l'impé-. 
ratrice faisait appeler les médecins du 
palais. Les grands officiers inquiets at- 
tendirent leur. sortie pour les question- 
ner. Le pouls de l'empereur est for 
agité, dirent ces praticiens. Il délire 
depuis qu’il a vu un koëi. C’est grave. 
On verra dans sept jours s'il s'en tire. — 
Ces paroles de mauvais augure, causé- 
rent aux grands officiers une grande 
frayeur. Un instant après, T'ai-tsousg 
fit appeler Sû-maokoung, Ts'inn-chou- 
pao et Utch'eu-kingtei. Chers fidèles, 
leur dit-il avec effort, j'ai fait la guerre 
durant 19 années, sans que jamais per- 
sonne m'ait fait peur. Mais cette fois 
j'ai eu affaire à un koëi. — Soyez tran- 
quille, dit Ts'inn-choupao; Ja nui 
prochaine, Utch’eu-kingtei et moi, nous 
vous garderons. Ce koëi sera bien osé, 
s'il s'y frotte. — Merci, dit l'empe- 
reur. 一 Quand le soir fut venu, les 
deux braves prirent la garde du palais, 


一 292. — 309 


en grand costume de bataille, tenant, 
l’un une massue, l’autre une hache. Ils 
ne virent rien de toute la nuit, et l’em- 
-pereur repasa parfaitement. Le lende- 
main T'äi-tsoung remercia les deux bra- 
ves, el les pria de continuer à lui rendre 
ce service chaque nuit. Maïs, au bout de 
quelques jours, il leur dit: Je ne saurais 
consentir à ce que vous vous fatiguiez 
de la sorte. Je pense que votre image suf- 
fra pour me protéger. —11 donna aussi- 
tôt l'ordre de peindre les deux fidèles, 
tels qu'ils étaient, avec casque et cui- 
rasse, l’un avee sa massue, l'autre avec 
sa hache. Les deux images furent fixées 
sur les deux battants de la grande porte 
du palais. Le calme continua de régner, 
comme si les deux braves eussent mon- 
té la garde en personne. 一 Mais voilà 
qu'une nuit le koëi découvrit, paraît-il, 
la porte de derrière du palais. Ce fut un 
beau vacarme. Les briques s'agitérent, 
les tuiles volérent, et le reste. Sû-mao- 
koung proposa à l'empereur de confier 
la garde de cette porte à Wêéi-tcheng. 
Depuis lors, elle fut aussi paisible que 
la porte de devant. — Cependant, mal- 
gré ses nuits tranquilles, l’état de l’em- 
pereur empirait. Enfin l’impératrice 
convoqua les hauts dignitaires, pour 
recevoir ses derniers avis. 1l leur re- 
commanda son fils. Puis on le lava, on 
l'habilla, et on attendit la fin. — Ace 
moment, Wéi-tcheng présenta à l’em- 
pereur une lettre. Prenez ceci, lui dit- 
il. J'ai aux enfers un ami. Il s'appelle 
Ts'oëi-kué. 11 fut jadis au service de 
votre père. Maintenantilest officier infer- 
pal. Nous sommes restés en très bons ter- 
mes. Remeltez-lui cette lettre. Je pense 


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que, par amilié pour imoi, il trouvera 
moyen de vous renvoyer sur la terre, — 
T'âi-tsoung prit la lettre, la glissa dans 
sa manche, et expira. 

U lui sembla qu'il sortait du palais, 
dans l'appareil des grandes chasses. 
Puis, en pleine Campagne, Son train 


* s'évanouil soudain, Il crrail seul, à 


pied, dans les hautes herbes, et com- 
mençait à s'inquiéter, quand uue voix 
lui cria: Venez par ici! — T'äi-tsoung 
approcha. Un homme agenouillé au 
bord du chemiu, lui demauda pardon 
de l'avoir fail attendre. 一 Qui 6les- 
vous? demauda l’empereur. — Je suis 
envoyé par le juge du premier tribunal, 
dit l'inconnu, pour vous citer, à cause 
du dragon auquel vous aviez bromis la 
vie sauve, el qui a été exécuté. — 
Comment vous appelez-vous? demanda 
T'âi-tsoung. 一 Je fus sur la terre, dit 
l’autre, Ts’oëi-kue, servileur de votre 
père. Maintenant je suis altaché aux 
tribunaux inferuaux. 一 J'ai une lettre 
pour vous, dit T’âi-tsoung tout rassuré ; 
une lettre de votre ami Wéi-tcheng.… 
et il tira la lettre de sa manche. 一 
Ts'oëi-kue l'ouvrit et la lut. Après les 
formules et les compliments convena- 
bles, Wéi-tcheng priait Ts'oëi-kue, au 
non de leur ancienne amilié, de vou- 
loir bien faire son possible en faveur 
de son maîlre l’empereur T'âi-tsoung, 
et de le renvoyer sur la terre, après 
explications données. — Soyez tran- 
quille, dit Ts'oëi-kue, très sympathi- 
que. Je sais que c'est Wéi-tcheng qui 
a occis ce dragon, et pour cause. Je 
crois pouvoir vous promellre dès main- 
tenant, que vous relourncrez sur la 
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一 922. 一 


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— 299. — : 403 


BYE | MÈRE |onés et Doit | BK RENE 


terre. — 人 ce moment, parut une 
troupé'de jeunes gens, vêlus de noir, 
avec des bannières. Ils dirent à T'âi- 
tsoung: Venez voir Yén-wang, qui vous 
invite. — On arriva à une grande ville, 
ville des morts, d'après-les sept lettres 
dorées écrites en travers au haut de la 
porte. T'âi-tsoung fut introduit, ban- 


‘nières déployées. Dans la rue, il fut 


arrêté par son père Li-yuan (délrôné 
par lui), et ses deux frères Kién-tch'eng 
et Yuân-ki ( assassinés par lui). Il fallut 
que Ts'oëi-kue appelât à l'aide un Koëi 
noir aux longues dents, pour leur faire 
lâcher prise. — Enfin on arriva à un 
grand palais, composé de dix prétoires. 
Les dix juges infernaux sorlirent à sa ren- 
contre, et lui cédérent le pas à l'entrée 
de la grande salle. T'âi-tsoung s'excusa. 
J'ai élé cité pour rendre compte ; com- 
ment prendrais-je Île pas sur mes ju- 
ges? dit-il... Mais les juges firent tant 
d'instances, qu'il dut passer devant, et 
s'asseoir à la place d'honneur. Puis le 
juge du premier tribunal s'étant levé, 
le salua et lui dit: C’est le dragon de 
la rivière King, qui a porté plainte con- 
tre vous. [1 prétend que vous l'avez fait 
tuer, contre la parole donnée. — Voici 
ce qui en est, répondit T'âi-tsoung. 


Quand je lui ai promis la vie sauve, 


j'ignorais que le Ciel l'avait condamné. 
De plus, mon ministre Wèi-tcheng l'a 
décapité, sans que j'en susse rien. Je 
ne puis donc pas, en justice, êlre tenu 
pour responsable de sa mort. — Nous 
nous en doutions bien, dirent les dix 
juges; aussi avons-nous déjà fourré le 
dragon. dans la roue de la métempsy- 
cose. Cependant, à cause du bruit qu'il 


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929. — 405 


a fait ici, nous avons dû vous citer, 
pour en avoir le cœur net. Veuillez 
nous excuser de vous avoir causé ce 
dérangement. Nous allons voir mainte- 
nant ce qui est écrit de vous. Ts'oëi- 
kue, apportez le grand livre. 一 Ts'oëi- 
kue alla chercher le livre, et l’ouvrit à- 
la page. Quelle ne fut pas sa surprise, 
quand il constata que 13 années de 
Tegne seulement, étaient données à T'âi- 
tsoung. Îl saisit vile un pinceau, chan- 
geale 一 un en — trois (33), puis porta 
le livre aux juges. — Depuis combien 
d'années régnez-vous? demandérent 
ceux-ci à T'âi-tsoung. — Depuis treize 
ans. — Alors, dirent les juges, vous 
avez encore vingt années à vivre sur la 
terre; nous allons vous y renvoyer. — 
T'âi-tsoung remercia. — Les juges 
Chargèrent le Ts'oëi, et un certain 
Tchôu, de le reconduire. Avant de 
prendre congé, T'âi-tsoung demanda 
si le deslin voulait aussi du bien aux 
membres de sa famille. Oui, dirent les 
juges, à tous, excepté à votre sœur 
cadetle. — Que pourrais-je bien vous 
offrir, pour vous prouver ma reconnais- 
sance? demanda T'ai-tsoung. — Nous : 
manquons de mélons, dirent les ju- 
ges. — Je vous en enverrai, dit l’em- 
pereur. — Puis on se salua, et T'äi- 
tsoung sortit, le Tchôüu guidant sa 
marche avec le pelit drapeau qui sert 
à guider les âmes, et le Ts’oëi marchant 
derrière pour le préserver de toute 
agression. — Ce n'est pas par ce che- 
min que je suis venu, remarqua T'âi- 
tsoung. — Sans doute, dit son guide; 
aux enfers, on entre et on sort par deux 
voies différentes. — Bienlôt T'âi-tsoung 


406 T'âng T'ai-tsoung assailli par les prêtas. 


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aperçut les fameuses montagnes yinn- 
chan, clôture des enfers. En passant 
près des dix-huit étages infernaux, il 
entendit le bruit des supplices et les 
cris des suppliciés. Puis une escorte 
de satelliles koëi, munis de bannières, 
se présenta, pour le conduire au pont. 
I! vit le pont d'or, le pont d'argent, et 
le pont de misère, entrées des voies di- 
verses de ce monde. Après avoir franchi 
le pont d'or, l'empereur passa devant 
la porte de la ville des prêlas, suicidés 
ou tués. Là il faillit lui arriver un mal- 
heur. Soudain des voix criérent: Li- 
cheuminn! Voici Li-cheuminn! (petit 
nom de l’empereur). Et une foule de 
prêtas, horriblement mutilés, lui bar- 
rérent le passage; âmes des soldats tués 
dans ses guerres; âmes des suppliciés 
mis à mort par son ordre. Tous cri- 
aient: Rends-moi ma vie! et cher- 
chuient à le saisir. 一 Secourez-moi! 
dit T'ai-tsoung à ses deux guides. 一 
Pas moyen, dirent ceux-ci; il faut par- 
lementer, et acheter le passage. — Je 
n'ai rien apporté, gémit l'empereur. — 
Qu'à cela ne tienne, dit Ts'oëi-kue. 
Vous pouvez tirer d'ici une traite, sur 
le banquier infernal Siäng-leang de 
K'âi-fong-fou (Heûe-nan). — Bien vo- 
lontiers, dit l’empereur; et il signa la 
traite. — Alors Ts'oëi-kue harangua les 
prêlas. Si vous laissez passer, leur dit- 
il, il y aura des sapèques pour vous. 
L'heure de la vengeance n'est pas en- 
core venue. T'âi-tsoung. doit retourner 
sur la terre. Il vous fera de plus faire 
un grand service, pour hâter votre dé- 
livrance. — Les pretas salisfaits livré- 
rent passage. 一 T'âi-tsoung bata le 


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pas, cela se comprend. Enfin il arriva, 
avec ses deux compagnons, à la roue 
de la métempsycose. Adieu, lui dit 
Ts'oëi-kue; n'oubliez pas votre dette. 
et il l’engagea dans le secteur des no- 
bles personnages. — 1! parut à l’empe- 
reur, que son autre guide, le Tchôu, 
le faisait monter à cheval. D'une traite, 
le cheval le porta au bord de la rivière 
Wéi ( prés de la capitale). Comme l’em- 
pereur s'arrélait à contempler la ri- 
vière : C'est l'heure, vite! dit le Tchôu,. 
et il le jeta à l’eau. — A ce moment, à 
la capitale Tch'âng-nan, tous les hauts 
dignitaires ‘civils et mililaires réunis, 
s’apprétaient à introniser le prince im- 
périal. — Attendez encore, leur dit 
Wéi-tcheng; l'âme de notre maitre re- 
viendra certainement. — A quoi hon, 
dirent les autres; le proverbe ne dit-il 
pas, que l'eau répandue ne se ramasse 
pas, et que l’âme dissipée ne revient 
pas. — La discussion s'échauffait, 
quand des cris sortirent du cercueil 
impérial. dJ'étouffe! j'étouffe! criait 
T'âi-tsoung. — Au premier moment, 
l'épouvante des officiers et des femmes 
fut grande. Beaucoup s'enfuirent. Le 
hun Utch'eu-kingtei, plus brave que 
les autres, cogna le cércueil en disant: 
Restez tranquille! N'effrayez pas les 
gens ! Dites ce qui vous manque, et on 
vous le donnera. 一 J'élouffe! criait 
T'âi-tsoung. 一 Vous voyez bien qu'il 
est ressuscité, dit Wéi-tcheng.. et sai- 
sissant un instrument, il fit sauter le 
couvercle du cercueil. — Je respire! 
dit T'âi-tsoung, en se mettant sur son 
séant. Qui m'a sauvé? — Nous tous. 
s'empressérent de dire les courlisans, 


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revenus de leur frayeur. — Quelle 
aventure! gémit T'âi-tsoung. J'ai failli 
être mis en pièces par les prêtas. J'ai 
failli me noyer dans la Wéi. 一 W6i- 
tcheng fit appeler les médecins, qui lui 
administrerent des calmants. Puis’'on 
lui fit prendre de la nourriture. Enfin 
on le mil au lit. C'était le soir du troi- 
sième jour, depuis le départ de son 
âme. La cour s'empressa de déposer le 
deuil. — Le lendemain de grand matin, 
tous les fonctionnaires se présentèérent 
à l'audience impériale. Assis sur son 
trône, l’empereur leur raconta en dé- 
tail tout ce qui lui était arrivé durant 
les trois jours de son absence. Puis il 
donna la liberté à de nombreuses fem- 
mes du harem, gracia beaucoup de 
condamnés, exhorta par un édit solen- 
nel tout son peuple à bien faire, or- 
donna que Utch'eu-kingtei irait à K’äi- 
fong-fou traiter avec le banquier Siäng- 
leang, et qu'on cherchât quelqu'un 
pour porter des melons aux juges 
infernaux. 

Quelques jours plus tard, un cer- 
tain Liôu-ts'uan se presenla pour faire 
celle dernière commission. C'était uu 
brave homme, très à l’aise. Pour quel- 
ques mots de blâme dits à sa femme 
Li-ts’oeilion, qui avait donné ses bijoux 
à un bonze quéleur, celle-ci s'était 
pendue. Ses deux petits enfants ne fai- 
sant plus que pleurer, Liôu-ts'uan 
désolé résolut d'en finir avec la vie. 
Ayant appris que l'empereur cherchait 
un messager pour les enfers, il s’offrit, 
fut agréé, prit le panier de melons sur 
sa tête, mit son ordre et son viatique 
dans sa manche, et s'empoisonna. Peu 


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d'instants après, son âme arriva, les 
melons sur la tête, à la Porte des 
morts. — Qui va là? crièrent Îles gar- 


tsoung pour les dix juges, répondit 
Liôu-ts'uan, qui fut aussitôt introduit 
avec honneur. — Il présenta ses meloss 
et son ordre. — Les juges fort contents, 
louèrent T'âi-tsoung à pleine bouche. 
Puis ils demandérent à Liôu-ts'uan, 
qui il était, et le reste. Celui-ci leur 
raconta que sa femme s'était pendue, 
que ses enfants pleuraient, etc. — Nous 
te devons une récompense, dirent les 
juges, et ils donnèrent ordre de cber- 
cher aussilôt le koëi de sa femme. Len- 
trevue des deux époux fut tendre. — 
Cependant les juges ayant consulté le 
grand livre, découvrirent que le destin 
leur accordait, à tous les deux, une vi 
très longüe. Ils confiérent donc les deux 
âmes à un satellite infernal, avec ordre 
de les reconduire sur la terre. Que 
l'âme de Liôu-ts'uan rentre dans son 
cadavre encore frais, dit Yén-wang au 
satellite; et que l'âme de sa femme, 
dont le cadavre est décomposé, entre 
daus le corps de la sœur cadette de 
T'äi-tsoung, dont l'heure a sonné. 一 
Bien, dit le satellite ; et il sortit, emme- 
nant les deux âmes. — Un tourbillon 


de vent glacial, transporta les trois à la 


capitale Tch'âng-nan. Le satellite 
poussa l'âme de Liôu-ts'uan dans | 
préloire où son corps gisait encore, 
puis il pénétra, avec l'âme de Li-ts'oei- 
lien, dans le gynécée impérial. Là, 
soudain, la sœur de l’émpereur, Li-u- 
ying, s'affaissa sur elle-même. Le s- 
tellite lui avait arraché l'âme, et mis 


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celle de Li-ts'oeilien à la place. — Tout 
le harem fut en grand 'émoi, cela s'en- 
tend de soi. On s'empressa autour de 
la princesse, on courut à l’impératrice, 
on avertit l’empereur. Celui-ci mur- 
mura: On m'a dit, aux enfers, que le 
destin ne lui veut pas de bien. — Mais 
voilà que soudain la princesse recom- 
mença à respirer. Ne pleurez plus, dit 
l’empereur aux femmes; elle revient à 
la vie; ne l'effrayez pas. — Et s'appro- 
chant de la princesse, il lui prit la 
main, et cria: Reviens, sœur, reviens! 一 
Liôu-ts'uan, cria la princesse, ne cours 
pas si vite, je ne puis pas te suivre. — 
Elle délire, dit l'empereur; sœur, re- 
garde donc, c'est nous. — La princesse 
ouvrit les yeux: Qui êtes-vous ? dit-elle 
tout effarée. Lâchez-moi, s'il vous 
plait! — Je suis votre frère l'empereur, 
dit T'âi-tsoung; calmez-vous! — Elle 
est bonne, dit la princesse. Je m'ap- 
pelle Li-ts'oeilien. Mon mari s'appelle 
Liôu-ts'uan. J'ai deux pelits enfants. fl 
y a trois mois, je me suis pendue, 
après une dispute avec mon mari. Dé- 
sespéré par les pleurs des deux petits 
orphelins, mon mari a porté aux enfers 
les melons de l’empereur. Yén-wang 
nous a renvoyés sur la terre. Mon 
mari marchait devant. Je n'ai pas 
pu le suivre. En courant après lui, je 
suis tombée. Voulez-vous bien lâcher 
ma main, malotru! — Est-elle devenue 
folle? se demanda T'äi-tsoung; et il 
fit appeler les médecins du harem. — 
À ce moment, on vint lui annoncer que 
Liôu-ts'uan qu'il avait envoyé aux 
enfers avec des melons, élait revenu, 
et demandait à rendre compte de sa 


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commission. 一 Stupéfait, T'âi-tsoung 
lui donna audience sur le champ. 一 
J'ai porté les melons, dit Liôu-ts'uan. 
Les juges ont dit beaucoup de bien de 
vous, et m'ont chargé de vous remer- 
Cier. Pour ma peine, ils m'ont rendu 
ma femme suicidée. Je l’ai perdue en 
route. Faut-il que j'aie du guignon! —. 
Quand il eut entendu ce récit, l’empe- 
reur commença à entrevoir la vérité. 
Yên-wang ne l’a-t-il rien dit, au sujet 
du corps de ta femme, et de celui de 
ma sœur ? dentanda-t-il à Liôu-ts’uan. — 
Il a dit au satellite infernal quelque 
chose de ce genre, répondit celui-ci. — 
Viens, dit l’empereur; et il conduisit . 
Lidu-ts'uan au harem. — De loin, ils 
entendirent les cris de la princesse, 
aux prises avec les médecins. Laissez- 
moi tranquille avec vos drogues! J'en 
ai assez de tout ce brouhaha! J'aurai la 
jaunisse dans cet appartement où tout 
est jaune (couleur impériale }! Laissez- 
moi retourner chez moi, où j'aurai la 
paix! Lâchez-mof! Lâchez-moi] — Le 
harem était sens dessus dessous. T'âi-. 
tsoung appela d'abord la princesse en 
sa présence. Reconnaîtras-tu ton mari, 
lui demanda-t-il? — Si je le recon- 


_ naîtrai? clama la princesse, après des 


années de mariage, après que je lui ai 
donné deux enfants? 一 T'äi-tsoung 
appela Lidu-ts'uan. Dès qu'elle l'eut vu, 
la princesse se jeta sur lui. Pourquoi 
as-tu marché si vite? Pourquoi m'as-tu 
laissée en arrière? Je suis tombée. Ces 
malotrus m'ont ramassée. Ils me cas- 
sent la tête. Je n’y comprends rien. 
Enmène-moi bien vite! — Cette fois ce 
fut Liôu-ts'uan qui fut ahuri. C'était 


一 229. 一 


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en la personne de la priméesse Li-u- 
ying. — L'empereur qui avait compris, 
lui ft la théorie du cas, lui donna sa 
sœur 0u lui rendit sa femme, comme 
vous voudrez, avec toutes les nippes de 
la princesse pour elle, et diverses fa- 
veurs pour lui. — Ainsi finit, très heu- 
reusement, l’histoire de Liôu-ts'uan 
et de ses melons. — Il nous reste à 
raconter ce qui arriva à Utch'eu-kingtei 
à K'äi-fong-fou. 一 Aprés qu'il eut 
longtemps cherché le banquier Siäng- 
leang, il apprit qu'il n'y avait dans la 
grande ville, qu'un homme portant ce 
nom. Il tenait un thé. Sa femme ven- 
dait des faïences. Leur profit, à tous 
les deux, était employé tout entier à 
payer aux bonzes des prières et à brüler 
du papier-monnaie pour les morts. 
Pauvres en ce monde, ils étaient très 
riches aux enfers, où ils avaient placé 
tout leur avoir. Quand l'envoyé de 
l'empereur se présenta chez eux, suivi 
de toutes les notabilités du lieu, avec 
une charretée d'or et d'argent, le mari 
et la femme atterrés, ne surent d'abord 
que battre de la tête. 一 Relevez-vous, . 
leur dit Utch'eu-kingtei avec bonté. 
L'empereur, votre obligé, vous renvoie 
ce que vous lui avez prêté. — Comment 
aurions-nous prêté à l’empereur, nous 
qui n'avons rien? dit Siäng-leang. 
Comment acceplerions-nous votre or 
et votre argent, que nous n'avons pas 
gagné? — On s'expliqua, et tous com- 
prirent qu'aux enfers on avait prélevé 
Ja rançon de l’empereur, sur les méri- 
tes déposés par Siäng-leang et sa fem- 
me, en cujoignant à T'ai-tsoung de 


09 


999. — 


全 
ue 
Go 


leur restituer sur la terre. Mais il} 包 
impossible à Utch'eu-kingtei, de leur 
faire accepter même une sapèque, du 
trésor envoyé par l'empereur. Force 
fut au légat d'envoyer un courrier à la 
. capitale, pour demander à T'äi-tsoung 
ce qu'il fallait faire. 一 Grandement 
édifié, l'empereur ordonna de donner 
l'argent aux bonzes de la xille qui pos 
sédait ce rare couple, à Charge, pour 
eux, de convertir toute la somme 
bonnes œuvres, pour le rachat des 
morts. À cette occasion fut construite 
à K'äi-fong-fou la pagode Siärig-kouo- 
seu, avec Sa chapelle commémorative 
dédiée aux époux Siäng, et ses eiaquar- 
te acres de dépendances. La stèle de 
fondation porte le nom de Utch'eu- 
kingtei. — Quand l'empereur T'äi- 
tsoung vit toutes ces affaires si bien 
terminées, il fut on ne peut plus cor- 
tent. 
Voyez TH page 1548 seq. 


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Le Lecteur aura remarqué, qm, 
pour variés que soient les détails de 
ces histoires, leurs thèmes sont peu 
nombreux. La somme de ces thèmes, 
est le système esquissé dans l'Intro- 
duction. Les centaines de.textes dont 
je dispose encore, n’ajouteraient à © 
système aucun trait nouveau. Je m'ar- 
réterai donc ici. 


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| 


419 


Table 


des principales matières. 


Les chiffres renvoient au numéro,. non à la page. 


Alchimie, 498. 

Ame. Informée des choses de ce mon- 
de, et s'intéressant aux siens, 99, 
400, 209. — Extériorisée, 1,.93, 
24, 27, 28, 78, 110, 128, 1929, 
4134, 148, 171. 一 Evoquée, 30, 
31,392, 51. 一 Extraite, asservie, 
70, 95,. 158, 160, 161. 一 Dis- 
sipée, 5, 168. 一 Adhérente aux 
ossements, 153, 172. 一 Ame 
vengeresse, 6, 20, 21, 22, 47, 49, 
54, 87, 92, 112, 120, 1922, 162, 
204, 207, 208. 一 Voyez aussi 
les articles: Char de l'âme. Deux 
âmes. Double. Faméliques. Morts. 
Possession. Résurrection. Suici- 
dés. Vampires. 

Ame de l'âme. Tsién. 163. 

Ames des viscères, 33. 

Animaux. 一 Le faon, 59. 一 Tortue 
chénn, 196. 

Animaux méi. — Le mouton, 85. Le 
bouc, 149. 

Arbres méi. 一 Cerisier, 192, 一 Sau- 
le, 193. — Sophora, 198. 

Char de l'âme, 142, 143. 

Ciel. — Sa justice, etc. 2, 7, 35, 44, 
51, 90, 188, 213, 216, 217, 
218, 222. — Visite au ciel, 206. 

Constellations dupées. Le garçon- 

_ fille, 17. 

Crâne. Voyez Squelettes. 


Béesse du halo, 1914. 一 La Tisseuse, 
485. 

Destin, S4, 170, 191, 210, 218, 214, 
217, 218, 219, 222. 

Dette payée. 一 Par réincarnation, 
le poulain blanc 61, le veau noir 
175. 一 Par la ruine, 72, 101, 
176, 198. 

Deux âmes. — 182, 183. — Les deux 
étudiants, 9. — Le grillon, 171. 

Divination, présages, 30, 38, 171, 
196, 218. 

Double, 25, 26, 27, 29, 82, 95. 

Enfers. Descente aux enfers. — Les 
500 rebelles, 8. — Le sous-préfet 
de Fông-tou, 14. 一 Le kinnara, 
83. 一 Koän-yinn, 95. — Les 
sept décapités, 162. — Les verges, 
220. — T'âi-tsoung, 222. 


Envoûtement. 一 Vengeance du de- 
vin, 50. 一 Conjuré par les Muta- 
tions, 128. — Chambre nuptiale, 
457. — Les bobines de cheveux, 
158. — Les sept poupées, 159. 


. Faméliques âmes, prêtas. — 179,144, 


145, 178, 203, 222. 

Pigures méi. La tortue-fille, 
404 — Tortue portant stèle, 
436. — Cheval de pierre, 136. 一 
Eafaats de pierre, 136. 一 Pou- 
pées funèbres, 140. 一 Fäng- 


st 


420 


siang-cheu, 141. — Poupées 
d’or et d'argent, 165. 

Figurines magiques, voyez Envoüûte- 
ment. 

Fông-choei, voyez Géomancie. 

Foudre. 一 Le soldat, 2. 一 Le novi- 
ce, 7. — Le secrétaire malappris, 
44. — Proteslation entendue, 
14. 一 Le remplaçant, 1403. 一 
Carreau dérobé, 105. — La sage- 
femme, 152. 一 L'adultère assas- 
sin, 188. 

Génie du lieu, 44, 88, 94, 115, 1 47, 
181, 203, 204. 

Génie de la ville, 16, 18, 52, 72, 88, 
101, 108, 163, 172, 173, 181, 
186, 203. 

Génie du mont T'äi-chan, 94, 219. 

Génie protecteur privé, vrai 82, faux 
149. | 

Génies de la porte, 122, 222. 

Géomancie, 147. 

Hantement, voyez koèi et yäo-koai. 

Inconscience après la mort, 4, 212. 

Incubes, succubes, 79, 82, 104, 121, 
463. 

Juges infernaux, 8, 83, 101, 170, 
220. 

Koän-ti, 14, 35, 79, 89, 90, 108, 
1119, 144, 180, 220. 

Koän-yinn, 95, 197. 


Koëi. IIS ne projettent pas d'ombre, 


435. — Effet que produisent sur 
eux, le souffle 45; le vent 186, 
9240; les pétards 77 ; les sonneries 
455; le chant du coq 425; la 
hardiesse 199. 一 Koëi mariés 91, 
lascifs 106, s'amusant 111, gour- 
mands 76, jouant 55, buvant et 


se vengeant 127. — Le fils du. 


koëi, 135. 一 Grand exorcisme, 
koei embouteillés, 2921. 一 Koëi 
faméliques, 203, 222. Bien nour- 
ris, ils se tiennent tranquilles, 
205. — Football 194. Lutins 
195. 一 Histoires diverses, 137, 
144, 145, 150, 178. 一 Voyez les 
articles: Ame. Faméliques. Morts. 
Possession, Suicidés. Vampires. 

Loups. Le vieillard, 65. — Le garçon, 
66. 一 La virago tongouse, 67. — 
La louve épousée, 68. — La vieil- 
le louve, 75. 

Magie, maléfices, 4, 35, 64, 69, 81, 
93, 96, 97, 102, 128, 129, 134, 
147, 148, 154, 158, 159, 221. — 
Voyez Envoûtement, et Yäo-koai. 

Maladies méi. — La peste, 193. — 
La malaria, 124. — La pilule des 
huit venins, 164. 

Mandarins infernaux, 18, 108, 10, 
486, 209. 一 Voyez Juges. 

Méi. Voyez Ohjets. Animaux. Arbres. 
Figures. Maladies. 

Métempsycose, 6, 8, 19, 53, 61, 
408, 119, 162, 166, 175, 18%, 
483, 184, 185, 210, 222. 

Monde inférieur, voyez Enfers. 

Morts guerroyant, 3, 167; adminis- 
trant, 207, 212; enseignant, %6, 
470; lascifs, 106 ; s'amusant, 111, 
195; se promenant, 125; deman- 
dant des services, 168, 169; se 
vengeant, 127, 176, 209. — Voya 
Ame et Koëi. 

Objets méi. 一 Le câble, 36. 一 0h- 
jets incendiaires, 37. — Le tra- 
versin, 38. — Le balai, 43. 一 
Bois pourri, 46. — Le plumeau, 
193. — Poupée de filasse, 177. 


Œuvres méritoires, 214, 215, 216, 
947, 218, 219. 

Pétards et bronze, 77, 155. 

Possession, 172, 204, 207. 

Pygmées, 130. 

Réincarnation, voyez Résurrection, 
et Métempsycose. 

Renards et renardes, 56, 57, 79, 80, 
81, 86, 114, 151, 174. 

Résurrection, 10, 19, 35, 53, 58, 60, 
409, 119, 173, 2922. 

Sang de chien, 50, 79. 

Satellites infernaux, 10, 70, 71, 93, 
109, 126, 161, 163, 173, 209, 
919. 

Secret de la conscience, 54, 82. 

Spiritisme, 51, 72, 90, 116, 147, 
418, 203, 911. 

Squelettes et crânes malfaisants. 一 
42, 132. — 13, 39, 40, 41. 


421 

Sublime Souverain, voyez Ciel. 

Suicidés.— Noyés, 42,44,100,169.— 
Pendus, 45, 46,99,187, 204,215, 
222. — Voyez Ame, Koëi, Faméli- 
ques. 

Suttie, 166. 

T'âi-chan, 94, 219. 

Tch'éng-hoang, voyez Mandarins in- 
fernaux, et Génie de la ville. 

Tchoùng-k'oei le protecteur, 98. 

Tigres, 62, 63. 

Tsién, âme de l'âme, 163. 

Vampires, 41, 15, 73, 107,113,120, 
431, 133, 138, 139, 146, 155, 
456, 166, 189, 200, 2092, 211. 

Viscères changés, 64, 170, 217. 

Wèi-t'ouo le protecteur, 51, 156. 

Yäo-koai, 34, 48, 77, 82, 93, 98, 
491, 127, 180, 190, 194, 199, 
291. 


Errata et Addenda., 


Page 6, douzième siècle K %Æ 广 记 ,ftransposez au dixième siècle. L'ou- 
vrage a été refondu au seizième siècle. 

J'ai utilisé un très petit nombre de pièces antérieures au huitième siècle, 
pour mieux illustrer le système. — A ceux que ce genre de littérature. inté- 
resse, je conseille l'étude des trois collections 4% #f $E par qua- 
trième siècle, K Æ  &E par Æ M dixième siècle, #7 FF EF par 
dix-huitième siècle, qui en résument la substance. 

La photographie qui fait face à la page 301, a été prise dans le temple du 


_ Génie de la ville de F5 5 Sienhsien, galerie de gauche. Les autres images 


_ sont tirées de divers tracts populaires. 


4 


| L.W. 


422 


SINOLOGIE. 


IMPRIMERIE DE LA MISSION CATHOLIQUE À SIENHSIEN- 


S. Couvreur S.J. 
Œuvres. 


Grand dictionnaire classique, par clefs, 
1080 pages in-4°, 1904. 


Petit dictionnaire, par clefs, 136 pages in-8°,. 


4903. 


Dictionnatre français-chinots, seconde édi- 
tion,, livrable en 1909. 


Les Annales, double traduction et notes, 408 
pagea in-8°, 1891. 

Les Odes, double tradnction et. notes, 590 pages 
in-8°, 1896. 


Les Rits, double traduction et notes, 4654 pages 
in-8°, 1899. 


Les Quatre Livres, double traduction et notes, 
156 pages in-8°, 1895. 

Choix de documents, double traduction, 
4° édition, 568 pages in-8°, 1906. 


‘Guide de la conversation, français-an- 
giaîs-chinois. Huitième édition, 456 pages 
in-32° oblong, 190". 


L. Wieger SJ. 
Collection des Rudiments. 


Langage parlé, Ÿ 应 du Nord. 


Granimaire. Phraséologie. Tours et locatioos. 
Dialogues. Deuxième édition, 4513 pages in-16°. 


Narrations populaires. Complément de volume 
précédent. Langage courant. Troisième. édition, 
185 pages. 

Morale.et Usages. Complément des deux volumes 
précédents. Langage des sectes. Deuxième éà- 
tion, 548 pages. 

Langue écrite, À #£ ortgtual. 
Mécanisme. Phraséviogie. 102 pages. 
Etude des Caractères. Leçons étymologiqees 区 

triple Lexique. Deuxième édition corrigée 《 
refondue, 854 pages. 


Textes historiques. Sommaire de l’histoire chi- 
noise, depuis l’origine jusqu'en 1905, avec texte: 
2173 pages, 25 cartes, tables; en trois volumes. 

Textes philosophiques. Sommaire des notions 
chinoises, depuis l'origine jusqu'à nos jours, arc 
texte : 550 pages, en deux fascicules. 


S’adresser 


à Tientsin, procure de la Mission du Tehéu-li S.E. & {5 


v 


à Shanghai, procure de la Mission du Kiäng-nan. TE LE be, 


à Paris, librairie E. Guilmoto, 6 rue de Mézières. 
à Leipzig, libraîirie 0. Harrasowitz, 14 Querstrasse. 


En 


à: 


LT JUL 2 3 1999 


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JUL 247135 


IT 11 Lu Crté ni 


JUN 16 1990 


Co 


要 


AN 


UNIVERSITY OF CALIFORNIA, BERKELEY 
FORM NO. DD6 BERKELEY, CA 94720 


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GENERAL LIBRARY - UC. !